Tag: prêt-à-porter

  • Avec le chausseur Minelli, l’hécatombe continue

    Avec le chausseur Minelli, l’hécatombe continue

    S’habiller en 100% local devient de plus en plus complexe. Mercredi 13 mai, Minelli publie un communiqué officiel. « C’est avec le cœur lourd que nous vous annonçons que Minelli ferme ses portes définitivement », placée en redressement judiciaire pour la deuxième fois en trois ans, après 50 ans, la marque marseillaise fondée en 1973 tire le rideau. Déjà absente des rues marseillaises depuis quelques années, elle tenait pourtant une place importante au sein des foyers. Pour Carmen, ce sont surtout des souvenirs avec sa mère : « De mes 5 ans à mes 10 ans, j’achetais mes sandales à Minelli. C’était notre référence parce que c’était la seule qui faisait des sandales sobres et élégantes adaptées à mes pieds fins, puis c’était un budget adapté aux revenus de ma mère. » Avec la fermeture de l’enseigne, ce sont 21 magasins et 86 employés qui en pâtissent. « C’est bien triste », déplore Sandrine, fonctionnaire vivant en zone rurale. Pour elle, comme pour de nombreux consommateurs à travers la France, les marques comme Minelli étaient une valeur sûre : « Je me déplaçais en ville, rien que pour ça, c’est chez eux que je trouvais mes chaussures. Honnêtement, avec les boutiques qui ferment les unes après les autres, je me retrouve obligée d’aller sur internet. »

    Dans le paysage régional, les magasins qui mettent la clé sous la porte sont malheureusement une réalité. Kaporal, marque de jeans, avait été liquidée en 2025 entraînant la suppression de 280 emplois. La même année, la célèbre marque de doudounes Jott, qui possédait 7 magasins dans le Var, les Alpes-Maritimes et Monaco, avait licencié 183 salariés. Une crise bien antérieure, entamée par San Marina, qui a fermé ses 163 magasins en février 2023. Demeure l’entreprise, Fil Rouge, actuellement en redressement, laissant ses 70 salariés dans l’expectative.

    Un climat de crise pour

    le prêt-à-porter français

    Ces marques locales sont l’exemple d’un climat défavorable pour le prêt-à-porter français. Camaïeu, Jennyfer, Kookaï ou encore Naf Naf, toutes ces marques qui ont disparu des centres-villes par effet domino. Selon Yann Rivoallan, président de la Fédération, les entreprises de fast-fashion en ligne sont un accélérateur du déclin de ces boutiques de prêt-à-porter. Pourtant selon l’Union française des industries Mode & Habillement, le secteur représente 2 500 entreprises qui emploient 350 000 salariés en France et à l’étranger. Selon les dernières données récoltées par France Info, les prévisions sont pessimistes : « 50 000 à 80 000 emplois détruits d’ici 2030. »

    Selon l’étude de 2025 de Vie Publique : « Près de trois Français sur dix (29%) ont acheté au moins une fois, au cours des douze derniers mois, un article sur une plateforme d’ultra-fast commerce comme Shein ou Temu. » Pourtant, Yann Rivoallan pointe du doigt ces structures. Dans des communiqués publiés sur ses réseaux sociaux, il alerte sur la situation : « Ce qui est en train de se passer est d’une gravité inouïe et je veux que chacun en mesure toutes les conséquences. » Petit à petit, les marques de prêt-à-porter françaises disparaissent, laissant derrière des employés mais aussi des consommateurs qui peinent à trouver des alternatives.

  • Galeries Lafayette : à Avignon, un site « en bonne santé » suite à un rachat

    Galeries Lafayette : à Avignon, un site « en bonne santé » suite à un rachat

    Sapins et guirlandes de Noël sont déjà de sortie devant les Galeries Lafayette du centre commercial Cap Sud d’Avignon en ce jeudi 13 novembre, mais pas de foules à l’image de celles vues le 16 octobre dernier pour la première journée de liquidation des Galeries du centre Bourse, à Marseille.

