Tag: redressement judiciaire

  • Deux offres de reprise pour le verrier Duralex

    Deux offres de reprise pour le verrier Duralex

    Les candidats avaient jusqu’à jeudi midi pour se manifester : deux ans seulement après sa reprise par les salariés sous forme de Scop (société coopérative et participative), Duralex joue à nouveau son avenir devant le tribunal de commerce d’Orléans. La verrerie de la Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret, placée en redressement judiciaire le 1er juin dernier pour cause de « tensions de trésorerie », cherche un repreneur.

    Parmi les candidats révélés à l’heure où nous écrivons ces lignes, le groupe français Carlesimo, spécialisé dans la fonderie et la transformation de matériaux, qui avait annoncé à ICI Orléans le 10 juillet dernier être « prêt à investir cinq millions d’euros de fonds propres pour relancer Duralex ». Mais aussi l’entrepreneur Cédric Meston, qui a racheté Tupperware France l’an dernier et s’était également positionné sur Brandt, en vain.

    Quand Jean-Christophe Chanjou, le fondateur d’APAr, a indiqué se retirer de la course estimant, ce jeudi matin sur BFM Business que « le niveau d’investissement à réaliser pour remettre l’entreprise à niveau nous semble démesuré ». « Le critère fondamental, c’est la viabilité, est-ce que je peux tenir mes engagements, payer les salaires, mes créanciers. Les hypothèses que j’ai faites pour sortir l’entreprise de l’eau me semblent avec mes moyens pas réalisables », a-t-il précisé sur la chaîne.

    250 salariés dans l’incertitude

    Pour les 250 salariés du site c’est une nouvelle période d’incertitude qui s’ouvre. C’est la troisième fois en six ans – et la cinquième en moins de vingt ans – que l’emblématique verrerie fondée en 1945 est placée en redressement judiciaire. 60% des travailleurs de l’usine avaient investi dans la coopérative, soutenue, y compris financièrement, par la région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole.

    « Il n’est pas envisageable qu’une nouvelle industrie en France connaisse le même sort que toutes les autres avec ses milliers de travailleuses et de travailleurs et leur famille jetés à la rue ! À l’image de Brandt et de ses 700 travailleuses et travailleurs, la casse industrielle, le chômage de masse et la perte de souveraineté dans la production industrielle n’ont que trop duré. Les salariés ne sont pas des variables d’ajustement et ne veulent plus perdre leur vie à essayer de la gagner », alertait il y a un mois déjà dans un communiqué l’UD CGT 45.

    Pour le syndicat, « l’industrie verrière a un avenir en France et l’engouement de la population française et mondiale pour cette marque emblématique Duralex, symbole du “made in France” est porteur de perspectives solides et viables ». En atteste la levée de fonds lancée à l’automne dernier avait enregistré près de 20 millions d’euros de promesses d’investissement d’environ 20 000 particuliers. Si les Français sont attachés aux verres incassables qui évoquent l’enfance, les investissements pour sauver l’outil de production et ses salariés sont nécessaires. L’audience est prévue le 17 septembre prochain.

  • Fibre Excellence : « Ni fermeture ni abandon » pour la CGT

    Fibre Excellence : « Ni fermeture ni abandon » pour la CGT

    « Si la liquidation du site de Tarascon devait être confirmée, une lourde responsabilité politique reste incontournable : celle d’un État qui refuse d’assumer son rôle de stratège industriel alors même qu’une solution de reprise existe » : le message de la CGT alors que le tribunal de commerce doit rendre sa décision ce mardi.

    L’audience de lundi, qui a retoqué la proposition de reprise portée par Matthieu Pigasse et affirmé qu’aucune offre existait pour le site de Tarascon, avant de vouloir examiner une nouvelle offre pour Saint-Gaudens, a provoqué une « profonde inquiétude et révolte » de la CGT.

