Tag: Production

  • Les abeilles éprouvées, la production menacée

    Les abeilles éprouvées, la production menacée

    Panique dans les ruches. « En plein soleil, il ferait 50 degrés dans une ruche si les abeilles ne maintenaient pas une température de 34-35 degrés, compatible avec le développement du couvain [les œufs et les larves, Ndlr.]. Pour y parvenir, elles vont chercher de l’eau et ventilent l’entrée et l’intérieur de la ruche par battements d’ailes », décrit Gilbert Martin, président du syndicat d’apiculture du Gard. Une activité qui les épuise et réduit le nombre d’abeilles disponibles pour le butinage. « Ça leur prend pas mal d’énergie, du coup elles puisent sur leurs réserves. J’ai des collègues qui ont commencé à nourrir, chose qu’on ne voyait jamais à cette époque. » En cas de chaleur extrême et prolongée, les colonies peuvent en effet subir un stress thermique, une surconsommation des réserves en eau et en nourriture, ainsi qu’une augmentation de la mortalité. « On essaie de mettre les ruchers à l’ombre quand c’est possible. On isole bien les toits. On les aide comme ça, mais ce n’est pas suffisant », déplore l’apiculteur nîmois.

    « J’ai des colonies où il n’y a plus de couvain »

    À cela s’ajoute la raréfaction des ressources florales, victimes de la sécheresse. « Les miellées de printemps ont marché jusqu’à début juin, et puis il y a eu la canicule du mois de mai, où les sols se sont asséchés. Rebelote au mois de juin, avec une sécheresse de surface très importante. Dans ces cas-là, les fleurs ne produisent plus de nectar. Les abeilles ne peuvent donc pas le récolter et le transformer en miel », explique Gilbert Martin. Les apiculteurs s’inquiètent notamment des conséquences de la canicule sur le tournesol et la lavande, miellées estivales majeures en France, récoltées entre juillet et août. « Chaque année, la saison commence de plus en plus tôt, mais elle s’arrête aussi de plus en plus tôt. Les miels de printemps sont corrects : la bruyère blanche a bien marché, le miel de garrigue aussi, le châtaignier… Mais pour ce qui est des miels d’été : lavande et tournesol notamment, c’est catastrophique », assure le président du syndicat d’apiculture du Gard. « Du moment qu’il n’y a plus d’apport de nectar ni de pollen, la reine arrête de pondre. Moi j’ai des colonies où il n’y a plus de couvain. Les populations vont diminuer », s’inquiète-t-il. « On va perdre un tiers de la récolte », prédit-il.

    Si l’heure n’est encore qu’aux prévisions s’agissant de la récolte 2026, « c’est sûr qu’on aura une baisse de production. L’année dernière, en France, on était à 25 000 tonnes. C’était une année relativement correcte. Là, je pense qu’on va retomber dans les 10 000 tonnes », estime Gilbert Martin.

  • La pistache, une filière d’avenir en Provence

    La pistache, une filière d’avenir en Provence

    À quelques mètres du Vieux-Port, une odeur singulière flotte dans une nouvelle boutique de la rue Pythéas. Depuis le 25 juillet, la Maison de la Pistache a ouvert, dans un espace entièrement consacré au petit fruit vert. À l’entrée, un torréfacteur diffuse des effluves de pistaches chauffées à 135 degrés. À côté, une grande carte présente les 160 variétés du fruit présentes dans le monde. « On en importe d’Iran, de Sicile, de Grèce et d’Espagne », précise Béatrice Loncle, responsable de la boutique.

    Nature, en coque, décortiquée, en poudre ou en pâte, le fruit est décliné sous toutes ses formes. « On choisit celles qui ont une AOP, avec un ramassage et un séchage faits à la main. La pistache, c’est comme le vin, il y a des grands crus », insiste-t-elle.

    L’objectif est aussi de faire connaître une filière en pleine renaissance : celle de la pistache provençale, lancée en 2018 sur le plateau de Valensole, après sa disparition progressive au XXe siècle. C’est d’ailleurs là que la première boutique de la marque a ouvert. « Ça fait sens pour nous de mailler notre présence en Provence, parce que le but est d’être proche de la filière, de là où les pistaches vont être récoltées », explique Guillaume de Foucault, directeur général de la Maison de la Pistache.

