Tag: Pompignan

  • Dans l’Hérault, une free-party pour s’opposer à la répression policière

    Dans l’Hérault, une free-party pour s’opposer à la répression policière

    Ils sont nombreux à descendre, à pied, en voiture ou en camion, du Causse du Mas neuf, entre Claret et Ferrières-les-Verrerie, vers Pompignan en ce lundi 8 juin. Yeux fatigués mais sourire aux lèvres, certains se sont effondrés sur les bancs publics pour reprendre quelques forces. Ces fêtards ont participé au teknival « Tankarville, la riposte des chaussettes sales ». « Je suis un passionné de musique et de fête. Il faut vraiment venir sur place pour comprendre l’ambiance », explique Nicolas*, un jeune d’une vingtaine d’années qui a déjà participé à des free parties un peu partout en Europe.

    Ce rassemblement illégal a débuté au petit matin du samedi 6 juin. Dans un jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre après que la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet avait déclenché le plan « rave bleu », les festivaliers ont brouillé les pistes toute la nuit. Des centaines de voitures et camions s’étaient en effet rassemblées au nord de l’Hérault et dans le sud du Gard, avant de se rejoindre à Ferrières-les-Verreries vers 4 heures du matin. Sonos, amplis, scènes, château gonflable ont ainsi été rapidement installés. 160 gendarmes ont alors été dépêchés sur place et ont fermé les routes départementales pour empêcher l’accès au site (même aux journalistes !).

    Rassemblement antifa

    Pour accéder au teknival, il a donc fallu déposer sa voiture en bord de route et emprunter à pied les chemins dans la garrigue pendant près d’une heure. « Je l’ai fait samedi matin, à 5 heures du matin, en pleine nuit », témoigne un participant, tatoué de la tête aux pieds, une tente sur le dos, qui confirme avoir aidé d’autres festivaliers à sortir leur camion du fossé. Si la préfecture annonçait avoir contenu le rassemblement à 2 000 personnes, beaucoup estimaient plutôt le nombre de participants à 5 000.

    Guidé par la musique, il faut donc traverser des zones boisées pour apercevoir les premiers camions. Mais avant d’arriver, une voix résonne dans la forêt : « Si tu peux faire le tour, ici c’est une zone Natura 2000. » Max*, deux sacs-poubelles à la main ramassent tous les papiers toilettes de la zone. « Ce n’est pas le plus marrant mais on tient à laisser la zone propre. » Proche de l’organisation, Max s’est porté volontaire pour le bar et pour nettoyer le site. « La tuile ici c’est la zone Natura 2000. Mais on a rencontré un responsable du site avec qui on a pu échanger. Après, nous avons mis de la rubalise pour empêcher les gens de venir sur cette zone. Il y a aussi une petite fleur jaune qui est protégée donc on a essayé d’en parler, nous avons mis des photos au bar pour que les gens fassent attention. Après la fête, des équipes vont revenir sur le site pour nettoyer », explique-t-il sous le bourdonnement d’un drone qui surveille la zone.

    Participant à des free-parties depuis vingt ans, Max avait levé le pied ces dernières années mais a décidé de revenir face la nouvelle répression policière : « C’est un événement antifasciste et celui-ci avait un vrai message : nous nous opposons à la répression policière et à la loi que le gouvernement tente de passer parce qu’il est inconcevable que des gens aillent en prison pour avoir fait de la musique. » Pendant les trois jours de fête, la culture prônée par les organisateurs, qui se sont appuyés sur de la musique mais aussi du théâtre, des sculptures (dont l’une de 5 mètres de haut ou une autre appelée « la machine à laver les mascu ») et des feux d’artifice, arborait le message d’une opposition à la criminalisation des organisateurs portée par la loi Ripost. Tous reprenaient ainsi le slogan : « Sous les paillettes, la rage. »

    Au-delà de la répression, les teuffeurs voulaient aussi défendre un art de vivre qui s’extrait de la société consumériste et du capitalisme.

