Tag: prostitution

  • Digne-les-Bains : 25 ans de réclusion criminelle pour Guillaume Bucci

    Digne-les-Bains : 25 ans de réclusion criminelle pour Guillaume Bucci

    Laëtitia R. pourra-t-elle se reconstruire? Le verdict prononcé samedi 23 mai à l’encontre de son tortionnaire et ex-« compagnon », Guillaume Bucci, participera sans doute à cela. Les jurés de la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence ont condamné celui qui était accusé de viols, actes de torture et proxénétisme envers Laëtitia R. entre 2015 et 2022 à la peine de 25 ans de réclusion criminelle. Une peine assortie d’une période de sûreté de deux-tiers. C’est-à-dire que le condamné pourra formuler une première demande de liberté conditionnelle en 2042 au plus tôt, sans garantie de l’obtenir.

    La veille, l’avocate générale avait requis la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de cet homme ordinaire, transformé en tyran et tortionnaire dans l’intimité de son « foyer » et de sa relation. Sept ans d’enfer. Un procès exemplaire où la victime a tenu à témoigner de son calvaire et celui de ses enfants.

  • [Laëtitia R.] Une famille brisée face à un homme décrit comme violent

    [Laëtitia R.] Une famille brisée face à un homme décrit comme violent

    « Depuis qu’il est incarcéré, j’ai avancé dans ma vie, j’ai des projets, j’attends juste qu’il soit condamné. Je me suis rendu compte que j’allais beaucoup mieux depuis qu’il n’était plus là », a témoigné à la barre le fils de Guillaume B., désormais âgé de 17 ans, au deuxième jour du procès. « C’est quelqu’un de violent et d’impulsif, il avait une emprise sur nous, on pouvait rien dire, rien faire. Dire non face à cet homme, c’est impossible », a-t-il témoigné. « J’entendais des cris, des bruits sourds, des pleurs. Ils faisaient en sorte de pas nous alerter parce qu’ils savaient qu’on pouvait parler. On voyait souvent des marques sur le corps de Laëtitia, des bleus. Au fur et à mesure, ça se dégradait, il était de plus en plus dans le contrôle », a précisé l’adolescent.

    Consciente des accès de violence de celui qui était alors son partenaire, Laëtitia R. refusait de le laisser seul avec ses enfants et tentait de les protéger. Même après avoir eu le courage de prendre son propre appartement pour vivre loin de lui, elle revenait le week-end pour veiller sur eux. « Elle était tellement inquiète qu’elle préférait être présente pour nous protéger, même si pour elle, c’était très compliqué de revenir », a expliqué le fils de Guillaume B. L’accusé avait perdu la garde de ses enfants suite à une enquête sociale, lancée suite à plusieurs signalements, dont l’un en raison de la volonté de son fils de « mourir » dès ses 7 ans. Il refusait les soins à ses enfants, dont l’un polyhandicapé, selon l’enquête sociale, ainsi que selon son ex-femme et mère de deux de ses enfants. Cette dernière a décrit à la barre les chantages au suicide, les menaces au fusil de chasse et au couteau qu’elle a subies même enceinte. Elle a expliqué que leur rupture était notamment due au fait qu’il avait voulu « l’offrir à d’autres hommes ».

    Jonathan, ami de Guillaume B., a raconté la manière dont ce dernier avait insisté pour lui faire une « surprise » lors d’une soirée arrosée et avait forcé Laëtitia R. à lui faire une fellation. « Il était très insistant. J’ai honte. J’étais très gêné. Ni elle, ni moi n’en avaient envie », a-t-il avoué. « Je savais qu’il aimait les filles soumises. Il me montrait des vidéos en live où il demandait à une fille de marquer joyeux anniversaire sur son pubis  », a-t-il témoigné. Également voisin du couple, il a dit avoir augmenté le son de sa télévision lorsqu’il entendait les cris de douleurs de Laëtitia R. « Quand on entend des cris de femme de douleur, on augmente la télé, c’est normal ça ? », l’a questionné la présidente. « Beaucoup de personnes n’ont rien dit et on aurait dû le faire, j’ai honte de ça aussi », a regretté l’homme.

