Tag: pollen

  • Santés humaine, animale et environnementale sont interdépendantes

    Santés humaine, animale et environnementale sont interdépendantes

    « Le principe “Une seule santé” consiste en une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Il reconnaît que la santé des humains, des animaux […] et de l’environnement […] est étroitement liée et interdépendante. » La définition est donnée immédiatement. Soigner n’est pas une affaire de médicament, mais d’interdépendances : une seule santé.

    Mercredi s’est tenu dans la grande salle de la brasserie Zoumaï la reprise du Bar des sciences, une rencontre mensuelle organisée par les chercheurs de l’Observatoire des Sciences de l’Univers. L’objectif : rendre accessible les recherches des scientifiques du laboratoire. Animée par deux étudiantes du master Information scientifique et médiation en environnement, trois experts aux postures complémentaires y sont conviés : Thierry Tatoni, professeur d’écologie, Zoé Le Monnyer, chargée de mission « Une seule santé » à L’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement et Anthony Gonçalves, adjoint au Maire de Marseille délégué à la Santé.

    Le concept d’Une seule santé émerge dans les années 1990, dans un contexte de lutte contre la rage et du développement de l’antibiorésistance. Il est redéfini en 2022 par l’OHHLEP, groupe d’experts conseillant sur le sujet plusieurs organisations internationales comme l’OMS et la FAO.

    La destruction de notre habitat

    Thierry Tatoni, professeur d’écologie à l’Institut méditerranéen de biologie et d’environnement (IMBE), rappelle que l’écologie, du grec oikos logos, est l’étude de l’habitat, des conditions d’existence du vivant. Son regard sur les enjeux de santé publique est systémique.

    Remontant le temps au milieu du XIXe siècle, le chercheur revient sur la période de la révolution industrielle et du début de l’exploitation des matières fossiles. Production massive d’énergie et explosion démographique, ces changements majeurs ont été le point de départ d’une profonde déstabilisation de l’ensemble des dynamiques du vivant.

    Selon le dernier rapport du Planetary boundaries science Lab (2025), sept des neuf limites planétaires ont été dépassées, menaçant l’habitabilité même de la Terre pour l’espèce Humaine. Un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, selon l’ONU.

    « L’espèce humaine, qui est la seule à expérimenter la notion de futur, est aussi la seule qui fait tout pour le flinguer », conclut le chercheur.

    Faire le pont entre biodiversité et santé

    Pour Zoé Le Monnyer, le concept « Une seule santé » est porteur d’espoir car porteur d’un pouvoir transformateur fort. Et si la santé devenait la boussole de nos politiques publiques ? Chaque année, 33 000 décès sont liés à la chaleur en France et 40 000 à la pollution de l’air, selon Santé Publique France.

    Missionné par l’ARS Paca dans le cadre d’un Plan Régional Santé Environnement, l’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement vise à faire dialoguer les acteurs de la biodiversité et de la santé. L’ARBE coordonne depuis juin 2026 un réseau régional opérant plusieurs projets en cours : partenariat entre l’Hôpital du Pays salonais et le Conservatoire d’espaces naturels, surveillance de la faune locale en Camargue…

    À terme, l’objectif est de construire une vision macro de l’état de santé global du territoire.

    Un public participatif

    Dans la salle, les questions fusent, entre scepticisme et incompréhension. Comment gérer l’impact environnemental désastreux des projets de data center ? Des études sur l’impact des travaux dans le quartier de la Joliette sur la santé de ses habitants ont-elles été réalisées ? Le développement d’une gentrification verte liée à la création d’espaces verts dans les quartiers populaires est-il pensé

    L’adjoint au Maire de Marseille délégué à la santé Anthony Gonçalves rappelle l’importance d’une gouvernance démocratique de ces questions sensibles. Les compétences, souvent partagées, sont parfois difficilement mobilisables sans l’appui de la métropole ou de l’État, et la municipalité peut se retrouver bloquée. « Sans une impulsion nationale, la mairie restera un petit bras », regrette-t-il.

    Thierry Tatoni lui fait part de l’importance de la réhabilitation du Jarret et des Aygalades, cours d’eaux traversant les 14 et 15e arrondissements de Marseille. Aujourd’hui bétonnés, leur réhabilitation permettrait de changer radicalement le visage de ces quartiers.

    Prendre soin de la ville pour la santé de tous.

  • Une jungle dans nos jardins

    Une jungle dans nos jardins

    Une tête d’épingle, un cerveau minuscule et pourtant des capacités qui pourraient faire bugger certaines intelligences artificielles. C’est avec les abeilles que Marie-Geneviève Guiraud travaille au quotidien. Chercheuse postdoctorale à AMU et au CNRS, spécialiste de la neurocognition des insectes, elle étudie leurs visions et leurs capacités d’apprentissage.

    Mais pour raconter les insectes, la scientifique ne s’est pas tournée vers un autre laboratoire. Elle a appelé son père, photographe naturaliste. Deux regards différents, réunis dans une même exposition : « Pollinisateurs : regards croisés entre science et photographie ». But affiché : comprendre le rôle des insectes dans les écosystèmes et leurs capacités cognitives.