    * Les personnes interrogées souhaitaient rester anonymes.

  • Les têtes de cochon d’Isabelle Alary

    Les têtes de cochon d’Isabelle Alary

    Là, ils sont à fond », lance l’éleveuse devant une demi-douzaine de cochons enchevêtrés qui se dorent la panse au soleil. Nul besoin de passer des heures aux côtés des « cochons des garrigues » pour s’apercevoir qu’Isabelle Alary chouchoute ses bêtes. Entre les clôtures, « Roussette » qui a « un caractère de cochon », « Copain  », « la maigre » ou encore « Guimauve » qui est « obligé d’envoyer ses grandes oreilles en arrière pour y voir » sont qualifiés « d’usine à bêtises ». Tous n’ont pas de nom mais tous ont droit à des caresses et à l’attention de leur propriétaire. « Tous les jours, je me prends au moins deux ou trois fous en les observant. Ils sont aussi très câlins. Je ne saurais pas comment l’expliquer mais il y en a que je ne pourrais jamais tuer », précise l’agricultrice qui ajoute : « quitte à élever les bêtes pour qu’elles soient tuées, autant qu’elles soient heureuses ».

    De sa première activité, Isabelle Alary a hérité l’attention pour le bien-être animal. La Pompignacaise a en effet proposé pendant 28 ans la découverte des sentiers du territoire à dos de chevaux. Mais en 2017, elle abandonne cette activité pour se tourner vers l’élevage de porcs. « Il y avait moins de boulot et j’avais perdu la niaque pour les balades. Je voulais aussi faire de l’élevage nourricier  », se remémore-t-elle. Il y a huit ans, il a donc fallu repenser l’exploitation, changer les clôtures et construire des mares dans chaque enclos… 150 cochons ont alors été accueillis sur les 10 hectares de la ferme. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 80, répartis par vingtaines dans des enclos de près de deux hectares. Les cochons ont donc tout l’espace nécessaire pour s’épanouir. « Dans l’industrie, il y a 0,75 m2 par porc », s’insurge l’éleveuse. Car s’il y a bien quelque chose qu’Isabelle Alary aime encore moins que les végans, ce sont les industriels du secteur : « Seulement 1% des porcs sont élevés en plein air en France. Quand on achète 250 grammes de lardons au supermarché, on achète 250g de misère ».

    En coopérative à l’abattoir du Vigan

    Au milieu de la visite, son téléphone sonne. « Il ne me reste que des côtes et de l’échine », lance-t-elle dans le combiné. Le vendredi après-midi et le samedi matin, Isabelle Alary tient en effet une petite échoppe où elle réalise de la vente directe qui l’oblige à prendre des commandes toutes les semaines. Si elle peut s’adapter aux clients, c’est qu’elle s’occupe également de l’abattage. En effet, depuis 2017, l’abattoir du Vigan, l’un des plus petits de France, est géré par les éleveurs du territoire soucieux de préserver un outil indispensable.

    Isabelle Alary rejoint donc les éleveurs réunis en coopérative tous les mardis (seul jour de la semaine où l’abattoir fonctionne) au Vigan, où elle est en charge de la pesée : « Je ne pouvais pas m’occuper de tuer les bêtes, c’était impossible pour moi. La pesée, c’est très physique car il faut porter les carcasses. Mais c’est intéressant parce que nous, les agriculteurs, sommes seuls dans un coin et là on se retrouve en équipe, responsables d’une structure. Il y a une éthique et il n’y a pas de cadence à respecter. On prend le temps pour que tout se passe au mieux  ». Surtout, cette diversification dans son activité lui a permis de se perfectionner comme éleveuse : « J’ai appris énormément de choses. Malheureusement, on voit aussi les mauvaises pratiques de certains de nos collègues avec des bêtes qui ne sont pas en bon état ».

    800 euros de retraite ?