    80 producteurs

    en Provence

    Pour l’instant, les pistaches commercialisées ne sont pas encore produites en Provence. « Les premières plantations datent de 2021 et il faut six ans pour être capable d’avoir un fruit et le récolter », rappelle-t-il.

    La filière se structure progressivement. Selon Benoît Dufay, coordinateur technique du syndicat France Pistache, elle compte aujourd’hui 160 producteurs adhérents, dont 80 en Provence, pour 300 à 350 hectares plantés dans la région, sur les 600 recensés en France.

    La relance de la filière bénéficie du soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre d’un plan lancé en 2023. « Il y a un axe d’aide à la plantation pour les agriculteurs avec une partie des frais de plantation prise en charge par la région. On nous accompagne sur des prestations de recherche qu’on met en place pour valider des modèles de culture », indique Benoît Dufay.

    D’après l’agronome, cette renaissance est le fruit d’un marché en pleine expansion. « C’est une culture sur laquelle on a un vrai débouché. On observe des augmentations de consommation importantes en France. Il y a un réel besoin pour trouver de la pistache française », souligne-t-il.

    Un engouement renforcé ces dernières années par le phénomène des recettes venues de Dubaï, largement relayées sur les réseaux sociaux. « L’effet de mode n’est pas redescendu. Aujourd’hui, il n’y a pas un pâtissier, un boulanger ou un chef qui ne propose pas une pâtisserie à la pistache », observe Guillaume de Foucault.

    Le retour en force du pistachier s’explique également par son adaptation au changement climatique. « C’est un arbre qui a toutes les armes pour résister au chaud, aux sécheresses et en même temps au froid. Et il a des besoins en eau très faibles », détaille Benoît Dufay. Une qualité qui séduit des agriculteurs, notamment des viticulteurs à la recherche de diversification. « Le pistachier est un bon candidat parce qu’il a besoin de terrains qui sont à peu près les mêmes que la vigne », ajoute-t-il.

    Reste à construire un modèle économique durable pour les producteurs. « Tous ceux qui plantent aujourd’hui savent qu’ils sont pionniers », assure-t-il. La filière vise, à terme, une production annuelle de 2 000 à 3 000 tonnes de pistaches françaises d’ici 2035.

    Cette année déjà marque un premier tournant : « Jusqu’ici on avait produit 200 kg en tout, et là on s’attend cette année à avoir entre deux ou trois tonnes de pistaches », conclut Benoît Dufay.

  • Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Pour les salariés de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, ce lundi marque une entrée en résistance. Le tribunal de commerce de Toulouse a requis, lundi matin, la liquidation judiciaire de l’usine de pâte à papier occupée (lire ci-contre), depuis jeudi. Près de 270 emplois directs et plus d’une centaine d’intérimaires et de sous-traitants sont directement concernés par cette liquidation. Pour l’ensemble de la filière bois-papier, l’activité représente entre 8 000 et 10 000 emplois induits, du bûcheronnage au bobinage.

    Autant d’enjeux que les salariés du site de Tarascon sont allés porter à la sous-préfecture d’Arles, lundi matin, alors même que le sort de leur usine se décidait à 300 km de là. Après moins d’une heure de rendez-vous, c’est le point mort. « Nous n’avons pas eu de réponse. L’État attend une décision du tribunal, mais comme vous le savez, le tribunal attend une décision de l’État », ironise Florian Berthon, délégué FO de l’usine. L’accueil lui-même est dénoncé par René Sale, de l’Union départementale FO. « Ni la sous-préfète, ni sa secrétaire n’étaient là. Quand il y a le feu à Tarascon, on peut déplacer son agenda », tance-t-il à l’égard des représentants de l’État, auxquels il demande de « nationaliser de manière provisoire » Fibre Excellence, comme « issue immédiate à ce scandale d’État ».

