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  • [Entretien] Renaud Muselier : « Laisser aux Régions leur capacité d’action »

    [Entretien] Renaud Muselier : « Laisser aux Régions leur capacité d’action »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de cette visite de 48 heures à Bruxelles ?

    Renaud Muselier : J’y vais pour rencontrer les commissaires européens, l’ambassadeur représentant la France, présenter mon dossier, son évolution. Là, je leur ai remis le tome 11 du recueil de projets soutenus en novembre, c’est 500 millions investis dans la région sur différents dossiers, comme la communauté du Guillestrois, la gestion intégrale des risques incendie dans les baronnies provençales… J’ai rencontré la présidente du Parlement, Mme Metsola, et je me suis exprimé en ouverture du comité européen des régions sur les coopérations territoriales, avant de m’entretenir avec M. Fitto, vice-président chargé de la politique de cohésion, du développement régional, des Villes.

    Notamment sur la renationalisation des fonds européens ?

    R. M. : L’enjeu est simple : est-ce que ces fonds sont recentralisés par les États membres ou est-ce qu’ils restent organisés en proximité et en territorialité ? L’association des Régions de France, que je copréside, plaide pour laisser aux Régions leur capacité d’action. Nous sommes très inquiets, nous ne voulons pas que l’état français récupère ces fonds et les engloutisse dans le budget national sans les reventiler comme nous savons le faire. Les Régions espagnoles et allemandes sont sur la même ligne, mais d’autres pays en mauvaise santé aimeraient les récupérer au profit de l’État central. C’est un lobbying important pour rappeler que la politique de cohésion est absolument indispensable.

    Ce n’est pas l’orientation prise sur le prochain plan quinquennal ?

    R. M. : Oui, surtout qu’aujourd’hui, compte tenu de ses difficultés de gouvernance, la position de la France n’est pas claire. Il faut qu’elle le devienne dans le premier trimestre 2026 pour peser. Pour notre région, qui est la première de France et la 10e région d’Europe en termes de captation de fonds, on parle de 10 milliards.

    D’autres sujets sont évoqués ?

    R. M.: Il y a tout le volet stratégie militaire, avec en la matière tout ce qui est déplacements civil et militaire sur la vallée du Rhône : entre Istres et Salon, le ferroviaire jusqu’au port de Marseille pour les marchandises et de Toulon pour les militaires. C’est co-finançable à 100% par sa commission (transports et tourisme), selon M. Tzitzikostas (commissaire européen), dans le cadre de stratégies d’aménagements de déplacements mixtes. Il y a un intérêt majeur à avoir un portage stratégie par stratégie, dossier par dossier : la sécurité, les transports, l’aménagement des territoires, Erasmus sport, les clubs amateurs, les bénévoles…

    Avez-vous un exemple concret ?

    R. M. : Un exemple qui nous concerne directement. Avec le travail que nous avons fait au Costa Rica, qui organise une scannérisation de la totalité des conteneurs portuaires, nous avons demandé avec les douanes, dans le cadre du contrat de plan, un scanner éligible aux Fonds européens à hauteur de 60%. C’est concret dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic en amont de l’entrée des marchandises suspectes.

    Ça se discute comment ?

    R. M. : On est une région très représentée à Bruxelles et plus de 140 personnes à Marseille transforment des dossiers techniques pour les rendre éligibles. Après, c’est une validation politique avec des interlocuteurs qui savent que je défends l’Europe et me connaissent comme le loup blanc. Je fais ce travail de présentation d’évolution des dossiers tous les 4 à 6 mois. M. Tzitzikostas m’a par exemple donné des pistes sur la ligne nouvelle parce que les Italiens font la même chose de leur côté. Donc, les gares sont éligibles comme ce qu’on appelle le « RTMS », le volet technique… Là, il y a 90 millions d’euros pour nous.

    Les JO sont-ils facilitateurs à l’échelle européenne aussi ?

    R. M. : Dans le cadre de l’accélération de la validation des décisions. Comme pour le contournement Fos-Martigues, la zone industrielle de Fos… Ces fonds européens représentent 20 à 40% des investissements. C’est d’autant plus facile que je suis dans le contrat de plan, que ça a été validé grâce aux Jeux, que j’ai été intégré dans le budget qui, j’espère, sera voté. Tout est prêt, ensuite, il faut faire le lobbying nécessaire pour que la signature arrive en bas de la feuille.

    Vous les avez eues ?

    R. M. : En tout cas, ils m’ont dit qu’ils le faisaient. Donc, je pars plutôt content de mes rendez-vous. Très content.

  • La mémoire vive de la rue d’Aubagne aux Archives

    La mémoire vive de la rue d’Aubagne aux Archives

    Sept ans après les effondrements, le drame de la rue d’Aubagne poursuit son chemin mémoriel. Une partie de cette histoire est officiellement entrée ce vendredi aux Archives municipales de Marseille. La convention a été signée lors d’une table ronde organisée dans le cadre des 5e Rencontres de l’éducation populaire.