    « Depuis des mois, les salariés et leurs représentants ont accompli un travail considérable pour préserver l’activité et ils ont contribué à bâtir un projet industriel crédible, à identifier un repreneur français solide, à élaborer un plan de diversification de l’activité et à sécuriser des engagements financiers », martèle le syndicat avant d’asséner : « Là où l’État aurait dû être moteur, ce sont une nouvelle fois les salariés qui ont pris leurs responsabilités ».

    Pour la CGT, l’affaire dépasse le seul cas de Fibre Excellence. Elle y voit un « abandon préoccupant » de l’État face aux fermetures industrielles et aux délocalisations des productions à l’étranger et souligne l’importance de la filière bois-papier-carton, « tant du point de vue industriel qu’environnemental ».

    Elle appelle donc l’État à utiliser le délai accordé pour le site de Saint-Gaudens « pour rechercher toutes les solutions permettant de consolider le projet industriel » et « d’empêcher la disparition du site de Tarascon ». Sans quoi, le syndicat prévoit de soutenir pleinement les mobilisations à venir.

    Andréa Goyard-de Castro

  • Le golf de Digne placé en redressement judiciaire

    Le golf de Digne placé en redressement judiciaire

    Les vœux de la mairie de Digne, suspendue à la décision du tribunal de commerce, ont été exaucés mardi : le golf de Digne a été placé en redressement judiciaire et a ainsi évité la liquidation. L’équipement sportif, d’une grande importance pour la ville préfecture, avait déjà été placé en cessation de paiement, sur fond de conflit entre les gérants, en instance de divorce.

    « Je suis heureuse de pouvoir restructurer avec d’autres partenaires », a rapidement réagi la directrice générale du golf, Laëtitia Cinquini Bataillé, après la décision du tribunal. « Cette procédure est destinée à favoriser le rebond de l’entreprise et nous travaillons déjà avec les organes désignés par le tribunal en faveur d’une restructuration fructueuse », a-t-elle ajouté dans un communiqué signé de l’équipe du golf.

    La directrice générale accusait le groupe Adonis, présidé par son ex-compagnon, d’avoir cessé de la soutenir et de l’avoir privée des « moyens nécessaires pour faire face aux besoins indispensables à la poursuite de ses projets », mettant ainsi « en grandes difficultés les exploitations », selon elle.

    « Cette scission intervient dans un contexte de divergence stratégique entre associés : Pascal Bataillé, président du Groupe, a décidé de ne plus suivre Laëtitia Cinquini Bataillé et de réorienter ses investissements vers d’autres projets entrepreneuriaux, mettant ainsi un terme à la stratégie qu’ils avaient initialement construite ensemble », écrivait-elle jeudi dans un communiqué largement relayé sur Facebook. Elle y affirmait « poursuivre seule les efforts nécessaires pour maintenir à flot les entreprises créées conjointement, notamment celle du golf et ainsi préserver l’activité, les emplois et honorer les engagements pris ». Selon elle, « l’absence de soutien financier et opérationnel du groupe a progressivement placé le golf dans une position devenue extrêmement fragile ».

    « Des pertes structurelles »

    Le président du groupe Adonis, son ex-compagnon Pascal Bataillé, lui a répondu par voie de communiqué lundi soir : « Face aux difficultés rencontrées par certains établissements du groupe, une réflexion stratégique a été engagée dès l’automne 2025, visant à recentrer nos investissements sur les activités pérennes et à prendre les décisions nécessaires lorsque certains sites présentent, de manière durable, des pertes structurelles. »

    Les salaires des employés du golf ne seraient plus payés depuis début juin, selon la mairie de Digne, qui est liée à la société gestionnaire du golf par un bail à construction. La mairie « agira avec détermination pour favoriser la recherche de nouveaux investisseurs ou repreneurs, afin d’envisager la sauvegarde du golf, le maintien des emplois et la pratique sportive de façon pérenne », a-t-elle fait savoir dans un communiqué, mardi soir.

