Tag: quartier

  • Les Minots disposent d’un complexe flambant neuf

    Les Minots disposent d’un complexe flambant neuf

    Au cœur du quartier Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille, se cache désormais un trésor bien gardé. Celui d’un complexe sportif flambant neuf, nommé en hommage à Félix-Weygand, militant syndicaliste et Résistant, qui va profiter à l’association des Minots de Marseille. Cette dernière est née en 2020 de la fusion des clubs du CA Saint-Just et de l’USC Minots du Panier. L’association y dispose de son siège, son bureau administratif et son club-house, permettant d’accueillir chaque semaine ses 610 adhérents pour des rencontres et des entraînements.

    En plus du terrain de football à onze déjà existant, le site s’enrichit d’un nouveau terrain annexe, dédié à la pratique du football à huit, et d’un nouveau terrain de futsal en plein air, unique à Marseille. Il a été co-financé par la Ville de Marseille, la Fondation Treizième Homme de l’Olympique de Marseille représenté par le président Pablo Longoria, la Fondation CMA CGM et la Ligue Méditerranée de Football, représentée par Éric Borghini. Avec la rénovation des vestiaires, de la tribune et des deux terrains synthétiques, la Ville de Marseille a investi près d’1,5 million d’euros pour finaliser le complexe, comptabilisé parmi les 28 équipements sportifs rénovés ou reconstruits depuis 2020.

    « Les éducateurs

    nous comprennent »

    « On est très fiers d’être doté de telles infrastructures », se réjouit Guillaume Boina, président des Minots de Marseille, le club qui compte le plus de licenciés en futsal au sein de la cité phocéenne. « Notre objectif, aujourd’hui, est de pérenniser nos activités, parce qu’on a évolué très vite. Nous mettons un point d’honneur à être un acteur social important dans la vie de notre territoire via des actions que nous réalisons, comme des forums pour l’emploi avec des acteurs du monde sportif », souligne le dirigeant, animé par le désir de permettre aux jeunes des quartiers avoisinants de devenir « de bons citoyens ».

    « Le sport est le meilleur vecteur d’insertion sociale pour nos jeunes, surtout quand on connaît la délinquance présente dans notre ville », martèle Salim, éducateur socio-sportif en charge de la catégorie U9 (moins de 9 ans), conscient que le football a permis à certains de connaître une autre vie et, ainsi, « s’éloigner du mauvais chemin ».

    « Le football, ça commence petit et ça commence dans de la dignité. On y apprend la vie, mais on doit l’apprendre dans de bonnes conditions. Pour nous, les conditions dans lesquelles on apprend le football sont essentielles », développe Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille, fier de « refaire ce qui avait été laissé comme ça, de manière un peu indigne », pour la jeunesse phocéenne.

    « Pendant des années, ce côté social s’est éteint et, aujourd’hui, les clubs de foot arrivent à raviver cette flamme-là. C’est important d’utiliser ce sport populaire et aimé de tous pour pouvoir aider un maximum de jeunes et les tirer vers le haut », ajoute Salim, lucide sur le fait qu’une association comme les Minots de Marseille dépasse les frontières du sport. Le club s’investit au quotidien dans de nombreux projets sociaux comme l’aide aux devoirs, des formations d’encadrement et d’arbitrage, des actions solidaires, ou encore à travers des opérations de sensibilisation pour la lutte contre le harcèlement et la violence dans le sport. « Les éducateurs nous comprennent », insiste Jawad, 13 ans, reconnaissant du travail qu’accomplissent les éducateurs au quotidien. Salim était son entraîneur, il y a quelques années, et a eu un impact dans sa vie. « C’est comme mon grand frère », lance le jeune homme.

  • Des femmes et des lions veillent désormais sous le pont

    Des femmes et des lions veillent désormais sous le pont

    C’était un lieu sans charme. « Un peu glauque, pas très rassurant de nuit », se souvient Farah Ajili, alias Fahrenheit. Un passage bétonné tout gris, frontière imaginaire entre le quartier de Figuerolles et la cité Gély, le quartier gitan de Montpellier. En le traversant, l’idée est venue à Farah de redonner vie à cet endroit. De créer du lien en couleurs. « Je voulais remettre de la luminosité sous ce pont et permettre aux femmes de se le réapproprier, qu’il soit un peu leur espace et qu’elles n’aient plus peur de le traverser le soir », explique la jeune femme, qui décide d’associer à son projet une autre artiste peintre muraliste, Amélie Béral, spécialisée dans la peinture animalière.

