Tag: Production

  • La nationalisation au cœur des Assises de l’industrie

    La nationalisation au cœur des Assises de l’industrie

    « Quand on parle de l’industrie, il faut rappeler qu’elle se construit avec les travailleurs », lance Serge Allègre, secrétaire général de la Fédération nationale des industries chimiques Fnic-CGT. L’union locale CGT de Martigues a renouvelé ses Assises de l’industrie avec la formule de l’an dernier, à savoir une réunion publique, jeudi soir, en la salle Raoul-Dufy, avec le maire (PCF), Gaby Charroux, et le bureau d’études Proneos pour invités, aux côtés de Serge Allègre et de nombreux responsables syndicaux du territoire.

    Car ce « territoire façonné par la pétrochimie, la métallurgie et des générations de travailleurs », comme le rappelle Virginie Piazolla de l’UL, n’échappe pas aux dynamiques qui agitent le monde du travail. Serge Allègre dresse un constat amer dans sa filière. « Nous assistons depuis 2024 à une accélération de la mainmise du capital sur nos outils. Les 890 000 salariés de la chimie ont subi 180 plans antisociaux, supprimant 12 000 emplois indirects et 75 000 induits », liste le responsable. « 95% de ces plans se font dans des entreprises sans difficultés financières qui perçoivent des millions d’euros d’aides publiques », affirme-t-il.

    Nationaliser pour quoi ?

    Le secrétaire général de la Fnic-CGT estime à près de « 2 880 milliards d’euros d’aides publiques jetés aux actionnaires parasites en vingt ans ». Référence aux travaux du sénateur (PCF) Fabien Gay, rapporteur d’une commission d’enquête ayant évalué à 211 milliards d’euros les aides publiques accordées aux entreprises en 2023. « Ça aurait pu servir à investir dans nos outils de production et à nationaliser les grands secteurs comme l’énergie », avance Serge Allègre, en nuançant : « Pas une nationalisation étatique, mais une réappropriation par les travailleurs pour répondre aux besoins et investir dans l’outil de production ».

    Ces Assises soulèvent une contradiction dans le mouvement social actuel. « Est-ce que l’état est un bon patron ? », résume le secrétaire général de l’UL, Daniel Bretonnès. « EDF est possédé par un État-actionnaire et reverse des dividendes alors qu’on est en plan social », explique Stéphanie Villeton, de la centrale de Martigues. « La SNCF est une entreprise nationalisée, mais à gestion capitaliste, avec les mêmes considérations pour la santé et la sécurité des travailleurs, tance Jérémy Zucchelli, de l’UL de Miramas. Avec ceux au pouvoir, ça signifie nationaliser les pertes et privatiser les profits », argue-t-il.

    C’est ce que souligne Alan Pirrottina, du bureau d’études Pronéos et compagnon de route de la CGT : « La socialisation des moyens de production est une chose, mais elle nécessite la démocratie populaire dans les entreprises et de reposer le droit des travailleurs au centre. » « Il faut que les salariés aient le pouvoir décisionnaire », conclut Daniel Bretonnès.

  • Première pierre pour le centre drones de Naval Group à La Londe-les-Maures

    Première pierre pour le centre drones de Naval Group à La Londe-les-Maures

    Ce projet, dont la mise en service est prévue pour fin 2027, comprend notamment la réindustrialisation du site historique des Bormettes à La Londe,
    au sein d’un pôle regroupant les activités actuellement réparties sur les différents sites de l’entreprise. Ce centre sera équipé des installations nécessaires à la conception,
    au développement, à la production et au maintien en condition opérationnelle (MCO) de drones, de systèmes autonomes et d’armes sous-marines. « Pensé pour répondre aux meilleurs standards environnementaux, cet outil industriel moderne contribuera à l’évolution des activités de recherche, développement et production du groupe »,
    se félicite Naval Group.