    En septembre 2019, des chaînes ayant fermé les immeubles frappés d’arrêtés de péril avaient déjà fait leur entrée au Musée d’histoire et rejoint les collections muséales de la ville pour en devenir « un bien culturel inaliénable ». Cette fois ce sont des documents et récits toujours collectés par Noailles Debout ! avec la coopérative Hôtel du Nord auprès des habitants, qui seront conservés et mis à disposition de tous.

    « La profondeur du récit, du témoignage, en est d’autant plus émouvante et pertinente. Car c’est le propre des récits de vie, des témoignages oraux que de donner du sens à des documents, des informations ou des objets, produits par des services publics ou conservés par eux », apprécie Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture. Dans ce projet de collecte, « l’équipe des Archives municipales s’est contentée de conseils et recommandations juridiques et pratiques », insiste l’élu communiste, rappelant que Noailles Debout ! et Hôtel du Nord « ont mené, en toute indépendance, le projet de collecte et fait le choix de cette donation ».

    « Projets co-construits »

    Présents pour l’occasion, quatre membres de Noailles Debout !, Laura, Jean, Laurent et Mélina, ont rappelé à la tribune le chemin parcouru par cette « association à but réparateur » qui s’est très vite retrouvée à marcher dans les pas de convention de Faro, à laquelle la municipalité a adhéré en juillet 2025, en œuvrant à la constitution d’une mémoire vive et collective du quartier et témoignant de l’engagement des habitants dans la préservation de leur patrimoine et le respect de leur histoire. Désormais un comité d’archives du quartier est à l’étude.

    « Des projets co-construits avec les habitants, dans un but de résilience pour dépasser le traumatisme en l’inscrivant dans une histoire collective reconnue », développe encore Jean-Marc Coppola. L’illustration d’« une conjonction heureuse entre projets administratifs, politiques et citoyens », note Olivier Muth, le directeur des Archives municipales.

    Un projet en lien direct surtout, avec la table ronde de la matinée baptisée : Écouter, reconnaître, transmettre : démarches mémorielles, patrimoniales et historiques portées avec et par les habitants. « L’idée des Rencontres de l’éducation populaire, c’est d’avoir un temps où on rend visibles des pratiques qui participent de la co-construction avec les habitants de la politique publique dans la ville dans une démarche d’éducation populaire », explique Marie Batoux, adjointe (PM) en charge de l’éducation populaire, pour présenter cette table ronde qui a mis en avant, durant près de deux heures, « la question des mémoires des habitants et leur place dans la ville ».

    Un travail notamment mené dans plusieurs centres sociaux et illustré par les témoignages de Fatima et Amina, ambassadrices citoyennes de Frais Vallon, sur l’histoire de leur quartier, ou dans un autre genre, par celui de Nicolas Dupont, animateur du groupe Mémoire de la coopération territoriale sur la Belle de Mai.

  • Fréjus Riposte s’oppose au projet d’hôtel haut de gamme à la Base Nature François Léotard

    Fréjus Riposte s’oppose au projet d’hôtel haut de gamme à la Base Nature François Léotard

    Il était dans les tuyaux depuis de longs mois, il est désormais en voie de réalisation : le projet de complexe hôtelier de luxe sur la Base nature François-Léotard a été voté en conseil municipal le 27 novembre. Il doit être mis sur pied pour le premier semestre 2030, en lieu et place des hangars désaffectés de la base. De quoi provoquer une levée de boucliers d’une large partie de l’opposition, qui a marqué son désaccord de longue date, à l’image du conseiller municipal Emmanuel Bonnemain (DVC), qui fustigeait déjà, il y a un an, un projet qui « privilégie les intérêts des promoteurs immobiliers au détriment de l’intérêt général ».

    Un projet « qui montre le vrai visage du RN »

    La liste de gauche Fréjus Riposte, candidate à la mairie, dénonce elle aussi une volonté « de favoriser le tourisme de luxe, de contenter la clientèle des ultra-riches sur un domaine public et sur le dos des Fréjussiens ».

    Selon elle, ce complexe hôtelier n’aurait aucune légitimité en ce lieu emblématique de la commune : « Les Fréjussiens méritent et ont besoin d’un espace de détente pour s’oxygéner, se retrouver en famille. Cet espace exceptionnel est le poumon de la population. On y libère le stress après une dure semaine de travail. C’est aussi un espace de nature dans un environnement où le béton domine, où le réchauffement climatique compromet notre quotidien. »

    Ce projet montre, selon elle, « le vrai visage du RN », un parti « antisocial et au service des plus riches, ignorant les besoins des Fréjussiens ». « La base nature doit rester un bien populaire et public dont les projets qui la concernent doivent être conçus avec et pour le plus grand nombre de Fréjussiens. Le RN ne nous la confisquera pas, c’est notre bien commun », conclut Fréjus Riposte.

  • Occitanie : Sylvain André, « Cette liste se revendiquera de gauche »

    Occitanie : Sylvain André, « Cette liste se revendiquera de gauche »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous hésité à vous représenter ?

    Sylvain André : J’ai pris du temps parce que je connais bien la fonction et je sais que c’est un mandat très prenant, très exigeant mais passionnant. La passion est intacte et j’ai envie de finir les projets engagés et d’en porter de nouveaux. J’ai surtout envie de continuer ce travail engagé sur le vivre-ensemble. Les attaques que j’ai subies m’ont aussi fait réfléchir parce que c’était très virulent. Mais l’envie est toujours là.