    Soutenues par l’association Ademass, implantée à Figuerolles et qui les aidera notamment à obtenir les autorisations nécessaires, les deux artistes se lancent, chacune d’un côté de la route, dans une fresque monumentale (6 mètres de haut sur 12 de long) à dominantes bleu et orange, couleurs de Montpellier.

    Trois femmes, trois parcours de vie

    Fahrenheit, déjà à l’origine d’une belle fresque d’hommage aux licières* à l’entrée de Lodève, choisit de réaliser, à partir de photographies, les portraits en noir et blanc de trois femmes du quartier. À gauche, Eda. « C’est ma muse. Je la peins un peu partout depuis que j’ai commencé. On peut trouver son portrait à Marrakech, en Allemagne, à Paris… C’est une femme qui vit actuellement à la Paillade, qui a une très belle plume et dont le parcours de vie m’a beaucoup touchée. Elle a travaillé avec l’association Ademass sur la “grande parade métèque”, ce qui crée un lien avec le quartier. Je me suis donc dit qu’elle avait sa place sous ce pont », confie Fahrenheit.

    Le portrait situé au centre de la fresque représente Ornella Dussol, à la fois comédienne et médiatrice au théâtre du quartier, La Vista. « C’est une femme qui a un peu bouleversé les codes de sa communauté. On n’a pas l’habitude de voir une gitane dans ce milieu-là. Elle a permis d’introduire au théâtre La Vista beaucoup de connaissances sur la communauté gitane et de briser certains stéréotypes ».

    La troisième femme, plus âgée, s’appelle Marie. « Je ne l’ai pas rencontrée mais on m’a beaucoup encouragée à la peindre. C’est une femme qui, pendant plus de 20 ans, a nourri beaucoup de monde dans le quartier. Elle faisait de la cuisine qu’elle mettait à disposition. Elle a habité pendant longtemps à deux maisons du pont, avant d’être atteinte de la maladie d’Alzheiemer et d’aller vivre dans sa famille à la cité Gély ».

    Trois femmes, trois parcours de vie, trois figures du quartier en miroir desquelles Amélie Béral a peint trois lions, reflet de « l’énergie de ces femmes fortes ». Mais aussi référence aux statues de lions qui ornaient le parc de la Guirlande, auxquelles les habitants étaient attachés et dont les têtes ont été détruites par le passé.

    Fruit d’un projet entièrement bénévole, ces deux fresques, réalisées du 13 au 18 octobre, sont offertes par les artistes à la Ville. Elles seront inaugurées en présence des habitants à l’occasion d’une soirée festive vendredi 21 novembre à partir de 17h30, rue du Faubourg Figuerolles.

    * Femmes de harkis qui ont tissé, à partir de 1964, des tapis d’exception pour le Mobilier national

  • La barre de la Lèque et des immeubles bientôt démolis à Port-de-Bouc

    La barre de la Lèque et des immeubles bientôt démolis à Port-de-Bouc

    Arrivée il y a peu à la tête de 13 Habitat, la nouvelle direction du plus important bailleur social des Bouches-du-Rhône arpente le terrain. Ce jeudi 20 novembre, c’est à Port-de-Bouc que le président Jean-Marc Perrin et Damien Vanoverschelde, à la tête de son équipe technique, se sont arrêtés. « On essaie d’aller vers nos plus gros patrimoines comme à Miramas, à Port-Saint-Louis-du-Rhône ou ici, où on gère 1 400 logements », explique le successeur de Nora Preziosi qui rappelle : « 13 Habitat, ce sont 526 résidences réparties sur 73 communes et 34 000 logements. »

    Dans la commune de 16 000 habitants, qui compte 42% de logements sociaux, le bailleur gère quatre quartiers et y mène des projets structurants financés par l’Agence nationale de pour la rénovation urbaine (Anru), suite à la signature de la convention en avril 2023.