  • Les travaux publics tirent la sonnette d’alarme

    Les travaux publics tirent la sonnette d’alarme

    La conjoncture se dégrade fortement dans les travaux publics en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Lors d’un des petits-déjeuners du Medef Sud organisé par son président Stéphane Benhamou, le président de la Fédération régionale des travaux publics (FRTP), René Braja, constate un retournement brutal après une année 2025 restée dynamique. « Au deuxième trimestre 2026, notre activité a complètement décroché », affirme-t-il.

    Difficultés à mobiliser les élus

    Sur un an, l’activité recule de 10,7% en valeur et de 17% en volume avec une baisse limitée à 3% au premier trimestre. « Le retournement s’accélère », résume-t-il. Une tendance à rebours de la conjoncture régionale globale présentée par le Medef qui dans un contexte macro « tendu et sévère » ne note qu’une hausse de 2,2% des défaillances d’entreprises et une progression de 1% de l’activité salariale tirée par les activités de la défense.

    « Les routes, notre premier métier, reculent de 24% en volume », explique René Braja. Aucun département n’échappe à la tendance : Alpes-Maritimes (-22%), Alpes-de-Haute-Provence (-20%), Bouches-du-Rhône et Hautes-Alpes (-16%), Var (-15%)… et le Vaucluse (-13%) et celui qui s’en tire le mieux.

    De quoi justifier les louanges dressées à la présidente (DVD) du département de Vaucluse, Dominique Santoni. Car pour le président de la FRTP, l’explication réside dans la baisse de la commande publique. L’investissement des collectivités recule, notamment celui du bloc communal (moins 1,1 milliard) qui représente la moitié de l’activité. Sur un an, les appels d’offres ont diminué de 15% sur le territoire. Le résultat de la cure d’austérité de l’état réclamé par le patronat, peut-être ?

    Les conséquences sur l’emploi sont visibles. L’intérim chute de 32,5% et les effectifs salariés commencent à diminuer. « Ce qui est en jeu, c’est l’emploi et le maintien de notre outil de production », prévient-il, avant de réclamer l’écoute des collectivités. Les mots sont durs. « On a de grandes difficultés à mobiliser les élus de cette région, ils s’en foutent, on attend un sursaut », martèle le patron de la FRTP.

    René Braja appelle donc les collectivités à relancer rapidement leurs investissements. Routes dégradées et réseaux d’eau vieillissants constituent ses urgences. « Un litre d’eau sur cinq n’arrive pas au robinet », rappelle-t-il, estimant que les collectivités disposent encore de marges de manœuvre pour agir avant d’atteindre le « point de bascule ».

  • Leçons espagnoles

    Leçons espagnoles

    Parmi les nombreuses questions que soulèvent le dérèglement climatique figure la question du travail, comme on a encore pu le voir cet été, en France. La raison pour laquelle le ministre du Travail Farandou était en déplacement en Espagne, pour voir comment ce pays, confronté depuis longtemps à des températures élevées, fait pour continuer à produire. Car c’est bien la question centrale qui l’anime comme elle obnubile les décideurs économiques.
    « L’Espagne sait fonctionner en dépit de températures élevées, donc la réponse n’est pas de tout arrêter, mais de s’adapter », a ainsi conclu le ministre du Travail au terme de son « voyage d’étude ». Sans jouer les décroissants ou nier l’importance de la production, la priorité doit pourtant être sur la santé des travailleurs.

    Importance des syndicats

    D’où l’importance des syndicats. Car ce que montre aussi l’exemple espagnol, c’est que sans rapport de force, les entreprises peuvent rechigner à appliquer les lois. Pour triste preuve, les 264 morts au travail encore recensés, lors de l’été 2025, dans la région de Castilla-La Mancha, malgré une législation à la pointe et dont le gouvernement français est venu s’inspirer. Autre leçon hispanique : les syndicats doivent pouvoir s’appuyer sur des contrôles pour faire vérifier que les lois sont appliquées.

