Tag: police judiciaire

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    Ils sont très exactement 18, âgés de 12 à 17 ans, venus du centre social la Martine, à Marseille (15e) à débouler ce matin-là à la mairie des 15e et 16e arrondissements, rue de Lyon. Sous la houlette de Kader Allem, coordinateur jeunesse, Jhani, Yacine, Kalil, Léo, Élise ou Sami sont venus en savoir plus sur l’institution dans le cadre d’un « rallye citoyen », démarré en mars dernier. Le but : les rendre véritablement acteurs de leur cité.

    « On est toujours en train de leur dire qu’il faut être citoyen mais la citoyenneté ne se décrète pas, elle se vit », explique Kader. Un travail de longue haleine dans des quartiers où être jeune relève parfois de la gageure.

    Franche et directe, madame la maire, Nadia Boulainseur (DVG), joue volontiers le jeu, bombardée de questions. « Comment vous gérez les quartiers ? », « Comment vous comptez améliorer notre cadre de vie ? » « C’est vous qui entretenez les city stades ? » « C’est quoi votre quotidien ? » Patiemment, l’élue rappelle les compétences d’une mairie de secteur : état civil, animations des centres aérés, « entretien des équipements transférés »… Mais au-delà, il y a aussi « la bonne volonté de l’équipe en place » pour agir détaille Nadia Boulainseur. Et de défendre ses choix, comme celui d’une politique culturelle « ambitieuse ».

    Pas de diplôme de maire

    Elle donne l’exemple de la maison de musique, ouverte à Saint-Henri (16e). « Avec des cours de piano, de violon. On m’a dit que cela ne fonctionnerait pas », se souvient l’élue. « Mais moi j’ai habité à la Granière, au K62, je sais ce que les habitants de ces quartiers veulent et surtout ne veulent pas », poursuit-elle. L’équipe municipale a détecté le frein, « il était financier » témoigne Nadia Boulainseur. « Alors on a fait un tarif symbolique à 5 euros et dégressif dans les fratries. Et aujourd’hui, on travaille à tripler les cours », développe-t-elle fièrement.

    Au fur et à mesure des échanges, elle revient sur la nécessité de faire avancer la question du logement, des transports… « C’est pas normal que les jeunes disent quand ils vont dans le centre-ville, qu’ils descendent à Marseille, qu’ils ne se sentent pas Marseillais », s’indigne-t-elle devant une assistance qui approuve.

    « Et le maire de Marseille, il vous gère à vous aussi ? À quoi il sert finalement ? », balance sans ambages Chemsy. « À valider les permis de construire, assurer l’entretien des parcs quand ils font plus d’un hectare, à gérer la police municipale même si les maires sont aussi OPJ, officier de police judiciaire », répond la maire qui se marre.

    Puis, stupeur quand la troupe apprend qu’il suffit d’avoir 18 ans et de se présenter pour être maire. Tout le monde étant persuadé qu’il faut un diplôme. « Mais alors moi si je veux, je peux me présenter ? Et être élu ? » insiste un ado. Nadia Boulainseur s’embarque alors dans une explication simplifiée de la loi PLM, pour aborder la question de la majorité et on devine qu’une partie de l’assistance décroche un peu… Elle tient à faire passer le message : « Cette mairie est la vôtre, moi je ne fais que passer… »

    Être acteur de sa vie

    Mais vient le fond de toute l’affaire : « Pourquoi c’est important d’être citoyen ? », lâche timidement Yasmine. « Parce qu’il ne faut pas laisser les autres choisir pour toi ! Et puis après quand on ne s’intéresse pas, il ne faut pas se plaindre même si je comprends qu’on puisse être dégoûté par la politique. Mais il faut être acteur de sa vie », estime l’élue revenant sur son propre parcours. « À l’époque j’habitais la Granière et le bailleur a fait faillite, il a vendu les logements. Mes parents n’avaient pas les moyens d’acheter, on a dû partir dans le 11e. Je me suis retrouvée dans un bidonville avec 15 familles d’Arabes, 15 familles de gitans, l’idée étant de nous laisser loin de tout », raconte-t-elle. Elle martèle : « Si j’avais dû me dire c’est mort, je ne serais pas en face de vous aujourd’hui. Il ne faut jamais baisser les bras. Même si c’est plus difficile pour vous, on ne va pas se mentir, et aussi pour les filles en particulier. » Mais elle en est persuadée : « Vous pouvez déjouer tous les plans. » Après plus d’une heure de questions-réponses, les ados repartiront ravis. Prochaine étape, un voyage à Paris à l’Assemblée nationale en décembre prochain. Une visite « trop stylée » imaginent-ils déjà.