    Dans les allées, sous un éclairage aux lumières blanches et entre les produits de marques plus ou moins connues des férus de mode, une douzaine de clients flânent en regardant parfois un produit qui attire l’œil. Parmi eux, des habitués comme Marcelle et Anita, retraitées avignonnaises du groupe Monoprix, pour qui ce « serait dommage » de voir disparaître « ce genre d’endroit symbolique qui porte un peu de chic dans la ville ». Tout en regrettant « des prix qui ont rendu inaccessibles ces produits à la plupart des gens ». « Franchement, une fermeture ne me ferait absolument rien », rit, après avoir fait les gros yeux devant les étiquettes de prix d’une veste, Nathalie. Venue avec son fils Tom, 17 ans, car ils passaient dans le coin, « c’est la première fois en 15 ans que je viens ». « Il y a presque trop de choses. À l’heure des plateformes de seconde main, je ne comprends pas ce type de magasin. Même si je conçois que ça manquera aux personnes qui ont l’habitude de s’habiller ici », abonde Tom, sac d’une enseigne de prêt-à-porter à bas prix en main.

    « Il n’y a pas de craintes de fermeture », assure Olivier Bernardi, directeur du site. Et ce, car le magasin a été affilié en 2021 par le groupe Retail Avignon, qui est aussi propriétaire des Galeries Lafayette de Béziers et Nîmes. « Les finances sont totalement dissociées. Et tout se passe bien à Avignon. En 2025, nous avons fait entrer plusieurs nouvelles marques, par exemple, et en 2024, on était en progression de 5 points », détaille le responsable.

    Un rachat qui a réorganisé le fonctionnement du magasin et chamboulé certains employés comme Jérôme*, plus de trente ans d’ancienneté et en arrêt maladie depuis plus d’un an. « Suite au rachat, la charge de travail a augmenté et on nous a supprimé nos primes alors qu’on a un salaire minable. Je ne reconnais plus mon magasin. Après tant d’années de joie, je ne peux plus approcher du centre commercial sans ressentir de l’angoisse », soupire-t-il.

    *Prénom modifié à sa demande

  • Galeries Lafayette : une enseigne qui ne provoque plus l’enthousiasme unanime des clients à Toulon

    Galeries Lafayette : une enseigne qui ne provoque plus l’enthousiasme unanime des clients à Toulon

    L’heure n’est pas à l’agitation dans les rayons des Galeries Lafayette de Toulon. Quelques clients semblent flâner sans but précis, et rares sont ceux qui ressortent avec un sac sous le bras. L’établissement, ouvert en 1951 sous pavillon Aux Dames de France, devenu Galeries Lafayette en 1985, et menacé de fermeture à cause de la possible liquidation de l’enseigne, avait finalement été sauvé en mars 2024. Une bonne nouvelle pour les salariés, pas autorisés par leur direction (qui a refusé de nous recevoir) à répondre à nos sollicitations concernant ce maintien. « Mais allez demander aux clients ce qu’ils en pensent », nous glisse malicieusement l’une d’entre elles.

    « Pourquoi sont-elles encore ouvertes ? »

    Parmi ceux-ci, certains, comme Angélique, parlent de « très bonne nouvelle. Je suis une cliente occasionnelle, c’est agréable d’y faire un tour, on est bien reçu, et il y a du choix. Il y a tous types de prix, et les promotions continues sont adaptées au budget des Français ». Pour cette habituée du rayon parfumerie, il est primordial de conserver « cette institution avec des points de vente physiques », et de ne pas avoir cédé à la marque Shein, dont l’installation dans sept magasins a provoqué la fin du partenariat entre Galeries Lafayette et la Société des Grands Magasins (SGM) : « Il fallait préserver l’image et l’honneur français ».

    S’ils reconnaissent l’importance de l’enseigne dans le patrimoine commercial français, les autres clients croisés ne sont pas tout à fait du même avis. Dia, lui aussi intéressé par les parfums, « se ficherait » d’une fermeture. « Il y a d’autres enseignes, j’irai ailleurs », conclut simplement le jeune homme. D’autres, comme Vanessa, se demandent même « pourquoi elles sont encore ouvertes. Il n’y a pas grand intérêt à ce magasin qui coûte cher, et qui n’a pas grand-chose à proposer. J’y vais parfois pour passer le temps, mais je ne trouve rien. Il n’y a que des choses généralistes qui sont chères. Aujourd’hui, ce magasin n’est plus adapté à la population et à notre pouvoir d’achat. » Danielle et Armand, eux, n’y trouvent plus leur compte : « C’est trop classique. On vient par habitude car on allait aux Dames de France avant. Ce serait dommage que ça disparaisse, mais il faudrait que ça se modernise, avec un conglomérat de petites enseignes plutôt que des kilomètres de pull-overs et de chemises classiques. Ça n’a plus aucun sens, il faut du dynamisme », concluent ces deux retraités du commerce de prêt-à-porter.