    À la Lèque, la grande barre de 71 appartements doit être détruite par grignotage dans les mois qui viennent. « On s’organise pour que ce soit fait au cours du premier semestre 2026, détaille Damien Vanoverschelde, directeur général de 13 Habitat. Il reste une famille qui y vit, pour laquelle on est en train de finaliser le relogement. »

    Du logement étudiant

    La tour à proximité sera quant à elle réhabilitée. « Une fois la barre tombée, on construira trois petits immeubles d’Action Logement pour le 1% patronal [à destination des salariés du privé, Ndlr], de nouvelles rues perpendiculaires vont traverser le quartier, ce sera plus sympa, plus aéré », se projette le maire Laurent Belsola (PCF).

    Toujours sur la presqu’île, aux Aigues-Douces, deux bâtiments seront démolis à la fin de l’année 2026. Un troisième sera à moitié détruit et fera l’objet d’une restructuration pour que les appartements soient plus adaptés aux besoins actuels. « On va vers du concret, se réjouit l’édile. Après l’école Victor-Hugo, complètement rénovée énergétiquement, et le nouveau city-stade inauguré en avril 2024, la population va voir des immeubles tomber, des aménagements extérieurs, des réhabilitations… »

    À Bellevue, une barre et une quarantaine de villas sociales doivent être rasées. La Ville et 13 Habitat réfléchissent à un projet de logements étudiants dans ce quartier où sont implantés le lycée professionnel Charles-Mongrand et le CFA Henri-Rol-Tanguy. « Nous avons des établissements et des industries qui font de la formation, comme l’institut de soudure ou l’atelier d’usinage John-Cockerill, donc on va s’orienter vers un habitat accessible aux jeunes car il y a un réel besoin », révèle Laurent Belsola.

    Pour Jean-Marc Perrin, « il faudrait qu’il y ait un Anru 3 pour qu’on puisse continuer le travail ». Mais le président du bailleur social reconnaît que ce n’est pas une mince affaire, dans la mesure où « l’État manque d’argent public ».

  • La famille et les amis de Mehdi Kessaci toujours sous le choc

    La famille et les amis de Mehdi Kessaci toujours sous le choc

    Douleur et sidération devant le petit cimetière de Saint-Henri (16e) où Mehdi, 20 ans, a été inhumé ce mardi 18 novembre. Le jeune frère d’Amine Kessaci, militant écologiste, 22 ans, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic après avoir perdu en 2020 son aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture, a été assassiné froidement par un commando à moto jeudi à quelques pas du Dôme (4e), alors qu’il attendait sa mère, au volant de la voiture familiale.

    La piste d’un crime « d’avertissement » restant pour le moment privilégié indiquait lundi le procureur de Marseille, Nicolas Bessone. Une hypothèse devenue affirmation ce mardi, dans la bouche de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. Un cran supplémentaire dans la violence et l’horreur qui a touché en plein cœur Amine, sa famille mais aussi ses amis, les associatifs, les militants politiques ou les élus mobilisés à ses côtés depuis des années. La peine est immense, la peur palpable. Où désormais, le simple retard d’un enfant après l’école donne des sueurs froides.

    En hommage, le petit parking où a eu lieu le drame a été couvert d’un tapis de fleurs dans la journée. Plus tard dans la soirée, ils sont nombreux à être venus partager un moment de recueillement le temps d’un repas, dans les locaux de l’association Conscience, dans le quartier de Château-Gombert (13e). Elle a été fondée par Amine Kessaci justement pour sensibiliser aux ravages du narcotrafic. Dans la rue comme dans la cour intérieure, le dispositif policier, avec six fourgons et des agents en nombre, est impressionnant. Lorsqu’un convoi de trois voitures déboule vers 19h15, ils font corps pour le laisser entrer. À bord, Amine Kessaci désormais protégé par les hommes du Raid, lourdement armés. Évidemment dévasté, il sortira du véhicule sous les applaudissements.

