Tag: relogement

  • Mobilité, sécurité et logement : les grandes priorités du préfet

    Mobilité, sécurité et logement : les grandes priorités du préfet

    Municipales

    « On sort d’un cycle électoral réussi » se félicite le préfet. « Je ne parle pas des choix politiques qui sont faits, mais de l’organisation et du déroulement. Je laisse les analyses et les commentaires politiques. La participation est décevante pour un cycle municipal qui traditionnellement appelle plus d’électeurs que d’autres élections politiques. Pour les petites communes moins nombreuses, moins peuplées et où il y a plus de proximité, la participation est restée conforme. »

    Sénatoriales

    Le renouvellement des 8 sénateurs est dans 4 mois, le 27 septembre. « On va commencer les réunions préparatoires. Il y aura environ 3 600 grands électeurs dans ce département. La liste sera arrêtée en juin. »

    Carburants

    « Il n’y a pas de pénurie » souligne le préfet, mais un certain nombre de stations ont été en difficulté notamment Total. « Environ 8% des stations ont eu une difficulté de réapprovisionnement sur un carburant, donc il n’y a rien d’inquiétant. » « Sur les conséquences économiques, les batteries d’aides sont là. On s’est mis en veille, en contact et en déploiement des mesures gouvernementales avec les secteurs économiques concernés en début de semaine dernière. » Un point devait être fait hier matin avec la ministre de la Mer pour la totalité des pêcheurs sur la façade Méditerranée. D’évoquer le cas d’un producteur de fraises dont le fournisseur de barquettes en plastique avait multiplié ses prix par trois, sans pouvoir répercuter cette hausse sur le prix final.

    Ligne THT des bassins ouest du GPMM

    Suspense. « On est dans une phase très imminente de communication de l’État sur ce dossier d’importance nationale et européenne. »

    Sécurité

    Le préfet met en avant de bons résultats avec, au premier trimestre, une baisse des cambriolages et des violences crapuleuses mais une hausse en zone police de 2,51% des violences intrafamiliales et de 3,62% en violences conjugales dans le département. Les violences sexuelles baissent de 2%. Le recours à la violence dans les rapports humains continue d’augmenter. « On a un recul de la capacité à prendre en compte la santé mentale. Le nombre de psychiatres et de psychologues en ville a beaucoup baissé. Sur l’agression d’un infirmier de l’hôpital psychiatrique Édouard-Toulouse, j’ai demandé à comprendre. L’ARS a déclenché des vérifications pour comprendre comment un patient au passé extrêmement violent a pu se retrouver en possession d’un couteau. »

    Narcotrafic

    « Ma stratégie reste fondée sur le maximum de présence de terrain, pour être le plus visible possible et utiliser tous les outils à disposition », pose le préfet. « On porte des coups sur les cartels et ce n’est pas fini. » Les saisies judiciaires depuis le début de l’année atteignent les 100 millions d’euros en comptant avec l’opération du Marché du Soleil.

    Logement

    C’est la « priorité absolue » qui exige de consacrer beaucoup de moyens à la production. Sur la lutte contre l’insalubrité, « on commence à taper, à monter sur des astreintes financières ». Le volume d’insalubrité constaté est important. « Dans le département, la moitié de l’habitat doit être rénovée. Cela demande du temps et c’est tous ensemble qu’il faut le gérer sur le temps et avec soin. »

    Relogement

    Les victimes d’habitat insalubre dans le parc social ne sont pas prioritaires en réattribution de logement, déplore le préfet. « Un vide juridique que je déplore à titre personnel. »

    Réquisitions

    Avec 57 000 logements vides à Marseille quid de la réquisition ? « Je ne pense pas que ce soit une solution. Il faut repartir sur une production et la remise à niveau de logement. C’est presque 200 millions d’euros qui ont été mis dans la remise en état de logements anciens dans le centre-ville de Marseille depuis les événements de la rue d’Aubagne. »

    Logements sociaux

    Avec 116 000 demandes de logements sociaux fin 2025, la situation se tend. « Le taux de rotation de 4% est faible. Peu de gens quittent le parc social pour beaucoup qui demandent à y entrer avec une production qui de 11 000 est descendue à 9 000. Il faut remettre de la tonicité sur la production tout en rénovant un parc ancien. » Le préfet a publié les arrêtés de pénalités à l’encontre de communes carencées dont « certaines ont fait le choix cynique local de préférer payer » (lire page 6).

    EPF Paca

    L’État a relancé un appel à candidatures pour le recrutement du directeur de l’Établissement public foncier Paca. « La directrice actuelle a donné entière satisfaction mais après 12 ans passés, on peut considérer que sur un poste d’État il faut passer la main. On a plein de candidats. Un certain nombre seront auditionnés. » La désignation est attendue pour cet été.