    « Si on peut tirer une leçon de cette affaire, c’est qu’on a tous collectivement tendance à fermer les yeux, à se dire, comme ça a été dit par certains témoins : “ça ne me regarde pas”. Peut-être que ça devrait nous alerter et qu’on se dise tous, la prochaine fois, que ça ne coûte pas grand-chose de passer un petit coup de fil à la police pour être sûr et que ces histoires nous regardent tous parce que, si on ne fait rien, on laisse faire des choses qui sont absolument terribles », a réagi l’avocat de Laëtitia R., à la sortie de l’audience. « Tous les gens qui ont eu le malheur d’être à son contact racontent la même histoire : un homme tyrannique, violent, impulsif, et chacun est venu dire à son tour comment il avait, à un moment ou à un autre, vécu une situation d’emprise dans laquelle il a été enfermé par la violence et les menaces de cet homme », a-t-il conclu.

    Des lésions traumatiques

    Une experte gastro-entérologue saisie par le juge d’instruction a ensuite détaillé les lésions subies par Laëtitia R. « Les anomalies sont marquées pour une femme de son âge. Elle a une incontinence sévère quasi complète », a-t-elle expliqué. Les échographies « éliminent l’impact des accouchements de Laëtitia sur ces lésions » et confirment leur origine traumatique, a avancé la médecin. Répondant aux questions de l’avocat de Laëtitia, l’experte a reconnu des « mutilations » et une « infirmité permanente ».

    La défense a tenu à commander et à lire un rapport établi par un autre médecin gynécologue retraité, n’ayant jamais rencontré Laëtitia, et « contestant formellement » les conclusions de l’experte. Selon lui, il est impossible de faire le lien entre les lésions subies par Laëtitia et un potentiel traumatisme ou des violences sexuelles. « Les causes possibles sont multiples », affirme-t-il dans son rapport lu par la présidente, accusant l’experte de « surinterpréter les symptômes » et de « s’orienter vers la validation du récit de la victime sans recherche d’autre cause ». Cette dernière a maintenu sa version, lançant que « les lésions de l’anus sont exceptionnelles dans la sexualité consentie » et que « cette lésion ne peut pas être d’autre origine que traumatique ».

  • [Justice] Jusqu’à 30 mois requis au procès des anciens « bars à bouchons » de Marseille

    [Justice] Jusqu’à 30 mois requis au procès des anciens « bars à bouchons » de Marseille

    Des peines de 5 000 euros d’amende à 30 mois de prison très largement assortis du sursis, pour couvrir parfois des détentions provisoires, ont été requises, mercredi, à l’encontre des quinze prévenus du procès des anciens « bars américains » de l’Opéra.

    « C’est le dossier d’une époque révolue où les amateurs d’opéra croisaient ces dames aux vêtements tapageurs pour une clientèle plus toute jeune », a résumé la procureure, Soraya Ahras. « Ces bars sur deux rues pourries du Vieux-Port qu’on fait passer pour Broadway sont comme une valise à double-fond, où les prestations sexuelles tarifées sont directement indexées sur le niveau de consommation du client. » Et de citer l’un d’eux : « C’est comme si la fellation était incluse dans le prix des bouteilles. »

    Insensible aux postures d’innocence des tenancières, barmaids et hôtesses convoquées, la procureure a préféré souligner que « dans leur monde et leur mentalité, ces bars à bouchons dessineraient une zone de non-droit, donc de la loi du plus fort, pour que les hommes s’amusent, une zone où l’on veut créer un écrin de romantisme alors que s’y exerce le plus vieux métier du monde, avec celles qu’on appelle les “jolies filles” qui perdent leur nom pour un surnom ». Pour la procureure, « c’est du proxénétisme, même s’il s’est présenté à cette audience sous la forme d’une galerie de portraits joyeux ». D’où 7 peines mixtes requises comprenant 4 mois de prison ferme.

