Tag: Pédocriminalité

  • [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    L’affaire Lyhanna

    Didier Gesualdi : Suite à l’affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans, violée et assassinée par un suspect faisant déjà l’objet d’une plainte, qui a suscité une émotion immense, quelles mesures avez-vous proposé ?

    C’est un drame. Ces drames me font toujours réagir : aujourd’hui dans notre pays, toutes les 3 minutes un enfant subi des violences sexuelles et tous les cinq jours un enfant meurt sous les coups de sa propre famille dans son propre foyer. Au drame de Lyhanna qui a perdu la vie, s’ajoute le fait qu’il y avait des signalements. Là, tu te dis combien de fois nous n’avons pas pu protéger, nous n’avons pas cru ? Tu te bouscules… C’est là que ce drame a saisi le pays, c’est parce qu’il appelait à changer profondément de regard et de doctrine. Qu’est-ce que ça veut dire changer de doctrine ? Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, m’a demandé quelque chose d’efficace, des mesures apportant des solutions immédiates. On a l’habitude d’entendre « tout le monde est responsable, il faut protéger collectivement ». Moi je crois qu’il y a des responsabilités individuelles, dans toute la chaîne judiciaire, dans la police, dans la gendarmerie, dans les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (Unaped) qui vont écrire les dossiers pour dire ce que la jeune fille ou le jeune garçon a comme traces pour que la justice aille au bout. Ça, c’est pour traiter les drames mais comment on les évite ? En contrôlant les antécédents judiciaires des hommes et des femmes qui travaillent auprès des enfants. Je pense qu’il y a un changement sincère et profond parce que le drame Lyhanna a obligé tout le monde, toutes les institutions, à ouvrir ses placards et à s’interroger sur ses responsabilités.

    Léo Purguette : Il faut quand même regarder l’état de la justice. Est-ce que tous ces mots ne sont pas vains s’il n’y a pas plus de moyens pour traiter les signalements et les plaintes ?

    Bien sûr qu’il faut des moyens, le Premier ministre s’y est engagé. Plus de 300 nouveaux magistrats, plus de 300 enquêteurs supplémentaires mais également des infirmières scolaires supplémentaires. Mais j’ai toujours peur que pendant qu’on dit « il faut des moyens », on ne se saisit pas des problèmes aujourd’hui. Quand on parle de rechercher les antécédents judiciaires, ce ne sont pas des moyens nouveaux, c’est une nouvelle méthode qui autorise des personnes qui ne l’étaient pas auparavant à regarder des fichiers ou le certificat d’honorabilité que j’ai développé. Ce n’est pas une histoire d’argent de donner la capacité à tous les employeurs publics de ne pas laisser des prédateurs dans leurs institutions.

    LA LIBÉRATION DE LA PAROLE

    Didier Gesualdi : Les premières révélations sur la pédocriminalité ne datent pas d’hier. On est en 2026, c’est encore tabou ?

    Quand un enfant parle on le croit. Et on ne lui demande pas de parler sans qu’il y ait des suites et des conséquences. Combien il y a de secret de famille ? Combien il y a encore de choses qu’on considère comme honteuses. Pourquoi les silences sont aussi longs ? Parce que c’est vrai, aujourd’hui la justice condamne peu. Mais il se passe quelque chose dans notre pays. D’abord, il y a eu #MeToo, ça a libéré la parole des femmes. Cela fait mouvement. Grâce à cela, on a commencé à entendre différemment la parole des enfants. Qu’est-ce qu’il y a de plus abject, de plus ignoble que d’agresser sexuellement un enfant ? Que de le violer ? À des âges… L’année dernière, c’est plus de 600 nourrissons de 0 à 2 ans qui ont été victimes de violences sexuelles !

    Léo Purguette : C’est effroyable, comment le détecter quand ces pauvres enfants ne peuvent pas encore parler ?

    C’est là où les médecins, le monde de la petite enfance, les crèches, les assistantes maternelles, l’ensemble des adultes autour des enfants doivent être formés à repérer. Il faut une confiance dans toute la chaîne, que la justice traite et condamne. J’ai la conviction qu’être aujourd’hui autant exposé à de la pornographie sur Internet, il y a plus de 700 000 images pédocriminelles par jour en ligne, facilite malheureusement les passages à l’acte.