    Cité judiciaire

    L’État a tranché sur l’engagement d’études de faisabilité dans le quartier d’Arenc en signant avec les collectivités une convention de cofinancement des études de l’ordre de 10 millions d’euros soit 750 000 euros par collectivité. « C’est un projet majeur qu’il faut faire vite. Une justice moderne passe aussi par des bâtiments dignes. C’est un besoin impératif, car on ne peut pas laisser la justice fonctionner dans des conditions dégradées. Les études vont prendre du temps, une bonne année, et il faudra ensuite une décision politique centrale. »

    Marseille en Grand

    Pas de changement en vue. « Les projets sont préfinancés et préétudiés. L’enjeu de la mobilité et des transports en commun est vital à l’échelle de la 2e métropole de France » insiste le préfet qui consent qu’il puisse y avoir « quelques modifications sur des tracés ». Quid du tramway des Catalans ? « Je suis ouvert à toute discussion pour améliorer et faire vivre les projets pour une meilleure acceptabilité. Sur les mobilités, l’État sera au rendez-vous et ne lâchera pas le morceau. »

    Spem

    Le préfet a demandé et obtenu de la Spem (Société publique des écoles marseillaises) « une présentation de la totalité de leur process de sécurisation des marchés publics. Mes deux services experts m’ont répondu que cette présentation était conforme à leurs attentes. Donc il n’y a pas de difficultés à poursuivre notre travail avec eux ». Cet audit fait suite à la polémique sur un signalement effectué par son prédécesseur, Georges-François Leclerc, au parquet sur l’achat de préfabriqués sans mise en concurrence.

    Halte soins addictions

    La création repoussée de cette structure d’accueil fait toujours débat et c’est un bus qui va au contact des consommateurs de drogues dures. « Il a repris ses activités avec un lieu de déploiement inadapté qui sera déplacé en mai, rue de Blidah (3e) près de l’église », annonce le préfet. Sur la Halte soins, « l’ARS est prête à accompagner sur une expérimentation. D’un point de vue social, j’en vois l’utilité, mais je redis que ce n’est pas moi qui irais chercher un site. C’est un sujet compliqué, essentiellement médical. Il faut gérer les voisins. Je ne veux pas de point de fixation autour de la gare Saint-Charles. L’accompagnement à l’hôpital ne pose pas de difficultés ».

  • Place de Rome à Marseille : faire la misère aux locataires pour les déloger

    Place de Rome à Marseille : faire la misère aux locataires pour les déloger

    Procès en vue pour le gestionnaire du Manhattan, un hôtel meublé en péril, situé 3, place de Rome. Hamid Yahiaoui avait succédé au marchand de sommeil, Morde Khai Didi, mis en examen pour sa gestion de 14 établissements miteux mais juteux dont le Manhattan. Ce réseau d‘hôtels pouilleux était conventionné par l’État pour l’hébergement d’urgence des familles en grande précarité.

    Vendredi dernier, le tribunal a fixé le procès au 4 décembre 2026. Avec sa société Alamar, M. Yahiaoui répondra de « menace ou acte d’intimidation en vue de contraindre une personne vulnérable occupant un local insalubre ou en péril à renoncer à son droit au relogement » et de « refus de relogement ». Cet Algérien de 58 ans qui gère deux résidences hôtelières aux Catalans (7e) et avenue de Toulon (5e), avait repris l’exploitation du Manhattan. L’ensemble immobilier très dégradé, propriété de Georges Sabbah qui lui loue aussi les murs de l’hôtel aux Catalans, est frappé d’une série d’arrêtés de mise en sécurité depuis novembre 2018 et de quatre arrêtés d’insalubrité.

    Coupures d’électricité

    et faux policiers

    L’immeuble à deux pas de la préfecture est formé d’un bâtiment donnant rue de la Palud de 41 logements, des bouges de 11 à 25 m². Le second en retrait comprend huit logements dévastés. En septembre 2023, les enquêteurs entendaient les occupants de ce Bronx, parmi lesquels de nombreux Nigérians qui payaient Didi ou ses sbires alors que les loyers étaient suspendus. Dans une écoute fin août 2023, Didi menaçait de « virer tout le monde, de couper l’eau et l’électricité » et « qu’ils peuvent crever dedans ».

    Faire peur pour déloger, c’est ce dont est aussi accusé Yahiaoui alors que la situation déjà dangereuse était sanitairement intenable (notre édition du 26 octobre 2023, L’hôtel Manhattan en péril sombre avec ses occupants). Les agents de la Ville rapportaient des coupures d’électricité répétées, autant de manœuvres pour rendre la vie infernale que la mairie dénonçait le 14 février 2024 au procureur. Yahiaoui était devenu gestionnaire au terme d’un deal avec Sabbah : un « bail offert gracieusement en échange de refaire tous les travaux » dans cet « immeuble tout pourri » et « sans évoquer plus que ça les locataires ». Le loyer de 8 000 euros devait débuter en janvier 2026.

    Un chantier démarrait en site occupé avec des ouvriers pas payés. Sous pression de la Ville, Yahiaoui prenait un contrat d’électricité qu’il résiliait le lendemain, promettant de se réabonner sans jamais le faire. Des locataires ont témoigné de menaces et de tentatives d’évacuations forcées avec des individus se présentant comme des policiers en civil portant un brassard de police ou en tenue « pour faire peur ». Les agents de la Ville ont aussi surpris le propriétaire tambouriner aux portes pour demander aux occupants de partir invoquant faussement une demande de la Ville alors qu’aucune évacuation n’était prévue. L’évacuation officielle et complète était ordonnée le 13 mars 2024 par la Ville qui tente depuis de recouvrer les frais de relogement d’urgence des occupants qui s’élevaient en avril 2025 à déjà plus de 50 000 euros. Interpellé en mai 2025 dans sa villa hollywoodienne avec piscine sur un hectare aux Pennes-Mirabeau, le gérant a nié toutes menaces, distinguait entre les squatteurs, les 27 anciens locataires de Didi et les siens. « Je n’ai jamais fait d’intimidation. Au contraire, j’ai payé les gens pour qu’ils s’en aillent. Cinq locataires ont accepté de partir avec 1 000 euros. J’ai récupéré trois locataires dans un hôtel qui appartient à ma femme. »

