Tag: Puget-sur-Argens

  • Pour ne pas oublier Hichem Miraoui tué par un raciste à Puget-sur-Argens

    Pour ne pas oublier Hichem Miraoui tué par un raciste à Puget-sur-Argens

    Il y a des dates comme ça qu’on se doit de marquer. Le devoir de mémoire ne pouvant se limiter aux commémorations des grands événements historiques. L’assassinat de ce jeune tunisien sans histoire à Puget-sur-Argens le 31 mai 2025, fait partie de ces crimes racistes qui ne peuvent tomber dans les oubliettes de l’histoire mais doivent au contraire continuer à être interrogé dans un territoire qui ne se lasse pas d’écouter les sirènes de l’extrême droite. Histoire de rappeler que les discours de haine et d’exclusion ne sont jamais sans effets. Et que tout, au contraire, commence par des mots. Et que des discours décomplexés aux passages à l’acte, il n’y a parfois qu’un pas que les plus « désorientés » franchissent.

    C’est comme ça qu’Hichem Miraoui, un coiffeur tunisien, a été abattu de cinq balles par un homme de 53 ans, ancien soudeur, sans antécédents judiciaires significatifs qui publiait avant et après l’attaque sur Facebook des vidéos à tonalité islamophobe et raciste et appelait à voter pour le Rassemblement national et à « virer les immigrés ».

    Pour mémoire, cette affaire avait donné lieu à la première saisie du Parquet national antiterroriste (PNAT), créé en 2019, pour un meurtre potentiellement lié à l’extrême droite.

    Un collectif d’association de défense des droits humains qui défend la fraternité universelle invite à se rassembler avec la famille de Hichem Miraoui devant la mairie de Puget-sur-Argens dimanche à 14h afin d’aller déposer une gerbe de fleurs devant le salon de coiffure dans lequel il travaillait, au 229 rue du général de Gaulle. Et ne pas oublier.

  • [Grand entretien] Miossec : « Même si ça tangue, on reste dans le bateau »

    [Grand entretien] Miossec : « Même si ça tangue, on reste dans le bateau »

    La Marseillaise : Vous le Brestois et Finistérien qui avez chanté par le passé des titres aux océans tumultueux comme « Une fortune de mer » ou « La mer, quand elle mord, c’est méchant », que vous inspire la Méditerranée ?

    Miossec : Ah ben, quand on est Brestois comme moi, on s’ennuie avec la Méditerranée [il se met à rire, Ndlr]. C’est un autre monde, une autre civilisation même.

    Une « civilisation » que vous avez eu l’occasion de côtoyer au cours de votre existence ?

    Miossec : Oui, j’habitais dans le Sud à un moment de ma vie. Dans les années 1990, j’avais même cherché une petite maison à Marseille, aux Goudes. Dans ce quartier et petit port de pêche, il y avait quelque chose de populaire que je retrouvais par chez moi. Après, j’y suis retourné récemment et c’est vrai que la population n’est plus trop la même. Vous savez, il y a eu un sondage récemment qui disait que les Brestois se considéraient d’abord Brestois, ensuite Bretons et enfin Français. Ça fait un point commun avec Marseille.

    La Méditerranée est peut-être plus calme que l’océan Atlantique, mais hélas aussi l’un des plus grands cimetières marins au monde…

    Miossec : Les chiffres sont encore plus terrifiants que l’année dernière. Ça devient un amoncellement de chiffres, sans visages.

    Des visages d’exilés que des associations comme SOS Méditerranée essayent de sauver en mer. Que pensez-vous de la criminalisation de leur action par une partie de la classe politique ?

    Miossec : Quand on voit l’ancien directeur de Frontex [l’agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes, dirigée entre 2015 et 22 par Fabrice Leggeri, Ndlr] qui est dans les rangs du Rassemblement national, on ne s’étonne pas. Et puis au niveau personnel, mon grand-père est décédé en Méditerranée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est mort au large de l’Égypte et toute ma famille a été marquée par cet événement. Il avait 27 ans et trois enfants. Il était canonnier.

    C’est ce qui explique aussi votre attachement à l’Arsenal de Brest ?