    « Les grands absents

    du procès »

    Seules parties civiles, alors que 52 filles entendues comme victimes dans l’information judiciaire ne réclament rien, les Équipes d’action contre le proxénétisme, représentées par Me Alain Lhote, ont rappelé la réalité criminologique du proxénétisme et réclamé 5 000 euros à chacun des quinze prévenus.

    Proposant au tribunal un « voyage au bout de la nuit » pour « tourner la page de ces bars », Me Alain Lhote a d’abord exprimé son regret sur « les grands absents du procès, ces hommes qui, dans l’ombre, étaient les organisateurs, les profiteurs d’une exploitation de ces femmes, hôtesses, barmaids, gérantes de fait ou de paille, ces protecteurs si mal nommés qui tiraient profit de ce commerce sordide ».

    Jusqu’à leur fermeture administrative définitive en 2016, une dizaine d’enseignes tournaient avec des clients qui réglaient rubis sur l’ongle des consommations surfacturées avant des passes à la sauvette, derrière un rideau ou dans les toilettes. « Tout est déguisé derrière le paiement salé des boissons. Quand la note arrive, 500 ou 1 000 euros, on rigole moins. La surfacturation est le cœur du business. On escorte même les clients au distributeur de billets »

    De rappeler que 40 000 personnes se prostituent en France, la quasi-totalité sous la contrainte d’un proxénète ou d’un réseau. Selon l’Office central de lutte contre la traite des êtres humains, 94% sont des femmes, 42% sont mineures. 51% ont subi des violences physiques. 64% sont insultés ou subissent des humiliations. 8% de la prostitution est réalisée dans des bars et salons. 62% sur internet. « L’exploitation sexuelle est la deuxième forme de criminalité la plus lucrative après les stupéfiants, dégageant 100 milliards de dollars de profit », a redit Alain Lhote.

  • Les « bars américains » de l’Opéra, un procès vintage

    Les « bars américains » de l’Opéra, un procès vintage

    Treize femmes et trois hommes, dont dix septuagénaires, comparaissent depuis lundi, à Marseille, pour proxénétisme aggravé et tolérance habituelle de la prostitution dans un lieu ouvert au public. Avec ce procès tardif de tenancières de « bars américains », de barmaids et d’hôtesses aguicheuses, ressurgit l’ancien monde des nuits chaudes du quartier de l’Opéra, remplacé depuis dix ans par des cafés bobo et des commerces attrape-touristes.

    Le Brazilia, le Beverly, le John’s, le Ginger, le Dark Side, le 5e Saens, la Crémaillère, le Sweet Lady, le Tropical ou la Grange ont tous tiré le rideau après le coup de filet opéré en 2015 par la police judiciaire. La nostalgie des « bars à hôtesses » pour clients esseulés alpagués par des entraîneuses pour boire du faux champagne à 350 euros la bouteille, c’est la défense de Florence G., 62 ans, ex-patronne du Ginger et du John’s. « Je trouve qu’aujourd’hui on est beaucoup plus rigoriste, on ne sait plus vivre », a-t-elle confié au juge d’instruction. « C’est vieux tout ça », soupire, agacée, la matrone un peu raide qui lève les yeux aux écoutes et témoignages qui disent qu’au contraire, ses filles faisaient des « gâteries » aux bons clients derrière un rideau ou au fond des toilettes. L’ex-patronne avance surtout la volonté des autorités d’aseptiser et gentrifier le quartier.

    « La foire à la saucisse »