    Tous les jours, Isabelle Alary doit faire face à des galères. Quand ce n’est pas la menace d’incendie, des clôtures coupées ou les retards de paiement, l’éleveuse doit affronter chaque été la sécheresse. « S’il n’y a pas de mare, les cochons meurent parce qu’ils ne transpirent pas ». Sauf que dans son coin de garrigues, elle ne dispose que d’eau de la ville, bien plus chère que l’eau agricole.

    Un coût non négligeable qu’il faut ajouter aux nombreuses normes à respecter. « Les normes, ça nous tue », confirme-t-elle. Isabelle Alary a en effet reçu la visite de vétérinaires pour contrôler l’exploitation. « J’ai passé la visite mais on m’a fait la remarque qu’il faudrait que j’aie une place quand un petit est malade. Mais quand ça arrive, le petit est dans la maison avec moi, nourri au biberon », raconte-t-elle. Si les exploitations de porcs ne sont pas soumises aux aides de la Pac (Politique agricole commune), Isabelle Alary avait de toute façon arrêté depuis longtemps de réclamer ces aides européennes. « À l’époque, avec les chevaux, j’avais payé quelqu’un de la chambre d’agriculture 180 euros de l’heure pour me remplir le dossier. Et un mois après, j’ai eu un contrôle. Un point avait été mal rempli dans le dossier donc j’ai dû payer une amende de 1 000 euros ».

    Elle est également remontée face au manque de soutien et de considération de l’État pour la profession. « Ce n’est pas pour rien s’il y a des manifestations et que les agriculteurs montent jusqu’à Paris. J’ai eu trois enfants, j’ai travaillé jusqu’à dix jours avant l’accouchement. Je travaille tous les jours. Et je ne sais pas si je vais toucher 800 euros de retraite par mois », s’inquiète l’éleveuse. Une maigre récompense donc pour une vie de labeur qui ne poussera pas la jeune génération à rejoindre une agriculture humaine et responsable pourtant si essentielle aux terroirs français.

    « Quand on achète 250 grammes de lardons au supermarché, on achète 250 grammes de misère »

  • Les vendanges, un moment de convivialité

    Les vendanges, un moment de convivialité

    « Un jour, il faudra qu’on fasse appel à des professionnels mais on sait que certains de nos amis seront déçus », reconnaît Samuel. Depuis la veille, cet architecte de formation supervise la récolte du raisin aux côtés d’Adrien, qui pilote le tracteur pour ramasser les caisses pleines entre les rangées de vignes.

    En ce samedi matin d’août, une vingtaine de bénévoles se retrouvent à nouveau sur une parcelle à Pompignan, dans le sud du Gard. Malgré l’heure matinale (6h30), la bande admire le liseré orange du soleil qui se dessine à l’horizon et illumine le clocher du village. L’équipe est différente de la veille et tous ne se connaissent pas forcément. Des amis venus de Marseille, de la famille ayant posé des congés fin août ou de simples voisins ont répondu présents.

    Après un café, Samuel donne les consignes : « Faites attention à vos doigts, hier nous avons eu une coupure ! Nous allons récupérer du grenache blanc qui n’est pas facile d’accès, donc vous coupez comme vous le pouvez. Il faut être deux par rangée, face à face, pour ne rien oublier. Par contre, on laisse tomber au sol les grappillons », lance-t-il, une petite grappe de raisins pas encore mûrs à la main pour illustrer son propos. « Les anciens laissaient les grappillons sur la vigne. Des Lozériens descendaient un mois plus tard quand le raisin avait mûri et ils le ramassaient pour faire du vin quasiment gratuitement. C’est ce qui a donné le mot grappiller », explique Adrien, 33 ans, issu d’une famille de viticulteurs. L’anecdote qui permettra de briller en société en poche, les participants armés d’une petite veste pour supporter un mercure descendu à 12 degrés, s’élancent dans les rangées de vignes.