  • [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    Enquêteur à la PJ, le syndicaliste est entré dans le métier à l’heure de la police de proximité. Il raconte le glissement d’une mission, s’appuyant sur de solides statistiques mais aussi l’histoire. Et propose des pistes de réflexion, s’inspirant des approches québécoise ou belge.

    La Marseillaise : Pourquoi avoir choisi de sortir ce livre maintenant ?

    Anthony Caillé : Il n’y a pas de contexte particulier. En 2023, 2024, le ministère de l’Intérieur a mis en place une formation universitaire à Amiens, vers un diplôme en sociologie sur le thème « police population » auquel j’ai participé. Lorsque j’ai rendu mon mémoire, il y a eu une conférence de presse. L’éditeur [Éditions de l’Atelier, Ndlr] a lu mon travail et a estimé qu’il était [intéressant à publier]. L’idée pour moi c’est de lancer le débat.

    On est tout de même confronté à un « tout sécuritaire » qui s’accentue…

    A. C. : J’aurais pu écrire ce livre il y a 5 ans, c’était pareil. Je l’ai bâti comme une démonstration. Le lien avec la population n’existe quasiment plus mais on peut le reconstruire. J’ai voulu aussi rappeler la définition du service public, le contrat social, l’intérêt général. On est dans un pays de droits et de liberté. Pour qu’ils puissent être garantis, il nous faut une police de service public au service du public. Un peu comme la santé, l’école. Les gouvernants ont tendance à la détourner de cette mission pour en faire autre chose. C’est dans la continuité du dernier communiqué que nous avons fait sur la garde prétorienne de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé. [Deux policiers, installés dans une cellule voisine, sont chargés d’assurer sa protection, la CGT-Intérieur et Pénitentiaire ont déposé un recours en justice pour excès de pouvoir. L’audience doit se tenir le 12 novembre, Ndlr]. Aujourd’hui, la police est là pour servir nos gouvernants avant que de servir l’État. C’est là tout le problème. En attaquant en justice, nous voulons des réponses sur ce régime d’exception.

    Vous évoquez aussi la perte de sens du métier. Est-ce uniquement une question de moyens ?

    A. C. : C’est aussi une question politique, de recrutement, de formation. Il faudrait un concours qui prépare mieux. Il y a 40 ans vous passiez un concours d’inspecteur pour faire de la police judiciaire, pas autre chose, le concours de gardien de la paix pour faire de la police secours, le concours de la police aux frontières pour être dans les ports et les aéroports… Aujourd’hui vous passez un concours et pouvez être amené à faire tout ça. Cela a contribué à démolir la motivation.

    Comment en est-on arrivé là ?

    A. C. : Il y a le vocable, on ne parle plus de gardien de la paix mais de forces de l’ordre. La tenue aussi, on a militarisé les policiers. Leur mission première c’est de faire de l’intervention car le délit est en cours, il n’y a plus de prévention. Il y a aussi tout l’aspect politique. C’est la course à l’échalote. Chaque fois on en remet une couche, les chaînes d’info en continu ont d’ailleurs joué un rôle énorme. Beaucoup de lois ont aussi conféré plus de pouvoir à la police administrative, notamment celle sur la lutte cotre le terrorisme qui a intégré le droit d’urgence dans le droit commun. C’est l’effet cliquet, on n’arrive jamais à revenir en arrière.

    La sécurité est d’ailleurs devenue un argument électoral. Comment l’analysez-vous ?

    A. C. : Pour la première échéance, les municipales, les maires ont effectivement une politique sécuritaire dont le coût est énorme pour l’administré. Nous, à la CGT, la police de l’édile, c’est tout ce que l’on ne veut pas. C’est une rupture d’égalité manifeste. Il faut bien expliquer aux gens aussi qu’ils paient deux fois du coup. Pour la présidentielle, le cap qui sera donné va peser. Rappelons que Sarkozy a été élu uniquement sur son programme sécuritaire. C’est pour ça qu’il fait ouvrir le débat. C’est là aussi où la gauche a fait l’erreur de ne plus s’en emparer, le laissant à la droite et à l’extrême droite. Il va falloir avancer.