    Jonathan Bastid, du syndicat Filpac-CGT de Tarascon, est revenu sur la possibilité de « prendre un arrêté pour rehausser le prix du mégawattheure d’électricité » produit par l’usine pour ses propres besoins et dont elle réinjecte l’excédent dans le réseau. Une mesure « comme pour la centrale de Gardanne » complète-t-il. « Si c’était fait, cela permettrait à notre usine de repartir. Il suffit de ça ! », martèle le syndicaliste. « Plus de 300 personnes vont se retrouver au Pôle emploi d’Arles sinon. Il faut que l’État prenne ses responsabilités. On était une entreprise indispensable pour sauver la France durant le Covid, mais aujourd’hui, on est abandonnés. »

    Sauver l’usine

    pour sauver des vies

    Sauver Fibre Excellence, c’est littéralement sauver des vies, à écouter les salariés rassemblés. « Des vies se sont construites autour de l’usine, quand on croise nos collègues, on a toujours un petit mot. Moi, j’ai mon surnom. On est des collègues, des amis », illustre Thierry Boldrinei, opérateur sur le parc à bois. « Mon père travaillait dans cette usine. Pour d’autres, c’est même la 4e génération qui y travaille. On connaît tous quelqu’un qui a connu nos pères et nos grands-pères », poursuit-il, les yeux humides.

    Une culture ouvrière marquée par l’attachement à l’outil de travail. « On est habitués à notre usine et à nos salaires, on a galéré pour y rentrer », rappelle Khaled El Hajjouji, « 25 ans de boîte » et opérateur process sur la ligne de fibres. « Des usines qui payent comme ça, il n’y en a plus dans le coin », considère-t-il. Son illustration du drame social qui pèse sur les salariés est singulière : « Quand j’emmène mon fils de 3 ans à la crèche, je suis obligé de passer à côté de l’usine. À chaque fois, il me dit : “ça fume !”. Mais depuis six mois, il me demande pourquoi ça ne fume plus ». Pire, « mes autres enfants me demandent si on va vendre la maison, peuchère. Je leur dis qu’on va redémarrer, je reste fort ».

    « Dès qu’on a su qu’on était en redressement, c’était l’angoisse. On avait toujours des solutions, mais là, c’est le coup de semonce », renchérit son collègue, Thierry Boldrinei. « On est que des salariés. Mais si on part en liquidation, on bloquera tout. On embarquera pas nos outils de production comme ça ! », assure Khaled El Hajjouji.

    L’impact d’une liquidation sur la filière et le territoire peut se mesurer à ce qui a déjà pu être observé par le passé. « C’est mon 2e licenciement en deux ans, après Smurfit Kappa au Pontet », peste Hubert Costa, manifestement en colère. L’ancien salarié de l’entreprise spécialisée dans l’emballage en carton et papier, aujourd’hui affecté au mélange de la pâte à papier, ne s’imagine pas « repartir à zéro avec trois enfants », après « des années d’intérim pour un CDI qui dure deux ans chez Smurfit, et deux ans à Fibre Excellence pour obtenir un nouveau CDI que j’ai signé qu’en janvier ». Une « double peine » qui se profile pour le travailleur. « Le chômage et plus de mutuelle. Comment je vais faire pour mes enfants si je perds l’emploi et le droit à la santé ? », s’inquiète-t-il.

    Cette colère promet d’être le moteur de la lutte sociale à venir. « Pour l’instant, les choses se sont passées calmement », observait René Sale (FO) à la sortie du rendez-vous en sous-préfecture. « Mais la violence de la décision politique du gouvernement de ne pas sauver la filière et les emplois met en danger les populations de Tarascon, Beaucaire et Arles », considère-t-il. La Filpac-CGT du site inscrit son occupation « dans la durée » depuis la « mise en sécurité » des installations, jeudi dernier.

  • Le gendarme du nucléaire livre un bilan globalement satisfaisant

    Le gendarme du nucléaire livre un bilan globalement satisfaisant

    L’antenne marseillaise de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) dressait mardi le bilan 2025 de ses contrôles en région PACA, Occitanie et Corse. Elle couvre 22 installations nucléaires de base dont 20 à Cadarache, mais aussi de nombreux sites d’activités nucléaires dans le champ médical avec notamment 13 services de radiothérapie externe, 16 services de médecine nucléaire, de radiothérapie, 96 scanners, 8 200 appareils de radiologie médicale et dentaire. Elle surveille 400 établissements industriels et de recherche et 600 cliniques vétérinaires.

    En 2025, l’ASNR a procédé à 216 inspections dont 106 en sûreté nucléaire et 95 relevant du nucléaire de proximité. 6 incidents significatifs de niveau 1 (mineur) sur l’échelle INES ont été relevés notamment des vols d’appareils de mesure embarquant une source radioactive. On notera pour l’aspect insolite, la découverte fortuite en octobre dernier de 163 sources radioactives scellées dans un local d’entreposage de déchets contaminés du service de médecine nucléaire de l’hôpital de la Timone. Dans ce fatras radioactif qui n’était pas référencé, on retient pour les plus redoutables 6 sources d’américium 241, 3 sources de césium 137 et 1 source de plutonium 239 !