    De la thèse à la macrophotographie

    À l’origine de cette collaboration, il y a une histoire familiale. Lorsque Marie-Geneviève Guiraud commence sa thèse, à Londres, elle doit régulièrement préparer des présentations scientifiques. Il lui faut des images. Son père, passionné de nature, commence alors à faire de la macrophotographie pour répondre à ses besoins.

    « Mon père, c’est un poète », raconte-t-elle. Un homme qui passe beaucoup de temps dehors à observer les paysages, les animaux et les insectes. Aujourd’hui, selon sa fille, il est « au top de son art » avec la collection présentée dans le cadre du festival.

    Derrière cette complicité familiale se cache aussi une volonté scientifique : rendre visible ce que l’on ne regarde pas. Car les insectes souffrent d’un paradoxe. Ils sont partout, mais restent largement méconnus. La chercheuse rappelle que les insectes représentent une part considérable de la biomasse et alerte sur leur déclin. Elle évoque notamment une diminution de 75 % sur les quinze dernières années. Un constat qui, selon elle, reste difficile à mesurer pour le grand public.

    Quand les abeilles défient l’intelligence artificielle

    Pour Marie-Geneviève Guiraud, changer le regard passe d’abord par la familiarité. « On a plus tendance à vouloir protéger ce qu’on connaît mieux », explique-t-elle. Les chiens et les chats nous sont familiers. Les insectes, beaucoup moins.

    Pourtant, derrière leurs centaines de milliers de neurones se cachent des capacités surprenantes. En moins d’une trentaine d’essais, les abeilles peuvent reconnaître des visages humains et les généraliser à d’autres. Une performance que la chercheuse compare à celle des IA, qui nécessitent selon elle des centaines d’images pour apprendre.

    À Marseille, cette découverte du monde minuscule prend aussi une dimension locale. L’exposition entend mettre en lumière les espèces présentes dans la région, notamment l’abeille noire, et rappeler la richesse des écosystèmes des Calanques. Pour la chercheuse, il s’agit de montrer que la biodiversité n’est pas une réalité lointaine : elle se trouve aussi « autour de chez nous ».

    Au fond, le duo père-fille ne cherche pas seulement à montrer de beaux insectes. Il cherche à provoquer un réflexe : celui de s’arrêter, d’observer et de s’émerveiller « comme quand on est enfant ».

    Sarah Aït Ouazzi

    Être(S) lié

    Tisser des liens. Entre l’humain et l’animal. Entre la science et la société. Entre les étudiants et le public. Tel est l’objectif de l’exposition collective « Être(s) lié » organisée par Lalie Chassaigne et Noémie Raskin, stagiaires au sein de la Mission Interdisciplinaire d’Aix-Marseille Université. En collaboration avec le programme d’Engagement Étudiant, ce projet a réuni neuf œuvres de la communauté universitaire qui seront exposées jusqu’à demain, au forum du Mucem. Au printemps 2026, une question s’invite dans toutes les boîtes mail des étudiants et du personnel d’amU : « Comment définiriez-vous votre lien à l’animal ? ». Cet appel à projet artistique propose à chacun d’y répondre selon le support de son choix. Lalie et Noémie, étudiantes en Master de Médiation Scientifique, reçoivent alors une vingtaine de photos, illustrations, collages et textes qui tentent à leur manière de qualifier cette relation. Les thèmes sont variés et offrent une grande diversité de regards posés sur le vivant qui nous entoure.

    Tania Carde Bernheim Le Coeur

  • [C’est l’été] Les petits débrouillards aux Serrets à Manosque

    [C’est l’été] Les petits débrouillards aux Serrets à Manosque

    Les savoirs prennent sens lorsqu’ils répondent aux préoccupations des personnes. Les animations scientifiques commencent souvent par une question : Pourquoi le ciel est-il bleu ? Comment fonctionne un panneau solaire ? Pourquoi certains déchets se recyclent-ils ?

    Les Petits Débrouillards s’appuient sur les interrogations des habitants pour construire les activités. Cette démarche permet de montrer que chacun possède déjà des connaissances et que la science est un outil pour mieux comprendre son environnement.

    À Manosque, aux côtés de Perrine et Mathilde, les enfants se sont interrogés sur le thème des saveurs savantes : comment décrire un goût ? Peut-on manger du requin ? Que fait une abeille de ses journées ? Des jeux autour de ces questions ont été proposés : sentir et toucher à l’aveugle, cap ou pas cap de tester des plats du monde, une course par équipe pour aller polliniser un max de fleurs… ça a bien plu !

  • [Tribune] Abeilles et pollinisateurs : un enjeu majeur pour la région Paca

    [Tribune] Abeilles et pollinisateurs : un enjeu majeur pour la région Paca

    Le 7 avril 2026, la France accueillera à Lyon un sommet « One Health* », consacré à l’interdépendance entre santé humaine, animale et environnementale. Ce rendez-vous d’action ne peut ignorer un enjeu majeur pour notre territoire méditerranéen : la protection des pollinisateurs.