  • Le site de Tarascon presque condamné, Saint-Gaudens en sursis

    Le site de Tarascon presque condamné, Saint-Gaudens en sursis

    Le tribunal de commerce de Toulouse a tranché lundi : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse pour l’entreprise de pâte à papier Fibre Excellence est rejetée. Un coup de massue pour les 670 salariés de l’enseigne, placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier. C’est le maintien des « conditions suspensives », qui rendent, d’après la juridiction, « l’offre irrecevable », a rapporté Christophe Clerc, avocat du Comité social et économique (CSE) de la société.

    La proposition de l’homme d’affaires était en effet subordonnée à plusieurs conditions adressées à l’État. Parmi elles : le rachat à meilleur prix de l’électricité produite par les turbines de l’entreprise et la réintégration du fabricant dans le système européen des quotas carbone. Des exigences que le gouvernement ne lui a pas accordé, comme le suggéraient les récentes déclarations de Roland Lescure, ministre de l’Économie, qui assurait, mardi dernier à l’Assemblée, que « l’offre [n’était] pas au niveau ». « L’offre demande une aide supplémentaire de l’État, sans doute de plus de 100 millions d’euros : donc au-delà des 100 millions que nous sommes déjà prêts à mettre et des 90 millions d’euros qui ont été apportés à cette entreprise, contre un investissement du repreneur [Matthieu Pigasse, Ndlr] de 5 misérables millions d’euros. (…) Aujourd’hui, le compte n’y est pas », avait souligné le ministre. « Cette déclaration est indigne de la part du ministre, qui s’acharne à décrédibiliser cette offre par pur calcul politicien », s’était alors indigné la CGT, dans un communiqué.

    Le tribunal a requis la liquidation du site de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, qui emploie environ 275 personnes. Le site de Saint-Gaudens a lui obtenu un sursis inespéré de deux jours, un nouvel industriel s’étant manifesté pour sa reprise.

    Une offre à « consolider »

    Le nouveau candidat, qui souhaite rester anonyme, doit désormais consolider son dossier avant la prochaine audience, mercredi 29 juillet. « Il y a un nouvel industriel qui a fait une lettre d’intention qui donne une caution de deux millions d’euros pour gagner du temps. Mais rien n’est fait », a souligné Sébastien Oustric, représentant CGT des salariés de Saint-Gaudens, à l’issue de l’audience, lundi matin. Sébastien Martin, ministre délégué en charge de l’Industrie, a confirmé l’existence dudit repreneur, qu’il assure avoir rencontré, ce week-end, aux côtés de Carole Delga, présidente (PS) du conseil régional d’Occitanie. « Mes services, en lien avec la Région, vont se mobiliser pour voir de quelle manière cette offre peut être consolidée », a-t-il ajouté.

    Dernière usine de pâte à papier française, Fibre Excellence représente, en plus de ses 675 salariés, près de 10 000 emplois indirects d’après la CGT. « Si l’État ne suit pas, c’est lui seul qui condamne la filière et les milliers d’emplois qui en découlent », concluait le syndicat dans un communiqué, la semaine dernière.

  • Fibre Excellence : un ultime délai pour l’offre de reprise

    Fibre Excellence : un ultime délai pour l’offre de reprise

    Le tribunal de commerce de Toulouse a repoussé au 27 juillet l’examen de l’offre de reprise de Fibre Excellence déposée par Matthieu Pigasse, accordant un ultime sursis au groupe papetier en redressement judiciaire. Ce délai doit permettre de « demander à l’État des ajustements techniques pour sauver toute une filière, deux usines et des emplois », a expliqué Matthieu Levieille, directeur général de Combat Holding.

    Le tribunal a prévenu qu’il s’agissait de la « dernière » offre pour les usines de Saint-Gaudens et de Tarascon, à l’arrêt depuis avril, selon Cédric Bye, délégué CGT. Le syndicat réclame un soutien de l’État sur l’approvisionnement en bois, les quotas carbone et le prix de l’électricité.