    Comment recoller les morceaux ?

    A. C. : Il faut redéfinir les missions, remettre une police de proximité, remettre des commissariats de quartier, faire la tournée des popotes avec de vraies réunions de conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance où les maires prennent toute leur place… Alors qu’on leur explique surtout qu’il faut mettre de la police municipale et des caméras de vidéosurveillance. Or la Cour de comptes le dit : 2% des affaires sont résolues grâce à la vidéosurveillance. Quand on sait ce qu’on y met comme pognon à l’année…

    « Que peut la police » par Anthony Caillé, aux éditions de l’Atelier, 18 euros, 144 pages, dans toutes les librairies.

  • Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ils ont 23, 25 et 28 ans, sont en poste depuis peu à Marseille. Jade, Antoine et Marc* ont bien voulu confier à La Marseillaise leur ressenti sur un métier qu’ils ont tous choisi. Un de leurs points communs : qu’ils soient sur le terrain, au centre d’information et de commandement (CIC) pour gérer les interventions ou enquêteurs à la brigade des mineurs, ils s’estiment au service d’une population et des victimes, avec lesquelles ils aiment être en contact. « Cela fait un an pile poil que je suis sortie de l’école, j’ai toujours été attirée par l’uniforme, l’ordre », raconte Jade, mais « j’ai aussi ce sentiment d’aider ceux qui en ont besoin, d’être utile et de pouvoir réprimander ceux qui abusent des droits qu’on leur accorde ». La jeune femme fait partie de « police secours », ces policiers de terrain qui interviennent lorsque l’on appelle le 17. Elle a fait des études d’architecture mais il lui manquait le travail d’équipe, le contact avec la population.

    La réorientation, une autre similitude dans le parcours de nos trois recrues. « Mal conseillé », Marc, en poste au CIC depuis juillet, a travaillé dans des supermarchés ou salons de coiffure avant de revenir à son ambition première tout comme Antoine, titulaire d’une licence en génie mécanique, qui a pris son poste en septembre dans un groupe de la brigade des mineurs. « Vus nos salaires, on ne fait pas ça pour l’argent, pas pour la reconnaissance non plus », estime ce dernier, qui a « le sentiment d’être au service d’une cause, d’un truc qui nous dépasse ». Et les heures de travail s’enchaînent.

    60 heures par semaine

    Jusqu’à « 60 par semaine », assure Jade, où elle voit « plus ses collègues que son conjoint ». Quand Antoine, qui savait à quoi s’attendre, se dit tout de même en charge de 45 dossiers à lui tout seul. Pas facile alors de prioriser. « Une charge mentale », considère-t-il. Idem pour Marc qui gère des centaines d’appels par jour et doit faire preuve de psychologie pour avoir un aperçu de la situation et décider d’envoyer ou pas un équipage. « On est face à des gens qui exagèrent une situation pour qu’on vienne, ou au contraire des victimes qui minimisent », témoigne-t-il.

    Tous se prennent aussi de plein fouet une réalité qu’ils n’avaient parfois pas mesurée. « Naïvement je ne m’attendais pas à autant de misère humaine », constate Jade. À l’inverse, elle a été agréablement surprise par ses premières missions effectuées dans le cadre des JO à Marseille. Antoine, en prise directe avec de jeunes victimes ou auteurs d’abus ou de violences sexuelles, estime « répondre à un vrai mal-être », parfois malgré la volonté de personnes qui « aimeraient oublier ». Il dit aussi la frustration de voir la suite donnée par la justice, « pas à l’échelle de ce qu’on a ressenti » et se confronte à de véritables questions sociétales : « quand ce sont des auteurs mineurs, comment on fait, comment aider ? On voit des choses que nous ne pouvions même pas imaginer ». Quand il discute à l’extérieur, « les gens ne nous croient pas », témoigne Marc.

    « L’esprit de corps » pour Jade, la solidarité au sein du groupe pour Antoine, aident à tenir. « On ne se rend pas assez compte que derrière l’uniforme, on est humain, que l’on aimerait peut-être parfois agir autrement », explique Jade même si « je savais que je ne serai pas forcément d’accord avec ce que j’allais devoir faire ». La loi, les ordres, oui mais… Marc insiste sur la notion de discernement. « Je suis plutôt le genre de policier qui donne sa chance à la personne. » Il s’agit pour lui d’assurer « la tranquillité, faire respecter les règles pour que tout le monde puisse vivre ensemble ». Un engagement qui laisse entrevoir un avenir serein. Marc veut retourner sur la voie publique qu’il a expérimentée en tant que policier adjoint, Jade se voit passer des concours et Antoine entend bien devenir officier de police judiciaire au plus vite, « pour mener l’enquête du début à la fin ». Quand certains démissionnent, il reste confiant : « J’arrive peut-être dans le creux de la vague, mais je me dis qu’on ne pourra que remonter. »

    * A la demande des interessés l’anonymat a été requis.

