C’était le premier maquis de l’Hérault. Un maquis Francs tireurs et partisans créé dans la région de Saint-Pons-de-Thomières. Deux ans après que 27 hommes, surtout des communistes et des cégétistes, avaient été fusillés le 22 octobre 1941 à Châteaubriant, le premier réflexe de ces résistants héraultais fut de donner à leur groupe le nom de Jean Grandel. Une autre de leurs motivations fut certainement que Jean Grandel, fusillé aux côtés de Guy Môquet, était né en 1891 à Montpellier et qu’il y fut secrétaire de l’Union locale CGTU. Mais sa vie héroïque tout du long justifiait à elle seule qu’ils lui rendent hommage. 85 ans après sa mort, le 19 septembre prochain à Prémian et Saint-Étienne d’Albagnan, au cœur du maquis qui portait son nom, un hommage national sera rendu à celui qui fut maire de Gennevilliers de 1934 à 1939.
Jean-Claude Llinarès, ancien président de l’institut d’histoire sociale de la CGT de l’Hérault et président de l’Arac (association républicaine des anciens combattants) est une des chevilles ouvrières de cette cérémonie toute particulière, puisqu’une dizaine de jeunes de Gennevilliers viendront « prélever un peu de la terre du maquis pour l’apporter dans une alvéole du monument dédié aux martyrs » au mémorial de Châteaubriant en Loire Atlantique.
Il n’avait que 50 ans quand, otage désigné « par le revanchard des négociations de 1936, Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Vichy », précise Jean-Claude Llinarès, Jean Grandel fut fusillé par les nazis en représailles à un attentat contre un général allemand. Avant son assassinat, sa vie avait été d’une extraordinaire richesse. Normalien, entré par concours aux PTT, aviateur pendant la première guerre mondiale, très tôt syndicaliste, Jean Grandel fut directement à l’origine de la création du syndicat unitaire du textile de Lodève.
Affecté à Paris Poste en 1924, il aura d’importantes responsabilités syndicales qui lui vaudront d’être suspendu puis révoqué des PTT en 1929. Et en 1934, domicilié à Gennevilliers près de Paris, membre du PCF depuis 1926, il est élu conseiller général puis maire de Gennevilliers. Quand commence la guerre d’Espagne, se faisant remplacer à Gennevilliers, il s’engage contre le franquisme et organise sur place le service de courrier et de communication des Brigades internationales. En 1940, il est déchu comme 60 autres élus communistes de ses mandats. Après une période dans la clandestinité, il sera arrêté, transféré de camp en camp avant d’être fusillé.
La veille de sa mort, il écrit à sa compagne : « Ma main ne tremble pas… J’ai vécu pour le bien du peuple ; je meurs pour lui sachant que ma mort ne sera pas inutile. Plus que jamais, j’ai confiance en l’avenir. » Un avenir qui n’est aujourd’hui pas si radieux, insiste Jean-Claude Linarès, indigné par ce qu’il appelle « la revisitation de l’histoire », « en particulier ici à Béziers, par Robert Ménard ». Mais aussi par tous ceux qui essaient de récupérer les Résistants, notamment l’extrême droite alors que le RN a été créé par d’anciens collabos, les mêmes qui ont permis que Jean Grandel et Guy Môquet soient fusillés.
* Le rendez-vous est fixé à 10h45 à Prémian avant la montée vers le maquis, où sera prélevée la terre. Puis auront lieu les différents dépôts de gerbe à Prémian et Saint-Etienne d’Albagnan. Après le repas à 14h, conférence-débat avec Danielle Ledoux, co-autrice de l’ouvrage « Jean Grandel un homme
du peuple dans l’Histoire ».
« Ma main ne tremble pas… J’ai vécu pour le bien du peuple »
![[Hommage] Une poignée de terre du maquis Jean Grandel à Châteaubriant](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/09/040d1a5e056c758910f266f593361e69.jpg)