Tag: Peintres

  • À Port-de-Bouc, les œuvres fleurissent sur les murs

    À Port-de-Bouc, les œuvres fleurissent sur les murs

    En entrée de ville, à deux pas d’un feu tricolore, l’écriture de Christine Sejean annonce la couleur. « Tout commence ici », affirment ses lettres brutes carmin. « Cette phrase a plusieurs significations, explique l’artiste : c’est le premier mur que vous allez apercevoir sur le parcours des fresques, c’est aussi le plus grand mur sur lequel j’ai peint à ce jour, ça fait également écho à l’histoire de Port-de-Bouc, avec ses luttes et cet engagement pour que les habitants puissent vivre dignement. Et puis il y a aussi un pied de nez à Perpignan, dont Dali disait que c’était le centre du monde. Pourquoi pas ici. »

    Comme chaque année depuis sept ans, une dizaine de peintres se sont réunis cette semaine, à l’occasion du festival « Les Nouveaux Ateliers », pour réaliser des fresques monumentales disséminées dans les quartiers de Port-de-Bouc. À la fin de la semaine, la commune de 17 000 habitants en comptera 70. « Le Tassy est le plus dense », affirme Rémy Uno.

    Le directeur artistique de Lartmada, l’agence coorganisatrice de l’événement avec la Ville, explique : « J’ai donné des indications aux artistes sur Port-de-Bouc, son passé ouvrier, le taux de chômage élevé… en leur disant qu’ils et elles étaient parfois les premiers et derniers contacts des habitants avec la peinture. »

    Certains invités ont donc imaginé des œuvres sur-mesure, à l’instar de Spear. Le Belge a peint un buste surmonté d’une fleur en train de faire un nœud marin. « Ça fait écho à la culture portuaire mais aussi aux communautés différentes qui se sont amarrées à Port-de-Bouc, avec un visage universel qui représente l’espoir, la joie. » Tea Kvar, elle, termine une fresque représentant une joute provençale.

  • Une mise en lumière de la peinture provençale

    Une mise en lumière de la peinture provençale

    On veut mettre en avant nos grands maîtres provençaux », explique Éloïse Massot, membre du service culturel de Sisteron, à l’initiative de cet événement en partenariat avec Arsud. Une sélection de 25 peintures de grandes figures de l’école provençale, telles qu’Émile Loubon, Paul Guigou ou Adolphe Monticelli, permet de mettre à l’honneur cette période, de 1840 à 1950, très riche en peinture pour la région. Le président de l’établissement public Arsud, ainsi que l’élu à la culture de la ville de Sisteron, seront présents sur place pour le vernissage.

    « Un élan de mise en valeur de leur territoire »

    L’école provençale est un mouvement artistique régional regroupant des peintres unis par leur attachement à la à notre région. Elle représentait, par la peinture, les paysages et la lumière du Sud. « Ils peignaient autant la terre que la mer », explique Éloïse Massot, d’où le nom de l’exposition. « Ces artistes, se sont attachés à peindre leur terre avec sincérité, avec un élan de mise en valeur de leur territoire », détaille le peintre George Coulomb sur son site internet. Émile Loubon, figure majeure de ce mouvement, excellait dans la peinture de paysages champêtres et de scènes de vie rurale.

    Espace d’Ornano du musée gallo-romain – entrée gratuite
    Vernissage ce vendredi à 18h.

  • Saint-Pierre, ce musée à ciel ouvert

    Saint-Pierre, ce musée à ciel ouvert

    « Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre ! Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons », écrit Charles Baudelaire, tel Charon qui passe sur l’autre rive. Plus de 600 000 de nos chers disparus ont accompli depuis 1854 le dernier voyage pour le cimetière Saint-Pierre. La « ville des morts » dessinée par l’architecte Sixte Rey sur d’anciens domaines bastidaires s’étend sur 63 hectares et veille au repos éternel de 600 000 défunts. Le premier à y être inhumé fut un soldat de la guerre de Crimée du nom de Marie-Joseph Maur.

    La nécropole marseillaise qui succède au cimetière abandonné de Saint-Charles, offre une traversée sociale, historique, politique de la ville. Sa statuaire souvent sacré qui connaît son âge d’or entre 1880 et 1930, suit l’esthétique des grands cimetières italiens sans toutefois atteindre la magnificence du cimetière de Gênes, considère l’historien Michel Vovelle (1933-2018) pour qui le cimetière de « Marseille, par ses dimensions comme par sa nature même, s’inscrit comme un site exceptionnel dans la Provence occidentale ».