    Miossec : Ah oui car toute ma famille vient de là en fait. De l’Arsenal et de la marine nationale. On a l’impression que Brest, c’est vraiment au bout du monde. On n’a pas les yeux rivés sur Paris. On est des bourlingueurs.

    Pour revenir à la musique, les thèmes de la solitude et de la disparition sont récurrents dans votre répertoire,
    y compris sur certains de vos titres récents comme «
     Qui, quoi, où, comment et pourquoi ? ». Est-ce que
    ce sont des sentiments dont vous vous êtes accommodés ou bien vous hantent-ils toujours
     ?

    Miossec : C’est drôle car avec l’âge, la solitude est de moins en moins effrayante. Ça devient presque un luxe. Je fais un métier collectif quand même : partir en tournée, monter un groupe… C’est un plaisir de passer de l’un à l’autre.

    Sur votre dernier album en date, « Simplifier », vous revenez à un son très épuré, des paroles directes. Au-delà de cela, peut-on aussi voir cet opus comme un appel à plus de simplicité,
    à retourner à des fondamentaux humanistes en ces mondes où
    les repères basculent
     ?

    Miossec : Pour ce disque, tout a été fait à la maison, sans qu’on se retrouve dans les grands studios. À l’époque, il fallait beaucoup d’argent pour en faire. Ça s’est démocratisé.

    Un rare point positif de la mondialisation selon vous ?

    Miossec : Sur ce côté, c’est fabuleux car ça démocratise vraiment la pratique musicale. Après, le souci, c’est que la musique est devenue torrentielle. Les plateformes, telles qu’elles existent aujourd’hui et rémunèrent les artistes, sont pires que les imprésarios des années 1950.

    Ce sont vos concerts qui vous
    font vivre
     ?

    Miossec : Oh, j’ai aussi eu la chance d’écrire des paroles pour pas mal d’artistes [Birkin, Greco, Hallyday…, Ndlr] Après, moi, je suis pour la retraite à 60 ans. S’il n’y avait pas la notion de plaisir, je resterais à la maison.

    Avez-vous pris part au mouvement contre la dernière réforme des retraites ?

    Miossec : Oui. Après politiquement, c’est dramatique à Brest car la mairie vient de basculer à droite. Au niveau local, on peut vraiment voir la différence entre la gauche et la droite. Maintenant, on serre les fesses car il va y avoir des coupes sombres dans les programmes d’aides sociales notamment.

    Ce basculement de la gauche à la droite, pour ne pas dire à l’extrême droite, est généralisable à beaucoup d’endroits dans le pays. Vous dont le grand-père
    a été tué en 1939-45, voir que 80 ans après cette tragédie, les guerres et le fascisme frappent à nos portes, ça vous fait quoi
     ?

    Miossec : Ce qui est drôle, c’est qu’internet devait nous apporter des lumières. Or ça nous apporte de la noirceur. La bêtise est surmultipliée avec les algorithmes. Tout le monde pense avoir raison car chacun est conforté par ses algorithmes.

    « Est-ce que c’est la terre qui chancelle ou c’est de nous que vient le tremblement », chantez-vous sur
    «
     Une histoire de soleil »…

    Miossec : On ne va pas vers des lendemains qui chantent. Je ne pensais pas vivre un moment avec un horizon aussi sombre. Ça tremble de partout. Après, je ne suis pas désabusé non plus. Je m’implique. Dernièrement, j’étais à l’ultime meeting de gauche du maire sortant. Même si ça tangue, on reste dans le bateau jusqu’au bout.

    Entretien réalisé par Philippe amsellem

  • [Rétrospective 2025] Extrême droite, toujours haineuse

    [Rétrospective 2025] Extrême droite, toujours haineuse

    Hichem Miraoui, nouvelle victime du racisme

    Samedi 31 mai 2025, 22h30. Hichem Miraoui, coiffeur immigré tunisien âgé de 45 ans et domicilié depuis plusieurs années à Puget-sur-Argens, est en visioconférence avec sa famille restée au pays. Ils ne le savent pas encore, mais ce sont les derniers mots qu’ils échangent. Dans quelques secondes, le racisme va une nouvelle fois tuer, un mois après l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard.