    Cadarache et ses sites et sols pollués

    Le bilan est globalement « satisfaisant ». Pour ne prendre que le centre CEA de Cadarache, l’ASNR considère que « le niveau de sûreté nucléaire se maintient à un niveau satisfaisant dans l’ensemble ». « La stratégie de gestion des démantèlements et des déchets reste un sujet majeur de vigilance ». La découverte de défauts de génie civil sur l’INB 37-A a également mis en évidence « la fragilité de la filière de traitement des déchets de moyenne activité à vie longue du CEA ».

    En matière de protection de l’environnement, « le niveau de maîtrise reste satisfaisant mais des améliorations sont attendues, notamment pour la gestion des eaux pluviales et des sols historiquement marqués ». Le suivi des nappes phréatiques, la réhabilitation des ouvrages et la prévention des pollutions connaissent des progrès. Le gendarme du nucléaire dit « attendre encore des améliorations sur la politique de gestion des sites et sols pollués » sur Cadarache. « La conformité des 400 piézomètres de surveillance des nappes répartie sur le site est un sujet à Cadarache », développe Pierre Juan. « L’exploitant nous doit des dossiers de dépollution dans sa gestion des sites et sols pollués historiques. On a aussi un sujet de gestion des réseaux des eaux pluviales et des eaux industrielles. L’exploitant a régulièrement des écarts avec des fuites dans les réseaux d’eaux industrielles. Il y a des kilomètres de tuyaux sur le site. L’enjeu, c’est de surveiller leur bonne étanchéité. »

    L’impact des épisodes caniculaires ?

    Interrogé sur l’impact des canicules répétées sur les installations, Pierre Juan, le chef d’antenne de l’ASNR, rassure : « Les installations les plus sensibles sont les réacteurs d’EDF. On n’en a pas dans la région. Un épisode caniculaire n’a pas de conséquences sur les installations nucléaires de la région. Il n’y a pas de sujet d’évacuation de puissance. On a la capacité d’arrêter nos installations qui sont conçues pour tenir sur des plages de températures extrêmes “grand chaud-grand froid”. » Pierre Bois, directeur général adjoint de l’ASNR, confirme : « ce n’est pas un enjeu de sûreté mais un enjeu de modulation de production de l’électricité. L’enjeu pour EDF est de moduler la production thermique pour limiter des rejets d’eau de refroidissement dans les rivières les plus exposées. »

  • Entre espoir et inquiétudes à Fibre Excellence après l’ultime report

    Entre espoir et inquiétudes à Fibre Excellence après l’ultime report

    « Hier au tribunal, ça n’a pas non plus été la joie », résume Frédéric Sanchez, secrétaire général CFDT de Fibre Excellence Tarascon, lors de l’assemblée générale des syndicats qui s’est tenue sur le parking de l’entreprise ce mardi 7 juillet. La veille, le tribunal de commerce de Toulouse a en effet repoussé jusqu’au lundi 27 juillet prochain l’examen de l’offre de reprise déposée par le financier Matthieu Pigasse (notre édition de ce mardi 7 juillet).

    Un report qui a été expliqué par les représentants syndicaux à la centaine de salariés présents, à l’ombre du garage à vélos et à motos, certains en tenue de travail, l’usine étant en service minimum, d’autres en claquettes ou en habits de ville, une partie des employés ayant été mise au chômage partiel. « Ils ne comprennent pas qu’il y a les mêmes conditions suspensives que dans l’offre précédente. Alors que sans elles, il ne peut pas y avoir de rentabilité dans un premier temps. Mais ils ont reconnu que le plan de financement est OK. Ça va être difficile, mais les juges font tout pour qu’on s’en sorte, donc on garde espoir », poursuit Frédéric Sanchez.

    En effet, dans son offre, le milliardaire demande à l’État une revalorisation du prix de l’électricité, un meilleur accès au bois qui sert à fabriquer la pâte à papier ainsi que la réintégration des quotas carbone. « Ces choses ne sont vraiment pas infaisables. Si l’État veut, l’État peut », insiste Jean-Michel Bulinge, secrétaire CGT du site.