    Quel bilan tirez-vous de ces six ans de mandat ?

    S.A. : Nous avons dédié un vrai budget à l’éducation et nous avons beaucoup soutenu le centre socio-culturel, avec un programme culturel important. Concernant les investissements importants, nous avons réalisé la rénovation du centre du village, la rénovation énergétique des bâtiments publics et la création d’un deuxième réseau chaleur bois pour alimenter plusieurs bâtiments. Nous avons aussi mené un travail pour améliorer les équipements des services techniques et nous avons réalisé un travail de fond sur la tranquillité publique. Nous avons mis en place la vidéoprotection en début de mandat, qui sert uniquement aux gendarmes quand il y a une infraction. Ensuite, nous avons acheté un terrain pour un projet d’habitat inclusif de onze appartements. L’appel d’offres est prévu en 2026. Nous avions commencé à travailler sur ce projet en 2016 et si tout se passe bien, il verra le jour en 2028.

    Quels sujets allez-vous porter durant la campagne ?

    S.A. : Nous avons des projets pour plusieurs mandats, entre ceux pensés par l’équipe sortante et ceux portés par les nouveaux. Mais il y en a deux qui sont certains : le cimetière, où nous venons de trouver un nouveau terrain et l’habitat inclusif. Il y a d’autres projets dans les tuyaux comme la création d’une boulangerie à la place du foyer, la rénovation de la salle polyvalente, l’aménagement du quartier des Fonzeaux qui a besoin d’un gros travail… Il faut avancer sur un maximum de choses, plus que ce qu’on peut déjà faire, et en fonction des financements que l’on pourra trouver nous les réaliserons. Ce sont les financements qui déterminent si certains projets se font avant les autres. Pour cela, nous aurons aussi une équipe renouvelée à 50%. Cette liste se revendiquera de gauche. J’y tiens beaucoup. Toutes les personnes de la liste se revendiquent de gauche avec différentes sensibilités.

    Vous êtes régulièrement la cible de l’extrême droite, y aura-t-il une liste soutenue par le RN face à vous ?

    S.A. : Je ne pense pas. Je n’ai pas entendu de liste se positionner en face mais on n’est jamais à l’abri.

  • La « tech israélienne » de l’eau n’est pas la bienvenue

    La « tech israélienne » de l’eau n’est pas la bienvenue

    Le rendez-vous ne passe pas. Dans une lettre ouverte au président (Ren.) de la Région, Renaud Muselier, une quinzaine de collectifs et associations engagés sur la question de l’accès à l’eau et du soutien à la Palestine, la CGT du conseil régional, la France insoumise et le collectif Vaï demandent l’annulation d’une rencontre organisée, ce mercredi, avec des entreprises israéliennes de l’eau.

    « Christian Estrosi, Renaud Muselier ou Éric Ciotti sont assujettis au traité sur la prévention du génocide », que la France a signé en janvier 2024, insiste Régine Fiorani du collectif Marseille Gaza. « Nous nous opposons fermement à cette collaboration avec des entreprises qui, de près ou de loin, contribuent au crime de guerre et crime contre l’humanité perpétrés par l’État israélien et l’armée israélienne. »

    La délégation de dix sociétés israéliennes spécialisées dans les technologies de pointe de l’eau doit être reçue au Tholonet, dans le cadre d’un événement organisé par Rising Sud, l’agence d’attractivité et de développement économique de la Région, avec la Société du canal de Provence (SCP) et le ministère israélien de l’Économie. Au menu : présentations de projets, rendez-vous pros, et visite d’infrastructures hydrauliques…

    La démarche s’inscrit dans une convention de partenariat entre la SCP dont est actionnaire la Région, et Mekorot, la compagnie des eaux israélienne. Elle a été signée en mai 2023, lors d’un voyage organisé en Israël, et s’inscrit dans le plan Or bleu : 620 millions d’euros fléchés d’ici 2028, s’inspirant de ce qui a pu être mis en place en Espagne ou en Israël.

    « Quel est le statut de ce type de rendez-vous du point de vue du droit international ? », interroge Benard Mounier (Eau Bien commun Paca), rappelant que « la privation d’eau est utilisée comme arme de guerre » à Gaza, en violation de l’ordonnance de la Cour pénale internationale de mars 2024 : bombardement des infrastructures d’assainissement et des réseaux hydriques, pollution des nappes phréatiques… La gestion de l’eau est « un outil de domestication des populations » et « le cheval de Troie de l’installation des colons », poursuit Anti du collectif Hydre. « Cette association est condamnable du point de vue de l’action génocidaire qu’il y a derrière, mais aussi du point de vue de l’imaginaire socio-technique qui va contre l’idée même de l’eau bien commun. »

  • L’habitat inclusif en question au Département

    L’habitat inclusif en question au Département

    Un contexte, un besoin, des enjeux. Le Département des Bouches-du-Rhône organisait, vendredi, une journée dédiée à l’habitat inclusif. Un dispositif pour personnes de plus de 65 ans ou handicapées, combinant espaces privatifs et communs pour favoriser autonomie et vie sociale. Objectif ? Lutter contre l’isolement grâce à un projet de vie partagée et un accompagnement adapté.

