Une étonnante exposition sur un éventuel retour du transborder, infrastructure permettant de transporter des véhicules d’un quai du Vieux-Port à un autre, s’ouvre ce samedi à la Consigne sanitaire, 3 quai du port (2e). En place jusqu’au 27 février, elle présente l’historique du pont, en place à Marseille pendant 40 ans avant d’être détruit par l’armée allemande en 1944. Mais aussi le projet de sa réhabilitation envisagé au niveau de son ancienne localisation, à l’entrée du port.
Portée par l’association Les transbordés de Marseille et l’architecte Paul Poirier, l’idée est affichée comme aboutie, prête clés en main pour les collectivités, avec des financeurs privés décidés à investir. Car le coût d’un ouvrage de cette ampleur est colossal : 100 millions d’euros selon les chiffres communiqués par l’association. De quoi justifier l’appel à des firmes internationales pour aménager la ville selon l’architecte.
« On sait que Marseille, en tant que tel, n’a pas les moyens de financer un tel projet. On a donc imaginé un objet qui s’autofinance avec les entrées », détaille Paul Poirier sans révéler le nom des entreprises motivées pour régler la note. Une passerelle financée par des privés donc, à laquelle le public accéderait par des ascenseurs payants. à ce sujet, Paul Poirier imagine un tarif différencié pour les Marseillais et les touristes, même si cet aspect reste flou. « Les Marseillais ne devront pas payer le prix de ceux qui viennent de l’extérieur. On pourrait imaginer que ça soit inclus dans le pass RTM », suggère l’architecte nantais. Pour les autres, il table sur un ticket à 10 euros. En plus des promeneurs clients, la passerelle, hissée à 60 mètres de haut, accueillerait des commerces : restaurants, rooftop et hôtel de 60 à 80 chambres. Les locaux aériens sont tout de même imaginés « en transparence » pour ne pas « barrer la vue », précise Paul Poirier. Une nacelle suspendue au pont par câbles permettrait par ailleurs de faire passer des véhicules d’un quai à l’autre.
Né dans les années 2010 en même temps que l’association Les transbordés de Marseille, le projet s’était déjà vu rejeté en 2017 par Jean-Claude Gaudin (LR), alors maire de la ville. Dans un entretien accordé à Made in Marseille , il assurait à l’époque : « Le conseil municipal est contre et seul Renaud Muselier (LR) continue à parler de ce sujet. » Encore aujourd’hui vif soutien du projet, l’actuel président (Ren.) de Région publiait vendredi, sur X, un message incitant les Marseillais à visiter la nouvelle exposition, évoquant un « pont qui fera de Marseille une ville-monde ». Dans une interview elle aussi publiée par Made in Marseille, Martine Vassal (DVD), candidate à la mairie, assure à propos du transborder qu’il n’y « aura pas les moyens de tout faire » et qu’il faut « faire les choses dans l’ordre ». De quoi, peut-être, se laisser le temps, et l’argent, de s’occuper du reste des modes de transports marseillais. Aucun autre candidat ne s’est engagé à défendre ce projet.