    À l’AFP, le bras droit de l’investisseur, Mathieu Levieille, assurait ce lundi 6 juillet, en sortie d’audience, que le délai servirait à « demander à l’État des ajustements techniques pour sauver toute une filière, deux usines et des emplois ». S’il confirme que des discussions ont bien eu lieu autour de cette offre de plus de 100 millions d’euros, il ajoutait qu’il avait « obtenu des temps de parole qui ont été assez limités avec le ministère à Bercy ». Pour rappel, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire en avril dernier. L’actionnaire principal, un homme d’affaires indonésien, s’était retiré. 10 000 emplois directs et indirects sont en jeu entre le site de Tarascon et celui de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

    « On pourra reprendre quand ? »

    « Tout est désormais dans les mains du gouvernement », confirme Jean-Michel Bulinge. Il interroge les personnes présentes pour savoir si elles sont prêtes à « se mobiliser pour mettre la pression à l’État afin qu’il fasse le nécessaire ». Et de confirmer que la prochaine échéance au tribunal « sera bien la dernière », qu’il faut qu’ils « se montrent de plus en plus » et qu’« il y a de nombreux soutiens, notamment les sous-traitants et les fournisseurs qui en pâtiraient aussi ». Une mobilisation dans une ville de la région est envisagée pour les semaines à venir. Tandis que le responsable syndical FO, Florian Berthon, plaide à nouveau pour une nationalisation au moins temporaire « pour reprendre au plus vite, car chaque jour, tout le monde perd de l’argent ».

    Après ces quelques minutes de rappel de la situation, les quelques dizaines de salariés présents n’ont pas hésité à interroger leurs représentants syndicaux sur l’avenir que laisse entrevoir ce projet, qui prévoit aussi une diversification. « Pour l’heure, c’est un plan en quatre phases. Avec des modifications vers 2028, car il faut des études, notamment pour modifier les lignes de production », précise le responsable CGT.

    Des interrogations aussi sur le court terme. « Je dois savoir si je peux garder mes enfants en août ou non. Il faut que je sache, si jamais le tribunal donne son accord, on pourra reprendre quand ? », demande une salariée. « Je dois donner les plannings à la crèche à l’avance », ajoute un autre. « Pour moi, pas avant octobre. Il devrait, si c’est bon, y avoir une reprise progressive », répond le responsable CGT. D’ici là, les salariés vont donc devoir attendre au moins trois semaines. La décision ne sera sans doute pas rendue le 27 juillet. Le tribunal aura, à partir de cette audience, au maximum 15 jours pour rendre sa décision.

  • Pierre Fabre double la production de l’usine d’Avène

    Pierre Fabre double la production de l’usine d’Avène

    Les Laboratoires Pierre Fabre, géant français de la dermo-cosmétique basé à Castres, dans le Tarn, ont annoncé, fin mai, un « investissement stratégique de près de 50 millions d’euros » pour « transformer et agrandir » leur site de production d’Avène, dans l’Hérault, entièrement dédié à la fabrication et au conditionnement des produits de la marque Eau Thermale Avène, qui commercialise 180 soins dermo-cosmétiques.

    « Nous sommes fiers d’engager cette nouvelle étape, qui reflète pleinement notre vision industrielle : maintenir notre production en France, où encore 90% des produits du groupe sont fabriqués, au plus près de nos racines. C’est un choix qui renforce notre capacité à répondre par nous-mêmes à la demande de nos clients, tout en soutenant la dynamique économique locale et le rayonnement international de notre marque phare », estime le directeur des opérations Pierre Fabre, Vincent Huraux.

    Atteindre 200 millions d’unités produites en 2029

    Implantée au plus près de la source et de la station thermale, l’unité de production d’Avène occupe une place centrale dans le dispositif industriel dermo-cosmétique du groupe. Depuis 2010, « près de 90 M d’euros ont déjà été investis sur ce site », qui emploie actuellement 330 personnes et produit chaque année environ 100 millions de produits. L’objectif affiché, avec ce nouvel investissement, est d’atteindre 200 millions d’unités produites à l’horizon 2029. Un doublement de la capacité destiné à « accompagner la croissance internationale de la marque Avène », première marque des Laboratoires Pierre Fabre et deuxième marque du marché dermo-cosmétique mondial, avec une croissance particulièrement forte en Chine (+10,7%) et aux États-Unis (+9,2%).