    Ce qui rappelle le caractère essentiel des agents publics. Une option sur laquelle les libéraux ne cessent de rogner et que le gouvernement Lecornu entend bien poursuivre avec sa cure d’austérité annoncée. Une option mortifère que les progressistes doivent parvenir à renverser.

  • Lionel de Cala invite la loi SRU dans la campagne sénatoriale

    Lionel de Cala invite la loi SRU dans la campagne sénatoriale

    À la tête d’une commune de plus de 21 000 habitants ne comptant que 7,5% de logements sociaux, loin des 25% exigés par la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), le maire LR d’Allauch, Lionel de Cala, appelle à l’aide les candidats aux élections sénatoriales.

    Lors du dernier conseil municipal, l’élu LR a demandé aux candidats à la chambre haute de s’engager en signant un manifeste en faveur d’une réforme du dispositif. Adoptée en 2000, la loi SRU impose aux communes de disposer d’au moins 25% de logements sociaux pour favoriser une répartition plus équilibrée de l’offre de logement. Dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs communes demeurent éloignées de cet objectif, et sept dépassent les 500 000 euros de pénalités en 2026, dans un contexte de crise persistante du logement et de forte tension sur l’accès au parc social.

    En tête de liste, Allauch qui a déjà versé 1,3 million d’euros de pénalités à l’État au titre de ses objectifs non atteints. Son maire a été réélu en avril avec la promesse de ne pas construire de logements sociaux, alors qu’en 2024, 1 121 ménages y étaient en attente (31 attributions).

    « Un outil indispensable » pour son opposition

    Lui met en avant les contraintes foncières de sa commune et déplore les sanctions financières auxquelles elle est soumise. Face à sa réticence à faire sortir de terre des logements sociaux, l’ancien préfet avait préempté en mars 2025, une parcelle pour y construire une quinzaine de logements sociaux. Une pétition de plus de 6 000 signatures avait alors été recueillie pour contester cette décision.

    Sans demander la suppression de la loi SRU, Lionel de Cala plaide pour une évolution de son application, souhaite, vieille rengaine des communes carencée, que l’effort de construction soit apprécié à l’échelle des bassins de vie plutôt que commune par commune. Il propose aussi que les pénalités payées par les communes déficitaires soient réinvesties localement dans la production de logements et réclame un rôle accru des maires dans les processus d’attribution.

    Des propositions balayées par le conseiller municipal d’opposition et ancien député (PCF), Frédéric Dutoit qui se dit favorable au « maintien et au renforcement » de la loi SRU, qu’il considère comme « un outil indispensable pour garantir le droit au logement, favoriser la mixité sociale et mieux répartir l’effort de construction entre les territoires ».

    Si le communiste reconnaît les contraintes auxquelles sont confrontées certaines communes, lui estime qu’elles doivent au contraire conduire à un meilleur accompagnement des collectivités plutôt qu’à un affaiblissement du dispositif. Il appelle ainsi à « une contractualisation renforcée entre l’État, les communes et les intercommunalités » afin de concilier production de logements, préservation du foncier et réponse aux besoins des habitants.

  • Tarascon : les liquidateurs de Fibre Excellence contestent la réquisition devant le tribunal

    Tarascon : les liquidateurs de Fibre Excellence contestent la réquisition devant le tribunal

    Un arrêté préfectoral avait déjà été pris jeudi dernier pour la mise en sécurité de l’usine à papier liquidée où subsistent des tonnes de produits dangereux et polluants, mais il n’a pas été respecté. En tout ce ne sont pas moins de quatre arrêtés et deux ordres de réquisition pour sécuriser le site qui sont restés sans effet. A la barbe du préfet, les liquidateurs refusent de redémarrer l’outil de production et, alors qu’une pollution est déjà en cours, ils contestent la réquisition. Ce jeudi à 15h aura lieu l’audience devant le tribunal administratif de Marseille.

    Une situation qui alertait également Jérémy Bacchi, sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône, représenté sur place par une assistante parlementaire. « Le maintien à l’arrêt du site fait peser un risque sanitaire et environnemental considérable. Les conséquences d’un tel incident seraient désastreuses pour l’ensemble de l’économie locale en aval, notamment la riziculture camarguaise et les bassins ostréicoles », rappelle-t-il.