    « Reprendre les échanges » avec Bercy

    Combat Holding, à la tête d’un consortium d’investisseurs, dit avoir eu peu d’échanges avec le ministère. « On attend de l’État une saisie très rapide du dossier », a insisté Matthieu Levieille. À Bercy, l’entourage du ministre Sébastien Martin renvoie toutefois la balle au repreneur : les collectivités ont précisé leur soutien, mais Matthieu Pigasse doit « transformer les promesses en financements ».

    Déposée à la dernière minute, l’offre prévoit la reprise du groupe et de ses 660 salariés pour un euro symbolique, accompagnée de 107 millions d’euros d’investissements. Le projet vise aussi à préserver entre 5 000 et 10 000 emplois indirects dans la filière bois et papier. Le financement repose sur Combat Holding, des fonds régionaux, des aides énergétiques ainsi que des prêts publics et bancaires. « C’est un actif industriel unique à préserver », a souligné Matthieu Levieille. Le plan d’affaires devrait s’étaler en quatre phases jusqu’en 2035.

  • Entre espoir et inquiétudes à Fibre Excellence après l’ultime report

    Entre espoir et inquiétudes à Fibre Excellence après l’ultime report

    « Hier au tribunal, ça n’a pas non plus été la joie », résume Frédéric Sanchez, secrétaire général CFDT de Fibre Excellence Tarascon, lors de l’assemblée générale des syndicats qui s’est tenue sur le parking de l’entreprise ce mardi 7 juillet. La veille, le tribunal de commerce de Toulouse a en effet repoussé jusqu’au lundi 27 juillet prochain l’examen de l’offre de reprise déposée par le financier Matthieu Pigasse (notre édition de ce mardi 7 juillet).

    Un report qui a été expliqué par les représentants syndicaux à la centaine de salariés présents, à l’ombre du garage à vélos et à motos, certains en tenue de travail, l’usine étant en service minimum, d’autres en claquettes ou en habits de ville, une partie des employés ayant été mise au chômage partiel. « Ils ne comprennent pas qu’il y a les mêmes conditions suspensives que dans l’offre précédente. Alors que sans elles, il ne peut pas y avoir de rentabilité dans un premier temps. Mais ils ont reconnu que le plan de financement est OK. Ça va être difficile, mais les juges font tout pour qu’on s’en sorte, donc on garde espoir », poursuit Frédéric Sanchez.

    En effet, dans son offre, le milliardaire demande à l’État une revalorisation du prix de l’électricité, un meilleur accès au bois qui sert à fabriquer la pâte à papier ainsi que la réintégration des quotas carbone. « Ces choses ne sont vraiment pas infaisables. Si l’État veut, l’État peut », insiste Jean-Michel Bulinge, secrétaire CGT du site.

    À l’AFP, le bras droit de l’investisseur, Mathieu Levieille, assurait ce lundi 6 juillet, en sortie d’audience, que le délai servirait à « demander à l’État des ajustements techniques pour sauver toute une filière, deux usines et des emplois ». S’il confirme que des discussions ont bien eu lieu autour de cette offre de plus de 100 millions d’euros, il ajoutait qu’il avait « obtenu des temps de parole qui ont été assez limités avec le ministère à Bercy ». Pour rappel, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire en avril dernier. L’actionnaire principal, un homme d’affaires indonésien, s’était retiré. 10 000 emplois directs et indirects sont en jeu entre le site de Tarascon et celui de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

    « On pourra reprendre quand ? »

    « Tout est désormais dans les mains du gouvernement », confirme Jean-Michel Bulinge. Il interroge les personnes présentes pour savoir si elles sont prêtes à « se mobiliser pour mettre la pression à l’État afin qu’il fasse le nécessaire ». Et de confirmer que la prochaine échéance au tribunal « sera bien la dernière », qu’il faut qu’ils « se montrent de plus en plus » et qu’« il y a de nombreux soutiens, notamment les sous-traitants et les fournisseurs qui en pâtiraient aussi ». Une mobilisation dans une ville de la région est envisagée pour les semaines à venir. Tandis que le responsable syndical FO, Florian Berthon, plaide à nouveau pour une nationalisation au moins temporaire « pour reprendre au plus vite, car chaque jour, tout le monde perd de l’argent ».