    « Une journée pour valoriser ce dispositif particulier et échanger les bonnes pratiques avec les porteurs de projets déjà installés qui ont bénéficié de l’aide à la vie partagée », explique Jean-Marc Perrin, conseiller départemental (DVD) et président de la commission des financeurs pour l’habitat inclusif.

    Dans les Bouches-du-Rhône : 41 projets sont ouverts, s’adressant à 623 personnes pour un financement état-Département de 2 millions d’euros en 2025. 4,75 millions sont prévus d’ici 2028. « On est soutenu par l’État via la Caisse nationale de solidarité à l’autonomie mais je suis inquiet », reprend Jean-Marc Perrin. « Sur les premiers appels à manifestation d’intérêt, l’État nous soutenait à hauteur de 85%, aujourd’hui on est à 50%. Le reste est à charge des Départements dans des situations budgétaires compliquées. J’espère que la baisse de ce soutien va s’arrêter. »

    Une précarité

    plus marquée

    D’autant que le dispositif de l’habitat inclusif paraît homéopathique au regard du vieillissement de la population du département. On y compte 558 000 personnes de plus de 60 ans et 70 600 personnes de plus de 85 ans, en hausse de 30% depuis 2015. En 2030, selon les prévisions, le territoire comptera 77 000 personnes de plus de 75 ans en situation de dépendance dont 80% de femmes.

    « Une population sur laquelle pèse une précarité plus marquée que dans le reste du pays », observe Laurence Diederichs-Diop, cheffe du service Observatoire de Provence. Ici les bénéficiaires du minimum vieillesse représentent 8% de la population contre 4,3% en France. Les femmes avec leurs carrières hachées et des retraites inférieures de 40% à celles des hommes, sont particulièrement vulnérables. Côté handicap, 160 000 personnes ont des droits ouverts à la MDPH, 36 900 sont allocataires de l’aide adulte handicapé et 11 600 bénéficient de prestations et d’allocations compensatrices (PCH et ACTC).

    Cette longévité interroge donc les dispositifs classiques au regard des besoins d’accompagnement et de la variété des handicaps. L’habitat alternatif est une des pistes, considérant que 96% des plus de 60 ans et 83% des plus de 85 ans, vivent à domicile. Seuls, pour près de la moitié, et huit fois sur dix des femmes.

    Un contexte compliqué, accentué par la tension sur le parc de logement social. Sur ce sujet, Jean-Marc Perrin, tout nouveau président de 13 Habitat, le bailleur du département, n’a pas voulu s’exprimer. Dans un territoire où de nombreux maires de sa majorité se dérobent à leurs obligations sur la loi SRU, 11 000 personnes âgées sont pourtant en attente d’un logement social. 23% des demandes de mutations sont faites par des plus de 60 ans, réclamant dans 16% des cas un logement adapté à leur handicap. Au total, ce sont 6 000 sollicitations pour un logement adapté ou accessible…

    Autre point de tensions, l’offre insuffisante en matière d’établissements collectifs. Avec 16 252 places en Ehpad, 3 703 en résidence autonomie et personnes âgées et 3 844 en hébergement adapté pour personnes en situation de handicap, le département affiche des taux largement inférieurs à la moyenne. « Et les prix sont ici plus élevés en raison de la faiblesse de l’offre d’établissements publics », explique Julia Rondon, conseillère technique pour le Département.

    à deux doigts de citer la ville de Marseille qui vient de lancer son premier Ehpad social public, en exemple.

  • Les Minots disposent d’un complexe flambant neuf

    Les Minots disposent d’un complexe flambant neuf

    Au cœur du quartier Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille, se cache désormais un trésor bien gardé. Celui d’un complexe sportif flambant neuf, nommé en hommage à Félix-Weygand, militant syndicaliste et Résistant, qui va profiter à l’association des Minots de Marseille. Cette dernière est née en 2020 de la fusion des clubs du CA Saint-Just et de l’USC Minots du Panier. L’association y dispose de son siège, son bureau administratif et son club-house, permettant d’accueillir chaque semaine ses 610 adhérents pour des rencontres et des entraînements.

    En plus du terrain de football à onze déjà existant, le site s’enrichit d’un nouveau terrain annexe, dédié à la pratique du football à huit, et d’un nouveau terrain de futsal en plein air, unique à Marseille. Il a été co-financé par la Ville de Marseille, la Fondation Treizième Homme de l’Olympique de Marseille représenté par le président Pablo Longoria, la Fondation CMA CGM et la Ligue Méditerranée de Football, représentée par Éric Borghini. Avec la rénovation des vestiaires, de la tribune et des deux terrains synthétiques, la Ville de Marseille a investi près d’1,5 million d’euros pour finaliser le complexe, comptabilisé parmi les 28 équipements sportifs rénovés ou reconstruits depuis 2020.