    LES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

    Léo Purguette : Des affaires d’agressions sexuelles ont éclaté à Paris mais aussi à Marseille, comment les prévenir ?

    Malheureusement, il y en a eu partout. Chez moi à Nantes, à Lyon, ici… Il n’y a pas un territoire qu’il soit petit ou grand qui n’ait pas été touché. Pour une raison toute simple : les prédateurs vous pensez qu’ils font quoi ? Quand ils sentent qu’il y a un espace où c’est un peu moins contrôlé, ils vont là où il y a des enfants. Quand c’est le cas dans le périscolaire, ils y vont, dans le sport, ils y vont, dans la culture…

    Léo Purguette : Vos mesures ont-elles donné des résultats ? Avez-vous des éléments chiffrés dans les Bouches-du-Rhône ?

    Oui. Sur les antécédents, j’ai rendu obligatoire de contrôler les condamnations définitives mais aussi d’aller voir le Fijais, c’est le fichier des infractions sexuelles pas définitivement condamnées parce que la justice peut prendre 6 ou 7 ans. Je considère que le principe de précaution, on l’applique pour les questions environnementales, il n’y a pas de raison qu’on ne l’applique pas pour les enfants. Donc on sort ces personnes-là de la proximité des enfants. Juste sur ce contrôle, on a, ici, dans les Bouches-du-Rhône, interdit à plus de 360 personnes d’être au contact des enfants. Au total 46 000 personnes ont été contrôlées. On avance.

    L’AIDE SOCIALE À L’ENFANCE

    Léo Purguette : Il y a eu des scandales d’exploitation sexuelle dans l’aide sociale à l’enfance partout en France, c’est vrai notamment dans les Bouches-du-Rhône. C’est une compétence départementale, pour autant l’État peut-il s’en désintéresser ?

    Jamais de la vie. Nous avons une devise où figure l’égalité sur tous les frontons des mairies. La protection n’a pas à dépendre de ton code postal. Et pour autant, je ne suis pas naïve, il y a des différences en fonction des territoires. Elles ne sont pas acceptables. L’État doit y prendre toute sa part. C’est ce que le fait avec la refondation de la protection de l’enfance. Vous savez dans le cas de ces jeunes filles qui se retrouvent dans les réseaux des proxénètes, certains éducateurs s’interposent, ils finissent avec quatre doigts coupés. C’est d’une violence monstre. Il faut condamner les proxénètes mais aussi ceux qui vont chercher ces jeunes filles. On a réussi à le faire avec les poupées pédocriminelles de chez Shein. Il faut aller chercher toute la chaîne.

    LA LOI INTÉGRALE

    Léo Purguette : Une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants est réclamée. Les associations féministes citent l’exemple de l’Espagne qui a obtenu des résultats en mobilisant plusieurs milliards d’euros, serons-nous dans cet étiage ? Ou cette loi sera-t-elle une loi de plus ?

    Il y a deux choses en même temps en ce moment à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une loi sur la protection des enfants avec la question de l’aide sociale à l’enfance parce que plus il y a de vulnérabilité, plus il y a de victimes. Mais il y a aussi 70% des violences sexuelles qui se font à la maison. Pour briser cela, il faut une approche globale et des moyens financiers. Le Premier ministre s’y est engagé : 2,6 milliards pour les enfants, 1,4 milliard supplémentaire pour les violences faites aux femmes. Mais attention ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Quand on voit qu’un petit garçon peut être enfermé dans une camionnette dans l’Est de notre pays pendant 16 mois avant que quelqu’un se dise « il faut appeler, il faut prévenir, il se passe quelque chose de bizarre ». C’est chaque adulte qui doit prendre sa place dans la protection de l’enfance. Il faut prévenir, appeler, ce n’est pas de la délation. Le 119 est un point d’entrée.

    Léo Purguette : Quel budget nouveau pour financer cette loi intégrale ?