    Prostituée à l’âge de 18 ans, Florence G. a toujours voulu diriger un bar. « C’est festif et marrant », d’autant que « racoler, c’est pas un souci ». « Pour acheter le Ginger 20 millions d’anciens francs, il fallait se prostituer, car les banques ne font pas crédit. » En 2003, elle est condamnée pour proxénétisme : « Déjà, ils voulaient fermer les bars. Il n’y avait rien, mais j’ai fait deux mois de prison, j’ai fermé deux ans, puis j’ai rouvert. Et là, on m’a collé cette affaire alors qu’il n’y a rien. Je suis responsable de mes bars. J’ai mis en place des barmaids de confiance. J’avais engueulé Jackie car elle se faisait masser le bas du dos. » Pour elle, les filles s’accusent par jalousie. « Elles savent que si j’apprends qu’elles franchissent la ligne rouge, je les renvoie. Regardez le dossier, il n’y a rien ! » lance-t-elle à la présidente Clémence Heinemann, qui menace de l’expulser et lit les dépositions d’un habitué de la rue Glandevès : « Oui, il y a eu bisous, caresses, danses et fellations dans tous les bars. » « Si on veut faire du chiffre, comme nous le demandent les patronnes, il faut fermer les yeux », a admis aussi une barmaid.

    Martine, 48 ans, ex-entraîneuse transgenre en dépression, met l’ambiance à la barre. « La prostitution, c’est pas le but des bars américains. Moi, j’ai adoré y travailler. J’avais acheté un boa en plumes aux puces. C’était la comédie, tout le monde rigolait alors que la prostitution de rue, à 30 euros la fellation sur le Prado, c’est la misère. Là, j’étais rémunérée 50 euros par jour et un pourcentage sur les consommations. »

    La magistrate cite un barmaid qui raconte que c’était « la foire à la saucisse » dans le grand salon où, tous les soirs, telle hôtesse avait « une bite à la main ». Max, 79 ans, le barmaid poursuivi mais absent, relate que « pour un verre à 20 euros, elle va derrière ». « Moi j’ai eu plein d’amants, j’adorais la bite, réfute Martine, vraiment sans filtres. J’étais nympho, dévorée par les hormones pour ma transition. Mais, j’ai jamais sucé un client. On avait des beaux mecs dans le bar, on rigolait de pleins de conneries. Le client, il se prend pour un jeune premier, c’est un sketch. On offrait ce qu’un psychiatre ou une prostituée ne peut pas offrir. La personne devient quelqu’un, on lui redonne ses 20 ans. Le client croit qu’il plaît. Cela n’a pas de prix pour quelqu’un qui doit rentrer chez lui avec ses crédits, ses ados qui font la gueule… Si le client paie 350 euros pour une pipe et qu’il revient, c’est qu’il a besoin d’un psychiatre. »

    L’association Équipes d’action contre le proxénétisme s’est constituée partie civile.

    « Le client croit qu’il plaît. Cela n’a pas de prix »

  • À Marseille, le livre blanc des CIQ aux candidats

    À Marseille, le livre blanc des CIQ aux candidats

    Un rôle « politique, au sens premier du terme » qu’ils comptent bien jouer lors des municipales. La fédération des comités d’intérêt de quartiers (CIQ) a remis aux candidats son livre blanc. Organisé en neuf items, il reprend les propositions de ces 168 associations, à Marseille, qui s’estiment plus que jamais représentatives des habitants.

    « Nous sommes une force de par notre maillage qui n’existe nulle part ailleurs », estime Philippe Yzombard, président de la fédération. Contrairement aux idées reçues, les CIQ sont loin d’être un « truc de vieux », assure-t-on à la fédération avec des néo-Marseillais qui s’investissent, même si face « à l’individualisme croissant, on souffre d’un manque de mobilisation », comme le monde associatif en général, constate Philippe Yzombard.

    Au premier rang des inquiétudes et des demandes d’action, on retrouve la « tranquillité publique. » « Des choses ont été faites, mais le travail reste immense » estime-t-il, pointant notamment les problèmes de prostitution et de drogue dans l’hyper-centre, qui irriguent les autres quartiers. Le livre blanc propose d’intensifier la politique de prévention et le soutien sanitaire et social aux toxicomanes, il revient aussi sur l’implantation d’une halte soins addictions (HSA), qu’il « faut probablement face au problème, mais dans la concertation », analyse Philippe Yzombard.

    Deuxième priorité : les déplacements. Vélos, piétons, voitures, transports en commun… Il faut « arrêter d’opposer les gens », considère Philippe Yzombard et « partager l’espace public », ajoute Geneviève Canicave, secrétaire générale de la fédération.