    En 2025, le groupe, qui emploie 10 000 personnes dans le monde, a généré 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 71% provenant de l’international. L’activité dermo-cosmétique a progressé de 2,6%, portée notamment par la marque Eau Thermale Avène qui représente à elle seule un milliard d’euros de chiffres d’affaires, soit un tiers du chiffre d’affaires du groupe tarnais.

  • Marché du Soleil, le procès de la face occulte

    Marché du Soleil, le procès de la face occulte

    Le Marché du Soleil, c’était depuis 1987 un vaste bazar populaire de 3 500m2 dans le quartier de la Porte d’Aix. Il est fermé depuis six mois après une vaste opération des Douanes qui ont démantelé dans ce quadrilatère labyrinthique compris entre la rue du Bon Pasteur et la rue Fauchier, « une organisation structurée associant production, stockage et commercialisation massive de contrefaçons ».

    En tête d’affiche du procès qui s’ouvre pour la semaine à la caserne du Muy, Georges Dahan, 81 ans, et cinq membres de sa famille. Le patriarche, interpellé le 12 novembre 2025 avec 24 000 euros en espèces sur lui, présidait la société AMG Promotion qui durant des années a défié les autorités, se fichant des arrêtés municipaux de fermeture pour non-conformité aux règles de sécurité. Sa fidèle gestionnaire Leïla H. est jugée aux côtés des deux gardiens du marché, Abdelhamid D. et Abdelmalek E. Un commerçant résume le rôle central de cette femme : « Il y a une loi en France, une à Marseille et une au Marché du Soleil. En gros là-bas, c’est que des illettrés sans-papiers. Si les commerçants font pas ce qu’elle veut, elle envoie la police pour leur créer des problèmes avec les papiers. Elle clôture le bail, elle empêche les gens de travailler. »

    « Une organisation criminelle sophistiquée »

    Début février, la Douane fouillait 108 des 182 boxes commerciaux de vêtements, de quincaillerie et deux zones de stockage. 99 boxes contenaient des contrefaçons. L’opération menée sous l’égide de la loi Narcotrafic a entraîné la fermeture par la préfecture du marché. Après des années de cécité sur ce trafic de notoriété internationale, l’État se vante d’avoir mis à bas « une organisation criminelle sophistiquée, constituant un modèle économique intégré allant du stockage, à la confection et la commercialisation de contrefaçons à grande échelle, dispositif installé au cœur même de la ville de Marseille ».

    L’enquête estime que 70% des loyers perçus proviennent d’une activité non déclarée. Depuis 2021, plus de 5 millions d’euros ont été encaissés par la société de Georges Dahan venant de sociétés n’ayant aucune existence légale. L’opacité dans la gestion locative des cellules commerciales est criante avec un système de sous-locations à des personnes introuvables. En tout, 206 875 articles contrefaits ont été saisis pour une contre-valeur totale de plus de 42 millions d’euros, « ce qui atteste du caractère massif d’économie souterraine liée à la contrefaçon au sein du Marché du Soleil à Marseille », décrit l’enquête des Douanes qui parle d’« un processus sophistiqué reposant sur la réalisation à flux tendus de contrefaçons sur la base d’articles génériques notamment textiles ».

    « Recours à la corruption »

    « Le recours à la corruption d’agents publics qu’ils soient fonctionnaires de police municipal ou agent de préfecture donne à cette organisation les caractéristiques s’apparentant à une organisation mafieuse », analyse l’enquête. Un membre de la famille Dahan a ainsi reconnu avoir corrompu une agent de la préfecture, Zoubida K., 66 ans, adjointe administrative à l’intercommunalité, pour qu’elle intercède en faveur de la réouverture du marché. Une première somme de 1 500 euros en espèces lui a été remise à son domicile le 6 février 2026. « C’est une somme tellement faible que cela ne me paraît pas être de la corruption. C’est un service rendu », a minoré Michel Dahan, 69 ans, en audition.

    Sont jugés enfin le brigadier-chef principal Ali T., 45 ans, l’agent Yanice E., 35 ans, et le brigadier Grégory P., 34 ans. Ces trois policiers municipaux affectés à la Brigade de tranquillité publique sont accusés de s’être fait remettre des contrefaçons en échange de services rendus à Leïla H., la femme de confiance de Georges Dahan, qui se servait d’eux pour diriger des contrôles sur des sans-papiers ou bien fermer les yeux sur des vendeurs.