  • Chez 13 Habitat, de l’argent pour être enfin relogé

    Chez 13 Habitat, de l’argent pour être enfin relogé

    Alors qu’il est sous astreinte de 65 euros par jour de retard à se conformer à un arrêté préfectoral d’insalubrité de juin dernier, l’office public 13 Habitat n’a toujours pas relogé une mère dont l’appartement est couvert de moisissures et saturé d’humidité cité Louis-Loucheur, 17 bd Baudelaire (4e). 290 jours plus tard, le bailleur social dans la tourmente reste sourd aux injonctions du préfet étant souligné que l’arrêté pointait déjà son « absence de réponse ».

    Après qu’Assiata Abdou a « appelé au secours » La Marseillaise en novembre, le bailleur public du Département a fini par reconnaître que la situation « nécessite de gros travaux de remise en état, de plomberie et d’isolation qui ne peuvent pas être réalisés en milieu habité ». Côté face, il s’excuse par voie de presse. Côté pile, il lambine, pratique l’intimidation en envoyant par huissier un commandement de payer des loyers pourtant suspendus. Si un logement vacant a fini par être attribué à Mme Abdou le 26 février dans une cité à la Blancarde, 13 Habitat l’a encore invitée à patienter « quelques jours » le temps d’une « remise en état ». Le bailleur social qui a déjà explosé les 3 mois impartis par l’ARS, a ensuite inventé un « préavis d’un mois » avant qu’elle aménage.

    Sollicitation douteuse

    Dernier événement, Mme Abdou s’est vue subitement réclamer jeudi par téléphone 3 000 euros d’une agent de la direction du contentieux si elle voulait intégrer le nouveau logement. Aucun écrit. « On m’a appelée ce jeudi matin à 9h30 pour me dire que si je ne réglais pas les 3 000 euros d’impayés de loyer, je ne pourrais pas accéder au nouveau logement », raconte Assiata. « Mais il n’y a pas d’impayés. J’ai toujours réglé mon loyer depuis octobre 2022 jusqu’à l’arrêté d’insalubrité. Je ne comprends pas. J’ai reçu en juillet un courrier de la CAF et un autre du préfet me disant de ne plus verser de loyer. Pour m’en assurer, j’ai appelé l’ARS et la CAF qui me l’ont confirmé. » C’est l’application basique, stricte de l’article L521-2 (CCH) : en cas d’arrêté d’insalubrité ou de péril, « le loyer en principal ou toute autre somme versée en contrepartie de l’occupation cessent d’être dus ». Pour rappel, la perception de loyer sur un local en péril ou insalubre est un délit pénal puni de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende. Le même article L521-4 (CCH) vise aussi le « refus de procéder à l’hébergement ou au relogement de l’occupant bien qu’étant en mesure de le faire ».

    Interrogé par La Marseillaise sur cette contrepartie demandée au parfum pénal, 13 Habitat répond par communiqué : « Notre service contentieux lui a proposé cette semaine un plan d’apurement de dette, sans avoir connaissance de cette suspension de loyer. » Comment un service contentieux qui gère un parc déjà frappé de dix arrêtés d’insalubrité depuis 2020 dans les Bouches-du-Rhône et de cinq arrêtés de péril à Marseille sur son patrimoine à l’abandon peut dire qu’il ignore non seulement la réglementation, sauf à être d’une incompétence abyssale ou bien à vouloir faire renoncer la victime à ses droits ? Reconnaissant une sollicitation douteuse, 13 Habitat prend la précaution d’indiquer : « L’attribution d’un logement social est gratuite et ne saurait en aucun cas être contrepartie d’un paiement. Si tel était le cas, il faut impérativement nous en informer pour engager des poursuites contre les auteurs. »

    Pour rappel, la seule créance dont est redevable 13 Habitat, c’est vis-à-vis du préfet et des locataires méprisés, pris au piège de la cité Louis-Loucheur. « Si vous saviez le nombre de personnes complètement démunies dans cette cité qui ont fini par partir car leurs enfants font de l’asthme, des allergies importantes au point d’avoir un protocole à l’école pour la cantine. D’autres personnes les remplacent sans travaux » rappelle Assiata, accompagnante d’élève en situation de handicap qui s’interroge sur la valeur d’un arrêté du préfet.

    Le bailleur social pointé de nouveau par Marsactu il y a dix jours pour « l’attribution turbo » d’un logement au fils de la secrétaire au CD13 du nouveau président de 13 Habitat, Jean-Marc Perrin, conclut : « Les travaux de remise en état de cet appartement se poursuivent : la locataire pourra s’y installer dans quelques jours. » Et on est prié d’y croire.

  • Du neuf dans d’anciens taudis de la Coutellerie

    Du neuf dans d’anciens taudis de la Coutellerie

    Un ancien hôtel meublé misérable et en péril depuis des décennies vient d’être réhabilité par la Société française d’habitat économique (SFHE), une filiale du groupe Arcade. Les 10 chambres d’origine du 27, rue Coutellerie (1er) ont été transformées en 5 logements de type T2.