    Après ces quelques minutes de rappel de la situation, les quelques dizaines de salariés présents n’ont pas hésité à interroger leurs représentants syndicaux sur l’avenir que laisse entrevoir ce projet, qui prévoit aussi une diversification. « Pour l’heure, c’est un plan en quatre phases. Avec des modifications vers 2028, car il faut des études, notamment pour modifier les lignes de production », précise le responsable CGT.

    Des interrogations aussi sur le court terme. « Je dois savoir si je peux garder mes enfants en août ou non. Il faut que je sache, si jamais le tribunal donne son accord, on pourra reprendre quand ? », demande une salariée. « Je dois donner les plannings à la crèche à l’avance », ajoute un autre. « Pour moi, pas avant octobre. Il devrait, si c’est bon, y avoir une reprise progressive », répond le responsable CGT. D’ici là, les salariés vont donc devoir attendre au moins trois semaines. La décision ne sera sans doute pas rendue le 27 juillet. Le tribunal aura, à partir de cette audience, au maximum 15 jours pour rendre sa décision.

  • Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Le silence a remplacé le bruissement des pages. Ce vendredi 3 juillet, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire du groupe Sauramps, refermant une histoire commencée en 1946 et transmise de génération en génération de lecteurs. Dans les couloirs du tribunal, comme devant les vitrines désormais figées, la stupeur avait pourtant quelque chose d’attendu : depuis des mois, la grande librairie du Triangle se vidait, ses rayons se clairsemaient, ses salariés travaillaient dans l’incertitude et les clients cherchaient en vain les nouveautés qui ne pouvaient plus être commandées.

    Placée en redressement judiciaire à la mi-juin, l’enseigne n’aura bénéficié que d’un court sursis. Aucun repreneur crédible ne s’est manifesté. Les pertes, évaluées autour de 4 millions d’euros, ont emporté les derniers espoirs d’un plan de continuation. À Montpellier, 48 salariés sont concernés. À Alès, six autres voient disparaître une librairie ouverte depuis vingt-quatre ans. Derrière le mot froid de « liquidation », il y a des métiers, des visages, des conseils donnés entre deux étagères, des paquets cadeaux de fin d’année, des livres glissés entre deux générations.

    Dans un message d’adieu publié par les équipes, l’émotion affleure à chaque ligne. « Après 80 ans d’existence au cœur de Montpellier et 24 ans au cœur d’Alès, les librairies Sauramps tournent une page avec beaucoup d’émotions », écrivent les salariés, remerciant « lectrices, lecteurs de tous âges, de tous horizons » pour leur fidélité, et saluant « le travail formidable des libraires » qui ont partagé leurs coups de cœur « avec passion ».

    Un gâchis social et culturel

    Sauramps n’était pas seulement un commerce. C’était une adresse populaire du livre, un lieu où l’on venait flâner, choisir un roman, chercher un manuel, discuter d’un auteur, croiser la ville. Sa disparition dit quelque chose de la fragilité d’une culture de proximité quand les charges explosent, quand les locaux vieillissent, quand les grandes plateformes imposent leur rythme et quand les pouvoirs économiques laissent les salariés porter seuls l’angoisse de l’effondrement.