    REPÈRES

    1 705

    agents sont affectés à la circonscription de police nationale (CPN) de Marseille (villes d’Allauch, Marseille et Plan-de-Cuques) sans compter les plus de 1 730 policiers des unités départementales et interdépartementales, localisées à Marseille, de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) des Bouches-du-Rhône.

    161

    fonctionnaires ont rejoint Marseille en 2024, 86 arrivées en mutation à la CPN et dans les unités départementales et interdépartementales, et 75 policiers sortis d’écoles affectés à la CPN de Marseille. 19 arrivées étaient prévues en mars à la CPN et 4 dans les unités départementales de la DIPN, 22 arrivées ayant été enregistrées en février à la PJ.

    2 161

    euros nets en début de carrière. C’est ce que touche un gardien de la paix selon le ministère de l’Intérieur. Le salaire d’un officier de police s’élève lui à 2 430 euros, 3 224 euros pour un commissaire. Policiers et gendarmes sont âgés en moyenne de 38,5 ans selon la dernière étude Insee en date de 2021. Parmi les moins de 30 ans, 27% sont des femmes.

  • De faux coursiers pour une vraie arnaque

    De faux coursiers pour une vraie arnaque

    Ne pas répondre au SMS réclamant des informations bancaires et couper court à toute conversation avec un interlocuteur se présentant comme son banquier… Des recommandations simples et qui peuvent sembler évidentes. Sauf que. L’arnaque dite du « faux coursier » a visiblement le vent en poupe a alerté ce mercredi 1er octobre, depuis l’Évêché à Marseille (2e), le commissaire Grégory Petri, adjoint de la division criminalité territoriale au sein du SIPJ (Service interdépartemental de la police judiciaire).

    Il ne dispose pas de chiffres, mais il l’assure : depuis cet été, ce genre de délinquance est en forte augmentation et « aucune ville du département des Bouches-du-Rhône n’est épargnée ». Telle cette affaire remontant au 24 août, concernant un couple de personnes âgées domiciliées à Aix, « peu au fait des nouvelles technologies », raconte Grégory Petri, et dont on ne sait pas comment le numéro de téléphone a été piraté. Mais, contacté par un faux conseiller bancaire qui l’alerte de possibles mouvements frauduleux sur son compte, il se laisse convaincre de remettre à un coursier, dans une enveloppe, sa carte bleue avec le code, pour tout bloquer et la détruire.

    Un mode opératoire bien rodé

    Un préjudice de « 4 300 euros », précise le commissaire, le faux coursier en train de retirer de l’argent avec la carte volée ayant été interpellé en flagrant délit, pris par la vidéosurveillance. Mais on peut rapidement atteindre des sommes plus importantes en fonction du plafond de paiement et de retrait de la carte bleue ou quand les victimes s’enchaînent, avertit le commissaire.

    Il s’agissait auparavant de baratiner au distributeur de billets ou au parcmètre pour délester des personnes vulnérables, mais les auteurs « ont revu leur mode opératoire », a pu remarquer Grégory Petri. La technique se révélant, cette fois-ci, disons plus psychologique. « La conversation peut durer plusieurs heures » a-t-il pu constater, il s’agit « à la fois de créer un lien de confiance et de faire peur », en insistant notamment sur l’urgence de la situation. Hameçonnée puis dépouillée, la victime ne porte pas toujours plainte. « Ce que nous l’incitons à faire au moindre doute au commissariat ou en ligne sur la plateforme “ma sécurité” », insiste Grégory Peri. D’autant que « cela peut être compliqué après pour être indemnisé car elle a remis sciemment ses informations personnelles », rappelle-t-il.