  • Les abeilles éprouvées, la production menacée

    Les abeilles éprouvées, la production menacée

    Panique dans les ruches. « En plein soleil, il ferait 50 degrés dans une ruche si les abeilles ne maintenaient pas une température de 34-35 degrés, compatible avec le développement du couvain [les œufs et les larves, Ndlr.]. Pour y parvenir, elles vont chercher de l’eau et ventilent l’entrée et l’intérieur de la ruche par battements d’ailes », décrit Gilbert Martin, président du syndicat d’apiculture du Gard. Une activité qui les épuise et réduit le nombre d’abeilles disponibles pour le butinage. « Ça leur prend pas mal d’énergie, du coup elles puisent sur leurs réserves. J’ai des collègues qui ont commencé à nourrir, chose qu’on ne voyait jamais à cette époque. » En cas de chaleur extrême et prolongée, les colonies peuvent en effet subir un stress thermique, une surconsommation des réserves en eau et en nourriture, ainsi qu’une augmentation de la mortalité. « On essaie de mettre les ruchers à l’ombre quand c’est possible. On isole bien les toits. On les aide comme ça, mais ce n’est pas suffisant », déplore l’apiculteur nîmois.

    « J’ai des colonies où il n’y a plus de couvain »

    À cela s’ajoute la raréfaction des ressources florales, victimes de la sécheresse. « Les miellées de printemps ont marché jusqu’à début juin, et puis il y a eu la canicule du mois de mai, où les sols se sont asséchés. Rebelote au mois de juin, avec une sécheresse de surface très importante. Dans ces cas-là, les fleurs ne produisent plus de nectar. Les abeilles ne peuvent donc pas le récolter et le transformer en miel », explique Gilbert Martin. Les apiculteurs s’inquiètent notamment des conséquences de la canicule sur le tournesol et la lavande, miellées estivales majeures en France, récoltées entre juillet et août. « Chaque année, la saison commence de plus en plus tôt, mais elle s’arrête aussi de plus en plus tôt. Les miels de printemps sont corrects : la bruyère blanche a bien marché, le miel de garrigue aussi, le châtaignier… Mais pour ce qui est des miels d’été : lavande et tournesol notamment, c’est catastrophique », assure le président du syndicat d’apiculture du Gard. « Du moment qu’il n’y a plus d’apport de nectar ni de pollen, la reine arrête de pondre. Moi j’ai des colonies où il n’y a plus de couvain. Les populations vont diminuer », s’inquiète-t-il. « On va perdre un tiers de la récolte », prédit-il.

    Si l’heure n’est encore qu’aux prévisions s’agissant de la récolte 2026, « c’est sûr qu’on aura une baisse de production. L’année dernière, en France, on était à 25 000 tonnes. C’était une année relativement correcte. Là, je pense qu’on va retomber dans les 10 000 tonnes », estime Gilbert Martin.

  • La pistache, une filière d’avenir en Provence

    La pistache, une filière d’avenir en Provence

    À quelques mètres du Vieux-Port, une odeur singulière flotte dans une nouvelle boutique de la rue Pythéas. Depuis le 25 juillet, la Maison de la Pistache a ouvert, dans un espace entièrement consacré au petit fruit vert. À l’entrée, un torréfacteur diffuse des effluves de pistaches chauffées à 135 degrés. À côté, une grande carte présente les 160 variétés du fruit présentes dans le monde. « On en importe d’Iran, de Sicile, de Grèce et d’Espagne », précise Béatrice Loncle, responsable de la boutique.

    Nature, en coque, décortiquée, en poudre ou en pâte, le fruit est décliné sous toutes ses formes. « On choisit celles qui ont une AOP, avec un ramassage et un séchage faits à la main. La pistache, c’est comme le vin, il y a des grands crus », insiste-t-elle.