    « Il s’agit de logements locatifs intermédiaires (LLI), des logements à loyers réglementés à des tarifs inférieurs au prix du marché. À la Coutellerie, les loyers seront 15 à 20% en deçà du prix du marché, afin de permettre l’accès à un logement abordable au plus grand nombre, dans un secteur particulièrement tendu », détaille le bailleur social.

    L’immeuble de 5 étages avec une façade en 4 fenêtres, est la propriété de SFHE depuis 1995, année de sa mise en péril. En janvier 1994, c’était un hôtel meublé très dégradé, propriété du groupe Amhôtel, que la commission de sécurité avait déclaré non conforme aux règles de sécurité, alertant sur son instabilité structurelle, ses infiltrations d’eau. Un an plus tard, le 3 février 1995, les toilettes d’une chambre au 2e étage cédaient, laissant sa locataire « accrochée à son lavabo, les pieds dans le vide », écrit Le Provençal. « La sécurité des occupants est gravement menacée », diagnostique un architecte, justifiant l’arrêté du 24 février 1995 qui ordonne l’évacuation, donnant un délai d’un mois aux occupants pour partir, laissés sans proposition de relogement, ce qui témoigne de ce qu’était la gestion des risques avant même la prise de fonction de Jean-Claude Gaudin. Le Provençal se faisait l’écho du sort de la locataire sinistrée qui en avril se maintenait avec son ami dans la même chambre semi-effondrée tout en s’acquittant de 1 300 francs de loyer.

    Un foyer pour femmes isolées jusqu’en 2014

    L’immeuble est ensuite devenu un foyer pour femmes isolées. En janvier 2014, l’immeuble est frappé d’un péril non imminent. Le foyer ferme. Après une quasi-décennie d’abandon et devant « l’aggravation des désordres constructifs », la Ville a relancé en décembre 2023 le dossier, menaçant de travaux d’office. D’où la lourde opération de confortement structurel finalement engagée qui a permis en octobre 2025 de prononcer la mainlevée de tous les arrêtés de mise en sécurité.

    « Nous avons engagé une opération ambitieuse pour sécuriser durablement le bâtiment, préserver sa structure existante et recréer de nouveaux logements confortables et spacieux », explique-t-on chez SFHE. Le sauvetage de l’immeuble représente 1,9 million d’euros d’investissement. « C’était une opération lourde qui a nécessité une purge complète des planchers avant d’entreprendre une restructuration plus cohérente des 10 studios en 5 logements », décrit Sofian Sahraoui, chargé d’opération chez SFHE. « Cela a pris du temps et deux études structurelles car il fallait vraiment être minutieux et ne pas prendre de risque sur du bâti ancien. On a utilisé des matériaux qui n’alourdissent pas l’immeuble. D’où le choix de poutres Nailweb qui associent l’aluminium et le bois. C’est un beau projet qui s’achève. » L’aménagement intérieur est quasi fini. La façade a été totalement refaite, magnifiant le balcon et sa ferronnerie possiblement du XVIIIe. L’arrivée des locataires est prévue en mai.

    Le 27, rue Coutellerie n’a jamais cessé durant un siècle d’accueillir une population modeste. Ses « garnis » ont nourri la chronique locale. A défilé au 27, rue Coutellerie toute une population modeste et laborieuse, exerçant des petits métiers, serveur, marin de passage, tricoteuse, repasseuse, brodeuse, femme de ménage, etc. Madame Renée, « une vraie voyante venue de Paris » y faisait en 1906 commerce de ses prédictions. En 1916, la police y cueille un marin chinois, « contrebandier d’opium ». En 1934, l’hôtel meublé est tenu par la veuve Marie Mabile. Pour l’anecdote, Le Petit Provençal du 28 novembre 1897 y avait interviewé dans sa chambre un marin de la Pénitentiaire qui surveillait dans une chaloupe les abords de l’île du Salut où est alors détenu le capitaine Dreyfus.

    Une nouvelle page se tourne pour cet immeuble sauvé qui va retrouver une vie, et soulagé 5 locataires dans la difficile quête d’un logement à Marseille.

  • A Aix, un étudiant piégé par la montée des eaux attaque son bailleur

    A Aix, un étudiant piégé par la montée des eaux attaque son bailleur

    Kilian, 19 ans, veut oublier ce meublé de 15 m² en sous-sol d’une résidence, 28 avenue Robert-Schuman, en face de la faculté de lettres d’Aix-en-Provence. Ses parents dans le Vaucluse le lui avaient trouvé in extremis pour démarrer ses études en licence de psychologie. « C’était le 20 septembre, le jour de ma rentrée. Il pleuvait. En une heure, l’eau est montée du sol. J’ai passé la nuit à éponger », raconte Killian.

    Un mois plus tard, nouvelle pluie, le sous-sol subit une très forte montée des eaux. L’étudiant en situation de handicap pour des difficultés de motricité et de repérage spatiotemporel, panique. « Je pataugeais dans 20 cm d’eaux chargées de terre et de choses immondes. J’étais dépassé, mes parents sont vite venus. »

    Un rapport d’insalubrité mais pas d’arrêté

    Les pompiers interviennent. Sa mère comprend alors pourquoi elle a trouvé la vaisselle moisie lors de l’état des lieux et que le bas de tous les meubles en bois était rongé. Ce local en sous-sol à 517 euros par mois paraît tout simplement impropre à l’habitation. D’autant que le voisinage leur raconte le calvaire vécu par l’ancien locataire qui subissait des inondations répétées. Mais pour l’agence IGC qui n’a pas répondu à notre appel, ce n’est qu’un simple dégât des eaux et le propriétaire âgé à Six-Fours-les-Plages ne serait « pas enclin pour l’instant » à remplacer quoi que ce soit.

