Tag: pesticides

  • En Occitanie, des PFAS présents dans l’air

    En Occitanie, des PFAS présents dans l’air

    Gendarme de la pollution
    atmosphérique, l’Atmo Occitanie analyse régulièrement la qualité de l’air dans la région. Un enjeu de santé majeur, la pollution de l’air étant responsable de 40 000 décès chaque année, d’après Santé publique France. « Le coût pour la Sécurité sociale est évalué à plus de 100 milliards d’euros. Donc il y a un certain nombre d’actions qui peuvent être mises en œuvre avec les données que nous produisons », souligne Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie.

    Si l’observatoire mesurait jusque-là la présence de pesticides, cette année -c’est la nouveauté- l’étude prend également en compte la détection des perturbateurs endocriniens (PE) et des Pfas, polluants éternels. « Les perturbateurs endocriniens sont issus de la combustion, de la dégradation de matières comme les plastiques ou encore les répulsifs anti-moustiques. Nous avons voulu suivre les Pfas dans les retombées de poussière et de pluie puisque des réglementations sont en train de se déployer. Nous souhaitons faire des premières évaluations pour avoir des éléments d’échange sur ce que l’on peut respirer », détaille Dominique Tilak, directrice d’Atmo Occitanie. Pas moins de 192 molécules (88 pesticides, 56 PE et 50 Pfas, deux molécules étant recherchées dans les pesticides et les PE) ont été analysées sur dix sites de la région.

    Ainsi, ce ne sont pas moins de 105 molécules qui ont été retrouvées dans l’air occitan (47 pesticides, 50 PE et 10 Pfas). « Au niveau des pesticides, on retrouve depuis plusieurs années fréquemment le prosulfocarbe, le Folpel, fongicide utilisé sur les vignes et le pendimethaline, un désherbant que l’on retrouve dans les grandes cultures », poursuit Dominique Tilak. Une tendance à la baisse est observée sur la plupart des sites, sauf le Gard viticole « mais la concentration cumulée est basse ». Les zones urbaines ne sont pas épargnées par les pesticides puisque dix ont été retrouvés à Montpellier -50 PE et 10 Pfas – et 14 à Toulouse – 56 PE et 6 Pfas. Les polluants éternels sont donc présents sur l’ensemble des sites (10 ont été enregistrés sur le site gardois urbain -mais le TFA, produit à Solvay n’était pas recherché). « C’est une première en France. Quel que soit l’endroit ou le moment, nous respirons des PE et des Pfas dans les environnements suivis. Nous sommes au début d’une étude qui durera au moins trois ans. On espère pour pouvoir continuer et voir les évolutions. »

  • La très lente régulation du TFA, produit depuis 43 ans à Salindres

    La très lente régulation du TFA, produit depuis 43 ans à Salindres

    Si Solvay a fermé à Salindres, la pollution au TFA est toujours d’actualité. L’association Générations futures avait en effet révélé une « contamination record » à l’acide trifluoroacétique, plus communément appelé TFA, classé depuis 2021 parmi les polluants éternels (ou Pfas).

    En réalité, les taux révélés par l’association écologiste ne sont pas nouveaux. En tout cas, pas autour de la plateforme chimique à Salindres. Depuis 1982, du TFA est en effet produit par Rhodia (dont le site avait été cédé en 2011 à Solvay) sans qu’aucune norme ne soit fixée sur les rejets dans l’environnement. En 2011, le rejet de TFA est évalué à 80kg par jour, sans qu’aucune surveillance des eaux ne soit lancée. Mais l’année suivante, une étude d’interprétation de l’état des milieux (IEM) a été réalisée à l’initiative des industriels de la plateforme suite à plusieurs plaintes de l’Agence régionale de santé (ARS) et l’inquiétude suscitée par sa décharge interne.

    Transmise à la Dreal (la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), cette étude se concentrait surtout sur tout un tas de polluants mais évaluait aussi le taux de TFA. Elle révèle ainsi des taux de TFA atteignant plus de 40 000 microgrammes par litre sur plusieurs prélèvements de surface, notamment du côté de l’Avène. Sur les captages souterrains, des niveaux atteignant 13 000 μg/L et 16 000 μg/L ont été signalés à l’est et à l’ouest de la plateforme. À titre de comparaison, les prélèvements révélés en 2024 par Générations futures étaient compris entre 4 000 et 7 000 μg/L. Ils étaient alors qualifiés de « record ».