    Après la décision du tribunal, la Région Occitanie et Montpellier Méditerranée Métropole ont assuré rester « plus que jamais mobilisées pour l’avenir de Sauramps ». Carole Delga, Michaël Delafosse et Christian Assaf disent apporter leur « soutien renouvelé » à la direction comme aux salariés « durement touchés ». Surtout, les collectivités veulent maintenir une perspective : « l’histoire de Sauramps n’est pas terminée », affirment-elles, en indiquant travailler depuis plusieurs semaines à un nouveau projet porté par David Lafarge, directeur général du groupe, en lien avec l’actionnaire principal François Fontès.

    L’enjeu est désormais de construire, « dans les prochaines semaines », une offre de reprise autour d’un projet « largement repensé et économiquement viable ». Plusieurs scénarios seraient en cours. La Région et la Métropole promettent d’accompagner cette reprise si elle se concrétise, au nom d’une marque jugée « emblématique » de la politique du livre à Montpellier et du rayonnement culturel régional. Une lueur, donc, mais qui ne doit pas masquer la violence du jour : 54 salariés se retrouvent au bord du vide.

    Le commerce fragile des idées

    La chute n’est pas née d’hier. Déjà sauvée en 2017 après un précédent redressement judiciaire, la librairie avait été reprise par l’architecte montpelliérain François Fontès, via Amétis. Depuis, plusieurs tentatives de relance n’ont pas suffi. Ces derniers mois, l’absence de trésorerie, les difficultés d’approvisionnement, le poids du magasin du Triangle et la perte progressive de confiance ont transformé l’institution en navire à quai. Même la Comédie du livre, rendez-vous historique du paysage littéraire montpelliérain, s’est déroulée sans elle cette année : un symbole de trop.

    Cette liquidation s’inscrit dans un secteur déjà secoué : Gibert, Furet du Nord, Decitre… les grandes enseignes du livre physique traversent une zone de tempête. Mais à Montpellier comme à Alès, la blessure est singulière. Sauramps faisait partie du décor mental des villes, de ces lieux où la culture se feuillette sans rendez-vous. Une librairie n’est jamais seulement une caisse enregistreuse : c’est un service public sans statut, tenu par des salariés passionnés, souvent peu payés, mais essentiels à la circulation des idées.

    Ce vendredi de juillet, l’année des 80 ans de Sauramps s’achève donc sur une liquidation. Peut-être pas sur une disparition totale, si le projet de reprise annoncé par les collectivités aboutit. Mais la page qui se tourne aujourd’hui, elle, est bien réelle : écrite non par les lecteurs, mais par les comptes, les loyers, les choix de gestion et l’impuissance collective à préserver, à temps, un bien commun. À Sauramps, les livres n’ont jamais manqué d’histoires. En espérant que la sienne puisse encore trouver une fin heureuse.

  • Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Après avoir été sauvée, en 2017, d’un premier placement en redressement judiciaire, la librairie historique de Montpellier, en proie depuis plusieurs mois à une lente agonie, pourrait bien, cette fois, ne pas en réchapper.

    Placée en redressement judiciaire le 15 juin à la demande de son propriétaire, l’architecte François Fontès, Sauramps, qui emploie 54 salariés (47 à Montpellier et 7 à Alès), a rendez-vous avec son avenir ce 3 juillet au tribunal de commerce de Montpellier, au terme d’une période d’observation de 3 semaines.

    « L’administrateur n’a pas communiqué grand-chose, mais il confirme que la situation financière est catastrophique. Vu que nous n’avons plus d’actifs, plus de stocks, geler la dette ne suffira pas à relancer l’entreprise s’il n’y a pas de réinvestissement. Comme M.Fontès ne réinjecte pas et que personne, à ma connaissance, ne s’est manifesté de l’extérieur pour investir dans la boîte, on court tout droit à la liquidation », assure un salarié qui a souhaité rester anonyme. « Il y a 95% de chances qu’elle soit demandée à l’audience ce 3 juillet au matin. Si elle est prononcée, ça va être violent dans le timing : le magasin n’ouvrira pas, les salariés seront priés de rentrer chez eux et c’est fini », confie-t-il.