    L’inspecteur de salubrité s’est rendu sur les lieux et a dressé constat d’infraction le 23 octobre. Son « rapport d’insalubrité » du 5 novembre 2025 décrit « 20 cm d’eau dans la pièce principale », « constate de la terre dans le bac à douche, de l’humidité à 100% sur les murs, les meubles imbibés d’eau qui commencent à moisir ». « Compte tenu de l’humidité des murs et du mobilier, l’air est devenu irrespirable. Il est nécessaire d’héberger le locataire pendant les travaux », souligne-t-il. Kilian est relogé une semaine dans un hôtel grâce à son assurance. « L’agence n’assumant rien, on a dû payer 1 290 euros pour 3 semaines supplémentaires d’hôtel tout en continuant à payer son loyer. Et après qu’on a résilié le bail pour trouble de jouissance totale, ils refusent de rendre la caution et nous demandent même 200 euros ! », dénonce Christelle Payrau, la maman indignée.

    Le 25 novembre 2025, le Service communal d’hygiène et de santé a mis en demeure le propriétaire de rechercher les causes des infiltrations car « ce phénomène se produit à chaque gros orage », « de sécher les murs, d’enlever les traces de salpêtre du carrelage, de changer le mobilier moisi, de procéder au curage du réseau tous les 6 mois ». L’Agence régionale de santé (ARS) a renoncé à prendre un arrêté d’insalubrité, semblant se satisfaire de l’engagement du propriétaire à mettre aux normes ses deux caves-logements.

    « Nous irons jusqu’au bout »

    Cela choque Me Aurélien Leroux, l’avocat de la famille. « C’est très problématique que l’ARS oublie que le Code de la santé publique oblige à protéger la personne occupante, qui plus est vulnérable, dans une situation d’indignité. Si Kilian n’avait pas ses parents, il se serait retrouvé sans solution de relogement. »

    Les parents de Kilian ont porté plainte contre l’agence pour mise en danger. Leur avocat prépare une assignation. « Nous irons jusqu’au bout pour que cela ne se reproduise pas. Je ne veux pas qu’un autre étudiant se retrouve piégé. On veut que cela protège les autres petits étudiants qui ne doivent pas vivre cela. L’ancien locataire que nous avons retrouvé témoigne qu’il a vécu un cauchemar », ajoute la mère. Kilian habite désormais à la résidence Estudine Mirabeau où le personnel est très attentionné pour lui. « Cela nous coûte beaucoup plus cher, 729 euros par mois, mais il est bien et en sécurité. »

  • Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    L’universitaire émérite Élisabeth Dorier, géographe au laboratoire Population Environnement Développement (LPED) d’Aix-Marseille Université, investigue depuis le drame de la rue d’Aubagne l’ingénierie complexe de la mise en sécurité des immeubles marseillais qui, depuis 2020, s’est considérablement renforcée et structurée.

    1 638 adresses en péril

    Selon les bilans de la Ville dont « plus de transparence est souhaitée » selon la géographe, 2 343 arrêtés de péril ont été pris entre novembre 2018 et septembre 2025. Le rythme annuel reste soutenu avec 250 nouvelles adresses depuis 2021 et 287 sur l’année 2025. La cartographie des 1 638 adresses en péril retenues (hors explosion de Tivoli, incendies, murs de soutènement, etc.) met en exergue les zones avoisinant le drame de la rue d’Aubagne, mais aussi l’héritage de périls anciens depuis 2014, traités alors par le mépris. Mais aussi ceux issus du regain d’attention et de l’action volontariste portés sur les 4 îlots prioritaires de la SPLA-IN (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national) et les opérations en Orcod-IN (Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national) sur déjà 4 des 17 copropriétés privées dégradées qui vont d’ailleurs générer de « nouveaux chassé-croisé de délogés ».

    « La municipalité n’a pas toutes les clés en main, analyse Élisabeth Dorier. Benoît Payan reste tributaire de politiques partenariales largement pilotées et financées par l’État et la Métropole. On l’a mesuré avec l’hostilité de Martine Vassal à l’encadrement des loyers, les freins mis à l’extension du permis de louer qui se réduit, sur la carte, à de petites tâches à la Belle de Mai et Hoche-Versailles. » La cartographie des arrêtés de mise en sécurité en procédure urgente correspond aussi « aux périmètres d’actions planifiés et notamment d’Euromed et à ses marges », observe la chercheuse, critique pour affirmer que « l’urgence est souvent mise au service de grands projets et là, je considère qu’il y a un dévoiement de l’urgence car beaucoup de ces immeubles dégradés étaient identifiés de longue date ».

    Évacuations en baisse

    Globalement, le nombre d’arrêtés de mise en sécurité pris en procédure urgente baisse et parmi eux, seuls les cas graves (70%) entraînent des évacuations. « D’un côté, il y a la volonté d’éviter la violence sociale d’évacuations traumatisantes en un quart d’heure en oubliant les lunettes et le chat. De l’autre, il y a l’argument du coût des évacuations car 80% des ménages sont relogés par la Ville. Les propriétaires privés collaborent peu au relogement de leurs locataires », observe-t-elle. Ce qui oblige ensuite la Ville à se lancer dans le recouvrement des frais d’hébergement avancés.