    « Les éducateurs

    nous comprennent »

    « On est très fiers d’être doté de telles infrastructures », se réjouit Guillaume Boina, président des Minots de Marseille, le club qui compte le plus de licenciés en futsal au sein de la cité phocéenne. « Notre objectif, aujourd’hui, est de pérenniser nos activités, parce qu’on a évolué très vite. Nous mettons un point d’honneur à être un acteur social important dans la vie de notre territoire via des actions que nous réalisons, comme des forums pour l’emploi avec des acteurs du monde sportif », souligne le dirigeant, animé par le désir de permettre aux jeunes des quartiers avoisinants de devenir « de bons citoyens ».

    « Le sport est le meilleur vecteur d’insertion sociale pour nos jeunes, surtout quand on connaît la délinquance présente dans notre ville », martèle Salim, éducateur socio-sportif en charge de la catégorie U9 (moins de 9 ans), conscient que le football a permis à certains de connaître une autre vie et, ainsi, « s’éloigner du mauvais chemin ».

    « Le football, ça commence petit et ça commence dans de la dignité. On y apprend la vie, mais on doit l’apprendre dans de bonnes conditions. Pour nous, les conditions dans lesquelles on apprend le football sont essentielles », développe Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille, fier de « refaire ce qui avait été laissé comme ça, de manière un peu indigne », pour la jeunesse phocéenne.

    « Pendant des années, ce côté social s’est éteint et, aujourd’hui, les clubs de foot arrivent à raviver cette flamme-là. C’est important d’utiliser ce sport populaire et aimé de tous pour pouvoir aider un maximum de jeunes et les tirer vers le haut », ajoute Salim, lucide sur le fait qu’une association comme les Minots de Marseille dépasse les frontières du sport. Le club s’investit au quotidien dans de nombreux projets sociaux comme l’aide aux devoirs, des formations d’encadrement et d’arbitrage, des actions solidaires, ou encore à travers des opérations de sensibilisation pour la lutte contre le harcèlement et la violence dans le sport. « Les éducateurs nous comprennent », insiste Jawad, 13 ans, reconnaissant du travail qu’accomplissent les éducateurs au quotidien. Salim était son entraîneur, il y a quelques années, et a eu un impact dans sa vie. « C’est comme mon grand frère », lance le jeune homme.

  • Olivier Lutersztejn annonce sa candidature aux municipales à La Valette-du-Var

    Olivier Lutersztejn annonce sa candidature aux municipales à La Valette-du-Var

    Ce n’était pas un secret mais c’est désormais officiel. Déjà candidat en 2020, Olivier Lutersztejn se lance à nouveau dans la bataille des municipales. Leader du groupe d’opposition « La Valette en Action », qui revendique trois représentants au conseil municipal, il mène depuis longtemps une lutte contre la municipalité en place et le maire Thierry Albertini (LR). Un édile contre qui il a déposé deux plaintes pour soupçons de favoritisme, ce qui avait conduit à la perquisition de la mairie, en février. L’opposant l’accuse également de manquements sécuritaires concernant plusieurs bâtiments publics de la commune. « J’ai été témoin de pratiques si douteuses qu’il était de mon devoir d’élu et citoyen d’alerter la justice, qui doit se prononcer et faire éclater la vérité.C’est un enjeu de démocratie essentiel », soutient l’intéressé.

    Mais il ne s’agit pas des seuls griefs exprimés par le chef d’entreprise : « Il y a beaucoup de gaspillage d’argent public, la Ville est mal gérée et très fortement endettée [de 28,4 millions en 2020 à 43,9 millions en 2025, Ndlr]. L’insécurité s’est installée. La ville est ultra-bétonnée et sous tutelle des promoteurs. Les Valettois étouffent sous la circulation et les problèmes de stationnement. »

    En conséquence, Olivier Lutersztejn veut « mettre fin aux dérives financières et engager une baisse des impôts ». Mais aussi donner « plus de moyens à la police municipale », stopper « les projets immobiliers incohérents et téléguidés par les promoteurs » et mener « deux projets de rénovation urbaine menés dans le cœur du centre-ville et de la Coupiane », avec « une liste citoyenne sans étiquette. Je ne suis pas candidat pour une carrière et ne suis lié à aucun parti. Mon parti, c’est La Valette ! », martèle-t-il.

  • [Rue de la République] Marc Pietrosino : « Le RN, c’est une catastrophe pour les travailleurs »

    [Rue de la République] Marc Pietrosino : « Le RN, c’est une catastrophe pour les travailleurs »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    L’Assassinat de Mehdi Kessaci

    Didier Gesualdi : Ce samedi a lieu une marche en mémoire de Mehdi Kessaci et contre le narcotrafic. Vous y serez ?

    Oui, c’est important de manifester, d’être auprès de la famille, de lui apporter notre soutien et d’affirmer que d’autres solutions sont possibles pour Marseille. C’est un fléau qui touche Marseille depuis des années. Un fléau qui touche nos professions puisque dans ce contexte tragique, on a eu des agents du conseil départemental menacés sur leur lieu de travail, toujours en lien avec le narcotrafic. Nous leur apportons aussi notre soutien.

    Didier Gesualdi : C’est un phénomène qui gangrène toutes les relations dans notre société.