    La Métropole

    et la Région en soutien

    « Dans le projet présenté au tribunal de commerce, François Fontès avait fait une demande de redressement judiciaire en parlant d’un projet de relance avec uniquement 15 employés [sur 54 Ndlr], sur la partie basse du magasin. Mais je crois qu’il est revenu dessus, qu’il ne demandera pas la prolongation de la période de redressement et qu’il prendra acte de la situation », livre le salarié.

    Sauramps disparaîtrait alors bel et bien du paysage du livre à Montpellier comme à Alès. Implantée depuis 1946, cette librairie indépendante, qui fête cette année ses 80 ans, était pourtant devenue un repère, une institution à Montpellier. Elle n’échappe hélas pas à une crise plus large qui frappe le secteur, à l’instar des enseignes les plus illustres de la librairie en France, comme Gibert, Decitre ou Le Furet du Nord, elles aussi placées en redressement judiciaire.

    Il n’est toutefois pas interdit d’espérer encore. D’autant que dès l’annonce du placement en redressement judiciaire, la Métropole de Montpellier comme la Région Occitanie ont fait savoir qu’elles étaient « pleinement engagées » pour la sauvegarde de Sauramps. « Plus que jamais, face aux assauts des populismes et des dogmatismes aveugles, nous avons besoin dans nos villes de ces véritables “commerces des pensées” que sont les librairies indépendantes », déclarent dans un communiqué commun les deux collectivités, qui « travaillent de concert avec l’actionnaire et la direction pour sauvegarder cette librairie et faire émerger un projet viable ». Si seulement…

    Amélie Goursaud

  • À Montpellier, Sauramps joue son avenir

    À Montpellier, Sauramps joue son avenir

    Gros coup de massue pour le monde du livre à Montpellier. Sauramps, librairie historique de la capitale héraultaise fondée en 1946, a été placée, le 15 juin, en redressement judiciaire à la demande de son propriétaire et actionnaire principal, l’architecte François Fontès. Une issue qui semblait hélas inexorable au regard des grosses difficultés financières – les pertes cumulées s’élèveraient à plus de 3,5 millions d’euros -rencontrées par l’entreprise, qui possède également un magasin à Alès et emploie une cinquantaine de salariés. Sauramps n’échappe pas à la crise d’un secteur où les placements en redressement judiciaire se succèdent parmi les grands noms de la librairie : Gibert*, Decitre ou encore, dernièrement, Furet du Nord.

    Pour la première fois en 40 ans d’existence de la manifestation, la librairie indépendante montpelliéraine n’a pas été en mesure de participer à la Comédie du livre. Ces derniers mois, les rayons du magasin situé à deux pas de la place de la Comédie se sont peu à peu vidés faute de trésorerie pour les réapprovisionner, sous l’œil désolé des clients fidèles et des salariés impuissants. Début juin, ces derniers, rongés par l’incertitude sur le sort de leur entreprise, avaient alerté publiquement sur la situation de Sauramps lors d’une opération de tractage, dénonçant l’absence d’information dans laquelle ils étaient tenus et réclamant « des réponses claires ». Le placement en redressement judiciaire ouvre une nouvelle étape, sans que l’avenir de l’entreprise ne soit forcément condamné : Sauramps a déjà eu une seconde vie en 2017, au terme d’un redressement judiciaire qui avait abouti au rachat de l’entreprise par le groupe Ametis, de François Fontès.