    S’ils parviennent à retrouver lesdits coursiers, des « petites mains », recrutées au niveau local, souvent avec une annonce à la demande sur les réseaux sociaux, ce qui n’est pas sans rappeler les usages en matière de narcotrafic, les policiers ont beaucoup plus de mal à s’attaquer au « haut du spectre », convient le commissaire. Des réseaux dont on ne sait pas grand-chose pour le moment. Quant au hameçonnage, sur le web, tout se vend, tout s’achète, un fichier de données personnelles piratées pouvant coûter 15 000 euros.

    Le meilleur moyen reste donc d’éviter de se faire abuser, insiste Grégory Petri. « La seule interaction avec sa banque ne peut être que physique ou de sa propre initiative, aucun conseiller bancaire ne demande d’informations par téléphone, cela n’existe pas », martèle-t-il.

    Toujours pour sensibiliser le public, des prospectus vont être disposés dans les banques, les commissariats et autres lieux publics.

    « Un conseiller bancaire ne demande pas d’informations »

  • La DZ Mafia blanchissait ses recettes en lingots d’or

    La DZ Mafia blanchissait ses recettes en lingots d’or

    On touche du doigt le caractère massif et les profits considérables du narcotrafic. Il n’y a qu’avec le démantèlement des réseaux de blanchiment que nous pourrons porter des coups durables et affaiblir les organisations criminelles », a déclaré samedi le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, tirant les leçons aux côtés du colonel Olivier Leblanc, commandant de la section de recherches Paca de la gendarmerie de l’opération de coopération franco-italienne, du démantèlement d’un vaste réseau international de conversion en lingots d’or des recettes du narcotrafic marseillais, ensuite exportés vers le Kosovo puis la Turquie.

    L’enquête commune avec la Guardia di Finanza de Milan s’est appuyée sur les dispositifs européens d’entraide
    – l’agence Eurojust et le service Europol – mais aussi le soutien technique de la toute nouvelle Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie. Une centaine de gendarmes ont été mobilisés sous l’égide de la section de recherches de Marseille avec les SR de Paris, de Strasbourg, de Chambéry ainsi que du GIGN. Ce succès a été rendu possible par l’excellence des relations déjà anciennes nouées entre les autorités policières et judiciaires franco-italiennes, « leur grande réactivité et leur confiance totale » a salué le chef du parquet de Marseille.

    Le démantèlement s’est opéré en deux phases à partir d’un renseignement de la Guardia di Finanza, fin décembre 2024, sur une importante organisation criminelle basée à Milan où elle était dotée d’une fonderie, spécialisée dans le blanchiment de numéraire, et notamment les flux financiers très importants de la DZ Mafia. La récupération du numéraire en France et son transport vers l’Italie était assurée par des équipes de Syriens et de Maghrébins qui utilisent des voitures embarquant des « caches particulièrement sophistiquées ».

    « Ces collectes de fonds représentaient d’octobre 2024 à août 2025 plus de 30 millions d’euros et c’étaient des collectes hebdomadaires principalement à Marseille, ses environs mais aussi à Lyon, Paris et à l’Italie. Chez un des collecteurs, il a été retrouvé 2,4 millions d’euros. C’était le produit d’une semaine de collecte à Saint-Etienne et Clermont-Ferrand » a ainsi détaillé le procureur pour qui 70% de la collecte était fournie par des trafiquants marseillais liés à la DZ Mafia. « Marseille, malheureusement une fois de plus, se taille la part du lion », a-t-il relevé.

    Le 7 septembre 2025, un convoi détecté entre l’Italie et l’Espagne déclenchait les interpellations. 55 lingots d’or 24 carats de 1 kilo cachés dans des voitures et plus de 2,4 millions d’euros en espèce étaient trouvés, ce qui représente une saisie de 8 millions d’euros. Sept individus (3 hommes et 4 femmes) de cette équipe de transporteurs ont été mis en examen et écroués pour blanchiment aggravé de stupéfiants et association de malfaiteurs.

    La deuxième vague d’interpellations est survenue ce 23 septembre lancée à Vitrolles, Marignane, Martigues, Marseille et Berre-l’Étang ainsi qu’en Italie. Sept personnes ont été mises en examen dont 4 en détention provisoire. Ont été saisis 300 000 euros, 6 véhicules, de la maroquinerie et de la joaillerie de luxe. Les Italiens ont arrêté 4 personnes et mis la main sur 238 kilos d’or, 400 kilos d’argent, 7 kilos de palladium, 5 kilos de platinium, une somme globale d’1,3 million d’euros et 24 biens immobiliers.

    « Marseille,
    une fois de plus, se taille
    la part du lion »