    La région Provence-Alpes-Côte d’Azur occupe une place majeure dans l’apiculture française. Elle accueille plusieurs milliers d’apiculteurs, professionnels et amateurs, et se caractérise par une forte diversité florale à l’origine de productions de miels reconnues. L’agriculture régionale – arboriculture fruitière, cultures maraîchères, semences, plantes à parfum, aromatiques et médicinales (lavande, thym, romarin…) – dépend largement de la pollinisation animale.

    Les abeilles domestiques, les bourdons d’élevage et les pollinisateurs sauvages assurent la reproduction de nombreuses plantes cultivées et sauvages. À l’échelle mondiale, 60 à 80% des cultures dépendent au moins partiellement de la pollinisation animale, représentant environ 35% de la production alimentaire. La pollinisation conditionne également la biodiversité végétale et, indirectement, la biodiversité animale.

    Pourtant, les constats scientifiques sont préoccupants. Ce service écosystémique** essentiel est aujourd’hui fragilisé. En Europe, les populations d’insectes déclinent fortement. En Paca comme ailleurs, certaines zones agricoles voient leurs paysages se simplifier, les ressources florales se raréfier et l’exposition aux pesticides persister. Le changement climatique accentue encore ces pressions, avec des étés plus chauds et plus secs.

    Notre région illustre aussi un paradoxe bien connu : des milieux naturels (garrigues, maquis, forêts…) en apparence riches peuvent manquer de ressources sur la durée. Après des floraisons printanières intenses mais brèves, les périodes estivales peuvent devenir critiques pour les pollinisateurs, soumis à un véritable stress alimentaire voire hydrique.

    Les abeilles sont également de précieuses sentinelles de l’environnement. En butinant, elles révèlent la présence de polluants dans leur environnement, faisant de la ruche un outil de surveillance à la fois agricole, écologique et sanitaire. Les informations données par les analyses des produits de la ruche sont essentielles dans le cadre d’une politique de santé publique efficace.

    Aujourd’hui, le diagnostic scientifique est posé. L’enjeu est maintenant d’agir. Cela suppose de mieux accompagner la santé des colonies, de faire évoluer les pratiques agricoles, de restaurer des paysages riches en ressources florales tout au long de l’année et d’intégrer pleinement tous les pollinisateurs dans les politiques publiques.

    Cela implique des choix concrets mais aussi concertés entre les collectivités locales – communes, intercommunalités, départements et Région – en matière d’aménagement, de gestion des espaces publics et de soutien aux apiculteurs et agriculteurs, afin de faire des pollinisateurs une priorité territoriale et non une variable d’ajustement.

    En Paca, la protection des pollinisateurs n’est pas une question secondaire. Elle conditionne la résilience de nos territoires, l’avenir de notre agriculture et, à terme, notre propre santé. Les solutions existent. Il appartient désormais aux décideurs de les mettre en œuvre.

    *Une Seule Santé

    ** Un service écosystémique désigne l’ensemble des bénéfices que les êtres humains et autres êtres vivants tirent des écosystèmes, directement ou indirectement.

  • Alerte aux pollens dans la région Sud

    Alerte aux pollens dans la région Sud

    Retour des beaux jours, températures douces… Et c’est le début de la torture pour les allergiques aux pollens. Le risque « est actuellement élevé voire très élevé en Provence-Alpes-Côte d’Azur et devrait se maintenir plusieurs jours encore, en particulier pour les pollens de cyprès et d’aulne », indique l’Association de surveillance de qualité de l’air, AtmoSud, qui traque officiellement depuis 2025 ces minuscules grains végétaux.

    « On participait déjà au réseau national de surveillance aérobiologique », précise Damien Piga, directeur innovation chez AtmoSud. La méthode : piéger les pollens dans l’air qui circule au moyen d’une bande encollée explique-t-il. « Ces grains sont très caractéristiques, des personnes sont formées à les reconnaître à l’œil nu », précise-t-il. À terme, des caméras doublées d’algorithmes devraient se charger du travail.

    Un site pour anticiper

    Mais surtout il y a la partie prévision. « Nous avons des modèles numériques qui permettent d’anticiper les conditions météo et la floraison des plantes, et tout un réseau d’acteurs sur le terrain dont des médecins sentinelles », détaille Damien Piga. Une certitude : avec le changement climatique, les périodes polliniques s’allongent et de nouvelles espèces peuvent s’implanter. Comme l’ambroisie, hautement allergisante, repérée dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. « Une mauvaise qualité de l’air extérieur et intérieur », aggravant le phénomène, ajoute-t-il.

    À noter que le pollen de cyprès, particulièrement présent en milieu urbain et périurbain, constitue la première cause d’allergie dans notre région, à l’origine de près de 75% des cas. À la clé : rhinite, conjonctivite, difficultés respiratoires, asthme et jusqu’à des réactions cutanées de type eczéma ou urticaire. Sur son site internet, AtmoSud fait un point quotidien, commune par commune et devrait donner vendredi la tendance du week-end et de la semaine suivante.