La Marseillaise : En quoi la facturation électronique irait-elle à l’encontre du droit ?
David Guyon : Il y a deux idées. D’abord on va avoir un contrôle de type fiscal, automatique en temps réel avec une collecte importante de données à destination de l’administration fiscale. Cela peut porter atteinte à la liberté d’entreprendre et au secret professionnel. Car sur la facturation, vous devez définir la nature de la prestation réalisée, l’identité du client… Le conseil national des Barreaux avait questionné le gouvernement et le compromis mi-figue mi-raisin mis en place n’est pas satisfaisant. Second argument, la protection des données personnelles. On voit bien que les services de l’État sont de véritables passoires, avec des failles systémiques, sans aucun respect du Règlement général sur la protection des données (RGPD), ce qui est contraire au droit européen.
On part sur quelle procédure
et sur quelle durée ?
D.G. : Ce sera une procédure longue car si on voulait faire suspendre en urgence la facturation électronique on devrait démontrer que dans le cas particulier de nos clients, il y a un risque d’atteinte à leurs intérêts. Or ce risque n’est pas 100% sûr, le Conseil d’État ne suspendra pas pour des risques potentiels. La transposition du droit européen nous oblige à la réforme d’ici 2030 mais la France va plus vite (1er septembre 2026 : obligation de réception TPE/PME ainsi que d’émission des factures électroniques pour les grandes entreprises pour les TPE/PME d’ici un an). On ne sait pas comment ça va se passer pour un particulier qui aura besoin d’une facture après avoir fait appel à un restaurateur ou un artisan. Certains auto-entrepreneurs clôturent leur micro-entreprise car cette paperasserie administrative ne leur convient pas.
Quels types d’entreprises vous contactent ?
D.G. : On a déjà une dizaine de clients : auto-entrepreneurs, profession libérale médicale et des grosses entreprises de 300 salariés.
N’est-ce pas un bon moyen de lutte contre les fraudes à la TVA ?
D.G. : C’est clair que pour l’État la facturation électronique est un super moyen de s’assurer que la TVA due sera collectée. Vous organisez de manière préventive un contrôle fiscal à l’égard de toutes les sociétés qui jusque-là partaient sur du déclaratif. Là, on change de modèle. Les entrepreneurs en ont marre d’être fliqués par l’État. On aimerait un choc de productivité plutôt qu’un choc de contrôle de la productivité.
N’est-ce pas une évolution technologique inévitable ?
D.G. : Je combats un choix de société. En tant qu’avocat, je suis pour la liberté et la responsabilité qui va avec. Vous êtes libre d’optimiser votre fiscalité mais si vous ne respectez pas les règles du jeu, vous êtes sanctionnés sévèrement. Je ne suis pas sûr que cette réforme soit un bon signal envoyé à la population qui doit créer de la richesse.
![[Entretien] « Les entrepreneurs en ont marre d’être fliqués »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/08/6fb1d70725b4a01177d99f53b1f2b48b.jpg)