    Une marche blanche samedi

    « Amine, je l’ai connu il avait 17 ans, lors de la campagne où je me suis engagée aux côtés du Printemps marseillais, il combattait le narcotrafic, lui aux côtés des victimes par balles, des jeunes qui croyaient pouvoir s’en sortir en acceptant l’argent facile, moi en aidant les usagers de drogue, aussi des victimes » nous confie, émue, Michèle Rubirola (EELV), première adjointe au maire de Marseille. Pour elle, avec le meurtre de Mehdi, un « cap a été franchi, la société est en danger » et la seule politique sécuritaire ne saurait suffire. « Il faut aussi des politiques sociaux et de reconstruction de la ville » estime l’élue avec à ses côtés Didier Jau maire écologiste des 4e et 5e arrondissements, Marie Toussaint, députée européenne EELV ou encore Olivia Fortin (Mad mars) maire des 6-8.

    Marion Honde-Amiar, responsable du collectif quartiers populaires du PCF 13 et militante des 13-14, Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF et élue de Septèmes-les-Vallons, et Marie-José Cermolacce, conseillère municipale déléguée aux nouveaux arrivants et conseillère d’arrondissements déléguée au port et à la sécurité, sont là aussi. Cette dernière oscille entre tristesse et colère. « C’est chaque mois un point de bascule, combien de morts encore va-t-il falloir pour que l’État se mobilise ? » s’indigne l’élue qui n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme au fil des narchomicides, entre lettre au préfet et travail avec ses homologues d’autres villes. Comme beaucoup ce soir-là, elle compte bien qu’enfin les citoyens se fassent entendre, lors de la marche blanche organisée samedi après-midi, à laquelle elle participera.

  • Le quartier du Pont des deux Eaux, à Avignon, entame sa transformation

    Le quartier du Pont des deux Eaux, à Avignon, entame sa transformation

    Un parvis de la mairie annexe Est d’Avignon, dans le quartier du Pont-des-Deux-Eaux, qui « doit devenir la place du village », lance Fabrice Tocabens, adjoint (PS) au maire d’Avignon, en présentant les travaux à venir sur la zone.

    Avec donc en tête de gondole le projet du parvis de la maison commune. Et où une grosse partie du parking laissera place à une piste cyclable pédagogique ouverte à toute heure, qui pourra être utilisée pour des cours de vélo dans les écoles ou les associations des alentours. Des réfections qui commencent le 1er décembre prochain. Et pas de risque de ne plus avoir d’emplacement pour se garer, assure la municipalité. « On a la chance d’avoir beaucoup, beaucoup de parkings autour », précise l’adjoint tout en montrant les plans du futur espace qui devrait voir le jour en début d’année prochaine. Coût de l’opération : 170 000 euros.

    Vitesse importante

    Mais il n’y a pas que « la place du village » qui est refaite à neuf. Avec un projet autour du parvis de l’école Farfantello. En effet, la municipalité constatait « un gros problème de survitesse » autour de celui-ci, détaille Fabrice Tocabens. Le projet consiste ainsi à élargir le parvis, à rétrécir la voie et à monter un plateau afin d’obliger les automobilistes à abaisser leur vitesse s’ils tiennent à ce que leur carrosserie reste intacte. Tandis qu’autour de cet espace, les voies de mobilité douce sont également refaites pour un coût total de 400 000 euros. Tandis qu’en parallèle, trois toilettes publiques sont depuis cet été mises à disposition au parc Chico-Mendes.

  • « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    La Marseillaise : Quel a été votre sentiment en apprenant cet assassinat ?

    Mathieu Croizet : Celui d’une immense tristesse. J’ai tenté d’appeler Amine pour lui transmettre mes sincères condoléances. Je connais bien Amine qui est le premier à se rendre sur place quand quelqu’un se fait tuer, qui refusait de quitter le quartier où il vit. C’est horrible pour sa maman qui perd un nouveau fils. Je ne parle pas au nom de la famille que je n’ai pas pu joindre mais je vous livre mon sentiment personnel. Son petit frère n’était pas lié à du trafic de stupéfiants, n’était pas connu de la police et de la justice comme l’a dit le procureur. Il voulait d’ailleurs devenir policier. S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites.

    Saviez-vous si Amine nourrissait des craintes pour lui et ses proches ?