    Et le racisme a un nom : Christophe Belgembe, 53 ans, voisin d’Hichem Miraoui, qu’il insultait et menaçait régulièrement de mort. Ce soir-là, il se rend chez lui et l’abat de cinq balles. Un geste qui semble prémédité : témoins et proches affirment que le meurtrier était animé d’une haine marquée envers les immigrés, en particulier les musulmans, qu’il partageait ouvertement sur les réseaux sociaux. Il y affirmait aussi, régulièrement sa sympathie pour le Rassemblement national. Et son comportement ce soir-là ne laisse aucune place au doute : avant sa cavalcade meurtrière, Belgembe tire un coup de feu dans son domicile et profère des menaces racistes dans une vidéo publiée sur les réseaux. Après son passage à l’acte, il en publie une autre, dans laquelle il affirme vouloir « que la peur change de camp », dans un amalgame aussi raciste que paranoïaque.

    Des réactions officielles qui se sont fait attendre

    Sa compagne, qui a prévenu la police, affirme également qu’il ne supportait pas la présence de tous les travailleurs étrangers de son quartier. Preuve par l’acte : après avoir tué Hichem Miraoui, il s’en prend à d’autres immigrés, dont Afik B., un jeune Turc de 25 ans, que Belgembe traque puis blesse par balle, à la main. Un mobile xénophobe auquel le contexte ambiant, empreint d’une islamophobie décomplexée, appuyée par les propos anti-voile de Bruno Retailleau alors ministre de l’Intérieur, n’est sûrement pas étranger. Il a d’ailleurs fallu près de 48 heures pour que ce dernier réagisse. Le maire de Puget-sur-Argens, lui, « ne veut pas réagir. On est en réunion de crise pour un autre dossier important », nous disait-on. Le dossier en question ? L’installation de gens du voyage sur le terrain de football communal.

    Belgembe, lui, réfute le caractère raciste de ses actes et plaide le coup de folie et l’alcoolémie. Il a été mis en examen le 5 juin pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, motivés par la race, la religion ou l’origine ». Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête, la 20e depuis 2017 concernant des faits liés à des idées d’extrême droite, mais la première pour une affaire d’assassinat.

    8 juin : deux marches blanches à Puget-sur-Argens et à Marseille

    Une semaine après l’assassinat d’Hichem, plusieurs centaines de personnes, dont des responsables politiques, se sont réunies à Marseille pour lui rendre hommageet demander justice à travers une marche blanche. Une seconde a eu lieu l’après-midi, au départ de son salon de coiffure, à Puget-sur-Argens, où l’émotion était palpable. 1 600 personnes y ont pris part.

    Ad.B.

    7 octobre : mobilisés contre l’emprise Stérin

    Devant la salle de spectacle du 6MIC, le 7 octobre, une foule de citoyens, d’associations et de syndicats a poussé l’organisation de la Nuit du bien commun à se replier. La tenue de l’événement, lié au milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, a suscité une vague d’indignation. « Notre mot d’ordre était : pas de Stérin au 6MIC : mission réussie », se félicitait Catherine Le Coq, de la CGT Spectacles. Le 17 novembre, devant l’Arena, une mobilisation similaire s’est tenue contre la programmation du spectacle Notre Dame de Pierre, lui aussi soutenu par Stérin.

    E.B.-G.

    25 avril : crime raciste à La Grand-Combe

    Aboubakar Cissé, 22 ans, étudiant d’origine malienne, poignardé à mort dans la mosquée de La Grand-Combe. L’assassin, un jeune homme obsédé par l’idée de tuer, a ciblé au hasard ce fidèle en pleine prière. Cinquante-sept coups de couteau, filmés, partagés. L’horreur. Il sera arrêté en Italie.

    Le choc dépasse les frontières du Gard. Le vendredi 2 mai, 700 fidèles se recueillent dans la mosquée Khadidja, où le drame s’est produit. Le même jour, à Nîmes, un rassemblement silencieux se tient devant la Maison Carrée. À Montpellier, une cérémonie d’hommage est organisée par la mairie. À Paris, près de mille personnes défilent, aux côtés d’Assa Traoré et de SOS Racisme, pour dénoncer l’islamophobie et réclamer justice. Les avocats de la famille, eux, demandent une requalification en assassinat terroriste. L’enquête est toujours en cours.

    A.J.