    Pas de parti pris

    Et celle-ci de s’indigner de l’arrêt de la desserte des bus à 21h. Propreté, commerces, urbanisme, équipement, environnement et patrimoine sont des thématiques également abordées. « On n’attend pas de retour ou de signature, ajoute Philippe Yzombard. On leur offre cette réflexion, à eux de voir comment ils répondent, nous ne sommes d’aucun parti pris ». Reste que certains ont décidé de franchir la ligne rouge. Comme Frédéric Pinatel, ex-président du CIQ de Château-Gombert, qui a rejoint le Printemps marseillais sur la liste du 7e secteur, Claude Goulon ex-présidente de celui du Cabot (9e), candidate sur la liste de l’extrême droite, ou Christine La Rocca, présidente de celui de Bonneveine (8e) qui se présente sur la liste de Martine Vassal (DVD). « Cela se comprend, cela s’entend, mais ils démissionnent ou se mettent en retrait quand ils font acte de candidature », commente Philippe Yzombard. « Et nous avons demandé aux candidats de ne pas mentionner, sur les professions de foi, qu’ils ont été présidents de CIQ, nous sommes apolitiques », ajoute Geneviève Canicave.

  • Les candidats interpellés sur la prostitution à Marseille

    Les candidats interpellés sur la prostitution à Marseille

    « On veut interpeller les têtes de listes pour connaître leur position et pour qu’elles sachent la nôtre : on ne se taira pas. » Geneviève Couraud est administratrice à l’amicale du nid et membre du collectif « abolition-Marseille et 13 ». Il rassemble des associations impliquées dans l’accompagnement des personnes en situation de prostitution. Ces structures ont paraphé, il y a une dizaine de jours, une lettre envoyée aux candidats aux élections municipales. Pour l’instant, pas de réponse. « On en enverra une deuxième », prévient déjà la bénévole.

    Le collectif s’est formé en février 2024 pour « se serrer les coudes » et organiser des actions en commun. « À l’occasion des municipales, on s’est dit que nous devions prendre la parole. Il existe un vocabulaire lié à une idéologie libérale hostile à la cause. Celui du consentement dans la prostitution. Quand les personnes sont mineures ou motivées par l’argent, on ne peut pas parler de consentement. »

    « De plus en plus de mineurs dans des réseaux »

    Les membres du collectif, présents sur le terrain, sont constamment en contact avec des personnes en situation de prostitution. « À l’amicale du nid, on les rencontre, on met à l’abri ceux qui demandent de l’aide, on les accompagne pour trouver un travail. » Les associations observent un nouveau profil de victime se dessiner. « À Marseille, la prostitution est en train de changer. On fait le constat que de plus en plus de mineurs tombent dans des réseaux prostitueurs et sont souvent liés au narcotrafic. »

    Alors que la sécurité de nombreux enfants est mise en péril, le collectif veut attirer l’attention des candidats à la mairie. « On veut que la question de la prostitution soit prise en compte d’une manière saine. C’est un fléau, pas un fait qu’on cautionne ou qu’on ne cautionne pas ! Même si ce n’est pas une compétence de la Ville, nous pensons que c’est le bon niveau pour que le sujet soit traité, car les élus le connaissent bien. »

  • La basse-ville ou le récit d’un siècle d’histoire toulonnaise « dévergondée »

    La basse-ville ou le récit d’un siècle d’histoire toulonnaise « dévergondée »

    Jonchée entre le cours Lafayette, la rue des Remparts, la rue de Lorgues et la rue Vincent-Courdouan, dans la zone piétonne du centre-ville, la basse-ville est encore, de nos jours, le cœur battant de Toulon. Il regroupe les rues les plus animées de la commune, entre cafés, commerces, et l’emblématique marché du cours Lafayette.