    Dans le cadre de la procédure engagée, une période d’observation de trois semaines a été accordée à l’entreprise par le tribunal de commerce de Montpellier, qui a fixé une audience le 3 juillet. « François Fontès souhaite aboutir à un plan de continuité pour ne pas abandonner Sauramps », assure, dans Midi Libre, David Lafarge, directeur des librairies de Montpellier et Alès. De leur côté, la présidente de Région Carole Delga et le maire et président de la Métropole de Montpellier Michaël Delafosse ont immédiatement réagi dans un communiqué commun, se disant « pleinement engagés » pour sauver ce « patrimoine commun ». « La Région Occitanie et Montpellier Méditerranée Métropole travaillent de concert avec l’actionnaire et la direction pour sauvegarder cette librairie et faire émerger un projet viable », assurent les deux collectivités. « La procédure de redressement judiciaire, avec le travail des administrateurs et des mandataires judiciaires, sera une phase nécessaire pour qu’un rebond soit possible. »

    * La librairie Gibert de Montpellier
    n’est pas concernée.

  • Mini Green Power lance un appel à repreneurs

    Mini Green Power lance un appel à repreneurs

    Le combat continue pour Mini Green Power (MGP). Placée en liquidation judiciaire avec continuité d’activité depuis avril, la start-up hyéroise, spécialisée dans la conception et la réalisation de petites centrales modulaires visant à transformer les déchets locaux en énergie bas carbone et en biochar (matériau permettant de capturer le carbone dans le sol et de lutter contre les émissions de CO2) veut encore croire à sa survie.

    Une situation qu’elle impute à la rupture de son principal partenariat commercial avec l’entreprise Suez, qu’elle a décidé d’assigner en justice. Créée en 2014, revendiquant 11,2 millions d’euros de chiffres d’affaires et 2 millions d’euros de bénéfice en 12 ans, « la société était en plein décollage avec plus de 55 millions d’euros de commandes signées. Elle prévoyait de réaliser 9 millions d’euros de CA en 2026, 20 en 2027 et espérait dépasser les 300 en 2031. Cet élan a été coupé par un changement de stratégie chez Suez alors que le partenariat était en plein déploiement », dénonce-t-elle. Cela se serait matérialisé par le non-paiement de la totalité d’un contrat estimé à 53,5 millions d’euros par Suez, et l’annulation d’un deuxième contrat à 50 millions qui découlait du premier. MGP soupçonnait par ailleurs Suez de vouloir attendre sa faillite « pour bénéficier gratuitement des 38 brevets constituant [sa] technologie innovante ».

    Des discussions mais

    rien n’est encore ficelé

    Des faits que conteste Suez, dont la direction affirmait en avril dans nos colonnes avoir mis fin au partenariat « face aux dérives constatées des coûts et du calendrier », arguant avoir réglé « l’intégralité des sommes dues à MGP dans le respect des contrats signés, y compris à l’issue de la résiliation », et affirmant que « les brevets de MGP restent en particulier la propriété de cette société ».

    Déjà sujette au redressement en 2023 suite à un incendie dans son atelier, l’entreprise, qui emploie 22 personnes (18 CDI, 4 contrats d’alternance), a lancé, le 11 juin, un appel à repreneurs qui court jusqu’au 2 juillet. « Je suis persuadé que l’entreprise peut rebondir : nous disposons de 38 brevets valables dans 10 pays, d’une équipe de collaborateurs experts et d’une technologie validée dans un secteur en pleine croissance. L’équipe est unie et très engagée », soutient Jean Riondel, son fondateur-dirigeant. Ce dernier souhaite ainsi poursuivre l’aventure avec « un repreneur désireux de poursuivre le développement de l’entreprise et de servir les clients prêts à s’engager dans la décarbonation grâce à notre technologie ».

    Alors que la procédure de liquidation se poursuit jusqu’au 2 septembre, MGP dit être entré en discussions avec plusieurs entités, même si pour l’heure, rien n’est encore ficelé. « Douze années de travail ont construit quelque chose de réel à haute valeur ajoutée à moyen et long terme. La planète a besoin de technologies ambitieuses et propres. La France a besoin de solutions concrètes pour ses déchets, ce besoin est universel », appuie Jean Riondel, déterminé à trouver une solution pérenne.