    M.C. : Amine est quelqu’un d’assez discret. J’ai appris qu’il bénéficiait avec sa mère d’une protection policière. Mais on peut tous avoir des inquiétudes quand on voit les victimes collatérales dans les coups de force entre réseaux, la balle perdue qui a tué Socayna [étudiante de 24 ans, fauchée en 2023 d’une balle dans sa chambre par un tir en rafale de jeunes à scooter voulant récupérer un point de deal]. Des confrères avocats ont été agressés à l’arme blanche au sein de leur cabinet. Là, le ciblage est incontestable sur un pourfendeur des narcotrafiquants, un responsable associatif et militant politique. C’est une étape nouvelle dans l’horreur. Le cap a en réalité déjà été franchi depuis longtemps quand on voit des quartiers entiers placés sous la coupe réglée des narcotrafiquants qui règnent en maître et disposent de plus en plus de moyens. Des degrés dans l’horreur ont déjà été franchis pour arriver à tuer quelqu’un comme son premier frère qui a subi le « barbecue marseillais ». Est-ce un ensauvagement de notre société, peut être ?

    En quoi Amine Kessaci peut-il constituer une réelle menace pour le crime organisé au point qu’il leur faille abattre son frère ?

    M.C. : À force de parler, d’écrire, de demander le retour de la police dans les quartiers pour protéger les habitants qui sont les premiers et les plus frappés, cela remet à chaque fois un jeton dans le jukebox médiatique. Et tout le monde sait qu’il faut l’appui des médias pour obtenir des réponses de l’État. Amine, c’est un grain de sable dans un rouage, c’est un moustique mais ils ont utilisé la bombe nucléaire en tuant son frère. On sait qu’il y a des gradations pour intimider. Il y a le trolling, les menaces téléphoniques, la « jambisation ». Mais là il n’y a plus de limite pour eux. Ils considèrent que « si ce n’est pas toi c’est donc ton frère ». Le mode opératoire révèle un sang froid et un professionnalisme. Ce n’est pas l’aspersion kalashnikovienne, là c’est une arme de poing donc quelqu’un de plus professionnel. Les narcos sont capables de recourir au « uber-hit » en recrutant des jeunes en région parisienne pour venir tuer quelqu’un pour 5 000 ou 10 000 euros. C’est vraiment une triste journée pour les Marseillais. J’y vois aussi la démonstration de l’incapacité de l’État à prendre en compte les narcotrafiquants. Les autorités ont toujours un train de retard. Je n’ose pas imaginer l’état dans lequel Amine se trouve. Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements.

  • Gérald Passedat devra raboter sa villa d’Endoume

    Gérald Passedat devra raboter sa villa d’Endoume

    Le tribunal correctionnel de Marseille a déclaré, vendredi, Gérald Passedat et sa SCI coupables de démolition et exécution de travaux non autorisés. Le chef avait fait bâtir, en 2023, une villa, impasse du Riff (7e), dans le quartier d’Endoume, avec un permis de construire de 2018 périmé.

    Le juge a ajourné le prononcé de la peine au 4 septembre 2026, laissant le temps au chef cuisinier de mettre en conformité la construction qui excède de 50 cm la hauteur maximale autorisée par le nouveau PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal).

    Alertée par des habitants du quartier, La Marseillaise avait révélé (notre édition du 9 janvier 2023) cette situation singulière, le service de l’urbanisme ayant, en effet, formellement rejeté, fin 2020, sa demande de prorogation du permis qui expirait alors en mars 2021, refus motivé par le fait que le projet n’aurait pas respecté les exigences du nouveau PLUi sur la hauteur de l’ouvrage.

    à l’audience du 3 octobre, Gérald Passedat avait dénoncé, par la voix de son avocat Julie Savi, « le comportement non coopératif » de la Ville de Marseille et dit son sentiment d’être « traqué », ce à quoi le procureur Guillaume Bricier avait répondu que M. Passedat était « jugé comme tout le monde ».

    Des travaux avaient débuté une dizaine de jours avant la caducité du permis. Mais, suivant une jurisprudence constante, le service de l’urbanisme et le tribunal ont considéré ces travaux préliminaires comme insuffisants et non significatifs pour valoir « commencement d’exécution » du projet. En effet, à la date de la péremption, « seuls des travaux préparatoires avaient été entrepris (études de sol, installation du chantier, dépôt de matériel de démolition, dépose du portail et de la maçonnerie d’entrée) », énonce le jugement rendu.