    La difficile régulation

    Si ces chiffres peuvent aujourd’hui être jugés inquiétants, ils n’ont à l’époque suscité aucun émoi. Contactée, la Dreal précise ainsi qu’« il était impossible à l’époque de l’étude d’évaluer l’impact du TFA », celui-ci ne « disposant pas de valeurs limites de rejet encore aujourd’hui ». Dans ces conditions se pose donc la question de savoir pourquoi le TFA était analysé, puisqu’aucune valeur n’aurait entraîné une alerte.
    « Les relevés permettent d’avoir un historique et de faire avancer les études au long cours », répond la Dreal.

    Sans étude, la préfecture du Gard va tout de même limiter les rejets de TFA à 40 kg par jour en 2017 puis 20 kg en 2023 et prévoyait 5 kg en 2027. « Quelles sont les bases sur lesquelles la préfecture a pris ces limites de rejet ? On n’a jamais eu de réponse. Quand on leur dit que c’est potentiellement dangereux, ils disent qu’il n’y a pas d’étude pour le prouver. De l’autre côté, ils limitent les rejets sans raison donc », explique Laurent Emorine, ancien chercheur au CNRS qui analyse le TFA dans le Gard depuis plusieurs années et qui vient de lancer une pétition pour interdire la production de Pfas.

    Aujourd’hui se pose donc la question du taux acceptable dans l’eau potable. L’une des seules valeurs sanitaires indicatives connues pour le TFA se trouve en Allemagne, qui l’avait établie dans un premier temps à 3 microgrammes par litre avant de l’augmenter 4 ans plus tard, à 60 microgrammes par litre, en s’appuyant sur une étude de… Solvay. Depuis plusieurs mois, l’UE travaille aussi à l’évaluation d’une mesure limite. C’est dans ce cadre que l’ONG Pesticide Action Network a analysé des documents confidentiels fournis par les industriels (comme Bayer, BASF, Corteva, Syngenta) aux instances européennes. L’ONG révèle ainsi que ces études ont montré de graves malformations des yeux et du squelette des lapins exposés in utero à de fortes doses de TFA, mais aussi des anomalies du cœur, de la moelle épinière, des hypertrophies du foie et des altérations de la biochimie du sang. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) doit établir la norme définitive début 2026.

    « Le TFA se retrouve un peu partout sur Terre et pas que dans l’eau. On en retrouve dans l’air, dans nos légumes et surtout dans le vin. Le problème c’est que si on interdit le TFA, ça veut dire qu’on interdit certains pesticides et certains produits », explique Michel Tachon, membre de Générations futures dans le Gard.

  • Tournée militante de syndicalistes équatoriens

    Tournée militante de syndicalistes équatoriens

    Qui mangent des bananes ? ». Dans la salle du Manifesten à Marseille, toutes les mains se lèvent après la question posée par José Barahona, membre de l’Association syndicale des travailleurs agricoles et des paysans (Astac) de la banane. « 30% des bananes vendues viennent d’équateur, donc il y a de fortes chances pour que vous en consommiez », continue-t-il. Une production qui cache des conditions de travail terribles pour les ouvriers agricoles que sont venus dénoncer José Barahona et Diana Montoya Ramos, deux syndicalistes d’Astac, à Marseille, mercredi, et à Aubagne, ce vendredi à 18h30 au cercle d’harmonie.

    S’ils sont en Europe, ce n’est pas un hasard. La semaine passée, leur syndicat, l’ONG Action Aid et la fédération internationale des droits humains ont déposé une plainte contre l’État équatorien auprès de la Commission européenne. En jouant sur un accord commercial passé entre le pays et l’UE, ils dénoncent le non-respect des droits des travailleurs, pourtant imposé par l’un des articles de l’accord. « Le but c’est d’utiliser tous les outils possibles pour faire pression sur l’État équatorien », explique Chloé Rousset, chargée de campagne Dignité au travail & Régulation des multinationales à Action Aid.

    « L’ami des entreprises »

    « En équateur, on a essayé tous les mécanismes législatifs possibles, mais aucun gouvernement ne veut aider les travailleurs », se désole Diana Montoya Ramos, membres d’Astac. Son camarade, avocat de profession, rappelle que l’actuel président, Daniel Noboa, est le fils d’un magnat de la banane. « Le ministère du travail est l’ami des entreprises », insiste-t-il. Ils sont 2 millions à travailler autour de l’industrie de la banane, sur les 18 millions d’habitants.