    Je le redis : 1,4 milliard contre les violences faites aux femmes, 2,6 milliards pour les enfants. Ce que je souhaite, c’est une mobilisation aussi des collectivités, de toutes les institutions. Que chacun se dise « qu’est-ce que je fais pour les enfants » et qu’on n’aille pas seulement sur la question de l’argent qui d’un seul coup résoudrait tout. Oui, il faut des magistrats, des soignants, des éducateurs, ils seront recrutés mais il ne faut pas que cela. Il faut que la place des enfants devienne une priorité, ce n’est pas encore le cas partout. Il est aussi nécessaire d’accompagner les parents au niveau de l’école en disant qu’il n’y a plus de devoirs après 20h sur Pronote, qu’il n’y a plus de groupe WhatsApp de classe. Vous vous rendez compte : 46% des enfants cyberharcelés l’ont été sur un groupe WhatsApp de classe ! Comment voulez-vous que les parents imposent tout seuls à leur enfant de ne pas y être quand tout le reste de la classe y est ?

    L’IA ET LE PAPE

    Didier Gesualdi : Vous publiez « Changez d’ère » un manifeste pour remettre l’humain au centre dans l’ère de l’intelligence artificielle. Comment ?

    Je viens du mouvement centriste, influencé par la doctrine sociale de l’Église. Entre moi et la social-démocratie, le personnalisme ou le gaullisme social, il n’y a pas grand-chose de différent. Nous avons des héritages différents mais dans un moment où l’IA peut être une chance dans la santé, l’innovation, l’apprentissage… elle peut aussi être un tsunami de dangers sur la liberté de conscience, la démocratie, l’environnement… Ne refaisons pas l’erreur de prendre du retard avec l’IA comme on en a pris avec les réseaux sociaux. Utilisons nos héritages pour porter un autre regard sur les enjeux de notre époque.

    Léo Purguette : Le Pape, actuellement présent en France, a publié une encyclique « Magnifica humanitas » sur l’IA. Que vous inspire-t-elle ?

    J’ai eu la chance d’aller à Rome travailler sur cette encyclique puisque le Vatican avait identifié nos travaux et j’ai rencontré le Pape. Cette encyclique est très universelle, que l’on soit croyant ou non. Elle pose la question de la dignité.

    Léo Purguette : À l’occasion de cette rencontre avez-vous évoqué les abus sexuels dans l’Église ?

    Oui. J’ai eu aussi l’occasion d’en parler avec le nonce apostolique puisque je suis aussi les travaux de la Civiise et de la Ciase, deux commissions qui traitent des violences sexuelles. Ce n’est pas parce qu’on a un peu ouvert les yeux que les réponses sont abouties. Il y a encore des prédateurs et des enfants qui ont besoin d’être protégés.

    LES ÉCRANS

    Didier Gesualdi : Qu’avez-vous à dire aux familles qui ont bien du mal à limiter l’accès aux écrans ?

    Je ne veux pas charger les épaules des parents, on essaye tous de tenir c’est compliqué. Mais quand son enfant n’est pas rentré, qu’on ne sait pas où il est, on s’inquiète. Sauf que dans sa chambre avec son téléphone, il a plus de risques de rencontrer des prédateurs que dehors. 90% des recrutements dans les réseaux d’exploitation sexuelle dans notre pays sont faits sur Internet, sur les réseaux sociaux avec des techniques de manipulation absolument abjecte. Vos enfants peuvent se retrouver dans une situation de « grooming ». Ça veut dire quoi ce nouveau mot ? Ils vont rencontrer quelqu’un qui va prétendre avoir leur âge et va devenir un peu leur ami. Il va demander une photo, elle va être transformée avec de l’IA pour peut-être la dénuder. Elle va être utilisée pour leur faire du chantage. Ils ont tellement honte, tellement peur de se faire gronder qu’ils finissent par se retrouver dans des guets-apens, parfois dans des violences sexuelles qui vont être filmées.

    Léo Purguette : Que peut la puissance publique ?

    Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Non pas pour les punir mais pour les protéger. Il faut aller au bout.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Geneviève :

    Bonjour. Je suis grand-mère et avec tout ce qu’on entend sur les agressions de jeunes enfants, j’ai peur des colonies de vacances etc. Comment garantir la sécurité des enfants sans les garder enfermés à la maison ?