    Gérald Passedat avait ensuite passé outre l’arrêté interruptif de travaux délivré par la Ville de Marseille et poursuivi l’édification de sa villa jusqu’à son achèvement avec une hauteur à l’égout de la construction de 7,54 m. Pour régulariser, il lui est demandé de réduire sa hauteur à 7 m.

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    Ils ont tous 16 ans, des envies et des propositions. Et mieux : les défendent. Autour de la table, au centre social de la Martine (15e), Hadidja, Soulayman, Zayan et Iqbal font partie des jeunes que Kader Allem, coordinateur du service jeunesse, comptent bien voir intégrer officiellement un futur « conseil des jeunes », d’ici janvier.

    Sur l’idée qu’ici « on ne consomme pas des loisirs », explique Kader, qui insiste sur le rôle éducatif du centre social. « On doit vous apporter ce que vous n’allez pas proposer », insiste-t-il face aux jeunes, rappelant la sortie au musée d’histoire de Marseille, le matin même. « Génial », reconnaît Zayan. Il faut dire que sur le passage de Kader, ça déménage. En poste depuis 10 mois, il dynamite les idées reçues. Les presque jeunes adultes participent déjà aux réunions avec les responsables du centre. « C’est bien qu’on nous entende », se félicite Hadidja. Cet été, ils ont par exemple pu organiser une sortie bouée tractée. Cela peut paraître anecdotique, mais il a fallu argumenter et débattre pour y arriver face à une équipe de responsables pas convaincue. Une expérience de démocratie bien concrète.

    « Il faut trouver une activité que tout le monde soit en capacités de faire, avec laquelle tout le monde soit d’accord », explique Zayan. « On met tout à plat, chacun donne son avis et on fait une synthèse », complète Soulayman. Déjà organisés en groupes sur les réseaux sociaux pour échanger, ils ont su porter la parole de la majorité. « On ne peut pas dire aux jeunes “vous avez le pouvoir d’agir” et leur dire non », estime Kader, qui espère les voir intégrer à terme le conseil d’administration du centre social pour leur donner la possibilité de s’exprimer sur les projets, le fonctionnement de l’accueil jeunes. Histoire de « co-construire » la vie du secteur jeunes en « trouvant un équilibre ».

    Question de confiance

    « On aimerait des heures plus adaptées », lance Soulayman quand, aujourd’hui, il faut concilier l’accueil des tout-petits avec celui des ados. Dans un grand sourire, Hadidja se souvient de cette rentrée tardive de rando qui a fini sur la plage avec jeux et pique-nique. Plus de séjours, aussi, seraient les bienvenus. « Cet été, on a fait trois voyages dans les Alpes, à Paris et Argelès », raconte Zayan, heureux que « Kader ait tenu parole ». La confiance restant aussi le maître mot de la démarche.

    Le conseil jeunes, c’est aussi l’occasion d’aborder concrètement la question du financement. Une grande injustice, estiment-ils. « On nous dit toujours, y a pas de sous, on trouve ça dommage », commente Soulayman. Kader ne leur cache pas les difficultés, les dossiers déposés dans le cadre de subventions pour les quartiers prioritaires, « on est obligés de jongler ». Et l’État qui diminue tout. « Cela nous inquiète », alertent les jeunes.

    Ils aimeraient aussi que le centre social s’équipe de minibus pour se déplacer plus facilement. Une priorité pour Kader. Dans la vie de tous les jours aussi, l’expérience porte ses fruits. « Cela nous apprend à être à l’aise, à mieux s’exprimer », reconnaît Hadidja. « On est capable d’avoir un avis et qu’il soit pris en compte », ajoute Soulayman. Même si Zayan reconnaît qu’il « n’y a pas moyen » d’aller contre l’avis de sa mère ou d’un professeur.

    « Le pouvoir d’agir »

    Le « pouvoir d’agir des jeunes », c’est bien là le leitmotiv de Kader, qui doit par la même occasion convaincre les adultes.

    « Je suis assez grand pour prendre des décisions, je suis mature, quelqu’un de construit. Avoir 18 ans ça veut rien dire. Je suis un grand garçon », embraye Iqbal. « Des gens de mon âge ont déjà assez de poids sur le dos, beaucoup de responsabilités. Ils travaillent, paient le loyer de chez eux. Je suis assez grand pour que, ma parole, elle compte quand je dis quelque chose. On a tous notre mot à dire, c’est ça la liberté d’expression », insiste-t-il. Et de revenir sur ce qui se passe dans son quartier la Simiane.