    Du milieu du XIXe siècle jusqu’à l’après Seconde Guerre mondiale, ce quartier était surnommé le « Chapeau Rouge », et constituait la seule zone de la ville où la prostitution était libre et autorisée. De nombreux auteurs écrivirent à son sujet (Farrère, Loti, puis Cocteau, Vérane, Morand, Carco, Kessel, Cendrars ou encore Bernanos), forgeant l’imaginaire de la basse-ville, empreint de sensualité et de légèreté, que Pierre Loti décrivait comme « ivre de soleil, de chaleur, d’alcool, de cris et de chants », et où les matelots se pressaient pour oublier, le temps d’une soirée, la rudesse de la vie en mer. Toulon était alors considérée comme « capitale de la prostitution et de l’opium », et devint dans l’entre-deux-guerres celle de « l’homosexualité », au grand dam des autorités, notamment de la Marine nationale.

    Une époque fantasmée et bien heureusement révolue que Marc Bayle et André Fourès, deux auteurs natifs de Toulon, racontent dans leur livre consacré Toulon dévergondée, la Basse-Ville (années 1880-1980). Une plongée inédite dans le passé sensible de ce quartier à part, riche de nombreuses archives, qui sera racontée et discutée par ses auteurs, en compagnie du Club de la presse 83, ce jeudi, à 18h30, à la librairie Charlemagne de Toulon.

    Inscriptions par mail : resa.clubpresse83@gmail.com

  • L’état annonce le sauvetage de quatre copropriétés dégradées à Marseille

    L’état annonce le sauvetage de quatre copropriétés dégradées à Marseille

    Le ministre du logement, Vincent Jeanbrun, est allé, vendredi, à la rencontre des habitants de la cité en péril de la Maurelette (15e), dont il a arpenté les allées de commerces fermés, contemplant les parkings souterrains transformés en poubelle géante. Il venait donner le coup d’envoi au sauvetage de 4 copropriétés privées dégradées de Marseille. La publication à Noël des décrets a ouvert la voie à ces opérations attendues de requalification pour les trois autres sites du Mail (14e), des Rosiers/Super Belvédère (14e) et de Consolat (15e). Le planning diffusé vendredi pour ces 4 Orcod-In s’étale jusqu’en 2039, sur 15 années, des études à la maîtrise foncière, des aménagements jusqu’aux relogements.

    « Ces 4 ORCOD-In sont une grande chance parce qu’on voit bien que le niveau de dégradation, dans lequel est arrivé la copropriété, nécessite une intervention des services publics. On ne peut pas vous laisser seul face à toutes ces difficultés », a expliqué le ministre, devant une trentaine d’habitants d’autres cités aussi qui ont raconté le calvaire des ascenseurs en panne, des charges qui explosent, des syndics qui s’engraissent. « À un moment donné, ça suffit. Au plus haut niveau de l’État, le président de la République a dit qu’on ne peut pas laisser la deuxième ville de France souffrir comme elle souffre. Marseille en grand a l’ambition de redonner à Marseille sa grandeur », entonne le ministre devant son auditoire.

    « Marseille, laboratoire des bonnes pratiques »

    Avec ces ORCOD-IN, l’État « promet de mettre les moyens et d’y aller le plus vite possible, même si ça se compte en années pour remonter la pente » avec la Ville, la Métropole et l’établissement public foncier. Le budget est estimé à ce stade entre 577 et 613 millions d’euros. « Nous voulons faire de Marseille le laboratoire des bonnes pratiques et des bonnes idées », a ajouté le ministre au cœur de cet ensemble de 765 logements.

    La Maurelette ce sont 65 barres et 5 tours construites dans les années 60 sur 10 ha et qui s’enfonce dans la misère bâtimentaire et sociale. L’ensemble, placé depuis un an sous administration judiciaire, cumule 3,9 millions d’euros d’impayés de copropriétaires, 1,9 million d’euros de dettes aux fournisseurs. Un plan de sauvegarde et pour près de 19 millions d’euros de travaux d’urgence doivent permettre de lever l’arrêté de péril de 2019 qui suspend toujours la perception des loyers. « Y en a plein qui payent encore, les propriétaires les forcent », dit une habitante. Les marchands de sommeil s’engraissent même si l’un d’eux a écopé de trois ans de prison dont un ferme, l’an dernier.