  • Le sénateur Bacchi demande à accélérer le projet Frégate

    Le sénateur Bacchi demande à accélérer le projet Frégate

    Le sénateur des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi (PCF) s’est fendu d’un communiqué, lundi, pour « sommer l’État d’agir à la hauteur du péril » qu’est « l’aggravation considérable du risque incendie » en France et dans le département.

    Le parlementaire regrette la « livraison tardive » des quatre Canadairs commandés depuis 2024, et pointe « une impasse » pour la France que de « déléguer sa responsabilité à l’Union Européenne » et de commander des appareils de construction canadienne, soumis à la norme Itar des États-Unis limitant les exportations de matériel aérospatial.

    Ces raisons conduisent le sénateur à demander au gouvernement de mandater urgemment la Direction générale de l’armement (DGA) afin de lancer au plus tôt la production de l’Hynaero Frégate F-100, bombardier d’eau de conception française dont le fabricant doit s’installer à Istres d’ici 2028.

    Garantir la souveraineté

    « L’implantation de la société Hynaero sur le pôle aéronautique Jean-Sarail d’Istres pour y assembler le Frégate-F100 doit attirer toute notre attention », insiste Jérémy Bacchi, particulièrement au regard des « performances inédites » promises par les concepteurs, à savoir une contenance de dix tonnes d’eau contre les six des Canadairs CL-415, trois heures d’autonomie en combat du feu et une vitesse de croisière de 250 nœuds (environ 460 km/h).

    Mais, au-delà des performances, le sénateur relève que le Frégate F-100 est un appareil « free Itar », « garantissant une souveraineté française absolue et la création de plus de 700 emplois directs » sur le territoire. Les prototypes sont attendus pour 2030, marquant le début de deux ans de certification avant utilisation en action.

  • Le projet de biométhane prend une place centrale

    Le projet de biométhane prend une place centrale

    C’est pour faire toute la lumière sur un projet qui vient en réponse à l’arrêt de charbon et qui privilégie une transition avec le maintien des emplois et des compétences que les riverains étaient conviés à cette concertation placée sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). À la Maison du peuple, ce dernier volet, technique, portait sur le mode de fabrication, les enjeux, les risques et le niveau d’étude. Il a fait salle comble.

    Après les réunions des 12 et 26 mai, cette nouvelle phase de consolidation d’un projet résultant d’une lutte sociale de plusieurs années intervient alors que la société Hy2gen a abandonné le sien, Hynovera. Porté par la Société de production d’énergie gardannaise (Speg), détenue par l’Association des travailleurs de la centrale de Gardanne (ATCG), le projet BMP vise à produire du gaz dit « vert » via un procédé industriel de pointe pour transformer du bois de récupération en fin de vie, en combinant pyrolyse et méthanation, mais sans incinération. Cette nouvelle unité devrait créer 50 emplois directs, dont 23 anciens salariés de la centrale, et 150 indirects pour une capacité de production de 234 GWh/an, soit de quoi alimenter 40 000 foyers à l’horizon 2029.

    Un mix énergétique

    « 200 personnes à la première réunion, 130 à la seconde et plus de 880 visiteurs sur le site, 97 avis dont 72 positifs », ont résumé les deux animateurs de la concertation du cabinet Deconcert. La marque d’un intérêt certain de la population pour le projet. Les commentaires ont porté notamment sur « l’ambition de la redynamisation industrielle du bassin minier » et les inquiétudes sur « les points de vigilance quant aux impacts environnementaux ». Le procédé d’utilisation de bois de récupération a particulièrement retenu l’attention pour « son côté économie circulaire qui fait sens sur le territoire ».

    Des éléments de participation dont Loïc Delpech (ATCG) retire des enseignements : « On savait qu’on ne ferait pas l’unanimité, mais les échanges nous aident avancer. Tout est toujours perfectible. » Dans la salle, ce mardi soir, ddes craintes portant sur le traitement des eaux ou les rejets toxiques se sont à nouveau vivement exprimées. Mais la volonté de transparence des porteurs du projet n’entame pas leur détermination à le faire aboutir, a rappelé Jean-Michel Roccasalva : « Ce n’est pas une option. » Le secrétaire général de la CGT du site a également pointé « l’importance de la synergie qui va permettre le maintien des activités autour, de redynamiser le commerce et les services publics, c’est un ensemble d’activités qui ont un intérêt commun ».