    Oui, c’est quelque chose qui a déjà été analysé depuis longtemps. On sait que dans certains quartiers, il y a une faillite de l’État, un abandon qui provoque une certaine misère pour les jeunes qui y vivent. C’est un terrain propice pour le grand banditisme. L’État doit réinvestir ces quartiers, pas qu’avec le répressif, il faut qu’il y ait des écoles, des perspectives d’emplois, des services publics… C’est le rôle de la République, au sens le plus fort de ce mot.

    Léo Purguette : La CGT critique depuis longtemps la désertion des services publics de ces quartiers populaires. Quand il en reste, le narcotrafic fait pression sur les agents, dégradent leurs conditions de travail. Est-il encore possible de reprendre le dessus ?

    Oui, à condition que l’État ait une vraie volonté de réinvestir ces quartiers. Je pense que c’est possible. On a connu des situation pires par le passé. Quand il y a une volonté, réelle, on peut y arriver.

    Didier Gesualdi : Une adhésion de la population est nécessaire…

    Oui en sachant que les premières victimes sont les habitants de ces quartiers populaires. On oublie trop souvent de le préciser. C’est quelque chose qui déborde de plus en plus de ces quartiers, et même de la ville pour toucher la région tout entière, donc oui, il faut une adhésion populaire pour dire qu’il faut plus de services publics et plus d’emplois dans ces quartiers.

    Le budget

    Léo Purguette : Ça nous renvoie directement à la question des moyens. Le budget de l’État et celui de la Sécurité sociale en préparation met la CGT est en colère. Quelles sont vos propositions pour faire autrement ?

    Je ne vais pas toutes les lister mais il faut commencer par dire que c’est le pire budget qui existe depuis longtemps. On a déjà protesté contre le budget Bayrou, celui-ci est plus mauvais encore. Coupes dans la Sécurité sociale, doublement des franchises médicales, une certaine mise au pas des associations après un amendement déposé par le RN… Toutes ces choses-là, ne sont pas acceptables.

    Léo Purguette : Quand on vous dit qu’il n’y a plus d’argent, vous n’y croyez pas ?

    Non, beaucoup d’argent circule en France. La question, c’est comment on le redistribue ? Et nous sommes face à une captation par une petite minorité de la population comme le montre les chiffres. Avec une meilleure redistribution, on peut dégager beaucoup de moyens supplémentaires. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres et le discours dominant, c’est de nous faire croire que c’est une fatalité. Nous, on dit non. Et il y a quand même pas mal déconomistes qui valident nos thèses. D’autre part, il se pose aussi la question du contrôle de l’État sur sa monnaie. Le système est fait pour qu’on s’endette auprès des marchés financiers, ce qui n’était pas le cas avant. Ce sont des questions qu’il faut investir pour reprendre le contrôle sur le financement de l’action publique.

    Les retraites

    Didier Gesualdi : La bataille des retraites continue mais comment mobiliser quand on a connu un passage en force et une défaite ?

    Ce n’est jamais facile de mobiliser, surtout qu’on est dans une société qui est de moins en moins sur le collectif et de plus en plus sur l’individuel. On fait face à une certaine propagande sur les réseaux sociaux et à des chaînes d’information en continu qui ne sont pas vraiment de notre côté. Mais pour autant, l’adhésion et la prise de conscience populaire resteront la seule solution pour sortir de ce marasme.

    Léo Purguette : Que dit de l’évolution du rapport de force la proposition de « suspendre » la réforme des retraites qui émane du Premier ministre ? Qu’en pensez-vous ? Est-ce suffisant ?

    Effectivement, les mobilisations ont servi à quelque chose, le rapport de force à évoluer mais cela reste largement insuffisant. Nous sommes pour l’abrogation et pas la suspension. Suspendre ça veut dire qu’à tout moment ça peut revenir et puis surtout pour cette suspension il faudrait accepter tout le reste du budget dont on ne veut pas.

    Le Rassemblement national

    Didier Gesualdi : Les municipales approchent, on voit que le RN a le vent en poupe notamment dans notre région. Qu’en dites vous en tant que représentant du monde du travail ?

    Le Rassemblement national, c’est une catastrophe pour les travailleurs. Je sais que ces dernières années, ils ont tenté d’avoir une ligne pseudo-sociale pour embellir l’image. Mais concrètement, il suffit de voir ce qui est voté par cette organisation politique que ce soit à l’Assemblée nationale ou au Parlement européen. Toutes les mesures antisociales sont votées par le Rassemblement national. Et tout ce qui pourrait aller dans le sens d’une amélioration sociale, ses représentants votent contre.

    Didier Gesualdi : De son côté le patronat réclame qu’on baisse ses charges, vous répondez quoi ?

    Le patronat n’a jamais été trop à l’avant garde de la question sociale. Ça fait depuis les années 1980 que les grosses entreprises ont obtenu des exonérations sans créer d’emplois.

    La santé

    Didier Gesualdi : Quelles conséquences des orientations budgétaires sur les usagers des services de santé ?