    « Ici monsieur, c’est pas la peine d’aller voir les films, vous avez tout : trafic de drogue, de mineurs, prostitution. Depuis 20 ans que j’y suis, j’ai tout vu », explique Fathia Mazouzi, présidente de l’association Les Ailes bleues pour l’aide aux devoirs, la distribution d’aides alimentaires en urgence aux familles que la crise frappe de plein fouet. « Il faut que cela redevienne a minima vivable pour nos enfants, supplie-t-elle, il faut mettre de l’argent dans l’éducation, la santé, la sécurité, les bâtiments bien sûr. Il faut donner à nos enfants un futur. Ils sont l’avenir de la France. »

    « Ici tout est en panne »

    « Les ORCOD-IN sont essentielles », se réjouit la maire adjointe de Marseille, Samia Ghali (DVG), qui demande d’étendre l’outil « aux autres copropriétés qui sont au point de bascule, au bord du gouffre ». Elle décrit au ministre le lent déclin de La Maurelette plongée dans la vétusté, la pauvreté, la délinquance. « Il faut étendre complètement le permis de louer sans cela on ne s’en sortira pas », prescrit-elle. « Ce n’est pas normal de pouvoir louer des appartements indignes. On est saturé de demande de logements sociaux parce que le logement privé n’arrive plus à jouer son rôle. C’est important d’avoir du logement privé de qualité pour permettre d’attribuer des logements sociaux à des gens qui en ont vraiment besoin. Et ici tout est en panne. L’ascenseur est en panne au propre comme au figuré. »

    47 grandes copropriétés représentant 11 000 logements sont en difficulté à Marseille. Appelée à la rescousse, la SPLA-IN Aix Marseille Provence doit dresser un diagnostic complet livrable au premier trimestre 2026 des 30 ensembles les plus dégradées.

  • [Entretien] Damien Nicolaï : « Le sujet de la prostitution cumule beaucoup de tabous »

    [Entretien] Damien Nicolaï : « Le sujet de la prostitution cumule beaucoup de tabous »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir organisé cette journée ?

    Damien Nicolaï : Cette journée, on l’a organisée bénévolement avec Lina Ouatiya, éducatrice à Avignon et porteuse de projets en direction des jeunes en situation de prostitution, et Jessica Lecce, réalisatrice de podcasts. L’objectif était de permettre aux professionnels, mais aussi aux habitants, de mieux appréhender la question de la prostitution chez les mineurs et les jeunes adultes. Et, surtout, parce que les pratiques évoluent de plus en plus à l’heure du numérique. Il s’agissait aussi de créer une culture commune de compréhension. C’est important d’avoir du lien entre les acteurs afin d’agir en commun de la meilleure des manières.

    La prostitution est-elle particulièrement présente en Vaucluse ?

    D.N. : Avignon et le Vaucluse sont concernés, mais je ne peux pas vous dire si c’est plus qu’ailleurs. Il est très difficile d’avoir des chiffres précis sur la question. Souvent, des personnes comme Lina sont obligées de faire des maraudes numériques pour rencontrer des jeunes dans ces situations. Et c’est en offrant un espace sécurisant que l’on peut en savoir plus.

    Les services publics en font-ils assez ?

    D.N. : Le sujet cumule beaucoup de tabous : celui de la sexualité déjà, le fait que les clients soient surtout des hommes de tous milieux, et le fait que cela touche des jeunes, voire très jeunes. On ne fait déjà pas assez en matière d’éducation à la vie affective, donc nous avons beaucoup à faire collectivement. Nous sommes tous concernés, à la fois l’Éducation nationale, mais aussi les associations, le milieu de la santé et les centres sociaux. Il faudrait que tout le monde soit formé à ce sujet et, ensuite, faciliter les interventions de structures extérieures spécialisées.