    L’objectif est aussi de faire connaître une filière en pleine renaissance : celle de la pistache provençale, lancée en 2018 sur le plateau de Valensole, après sa disparition progressive au XXe siècle. C’est d’ailleurs là que la première boutique de la marque a ouvert. « Ça fait sens pour nous de mailler notre présence en Provence, parce que le but est d’être proche de la filière, de là où les pistaches vont être récoltées », explique Guillaume de Foucault, directeur général de la Maison de la Pistache.

    80 producteurs

    en Provence

    Pour l’instant, les pistaches commercialisées ne sont pas encore produites en Provence. « Les premières plantations datent de 2021 et il faut six ans pour être capable d’avoir un fruit et le récolter », rappelle-t-il.

    La filière se structure progressivement. Selon Benoît Dufay, coordinateur technique du syndicat France Pistache, elle compte aujourd’hui 160 producteurs adhérents, dont 80 en Provence, pour 300 à 350 hectares plantés dans la région, sur les 600 recensés en France.

    La relance de la filière bénéficie du soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre d’un plan lancé en 2023. « Il y a un axe d’aide à la plantation pour les agriculteurs avec une partie des frais de plantation prise en charge par la région. On nous accompagne sur des prestations de recherche qu’on met en place pour valider des modèles de culture », indique Benoît Dufay.

    D’après l’agronome, cette renaissance est le fruit d’un marché en pleine expansion. « C’est une culture sur laquelle on a un vrai débouché. On observe des augmentations de consommation importantes en France. Il y a un réel besoin pour trouver de la pistache française », souligne-t-il.

    Un engouement renforcé ces dernières années par le phénomène des recettes venues de Dubaï, largement relayées sur les réseaux sociaux. « L’effet de mode n’est pas redescendu. Aujourd’hui, il n’y a pas un pâtissier, un boulanger ou un chef qui ne propose pas une pâtisserie à la pistache », observe Guillaume de Foucault.

    Le retour en force du pistachier s’explique également par son adaptation au changement climatique. « C’est un arbre qui a toutes les armes pour résister au chaud, aux sécheresses et en même temps au froid. Et il a des besoins en eau très faibles », détaille Benoît Dufay. Une qualité qui séduit des agriculteurs, notamment des viticulteurs à la recherche de diversification. « Le pistachier est un bon candidat parce qu’il a besoin de terrains qui sont à peu près les mêmes que la vigne », ajoute-t-il.

    Reste à construire un modèle économique durable pour les producteurs. « Tous ceux qui plantent aujourd’hui savent qu’ils sont pionniers », assure-t-il. La filière vise, à terme, une production annuelle de 2 000 à 3 000 tonnes de pistaches françaises d’ici 2035.

    Cette année déjà marque un premier tournant : « Jusqu’ici on avait produit 200 kg en tout, et là on s’attend cette année à avoir entre deux ou trois tonnes de pistaches », conclut Benoît Dufay.

  • Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Pour les salariés de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, ce lundi marque une entrée en résistance. Le tribunal de commerce de Toulouse a requis, lundi matin, la liquidation judiciaire de l’usine de pâte à papier occupée (lire ci-contre), depuis jeudi. Près de 270 emplois directs et plus d’une centaine d’intérimaires et de sous-traitants sont directement concernés par cette liquidation. Pour l’ensemble de la filière bois-papier, l’activité représente entre 8 000 et 10 000 emplois induits, du bûcheronnage au bobinage.

    Autant d’enjeux que les salariés du site de Tarascon sont allés porter à la sous-préfecture d’Arles, lundi matin, alors même que le sort de leur usine se décidait à 300 km de là. Après moins d’une heure de rendez-vous, c’est le point mort. « Nous n’avons pas eu de réponse. L’État attend une décision du tribunal, mais comme vous le savez, le tribunal attend une décision de l’État », ironise Florian Berthon, délégué FO de l’usine. L’accueil lui-même est dénoncé par René Sale, de l’Union départementale FO. « Ni la sous-préfète, ni sa secrétaire n’étaient là. Quand il y a le feu à Tarascon, on peut déplacer son agenda », tance-t-il à l’égard des représentants de l’État, auxquels il demande de « nationaliser de manière provisoire » Fibre Excellence, comme « issue immédiate à ce scandale d’État ».