    Déjà rappelons nous les déclarations du président de la République pendant la crise Covid disant qu’il fallait réouvrir des lits, renationaliser des entreprises de l’industrie pharmaceutiques… Ce qui correspond plutôt à nos thèses à nous. Mais la réalité c’est qu’on est sorti de la crise et qu’on repart sur des fermetures de lits, des restrictions, etc. L’hôpital ne pourra pas tenir éternellement sur le dévouement de son personnel. Si on continue comme ça, le personnel va finir par être en situation de maltraitance avec les usagers.

    Didier Gesualdi : Certains disent qu’on dépense mal, qu’on doit être plus efficace en matière de santé.

    Je n’ai pas l’impression. Quand vous allez aux urgences et que vous constatez qu’il n’y a que deux brancardiers dans un hôpital, quand vous voyez dans quel état est le personnel dans les hôpitaux et même les cliniques, on se dit qu’il y a beaucoup d’économies faites sur leur dos.

    L’industrie

    Léo Purguette : Quel regard portez-vous sur la réindustrialisation décarbonée du golfe de Fos ? On nous promet beaucoup d’emplois. Quelles conséquences pour le territoire ?

    On n’aimerait pas que la décarbonation ou que l’écologie deviennent une raison de fermer des usines. On a le cas de Arcelor avec des hauts fourneaux à l’arrêt. Mittal a reçu beaucoup d’aides publiques de l’État, avec nos impôts. Il faut investir sur des fours électriques pour faire repartir l’activité et réduire les gaz à effet de serre. Imposons-le.

    Léo Purguette : Vous êtes donc favorable à la ligne Très haute tension qui fait débat dans la population ?

    Le débat, c’est est-ce qu’on fait cette ligne et on maintient les industries ou est-ce qu’on ne la fait pas et les industries ne pourront pas exister faute d’électricité. Dans ce cas-là on respirera peut-être mieux mais on sera tous au chômage. Il faut trouver une ligne qui préserve l’emploi tout en préservant notre environnement. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. Je crois qu’on a les capacités techniques et intellectuelles dans ce pays pour arriver à quelque chose qui satisfasse tout le monde.

    Didier Gesualdi : C’est possible de réindustrialiser tout en tenant compte de la santé au travail et de l’environnement ?

    Oui tout à fait. Que ce soit la chimie, la pétrochimie, on sait que ce sont des industries polluantes mais on sait aussi que par des investissements, on peut les rendre beaucoup moins polluantes. Il faut aller chercher des investissements. C’est un combat qu’il ne faut pas lâcher.

    Léo Purguette : Un combat a été gagné, c’est celui de la Centrale de Gardanne. Là aussi avec des enjeux environnementaux, le projet des salariés a fini par gagner. Comment analysez-vous cette victoire ? Quel est votre avis sur les activités supplémentaires qui pourraient arriver sur ce site ?

    Il faut saluer l’abnégation des salariés et du syndicat CGT qui les a accompagné pour porter ce projet. Ils n’ont rien lâché, ils y ont cru jusqu’au bout. Il faut vraiment leur rendre hommage, c’est un combat intense qui s’est déroulé sur plusieurs années. Leur projet démontre qu’on peut à la fois maintenir de l’emploi industriel et avoir un certain cahier des charges en termes d’environnement. Sur ce que ça peut apporter pour l’avenir, à partir du moment où il y a une production d’électricité, cela ouvre la porte à tous les projets.

    Léo Purguette : Des victoires, il y en a eu aussi avec Fralib, CPMM, le modèle coopératif est-il un modèle d’avenir ?

    C’est à la fois un modèle historique et d’avenir. Déjà Jaurès analysait les coopératives en son temps. C’est un modèle solide qui a traversé le temps. Oui je pense que les travailleurs ne sont jamais aussi efficaces que quand c’est leur outil de travail.

    La République c’est quoi ?

    Marc Pietrosino : « J’ai envie de citer d’abord et avant tout l’école. L’école, c’est la République car quand on a une école réellement efficace, elle permet de donner le même enseignement des plus pauvres aux plus riches et d’avoir l’égalité des chances pour la vie. »

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Anne-Marie Blaineau : Vous êtes du commerce vous pensez quoi de l’avenir des galeries Lafayette ?

    Effectivement, on a une galerie commerciale, le centre Bourse, qui ne se porte pas très bien avec les galeries Lafayette qui en sont parties. Ça dit quelque chose du centre ville de Marseille. Il s’est paupérisé donc il y avait des enseignes pas en adéquation avec le pouvoir d’achat des habitants. Actuellement, le centre Bourse qui est à l’origine un centre historique magnifique, fait l’objet de plusieurs projets. Ce qui nous intéresse à la CGT, c’est d’abord le devenir des salariés du commerce, savoir où ils vont aller. On sait que des enseignes veulent déménager, notamment la Fnac. Il y a une sorte de vampirisation des Terrasses du Port par rapport au centre Bourse. L’avenir du centre Bourse, je ne sais pas s’il s’inscrit dans le commerce ou quelque chose de culturel. L’inquiétude c’est que le nombre d’emploi risque de ne pas être compensé. Mais il faut aussi réhabiliter le centre-ville de Marseille pour permettre de retrouver un centre riche en activités pour tous et plaisant.