    « On a des loyers trop chers. On est au centre des quartiers Nord, mais on est oubliés. Le syndic ne fait rien pour nous. Alors qu’il y a un terrain, on pourrait en faire un vrai stade comme à l’époque de mon grand frère. Là, je sors, je fais quoi ? Je m’assois sur le banc, je regarde l’heure passer ? Alors qu’il y aurait beaucoup de choses à faire », s’indigne-t-il. « C’est vide », confirme Zayan. Les tentatives de dialogue, n’ont « rien donné », déplorent-ils. « J’ai bien pensé à faire une manifestation », confie Iqbal, « mais les gens s’en foutent, car on n’est pas assez de jeunes, on est des générations séparées ».

    De là à évoquer le droit de vote dans les quartiers, il n’y a qu’un pas, qu’il franchit sans souci. « Je parle beaucoup politique avec mon père, je serai capable. Je veux vraiment que ça change et pas que pour moi, aussi pour les plus petits ! », insiste Iqbal. « Je veux pas déménager, je suis né ici, je veux changer là où j’habite », assène Zayan.

  • La discussion ouverte sur le futur du Camembert Cousteau

    La discussion ouverte sur le futur du Camembert Cousteau

    Un pas en avant… Après une rencontre avec des représentants de la direction du Grand port maritime de Marseille le 30 octobre, le collectif « Camembert de Cousteau », qui réunit la fédération des comités d’intérêt de quartier (CIQ) du 16e arrondissement, le collectif Thala et la coopérative Hôtel du Nord, se félicite d’avoir réussi à ouvrir un espace de discussion.

    Cet été, habitants et associatifs s’étaient mobilisé pour évoquer l’avenir du bâtiment menacé de démolition et propriété du port, situé à deux pas de l’espace Mistral, tout à côté du hangar qui abrite le sous-marin Saga, machine imaginée par le marin au bonnet rouge, et du siège du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines. Une pétition avait été lancée pour sa sauvegarde. En parallèle, une quinzaine d’artistes avaient donné à voir toutes ses possibilités en le transformant en musée éphémère, empli de graffs et de fresques colorés. Le chantier de démantèlement avait finalement été suspendu. Un des pieux de la plateforme supportant le Saga ayant été fragilisé.

    « Trop tôt pour communiquer »

    « Nous allons entamer, dès janvier 2026, un travail sur une convention d’occupation », précise Michel Teule, président de la fédération des CIQ du 16e arrondissement. Les demandes n’ont pas bougé : faire du Camembert un espace public, un lieu patrimonial et associatif avec « différentes activités en relation avec la mer et le quartier », rappelle Michel Teule.

    Leur projet a été présenté, reste à en définir les modalités de financement, à régler aussi la question du loyer. Des échanges « riches » s’est réjouit ce dernier. À terme, une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) pourrait même voir le jour. Autour de la table, ils ont insisté aussi pour que le Port soit partie prenante des discussions menées autour des projets de réaménagement du littoral qui seraient menés au sein du « grand Estaque ».

    Contactée, la direction du GPMM a confirmé ce vendredi 7 novembre que des discussions étaient en cours mais considéré qu’« il était trop tôt pour communiquer sur les modalités précises ». Et de réaffirmer que le Port travaille « en concertation avec la Ville et les acteurs locaux pour définir l’avenir du site », dans le cadre justement du « Grand Estaque ». Le GPMM rappelle que « toute occupation du domaine public du Port » doit « respecter les règles en vigueur » et « garantir la sécurité et la viabilité des projets ».

  • [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    Enquêteur à la PJ, le syndicaliste est entré dans le métier à l’heure de la police de proximité. Il raconte le glissement d’une mission, s’appuyant sur de solides statistiques mais aussi l’histoire. Et propose des pistes de réflexion, s’inspirant des approches québécoise ou belge.

    La Marseillaise : Pourquoi avoir choisi de sortir ce livre maintenant ?