    Les mainlevées

    Les arrêtés de mainlevée progressent, ce qui est la traduction d’un traitement pérenne des situations. Les sorties de péril ont concerné 251 immeubles en 2025 et 220 en 2024, contre seulement 79 en 2021. Mais le stock d’adresses à suivre a augmenté avec plus de nouvelles procédures lancées que de procédures clôturées. La purge de l’immobilier indigne se poursuit.

    Relogements définitifs

    C’est un point de tension certain. Entre 2018 et 2025, 3 498 ménages, soit 7 776 personnes, ont été évacués. On estime à 25% le nombre de personnes ayant échappé à ce décompte officiel lors de la période folle 2018-2019. En tout, 454 ménages ont bénéficié d’un relogement définitif ailleurs qu’à l’adresse évacuée, à 92% en logement social, soit environ 12% des évacués. Dans cette part déjà congrue de relogés définitifs sont intégrés les 75 ménages du périmètre du haut de la rue d’Aubagne, relogés sous l’ancienne municipalité dans du social diffus et ceux dès 2019 des immeubles neutralisés par déclarations d’utilité publique.

    « Ce faible taux interroge la production de logements sociaux et exige un changement de braquet de la Métropole », alerte Élisabeth Dorier, qui est aussi membre du Comité de suivi de la Charte du Relogement. « Les relogements définitifs concernent surtout des évacués d’immeubles tellement délabrés ou de propriétaires tellement peu coopérants (travaux pas démarrés ou qui s’éternisent) qu’ils ont été placés sous maîtrise publique pour être rénovés », observe l’universitaire.

    « Les relogements définitifs butent sur les carences en logements sociaux dans les arrondissements centraux – où il y a pourtant de nombreux logements vacants ou utilisés en location saisonnière – et sur le fait que la quasi-totalité des logements sociaux marseillais sont concentrés dans les mêmes quartiers. » Autre frein, « le manque de solidarité métropolitaine et interarrondissements. Les pires carences en logements sociaux ne concernent pas la Ville de Marseille qui n’a pas la main. La Ville s’est engagée à fond dans le suivi des signalements, les missions de diagnostic et de placement sous arrêté de péril et elle se retrouve à devoir gérer l’hébergement provisoire de ménages que les propriétaires n’assurent pas, alors qu’ils ont été à la hauteur pour percevoir les loyers. La marge de manœuvre de la Ville en relogement est très faible car la Métropole n’est pas à la hauteur de ses prétentions. L’insuffisance de la production métropolitaine en logement social et les très forts déséquilibres sur son territoire sont criants », démontre Élisabeth Dorier.

    De guerre lasse, des évacués sortent d’eux-mêmes du dispositif pour se reloger par leurs propres moyens. En 2025, on compte une vingtaine de départs volontaires, mais aussi, selon la Ville, 61 ménages qui refuse de réintégrer le logement d’origine après mainlevée du péril. « Ce qu’on voit aussi tendanciellement, c’est l’éloignement au fil du temps du lieu de relogement. »

    Travaux d’office

    La municipalité a ouvert une autorisation de programme de 48 millions d’euros de travaux d’office, en novembre 2020. Sous Gaudin, le budget s’était perdu en études et conseils avec seulement 168 000 euros consacrés en 2018… En 2024, 40 chantiers ont été achevés, qui avaient mobilisé 3,9 millions d’euros aux frais avancés des propriétaires défaillants, contre 4,2 millions en 2023. Huit chantiers ont été achevés en 2025, cinq nouveaux ouverts au dernier trimestre dernier. 23 immeubles sont encore pris en charge.

  • Une mère de cinq enfants dans un immeuble en péril à Marseille

    Une mère de cinq enfants dans un immeuble en péril à Marseille

    Une mère isolée veut quitter l’immeuble en péril où elle demeure avec ses cinq enfants. En septembre dernier, le 25 rue Fongate (6e) à Noailles a été frappé par un arrêté de mise en sécurité, sans évacuation, pour des pathologies diverses dont la corrosion et la putréfaction des poutres dans les caves, des fissurations dans un logement et sur le mur de clôture limitrophe. Mise en demeure, la propriétaire de l’immeuble dispose de 12 mois pour réaliser une liste de travaux exigés par la mairie.

    « Depuis cet arrêté, on ne vit plus normalement. Les enfants ont peur. Ma plus jeune fait des cauchemars qui la réveillent. Mon deuxième garçon préfère dormir chez ses amis tant il a peur de rester dans l’immeuble », raconte Ilham Belbard, cette mère courage de 52 ans, qui porte encore son tablier de cuisinière du restaurant qui l’emploie. « Vous savez on a le souvenir de la rue d’Aubagne qui est juste à côté. Heureusement que je les ai mis au sport. » Le péril a suspendu le loyer de 954 euros.