    Les conditions de travail dans la branche y sont pourtant terribles. La plupart des travailleurs dans les champs n’ont pas de contrat de travail. Une situation qui les rend précaires, avec des salaires très bas pour des horaires importants, détaillent les syndicalistes. L’absence de contrat rend également difficile l’accès à la retraite ou à un avocat en cas d’abus de la part des employeurs. L’utilisation du mancozèbe comme pesticide, qui est interdit au sein de l’Union européenne à cause de sa toxicité, aggrave également la santé des travailleurs. « Ils se prennent littéralement des bains de pesticides », s’alarme l’avocat. La fumigation de pesticide, c’est-à-dire le largage de pesticides par avion, est autorisée en équateur.

    Droits syndicaux piétinés

    Face à ces conditions difficiles, l’organisation en syndicat des travailleurs, pourtant protégée par la constitution équatorienne, est presque impossible. Diana Montoya Ramos en a fait les frais. Ancienne comptable dans une exploitation de bananes, elle a été virée après avoir essayé de monter une branche d’Astac au sein de son entreprise. Les contrats informels rendent également compliquée la syndicalisation car il faut au moins 30 salariés sous contrat pour monter une organisation. Une situation devant laquelle le ministère du travail ferme les yeux. « Il avait refusé la création d’un syndicat dans une entreprise qui exploite 160 hectares, car seules 4 personnes étaient déclarées… Ils ne peuvent pas ne pas savoir. »

    Face à ces conditions, le syndicat souhaite la création d’un label avec un cahier des charges décidé par les travailleurs, assurant que les bananes consommées ont été produites en respectant les droits humains.

    « Ils se prennent littéralement des bains de pesticides »

  • La mobilisation des agriculteurs annoncée à Avignon et Tarascon

    La mobilisation des agriculteurs annoncée à Avignon et Tarascon

    En cette veille de mobilisation agricole, difficile d’obtenir quelques infos, même de la part des syndicats agricoles qui y appellent… Le président de la Fédération du syndicat des exploitants agricoles (FDSEA) des Bouches-du-Rhône, Romain Blanchard annonce simplement dans une vidéo qu’il ira manifester « chez lui, à Tarascon, vendredi 26 septembre ». Secrétaire général des Jeunes agriculteurs (Vaucluse), Guillaume Bonino, viticulteur à Roaix, près de Vaison-la-Romaine, consent à dire le lieu et l’heure de rendez-vous à Avignon (voir ci-contre), mais pas le détail des actions. « On donnera les consignes demain vendredi sur place, pour éviter comme l’autre fois que les infos fuitent », dit-il. Selon l’appel au national, les actions devraient par exemple se concentrer devant les services de l’État, les grandes et moyennes surfaces (GMS).

    La censure de la loi Duplomb contestée

    « On va se focaliser sur les problématiques de l’agriculture en Vaucluse », indique pour sa part Guillaume Bonino. « On veut que les GMS et la grande distribution jouent le jeu avec les producteurs français et nous achètent nos produits à des prix rémunérateurs pour les producteurs locaux », appuie-t-il. Il prend l’exemple de la « fraise de Carpentras, un des premiers fruits de la saison. Chaque année, notre production, vendue à 18 euros le kilo, est concurrencée par les fraises espagnoles et marocaines, vendues à 6 euros le kilo, et achetées par 90% des consommateurs. Or la fraise marocaine est cultivée avec des produits interdits en France. Les fraises de Vaucluse, qui ne se vendent pas, sont conservées dans des frigos et l’acheteur finit par nous les acheter à prix cassé, à 4 euros le kilo, mais il les vend toujours à 18 euros le kilo », dénonce Guillaume Bonino. Ce problème est loin d’être nouveau… « Nos parents ont connu les mêmes problèmes, mais avant le coût de la vie était moins cher… », pointe-t-il.

    Dans ce département où se côtoient beaucoup de productions agricoles, le viticulteur remet sur le tapis la loi Duplomb, dont le Conseil constitutionnel cet été a censuré l’article 2. Celui-ci prévoyait le retour, sous certaines conditions, de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, jugé dangereux pour la santé et l’environnement. L’acétamipride est également accusé d’être un « tueur d’abeilles ». Guillaume Bonino déclare : « On ne veut pas d’interdiction sans solution. Car toutes les semaines, on nous retire des matières actives, ce qui met en péril nos cultures. » Quant aux taxes Trump, +15% de droits de douane annoncés sur le vin, cela risque de porter un mauvais coup aux Côtes-du-Rhône, « 1ère des appellations importées aux États-Unis » selon lui. Dans l’Union européenne, la France et l’Italie surtout se battent pour obtenir une exemption de ces droits de douane.