    Deux identitaires condamnés pour racisme

    En mars, le tribunal d’Avignon a reconnu coupables d’agression deux militants identitaires, dont l’un pour propos racistes, contre le maire isérois de Péage-de-Roussillon et sa famille.

    Le 27 mars, le tribunal judiciaire a condamné deux militants identitaires, épilogue d’une affaire entamée près d’un an et demi plus tôt. En décembre 2023, André Mondange, maire (PCF) de Péage-de-Roussillon, et sa famille se trouvaient, à titre privé, dans un bar avignonnais lorsqu’une bagarre éclata. Le visage tuméfié de l’édile s’est ensuite retrouvé à la Une. Finalement, la justice n’a pas reconnu la circonstance aggravante de statut du maire dans son jugement.

    Les deux prévenus, proches de la mouvance ultra-droite, avaient également engagé des poursuites contre le maire et sa famille mais ont été déboutés. La justice reconnaît donc comme seules victimes, André Mondange ainsi que sa fille et sa nièce. Hugo H., est jugé coupable d’agression, mais également d’avoir proféré des insultes à caractère raciste, à l’encontre de la fille métisse de l’élu. Il a été condamné à un an de prison avec sursis et 1 200 euros d’amende. Il devait verser respectivement 3 000 euros à la nièce du maire pour lui avoir porté un coup de bouteille en verre au visage et 2 000 euros à la fille de l’édile pour les injures. Quant à son acolyte, Siméon S. seule une amende de 800 euros lui a été infligée ainsi que 2 000 euros de dommages et intérêts à André Mondange. Un verdict qui a satisfait le maire et sa famille, le caractère raciste ayant été retenu. Les deux condamnés n’ont, eux, pas fait appel, le jugement devenant donc exécutoire.

    F.C.

  • Les 150 ans de Gustave Bret

    Les 150 ans de Gustave Bret

    Son nom n’évoque certainement pas grand-chose aux non-mélomanes. Pourtant, Gustave Bret est certainement l’une des plus grandes figures locales de l’histoire de la musique. Né le 30 août 1875 à Brignoles, il fut l’un des chefs d’orchestre les plus éminents de sa génération, et un organiste et compositeur de grand talent, tout en s’adonnant à la musicologie et à la critique musicale.

    Il a également été l’un des principaux acteurs de la démocratisation de Jean-Sébastien Bach, jusqu’alors méconnu. Il fonda ainsi la Société Bach en 1904 et organisa de nombreux concerts voués à la diffusion de l’œuvre du compositeur allemand. Ami et collaborateur de figures telles qu’Albert Schweitzer, Claude Debussy ou Gabriel Fauré, il a toujours privilégié la transmission et le partage, plutôt que la recherche de la lumière.

    Des lectures d’archives après chaque concert

    Pour le 150e anniversaire de sa naissance, Estérel Côte d’Azur Agglomération a tenu à lui rendre hommage à travers une série d’événements gratuits, jusqu’au 11 octobre. Pour ce faire, la collectivité a organisé, pendant plusieurs semaines, une collecte d’archives et de témoignages, qui ont permis d’étayer le projet. Au total, six concerts (entièrement gratuits) au programme dans les communes de l’agglomération (Fréjus, Saint-Raphaël, Roquebrune-sur-Argens, Puget-sur-Argens, Les Adrets de l’Estérel).

    Ce samedi, vous pourrez profiter d’un récital voix et piano à l’église Saint-François-de-Poule de Fréjus (19h30) par Emmanuelle Blanche-Lormand, soprano, violoniste à l’Orchestre Philharmonique de Radio France et arrière-petite-fille de Gustave Bret. Vendredi 10 octobre, place à un concert d’orgue à la Basilique Notre-Dame-de-la-Victoire de Saint-Raphaël. Le lendemain, un concert de chant choral clôturera ce cycle mémoriel à l’église Saint-Jacques de Puget-sur-Argens (19h30). Chaque concert sera par ailleurs suivi d’une lecture théâtralisée d’archives menée par ses arrière-petits-enfants, dont Éric Blanche, membre du chœur de Draguignan (qui participera au dernier concert). En parallèle, une conférence patrimoniale consacrée à Bret sera donnée le même jour à 14h30 à la médiathèque Villa-Marie de Fréjus.