    « Grande précarité domiciliaire »

    L’association de médiation Asmad du groupe Addap13 a alerté depuis longtemps les autorités sur la situation de « grande précarité domiciliaire » qui « s’aggrave de jour en jour » avec en novembre dernier « l’effondrement partiel du sol dans une des chambres », conduisant la mairie à demander de ne plus utiliser cette pièce. Le logement ne comporte plus que deux chambres pour une famille de cinq enfants. Un relogement adapté s’impose. « Il en va de la sécurité de la famille et du bien-être des enfants notamment mineurs », a écrit l’association tout en rappelant qu’un inspecteur de salubrité de la Ville avait émis en juin 2020 une mise en demeure pour non-décence du logement. Un rapport de 2021 des Compagnons Bâtisseurs Provence, missionnés par la CAF, diagnostiquait déjà l’« affaissement du sol dans une chambre » et conduisait à un constat de non-décence qui suspendait l’allocation logement versée au bailleur. Le propriétaire est décédé depuis. Sa veuve qui vit en dessous, s’est vue réclamer de la CAF un rappel de 23 000 euros d’allocations versées et reste redevable de 13 500 euros à l’égard de sa locataire. Des travaux ont remédié depuis à l’indécence, mais reste le péril. Entre-temps, en août dernier, la commission Dalo a reconnu pour la seconde année de suite le caractère prioritaire de sa demande d’attribution en urgence d’un logement social qu’elle réclame depuis huit ans et il lui a été proposé un logement T5, avenue de la Croix-Rouge (13e) relevant du contingent réservé de l’État auprès du bailleur social 13 Habitat. Ce qu’elle a accepté mais saisis de deux autres candidatures, la commission Caleol a préféré allouer le T5 à une autre famille.

  • En péril et insalubre, un hôtel de Didi évacué

    En péril et insalubre, un hôtel de Didi évacué

    Face à l’inaction du propriétaire, les autorités ont procédé, jeudi matin, à l’évacuation dans un grand calme de l’ex-hôtel meublé « Le Simplon », 7 rue du Musée, à Noailles. L’établissement de 16 chambres est frappé par trois arrêtés de mise en sécurité depuis 2023, d’un arrêté de fermeture administrative définitive en ERP (établissements recevant du public) et d’un arrêt préfectoral d’insalubrité depuis juin dernier.

    « L’État, conformément à ses engagements dans la charte de relogement des évacués marseillais, et la Métropole [compétente en secteur OPAH-RU], se sont substitués [au propriétaire défaillant] pour assurer la protection des personnes, en procédant à la mise à l’abri des occupants, dans le respect des compétences de chaque institution », déclare la préfecture.

    « Soulagés mais angoissés »

    « Le Simplon » appartient à la SCI 26, dont Mordechai Didi était l’associé unique, avant de transmettre le flambeau à son fils Nathan, mis en examen comme lui. Didi était aux manettes de treize autres hôtels meublés, dont le 18 rue des Feuillants, juste derrière, évacué il y a seize mois. Une information judiciaire est toujours ouverte pour soumission de personnes vulnérables à des conditions d’habitat indignes, mais aussi escroquerie par surfacturation des nuitées d’hébergement d’urgence payées par l’état, travail dissimulé et blanchiment en bande organisée. Il est question de 2,3 millions de préjudice sur les 7,2 millions d’euros de fonds publics versés sur ce petit empire lucratif d’hôtels conventionnés.

    L’association Soliha, missionnée par la direction opérationnelle de l’habitat de la Métropole, avait prévenu tous les occupants de ce « trois fenêtres » très dégradé qu’ils devaient quitter les lieux, sans retour possible, pour être relogés dans des appartements hôtel aux Chartreux. « C’était terrible. Tout est dégradé. On n’avait pas de chauffage. L’eau de pluie passe-partout », explique un jeune nigérian qui emporte une valise et une guitare. « On est à la fois soulagés de partir et angoissés car on nous dit que c’est un relogement temporaire. C’est pas rassurant quand on a une famille », confie ce père soucieux de mettre à l’abri sa femme enceinte et leur fils. Pour les rassurer, il leur a été dit que le relogement est dû jusqu’à mainlevée complète de l’arrêté d’insalubrité. « Je suis ici depuis 2007. Je payais 500 euros par mois la chambre », nous dit un résident tunisien éprouvé, comme les autres, par ces années d’habitat indigne. L’association Droits et Habitat est à leur côté. La plupart des occupants qui ont porté plainte sont partie civile dans la procédure pénale en cours.

    L’ensemble des évacués ont été acheminés en voiture à l’hôtel Bontempo, aux Chartreux. Sur la base d’un arrêté d’exécution de travaux d’office, le service municipal de la Protection des populations à la DPPGR a coupé les fluides et posé une porte anti-effraction pour empêcher tout squat. L’immeuble, désormais vide, avait été acheté 180 000 euros par la SCI 26, en 2008 . L’immeuble sous saisie pénale immobilière depuis mars 2024 encourt la confiscation.

  • Chez 13 Habitat, l’insalubrité se fiche des arrêtés du Préfet

    Chez 13 Habitat, l’insalubrité se fiche des arrêtés du Préfet

    Le cas est choquant. Depuis octobre 2022, une mère et son fils vivent dans un logement de 13 Habitat colonisé par les moisissures qui couvrent l’intégralité des murs du T3 en façade nord.

    L’arrêté d’insalubrité qui frappe ce logement, cité Louis-Loucheur, 17 bd Baudelaire (4e) n’a rien changé. Ses occupants désespérés s’échinent à nettoyer et mendier le relogement qui leur dû. Ses conditions d’habitat totalement indignes affectent leur santé comme l’attestent leur médecin mais aussi l’inspecteur de salubrité et l’Agence régionale de santé (ARS) qui motivent l’arrêté préfectoral d’insalubrité n° 2025-90 du 5 juin 2025 par le « danger encouru pour les occupants » par la « présence importante d’humidité et de moisissures sur les murs de la salle d’eau, des toilettes, et des deux chambres » et enjoint le propriétaire d’y remédier, avec interdiction d’y habiter sous 3 mois.