  • Hérault : des prostituées mineures de plus en plus jeunes

    Hérault : des prostituées mineures de plus en plus jeunes

    « C’est un phénomène qui a augmenté depuis les années 2018-2019, avec un pic après le confinement, les réseaux sociaux ayant pris de l’ampleur sur ce sujet », explique Claire Grangeaud, cheffe de service du Fil. Dédié aux mineurs victimes d’exploitation sexuelle, ce service dépend de l’Amicale du Nid de l’Hérault, association qui accompagne les personnes en situation de prostitution. Il est né en 2020 « parce qu’on était de plus en plus interpellés sur la prostitution des mineurs. L’objectif était d’intervenir le plus tôt possible pour tenter de les sortir de cette emprise », explique Claire Grangeaud.

    Depuis leurs débuts il y a 5 ans, les équipes du Fil ont enregistré environ 380 signalements, réalisés par des professionnels de l’aide à l’enfance, des jeunes eux-mêmes (dans une moindre mesure) ou des parents. « En 2024 nous avons été sollicités pour 105 situations différentes de mineur(e)s et jeunes majeur(e)s, contre 53 en 2023 », indique le rapport d’activité de l’association, qui accompagne une soixantaine de jeunes. Des filles dans leur immense majorité (97%), dont la moyenne d’âge se situe autour de 15 ans. « Jusqu’à 2023, on avait essentiellement des jeunes filles d’à peu près 15, 16, 17 ans. Depuis fin 2023 – la tendance s’est confirmée en 2024 et 2025, ce qui est inquiétant -, plus de 30% des jeunes qu’on accompagne ont de 11 à 14 ans », souligne Claire Grangeaud. « Là ça devient des enfants. Quand elles ont 12-13 ans, on ne peut pas se tromper. Les clients ne peuvent plus se cacher derrière : Elle a 17 ans on aurait dit qu’elle en avait 20… »

    Pour supporter les passes, l’immense majorité (80%) de ces jeunes filles se drogue. « Une partie de ces réseaux de prostitution sont issus des réseaux de stupéfiants. Au départ, la drogue est offerte, les proxénètes leur font croire que ça va être gratuit. Mais au bout d’un certain temps ils leur disent : Tu nous dois de l’argent, tu vas travailler pour nous.  »

    La plupart du temps issues des foyers de l’enfance, ces jeunes filles ont presque toutes (90%) « vécu des violences sexuelles avant la prostitution, dont une grande partie de l’inceste (63%) », indique Claire Grangeaud. Une fragilité qui en fait des proies idéales pour les proxénètes, lesquels « gravitent autour des foyers dans l’objectif de trouver des jeunes filles vulnérables ». Une emprise d’autant plus facile à établir que les victimes sont jeunes. « Parfois, ces mineures sont aussi recrutées par d’autres jeunes filles exploitées. »

    La suite se passe sur les réseaux sociaux. « Les prostituées mineures ne racolent pas dans la rue. Tout se passe via les réseaux sociaux, avec des messages éphémères sur Snapchat par exemple, ou des applications type Telegram, Signal, WhatsApp avec messageries cryptées. Si bien que ce n’est pas simple de remonter ces réseaux », concède Claire Grangeaud, qui déplore toutefois un manque de moyens policiers et judiciaires engagés dans la lutte contre ce fléau. « À ma connaissance sur l’Hérault, il y a très peu d’enquêtes et de démantèlements. Il y a besoin que la justice agisse. Qu’elle démantèle des réseaux, mais aussi qu’elle arrête des clients. Car la plupart ont un vrai sentiment d’impunité. »

    Pour les aider à s’extraire de cet enfer, le Fil propose « une écoute non jugeante. On essaie de les déresponsabiliser de la situation, en leur expliquant que ce n’est pas elles qui ont un souci mais les acheteurs et les proxénètes. Dans un deuxième temps, il y a souvent un accompagnement psychologique pour qu’elles puissent faire le lien entre la prostitution et ce qu’elles ont vécu avant. Mais on ne sort pas une jeune fille comme ça de ce système ; ça prend des mois, parfois des années tant les conséquences, physiques et psychologiques, sont importantes ».