    Anciens maires, négociants, académiciens, peintres, militaires, comédiens, sportifs, célébrités du milieu s’y côtoient dans une géométrie des classes sociales avec son carré d’or où le deuil bourgeois s’exprime dans un vocabulaire funéraire fait de pleureuses, d’angelots sculptés, d’emblèmes et de médailles, de couronnes, de plaques, de palmes, etc. L’opulence des chapelles, le luxe ostentatoire des mausolées racontent en miroir la puissance des familles dans la « ville des vivants ».

    L’élite bourgeoise domine au carré 6 sous la pinède. Ce « zonage social » qui épouse le régime des concessions, était recherché par l’architecte Rey « qui a réservé les parties les plus visibles, bordures d’allées et de carrés, aux concessions perpétuelles sur lesquelles s’élèveraient peu à peu les monuments funéraires des notables de la ville », écrit Marie-Odile Giraud de la commission régionale des monuments historiques. Certaines sépultures exceptionnelles méritent une protection patrimoniale et pour certaines des travaux urgents de consolidation. Seule le mausolée du négociant Camille Olive mort en 1876 et dessiné par l’architecte de renom Pascal-Xavier Coste, bénéficie depuis 2014 d’une inscription au titre des monuments historiques.

    Déambulant en ce 2 novembre qui est en réalité le jour des morts qui suit la Toussaint, vous croiserez dans ce panthéon marseillais l’académicien Edmond Rostand, le poète Antonin Artaud, l’actrice Gaby Deslys, l’athlète Jean Bouin et son magnifique bronze ou encore Ray Grassi grandeur nature mort sur le ring. Vous se serez saisi d’émotion devant « le dernier baiser » des époux sur la tombe de la famille Lains dessinée par les sculpteurs Italo Buselli et Henri Raybaud et la statue poignante de la petite fille qui écrit à sa grand-mère.

    Les victimes des Nouvelles Galeries

    Le carré 38 à l’est de la Pinède accueille les dépouilles de 48 des 73 « victimes du devoir et du travail » lors de l’incendie des Nouvelles Galeries sur la Canebière survenu le 28 octobre 1938. Ce sont essentiellement des employés du magasin qui ont été inhumés collectivement le 14 novembre lors d’obsèques solennelles. Une foule immense a suivi le long convoi des 48 cercueils parti du palais Carli, transformé en chapelle ardente, puis a remonté le cours Lieutaud, le boulevard Baille jusqu’au cimetière, encadré par plusieurs régiments d’artillerie. Contre le mur de droite, on trouve les 6 victimes de l’incendie du pétrolier anglais Maryad en décembre 1938 et les 11 morts de l’explosion en février 1942 de l’usine à gaz des Crottes.

  • [Entretien] Pierre Dharréville : « La Maison de la culture, repaire pour une culture populaire »

    [Entretien] Pierre Dharréville : « La Maison de la culture, repaire pour une culture populaire »

    La Marseillaise : Que vous inspire la figure de Pierre Ambrogiani ?

    Pierre Dharréville : Un grand peintre populaire qui a justement cherché à représenter le peuple, à lui donner toute sa place. à titre personnel, je me rappelle de la toile magnifique d’Ambrogiani qui était dans le bureau de la direction de La Marseillaise [Il a été président du journal entre 2015 et 2017, Ndlr]. Ne l’ayant pas connu, c’est le contact le plus intime que j’ai pu avoir avec lui.

    Il a notamment participé à la création et à l’aventure de la Maison de la culture de Marseille, établie en 1936 au 68, rue Sainte…

    P.Dh. : Dans les années 1930, au niveau national, un certain nombre d’artistes ont envie de se rencontrer et sont préoccupés par la situation politique nationale et internationale. Il y a des initiatives diverses, comme la création de l’association des écrivains et artistes révolutionnaires en 1932. Puis, surviennent les émeutes du 6 février 1934 (la manifestation antiparlementaire organisée par des ligues d’extrême droite provoque 15 morts et plus de 1 000 blessés), qui sont un mouvement déclencheur de l’engagement de beaucoup de gens. Le milieu artistique n’y fait pas exception. C’est dans ce contexte que l’association essaye de prendre de l’élan. à Paris, elle a besoin d’un nouveau siège car ses actions se développent. C’est à cette occasion que la première Maison de la culture est créée, en 1935. Elle va rapidement devenir un lieu de foisonnement, un centre de convergences, là où se croisent et s’installent les associations du cinéma indépendant, du théâtre indépendant, des amis des musées, des peintres… Un peu partout dans le pays, des cercles culturels se forment. C’est dans ce cadre que naît la maison de la culture de Marseille, la deuxième maison à voir le jour en France, avant bien d’autres.