    « Dix mois ont passé, aucun travaux, on est toujours là. La moisissure est partout. Je suis en danger, je suis asthmatique, j’ai fait une infection pulmonaire. Les médecins m’ont adjuré de partir. Quand il pleut, ça coule sur les murs », témoigne Assiata qui dort d’un œil dans le salon. « Ça pue la cave, ça pourrit tout. On met nos habits dans des caisses » montre Sven, étudiant de 22 ans qui nourrit un sentiment de honte et se renferme sur lui. Un huissier a osé réclamer plus de 2 000 euros de loyers alors que l’arrêté les suspend.

    Après deux offres inadaptées au besoin de la famille et après avoir faussement fait dire que la locataire ne répondait pas au téléphone, le bailleur a proposé le 23 janvier un logement dans une résidence à La Blancarde qu’Assiatou a aussitôt acceptée. Depuis, pas de nouvelle. Interrogée, 13 Habitat nous répond que sa locataire est bien « positionnée sur ce logement vacant ». Faut-il encore que le 26 février prochain, sa commission d’attribution des logements et d’examen de l’occupation des logements l’entérine. « Deux autres dossiers seront étudiés pour ce même logement, la règle étant trois candidatures par logement à attribuer. D’une manière générale, les relogements peuvent prendre un certain temps en raison du faible nombre de logements libres correspondant aux attentes des locataires concernés, dans les secteurs géographiques souhaités. Sans préjuger la décision de la commission souveraine dans ses actes, 13 Habitat présente à nouveau ses excuses à Mme A. A. pour les conditions de vie qu’elle a subies ces derniers mois », nous écrit le bailleur.

    Des taudis mais

    1 140 logements vides

    13 Habitat gère 33 425 logements dont 1 140 étaient vides fin novembre 2024 selon le rapport de l’ANCOLS. La société n’a déclenché aucun travaux chez Assiata, aucun relogement, étant rappelé que le Préfet notait déjà « l’absence de réponse du propriétaire au courrier du 18 avril 2025 initiant la procédure contradictoire », c’est dire l’incurie, le laxisme de ce bailleur institutionnel qui a pourtant changé de gouvernance suite à l’éviction de Nora Preziosi, son ex-présidente visée par une enquête pour prise illégale d’intérêts : l’attribution en particulier d’un logement à sa mère, refait à neuf lui pour 40 000 euros de travaux surfacturés.

    Depuis 2020, 13 Habitat est visé par 9 arrêtés d’insalubrité dont deux Cité Louis-Loucheur. Pourquoi la Préfecture ne prononce-t-elle pas d’astreinte ou d’exécution d’office comme elle le fait pour les marchands de sommeil ? À quoi bon multiplier les arrêtés, communiquer sur la lutte contre l’habitat indigne si leur violation frontale reste sans conséquence ?

  • Propositions de campagne du Printemps marseillais

    Propositions de campagne du Printemps marseillais

    Solidarité : les propositions des communistes reprises

    Dans le programme présenté, de nombreuses propositions avaient été émises par les communistes. Ainsi des tarifs réduits pour les parents isolés pour leur permettre de profiter de toutes les opportunités offertes par la Ville, la création d’une mutuelle municipale… « Si nous sommes des milliers, nous pourrons mécaniquement faire baisser les prix, faire du rapport de force », explique Benoît Payan. S’ajoutent aussi l’accès pour tous à un centre de santé non lucratif à proximité de son domicile, la création d’une charte du relogement pour les familles de victimes.

    Logement : Mille places d’hébergement d’urgence

    Rappelant le drame de la rue d’Aubagne – « la justice de ce pays est passée et reviendra une fois de plus » – Benoît Payan se félicite de voir le nombre d’agents passés d’un demi-temps plein à 170 personnes. Le programme pousse encore pour l’encadrement des loyers qui n’a pu être mis en place, la création d’un gendarme du logement, la mise en place de baux solidaires, la création de 1 000 places d’hébergement d’urgence.

    Sécurité : doubler la police municipale

    Cela faisait partie des premières annonces de la campagne : le Printemps marseillais veut doubler les effectifs de la police municipale. « Ce n’est pas très difficile, puisque nous l’avons déjà fait », sourit le maire, rappelant qu’en un mandat autant de policiers ont été embauchés qu’en cinquante ans. « Nous allons mettre des commissariats dans chaque arrondissement, avec des policiers qui vont au contact de la population », promet-il encore. Assurant que cette politique de sécurité doit s’appuyer aussi sur le rétablissement des services publics, « un retour de la République pleine et entière ».

    Éducation : 15 000 repas gratuits

    Priorité affichée du premier mandat, la réalisation de 27 écoles est mise en avant par le maire. « Nous sommes la seule ville de France à avoir construit autant d’écoles en un mandat », défend-il. Et de promettre de porter le montant du kit scolaire à 150 euros, de passer de 10 000 à 15 000 repas gratuits dans les cantines comme le proposait le PCF, de proposer 15 000 petits-déjeuners gratuits aux écoliers. « Nous avons fait l’expérience dans une école de Belsunce, non seulement l’attention en classe, mais aussi les résultats scolaires se sont améliorés. Ce n’est pas qu’une question de dignité, mais aussi une question essentielle de développement humain », applaudit Benoît Payan.