    Anthony Caillé : Il n’y a pas de contexte particulier. En 2023, 2024, le ministère de l’Intérieur a mis en place une formation universitaire à Amiens, vers un diplôme en sociologie sur le thème « police population » auquel j’ai participé. Lorsque j’ai rendu mon mémoire, il y a eu une conférence de presse. L’éditeur [Éditions de l’Atelier, Ndlr] a lu mon travail et a estimé qu’il était [intéressant à publier]. L’idée pour moi c’est de lancer le débat.

    On est tout de même confronté à un « tout sécuritaire » qui s’accentue…

    A. C. : J’aurais pu écrire ce livre il y a 5 ans, c’était pareil. Je l’ai bâti comme une démonstration. Le lien avec la population n’existe quasiment plus mais on peut le reconstruire. J’ai voulu aussi rappeler la définition du service public, le contrat social, l’intérêt général. On est dans un pays de droits et de liberté. Pour qu’ils puissent être garantis, il nous faut une police de service public au service du public. Un peu comme la santé, l’école. Les gouvernants ont tendance à la détourner de cette mission pour en faire autre chose. C’est dans la continuité du dernier communiqué que nous avons fait sur la garde prétorienne de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé. [Deux policiers, installés dans une cellule voisine, sont chargés d’assurer sa protection, la CGT-Intérieur et Pénitentiaire ont déposé un recours en justice pour excès de pouvoir. L’audience doit se tenir le 12 novembre, Ndlr]. Aujourd’hui, la police est là pour servir nos gouvernants avant que de servir l’État. C’est là tout le problème. En attaquant en justice, nous voulons des réponses sur ce régime d’exception.

    Vous évoquez aussi la perte de sens du métier. Est-ce uniquement une question de moyens ?

    A. C. : C’est aussi une question politique, de recrutement, de formation. Il faudrait un concours qui prépare mieux. Il y a 40 ans vous passiez un concours d’inspecteur pour faire de la police judiciaire, pas autre chose, le concours de gardien de la paix pour faire de la police secours, le concours de la police aux frontières pour être dans les ports et les aéroports… Aujourd’hui vous passez un concours et pouvez être amené à faire tout ça. Cela a contribué à démolir la motivation.

    Comment en est-on arrivé là ?

    A. C. : Il y a le vocable, on ne parle plus de gardien de la paix mais de forces de l’ordre. La tenue aussi, on a militarisé les policiers. Leur mission première c’est de faire de l’intervention car le délit est en cours, il n’y a plus de prévention. Il y a aussi tout l’aspect politique. C’est la course à l’échalote. Chaque fois on en remet une couche, les chaînes d’info en continu ont d’ailleurs joué un rôle énorme. Beaucoup de lois ont aussi conféré plus de pouvoir à la police administrative, notamment celle sur la lutte cotre le terrorisme qui a intégré le droit d’urgence dans le droit commun. C’est l’effet cliquet, on n’arrive jamais à revenir en arrière.

    La sécurité est d’ailleurs devenue un argument électoral. Comment l’analysez-vous ?

    A. C. : Pour la première échéance, les municipales, les maires ont effectivement une politique sécuritaire dont le coût est énorme pour l’administré. Nous, à la CGT, la police de l’édile, c’est tout ce que l’on ne veut pas. C’est une rupture d’égalité manifeste. Il faut bien expliquer aux gens aussi qu’ils paient deux fois du coup. Pour la présidentielle, le cap qui sera donné va peser. Rappelons que Sarkozy a été élu uniquement sur son programme sécuritaire. C’est pour ça qu’il fait ouvrir le débat. C’est là aussi où la gauche a fait l’erreur de ne plus s’en emparer, le laissant à la droite et à l’extrême droite. Il va falloir avancer.

    Comment recoller les morceaux ?

    A. C. : Il faut redéfinir les missions, remettre une police de proximité, remettre des commissariats de quartier, faire la tournée des popotes avec de vraies réunions de conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance où les maires prennent toute leur place… Alors qu’on leur explique surtout qu’il faut mettre de la police municipale et des caméras de vidéosurveillance. Or la Cour de comptes le dit : 2% des affaires sont résolues grâce à la vidéosurveillance. Quand on sait ce qu’on y met comme pognon à l’année…

    « Que peut la police » par Anthony Caillé, aux éditions de l’Atelier, 18 euros, 144 pages, dans toutes les librairies.