    « Quand une usine ferme, les services publics aussi », a souligné un postier soucieux que ses enfants « puissent vivre et travailler à Gardanne s’ils le veulent ». Il voyait dans la réouverture d’une ligne ferroviaire pour ce projet « porté par des travailleurs non guidés par la rentabilité, (…) un service qui pourrait bénéficier aux voyageurs ». Synergie, mais aussi mix énergétique, avec une production locale, pour Renaud Henry. Le secrétaire général de la CGT Énergie de Marseille a précisé : « On parle beaucoup d’énergie verte, mais ça n’existe pas. En France, le gaz naturel ne représente que 12% de ce mix, contre 70% de nucléaire, et il vient des gisements de schiste américains. » L’information « continuera », a assuré Thierry Bard, de GazoTech, et la consultation dure jusqu’au 22 juin sur le site concertation-bmp.fr, mais l’urgence est au dépôt des permis pour une mise en service courant 2029.

    La participation à cette concertation préalable reste possible jusqu’au 22 juin, via www.concertation-bmp.fr.

  • Camille Galtier à la rencontre des entreprises du territoire

    Camille Galtier à la rencontre des entreprises du territoire

    Camille Galtier a visité, mardi matin, les sites de deux entreprises locales, à Valensole. Accompagné d’autres élus de la communauté d’agglomération, de Manosque et de Valensole, il a d’abord exploré le site des laboratoires de cosmétique BEA. « On va investir dans des nouvelles technologies de machines, comme des laveuses pour améliorer les conditions de travail, et créer un nouvel atelier à Valensole pour stabiliser les emplois sur le plateau. Le maintien de l’emploi est un élément fondamental. À Forcalquier, on est à l’étroit et on a des outils limitants », a expliqué Mounir Tabbiza, directeur général des laboratoires. « On a hérité d’un bâtiment historique, pas dimensionné pour notre activité. Il y a une nécessité de transformation, d’améliorer les flux et d’investir dans de nouvelles lignes », a précisé Marc Ayme, directeur du site de Forcalquier. Les laboratoires ont ainsi prévu un plan d’investissements jusqu’en 2030. « Il faut adapter les bâtiments, mettre les bureaux à l’étage », a conseillé Camille Galtier.

    « On a un fort ancrage sur le territoire. On aurait pu aller ailleurs ou rassembler les deux sites, mais c’est hors de question. On veut garder les emplois à Valensole, Manosque et Forcalquier », a insisté le directeur général. Dans son nouvel atelier de Valensole, BEA prévoit de transférer certaines lignes de production du site de Forcalquier, ainsi qu’une nouvelle ligne qui devrait démarrer courant décembre pour rentrer en production l’année prochaine.

    Le directeur général des laboratoires a également fait part de ses difficultés pour obtenir des aides, notamment de la Région. « On est démunis. On nous a répondu que ce n’était pas la priorité et qu’il n’y avait plus le budget », a-t-il confié. « Il n’y a que vous qui pouvez nous aider à faire entendre notre voix », a-t-il lancé aux élus de la DLVA, de Manosque et de Valensole présents. « On a rattrapé des dossiers qui ne passaient pas », a voulu rassurer Camille Galtier.

    « S’engager socialement »

    L’été, à Forcalquier, les laboratoires de cosmétique accueillent des jeunes qui peuvent ainsi être actifs, travailler et être rémunérés. « On est prêts à s’engager socialement et à le rendre à la cité », a affirmé le directeur général. Il a insisté sur l’importance d’attirer des jeunes dans leur entreprise. Camille Galtier a évoqué un prochain Salon de l’étudiant « pour montrer les formations et les entreprises sur le territoire, sans partir loin ». Les laboratoires prennent déjà « entre quatre et six stagiaires » chaque année.

    Après avoir visité le site de production des laboratoires, la petite délégation d’élus s’est rendue à la Maison de la pistache voisine. « On a une clientèle internationale exceptionnelle ici à Valensole », s’est réjoui Alexis Bertucat, responsable tourisme, communication et RSE pour le groupe Territoire de Provence, qui leur a fait découvrir plusieurs des 160 variétés de pistache existantes.