    Quels buts étaient poursuivis par les Maisons de la culture ?

    P.Dh. : D’abord, regrouper les spécialistes des arts et des lettres pour défendre la culture. Puis, permettre la rencontre entre le peuple et les artistes. Une double dimension qui est finalement l’un des vecteurs de la montée en puissance du Front populaire. Une épine dorsale. La Maison de la culture de Marseille a, par exemple, connu une belle inauguration avec la présence d’Aragon et une exposition autour de Daumier. Avec une foule importante pour y assister. Cette maison va vivre et organiser des rencontres. Elle deviendra un repaire pour une culture populaire.

    C’est le régime de Vichy qui signe sa fin ?

    P.Dh. : Lorsque le PCF est interdit en 1939, d’autres organes le sont avec lui. Identifiées comme organes du Front populaire, les Maisons de la culture sont prises pour cibles et les journaux pétainistes parlent d’« établissements d’empoisonnement intellectuel ».

    Les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) sont-elles les héritières des Maisons de la culture ?

    P.Dh. : On peut dire qu’il y a une parenté car il y a un esprit d’éducation populaire. à l’époque, elles organisent la rencontre, la pratique du théâtre, de la peinture. L’idée n’est pas seulement de faire parler les grands artistes, même s’il y a bien sûr des événements, spectacles et conférences. Après guerre, les Maisons de la culture ont ressurgi en 1959 sous l’égide d’André Malraux, mais de manière plus institutionnelle. C’est l’une des choses que l’on retient de son mandat au ministère de la Culture.

  • Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Quelles espèces peuplaient la Méditerranée entre le XVIe et le XVIIIe siècle ? Lesquelles étaient consommées ? Quelle relation les gens entretenaient avec le milieu aquatique ? « Nous avons peu de données pour le savoir », admet Louise Merquiol, post-doctorante à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) d’Aix-Marseille Université (AMU) qui s’est plongée dans les tableaux de maîtres italiens de cette période à la recherche des espèces représentées. « Les peintures peuvent être des sources de données écologiques et historiques », insiste la première autrice d’un article dans Npj biodiversity. « Les variations spatio-temporelles des représentations d’espèces dans les œuvres ont un sens », résume Thomas Changeux, hydrobiologiste de l’IRD au MIO qui a supervisé ces travaux.

    Louise Merquiol prolonge ici un travail publié en 2021 sur une zone plus large par Anne-Sophie Tribot, écologue au laboratoire TELEMMe (Aix-en-Provence), dans le cadre du projet BiodivAquArt d’« écologie historique ». Cette discipline utilise des ressources historiques –archives, histoires orales… – pour retracer des changements environnementaux. « Les œuvres d’art étaient encore peu considérées », assure Thomas Changeux, à l’origine du projet avec Daniel Faget du laboratoire TELEMMe. « Notre but est de retracer l’histoire des relations entre humains et environnement aquatique », précise-t-il.

    Au-delà de l’Italie

    Raison pour laquelle il se concentre sur cette période entre le XVIe et le XVIIIe siècle. « L’âge d’or de la peinture figurative en Europe », souligne-t-il. Les peintres sont alors nombreux et ont le souci de représenter le réel sans négliger l’esthétique et l’expression artistique.

    Les espèces présentes dans les peintures italiennes témoignent de changements dans les habitudes alimentaires, les techniques et la biodiversité. « Les natures mortes représentent principalement les espèces consommées », souligne Louise Merquiol. Or on constate que les espèces d’eau douce, très représentées au début, disparaissent au fil des ans au profit d’espèces marines. « Cela s’explique par une évolution des techniques de pêche, un climat de moins en moins favorable aux espèces d’eau douce et une perte de leur habitat due aux activités humaines », précise la chercheuse. La représentation d’espèces marines dans des œuvres peintes au cœur de l’Italie témoigne d’échanges entre la côte et l’intérieur du pays. « Probablement le fait d’une amélioration des techniques de conservation », ajoute Louise Merquiol, qui travaille maintenant à étendre le jeu de données à la Méditerranée occidentale.

    Plus il étudie les relations entre humains et environnement, plus Thomas Changeux y voit une capacité d’adaptation. « Dans un contexte de changement climatique qui annonce des temps difficiles, l’art nous touche et peut être vecteur de forces positives », conclut-il.