    Jonathan Bastid, du syndicat Filpac-CGT de Tarascon, est revenu sur la possibilité de « prendre un arrêté pour rehausser le prix du mégawattheure d’électricité » produit par l’usine pour ses propres besoins et dont elle réinjecte l’excédent dans le réseau. Une mesure « comme pour la centrale de Gardanne » complète-t-il. « Si c’était fait, cela permettrait à notre usine de repartir. Il suffit de ça ! », martèle le syndicaliste. « Plus de 300 personnes vont se retrouver au Pôle emploi d’Arles sinon. Il faut que l’État prenne ses responsabilités. On était une entreprise indispensable pour sauver la France durant le Covid, mais aujourd’hui, on est abandonnés. »

    Sauver l’usine

    pour sauver des vies

    Sauver Fibre Excellence, c’est littéralement sauver des vies, à écouter les salariés rassemblés. « Des vies se sont construites autour de l’usine, quand on croise nos collègues, on a toujours un petit mot. Moi, j’ai mon surnom. On est des collègues, des amis », illustre Thierry Boldrinei, opérateur sur le parc à bois. « Mon père travaillait dans cette usine. Pour d’autres, c’est même la 4e génération qui y travaille. On connaît tous quelqu’un qui a connu nos pères et nos grands-pères », poursuit-il, les yeux humides.

    Une culture ouvrière marquée par l’attachement à l’outil de travail. « On est habitués à notre usine et à nos salaires, on a galéré pour y rentrer », rappelle Khaled El Hajjouji, « 25 ans de boîte » et opérateur process sur la ligne de fibres. « Des usines qui payent comme ça, il n’y en a plus dans le coin », considère-t-il. Son illustration du drame social qui pèse sur les salariés est singulière : « Quand j’emmène mon fils de 3 ans à la crèche, je suis obligé de passer à côté de l’usine. À chaque fois, il me dit : “ça fume !”. Mais depuis six mois, il me demande pourquoi ça ne fume plus ». Pire, « mes autres enfants me demandent si on va vendre la maison, peuchère. Je leur dis qu’on va redémarrer, je reste fort ».

    « Dès qu’on a su qu’on était en redressement, c’était l’angoisse. On avait toujours des solutions, mais là, c’est le coup de semonce », renchérit son collègue, Thierry Boldrinei. « On est que des salariés. Mais si on part en liquidation, on bloquera tout. On embarquera pas nos outils de production comme ça ! », assure Khaled El Hajjouji.

    L’impact d’une liquidation sur la filière et le territoire peut se mesurer à ce qui a déjà pu être observé par le passé. « C’est mon 2e licenciement en deux ans, après Smurfit Kappa au Pontet », peste Hubert Costa, manifestement en colère. L’ancien salarié de l’entreprise spécialisée dans l’emballage en carton et papier, aujourd’hui affecté au mélange de la pâte à papier, ne s’imagine pas « repartir à zéro avec trois enfants », après « des années d’intérim pour un CDI qui dure deux ans chez Smurfit, et deux ans à Fibre Excellence pour obtenir un nouveau CDI que j’ai signé qu’en janvier ». Une « double peine » qui se profile pour le travailleur. « Le chômage et plus de mutuelle. Comment je vais faire pour mes enfants si je perds l’emploi et le droit à la santé ? », s’inquiète-t-il.

    Cette colère promet d’être le moteur de la lutte sociale à venir. « Pour l’instant, les choses se sont passées calmement », observait René Sale (FO) à la sortie du rendez-vous en sous-préfecture. « Mais la violence de la décision politique du gouvernement de ne pas sauver la filière et les emplois met en danger les populations de Tarascon, Beaucaire et Arles », considère-t-il. La Filpac-CGT du site inscrit son occupation « dans la durée » depuis la « mise en sécurité » des installations, jeudi dernier.