    Et immédiatement, la parole se libère. Que ce soit des amis heureux de travailler ensemble ou deux inconnus qui apprennent à se connaître, les discussions vont bon train alors que les caisses remplies s’accumulent au pied des vignes. « Ce que j’ai préféré, c’est le lever de soleil au milieu des vignes avec des têtes qui sortent d’un peu partout. Dans ce moment-là, on imagine ce paysage autour de nous qu’ont connu des générations et des générations avant nous et qui venaient déjà faire les vendanges. Le fait d’être face à face et d’aller au même rythme, ça favorise des discussions sympas », confirme Kéa, une voisine venue pour l’occasion.

    Vers 10 heures, sous des rayons du soleil de plus en plus chauds, le groupe s’accorde une pause ombragée avec fromage et pâté au menu, accompagnée bien évidemment d’un verre de rouge du vignoble. « Pour nous, c’est un peu plus d’organisation d’avoir des amis et de la famille parce qu’on fait nos relevés de sucre et il faut que les gens soient disponibles quand le raisin est mûr. Mais le côté familial et l’ambiance qui va avec est hyper importante. Ça nous pose forcément question que les gens viennent nous aider gratuitement, mais chaque année, les potes nous demandent de ne pas embaucher pour pouvoir revenir », explique Adrien.

    Une histoire d’amitiés

    Restée dans l’entrepôt à Saint-Hippolyte-du-Fort où sont rassemblés les cuves et le vieux pressoir, Charlie réceptionne les caisses de raisins pour commencer à les presser. « Pour moi, les vendanges, c’est 90% de joie et d’intensité positive et 10% de charge mentale et de stress. Ce sont de très beaux moments qui marquent la concrétisation de tout ce qu’on a fait dans l’année. C’est intense, mais c’est aussi très beau de voir tout le monde dans les champs, dans la vigne. C’est l’un des meilleurs moments de l’année avec la taille », explique cette ferronnière qui garde deux gros chantiers par an pour s’en sortir.

    Car les trois comparses ont lancé ce projet un peu fou après la pandémie. Adrien a hérité d’une petite parcelle d’1,5 hectare et les trois amis ont décidé de se lancer, avec l’exigence de réaliser un vin le plus bio possible. Naît alors le domaine de Riu Pintat, pour « rivière ivre » en occitan, en référence au Vidourle qui coule tout proche. Aidés et conseillés par d’autres viticulteurs « nature », ils rachètent d’autres parcelles, peaufinent leur méthode de vinification et passent de 1 500 bouteilles produites en 2022 à 3 000 en 2023 puis 7 000 en 2024. Cette année, ils en ont produit 10 000 et espèrent en compter 18 000 avec la toute nouvelle récolte.

    « Il va falloir les vendre différemment. Il faut qu’on se projette sur plus de secteurs et aller un peu plus loin. Mais pour l’instant, les ventes marchent bien parce qu’on vient de finir de vendre les 7 000 bouteilles de 2024, donc on n’a quasiment pas de stock », précise Charlie qui va ajouter aux cuvées de blanc et de rouge un blanc de macération aussi appelé vin orange, qui portera le nom de Didsmaü (mauvaise famille en occitan). Adrien et Charlie (Samuel va prendre du recul pour se consacrer à la maçonnerie) espèrent ainsi pouvoir vivre de leur nouvelle passion dès cette année.

    De leurs côtés, familles et amis, qui ont déjà prévu de revenir l’an prochain, ont rejoint Charlie à l’entrepôt pour partager un bon repas chaud.

    Si certains glissent leur verre sous le pressoir pour recueillir le précieux jus de raisin tout juste récolté, beaucoup attendent de pouvoir le goûter dans quelques mois avec quelques degrés d’alcool supplémentaires. En attendant, ils repartent avec le sourire et avec quelques bouteilles de la cuvée précédente en guise de remerciement.

    « Chaque année,
    les potes nous demandent
    de ne pas embaucher pour pouvoir revenir »