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    Ils ont tous 16 ans, des envies et des propositions. Et mieux : les défendent. Autour de la table, au centre social de la Martine (15e), Hadidja, Soulayman, Zayan et Iqbal font partie des jeunes que Kader Allem, coordinateur du service jeunesse, comptent bien voir intégrer officiellement un futur « conseil des jeunes », d’ici janvier.

    Sur l’idée qu’ici « on ne consomme pas des loisirs », explique Kader, qui insiste sur le rôle éducatif du centre social. « On doit vous apporter ce que vous n’allez pas proposer », insiste-t-il face aux jeunes, rappelant la sortie au musée d’histoire de Marseille, le matin même. « Génial », reconnaît Zayan. Il faut dire que sur le passage de Kader, ça déménage. En poste depuis 10 mois, il dynamite les idées reçues. Les presque jeunes adultes participent déjà aux réunions avec les responsables du centre. « C’est bien qu’on nous entende », se félicite Hadidja. Cet été, ils ont par exemple pu organiser une sortie bouée tractée. Cela peut paraître anecdotique, mais il a fallu argumenter et débattre pour y arriver face à une équipe de responsables pas convaincue. Une expérience de démocratie bien concrète.

    « Il faut trouver une activité que tout le monde soit en capacités de faire, avec laquelle tout le monde soit d’accord », explique Zayan. « On met tout à plat, chacun donne son avis et on fait une synthèse », complète Soulayman. Déjà organisés en groupes sur les réseaux sociaux pour échanger, ils ont su porter la parole de la majorité. « On ne peut pas dire aux jeunes “vous avez le pouvoir d’agir” et leur dire non », estime Kader, qui espère les voir intégrer à terme le conseil d’administration du centre social pour leur donner la possibilité de s’exprimer sur les projets, le fonctionnement de l’accueil jeunes. Histoire de « co-construire » la vie du secteur jeunes en « trouvant un équilibre ».

    Question de confiance

    « On aimerait des heures plus adaptées », lance Soulayman quand, aujourd’hui, il faut concilier l’accueil des tout-petits avec celui des ados. Dans un grand sourire, Hadidja se souvient de cette rentrée tardive de rando qui a fini sur la plage avec jeux et pique-nique. Plus de séjours, aussi, seraient les bienvenus. « Cet été, on a fait trois voyages dans les Alpes, à Paris et Argelès », raconte Zayan, heureux que « Kader ait tenu parole ». La confiance restant aussi le maître mot de la démarche.

    Le conseil jeunes, c’est aussi l’occasion d’aborder concrètement la question du financement. Une grande injustice, estiment-ils. « On nous dit toujours, y a pas de sous, on trouve ça dommage », commente Soulayman. Kader ne leur cache pas les difficultés, les dossiers déposés dans le cadre de subventions pour les quartiers prioritaires, « on est obligés de jongler ». Et l’État qui diminue tout. « Cela nous inquiète », alertent les jeunes.

    Ils aimeraient aussi que le centre social s’équipe de minibus pour se déplacer plus facilement. Une priorité pour Kader. Dans la vie de tous les jours aussi, l’expérience porte ses fruits. « Cela nous apprend à être à l’aise, à mieux s’exprimer », reconnaît Hadidja. « On est capable d’avoir un avis et qu’il soit pris en compte », ajoute Soulayman. Même si Zayan reconnaît qu’il « n’y a pas moyen » d’aller contre l’avis de sa mère ou d’un professeur.

    « Le pouvoir d’agir »

    Le « pouvoir d’agir des jeunes », c’est bien là le leitmotiv de Kader, qui doit par la même occasion convaincre les adultes.

    « Je suis assez grand pour prendre des décisions, je suis mature, quelqu’un de construit. Avoir 18 ans ça veut rien dire. Je suis un grand garçon », embraye Iqbal. « Des gens de mon âge ont déjà assez de poids sur le dos, beaucoup de responsabilités. Ils travaillent, paient le loyer de chez eux. Je suis assez grand pour que, ma parole, elle compte quand je dis quelque chose. On a tous notre mot à dire, c’est ça la liberté d’expression », insiste-t-il. Et de revenir sur ce qui se passe dans son quartier la Simiane.

    « On a des loyers trop chers. On est au centre des quartiers Nord, mais on est oubliés. Le syndic ne fait rien pour nous. Alors qu’il y a un terrain, on pourrait en faire un vrai stade comme à l’époque de mon grand frère. Là, je sors, je fais quoi ? Je m’assois sur le banc, je regarde l’heure passer ? Alors qu’il y aurait beaucoup de choses à faire », s’indigne-t-il. « C’est vide », confirme Zayan. Les tentatives de dialogue, n’ont « rien donné », déplorent-ils. « J’ai bien pensé à faire une manifestation », confie Iqbal, « mais les gens s’en foutent, car on n’est pas assez de jeunes, on est des générations séparées ».

    De là à évoquer le droit de vote dans les quartiers, il n’y a qu’un pas, qu’il franchit sans souci. « Je parle beaucoup politique avec mon père, je serai capable. Je veux vraiment que ça change et pas que pour moi, aussi pour les plus petits ! », insiste Iqbal. « Je veux pas déménager, je suis né ici, je veux changer là où j’habite », assène Zayan.