  • Le gendarme du nucléaire livre un bilan globalement satisfaisant

    Le gendarme du nucléaire livre un bilan globalement satisfaisant

    L’antenne marseillaise de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) dressait mardi le bilan 2025 de ses contrôles en région PACA, Occitanie et Corse. Elle couvre 22 installations nucléaires de base dont 20 à Cadarache, mais aussi de nombreux sites d’activités nucléaires dans le champ médical avec notamment 13 services de radiothérapie externe, 16 services de médecine nucléaire, de radiothérapie, 96 scanners, 8 200 appareils de radiologie médicale et dentaire. Elle surveille 400 établissements industriels et de recherche et 600 cliniques vétérinaires.

    En 2025, l’ASNR a procédé à 216 inspections dont 106 en sûreté nucléaire et 95 relevant du nucléaire de proximité. 6 incidents significatifs de niveau 1 (mineur) sur l’échelle INES ont été relevés notamment des vols d’appareils de mesure embarquant une source radioactive. On notera pour l’aspect insolite, la découverte fortuite en octobre dernier de 163 sources radioactives scellées dans un local d’entreposage de déchets contaminés du service de médecine nucléaire de l’hôpital de la Timone. Dans ce fatras radioactif qui n’était pas référencé, on retient pour les plus redoutables 6 sources d’américium 241, 3 sources de césium 137 et 1 source de plutonium 239 !

    Cadarache et ses sites et sols pollués

    Le bilan est globalement « satisfaisant ». Pour ne prendre que le centre CEA de Cadarache, l’ASNR considère que « le niveau de sûreté nucléaire se maintient à un niveau satisfaisant dans l’ensemble ». « La stratégie de gestion des démantèlements et des déchets reste “un sujet majeur de vigilance” ». La découverte de défauts de génie civil sur l’INB 37-A a également mis en évidence « la fragilité de la filière de traitement des déchets de moyenne activité à vie longue du CEA ».

    En matière de protection de l’environnement, « le niveau de maîtrise reste satisfaisant mais des améliorations sont attendues, notamment pour la gestion des eaux pluviales et des sols historiquement marqués ». Le suivi des nappes phréatiques, la réhabilitation des ouvrages et la prévention des pollutions connaissent des progrès. Le gendarme du nucléaire dit « attendre encore des améliorations sur la politique de gestion des sites et sols pollués » sur Cadarache. « La conformité des 400 piézomètres de surveillance des nappes répartie sur le site est un sujet à Cadarache », développe Pierre Juan. « L’exploitant nous doit des dossiers de dépollution dans sa gestion des sites et sols pollués historiques. On a aussi un sujet de gestion des réseaux des eaux pluviales et des eaux industrielles. L’exploitant a régulièrement des écarts avec des fuites dans les réseaux d’eaux industrielles. Il y a des kilomètres de tuyaux sur le site. L’enjeu, c’est de surveiller leur bonne étanchéité. »

    L’impact des épisodes caniculaires ?

    Interrogé sur l’impact des canicules répétées sur les installations, Pierre Juan, le chef d’antenne de l’ASNR, rassure : « Les installations les plus sensibles sont les réacteurs d’EDF. On n’en a pas dans la région. Un épisode caniculaire n’a pas de conséquences sur les installations nucléaires de la région. Il n’y a pas de sujet d’évacuation de puissance. On a la capacité d’arrêter nos installations qui sont conçues pour tenir sur des plages de températures extrêmes “grand chaud-grand froid”. » Pierre Bois, directeur général adjoint de l’ASNR, confirme : « ce n’est pas un enjeu de sûreté mais un enjeu de modulation de production de l’électricité. L’enjeu pour EDF est de moduler la production thermique pour limiter des rejets d’eau de refroidissement dans les rivières les plus exposées. »