    Je crois que les enfants n’ont pas vocation à rester enfermés à la maison. Ils ont besoin qu’on garantisse les espaces dans lesquels ils vont. Pour cela, il y a plusieurs moyens. D’abord la vérification des antécédents judiciaires pour qu’un prédateur ne se retrouve pas à nouveau à proximité des enfants. Ensuite, c’est l’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars). Je sais bien qu’à chaque fois cela fait polémique. Mais la vérité c’est que nos enfants doivent connaître leurs droits, leur corps parce que, malheureusement, la majorité des violences sont faites par quelqu’un qu’on connaît. 80% des violences sont le fait d’un papa, d’un grand oncle, d’un grand-père, d’un beau-père… Ensuite, il y a des institutions, chez les scouts, dans les colonies de vacances, dans le milieu du sport… S’ils ont été confrontés à quelque chose, il faut dire aux enfants qu’on les croira et que ce n’est pas de leur faute. Dans beaucoup de familles, quand on commence à parler de ça, on se souvient qu’un jour, quelqu’un a dit quelque chose. C’était tellement douloureux qu’on n’en a jamais reparlé. Il faut briser ce silence, c’est comme ça qu’on pourra durablement protéger les enfants sans les priver de la chance de grandir, de vivre des expériences collectives. Je crois à l’éducation populaire, il faut garantir aux enfants qu’on sera toujours à leurs côtés.

  • [Violences sexuelles] À Toulon, les progressistes unis pour exiger des actions concrètes

    [Violences sexuelles] À Toulon, les progressistes unis pour exiger des actions concrètes

    Il n’était pas question de divergences partisanes, encore moins de course à la présidentielle, ce lundi, devant le Palais de justice de Toulon. Un large panel d’organisations progressistes, des syndicats (CGT, FSU, Solidaires) aux partis politiques (PCF, LFI, PS, Écologistes, UCL, Parti Occitan, Place publique, Génération.s) étaient tous réunis sous une même bannière, faisant fi des divergences, pour réclamer « une loi organique intégrale, qui englobe un ensemble de mesures, de la prévention jusqu’à la répression », résume Françoise Denis, militante au Planning familiale. « On ne se bat pas pour mettre tout le monde en prison, mais pour que les violences cessent. » Et cela passe par « l’éducation, la formation des magistrats, des policiers, des professionnels pour qu’ils prennent en compte la victime », mais aussi « par la prévention et la prise en charge de la victime sur tout son parcours », ajoute Gilberte Mandon, de la FSU. D’un point de vue législatif, les deux militantes appellent par ailleurs à la « reconnaissance de l’inceste comme crime », ou encore à celle du « crime vicariant, c’est-à-dire le meurtre des enfants par le père pour se “venger” de la mère, pour l’instant reconnu comme infanticide classique », explique Françoise Denis.

    « L’imposture » de la droite et de l’extrême droite

    Les dix points pour lesquels milite la coalition enfantiste et féministe ont ensuite été présentés par Manon Magagnosc (CGT CHITS) et Julie Birebent, secrétaire départementale adjointe de la FSU-SNUipp 83. « L’émotion suscitée par l’affaire Lyhanna est immense […]. Notre société ne supporte plus que les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants soient minimisées, invisibilisées. Mais cette émotion ouvre également une bataille politique sur les causes des violences, sur les réponses à apporter et sur le projet de société que nous voulons construire », a affirmé cette dernière, rappelant « l’imposture de l’extrême droite et de la droite réactionnaire », qui « tentent de se présenter comme les protecteurs des enfants victimes de violences sexistes et sexuelles ».

    Car le conservatisme demeure antagoniste de la lutte enfantiste : « On ne peut combattre la pédocriminalité sans combattre les systèmes de domination qui la rendent possible, ni lutter contre l’inceste sans interroger les rapports de pouvoir qui traversent la famille, les institutions, les relations entre adultes et enfants, entre hommes et femmes », clame Julie Birebent.

  • Un professeur accusé de viols

    Un professeur accusé de viols

    Ce lundi a débuté, à la cour criminelle de Gap, le procès à huis clos d’un homme de 40 ans, ancien professeur de collège à L’Argentière-la-Bessée, accusé de viols sur quatre élèves et d’agressions sexuelles sur six autres. Les faits sont aggravés par sa position d’autorité ainsi que par la détention d’images pédopornographiques.

    À la suite de la plainte d’une élève et d’une alerte du principal de l’établissement, une enquête est ouverte en février 2019. Des témoignages révèlent alors des relations sexuelles avec plusieurs collégiennes, placées sous emprise, caractérisée notamment par des rapports de domination (poignets attachés, gifles, fessées…). Les victimes, scolarisées en classe de 5e au moment des faits, ont ensuite présenté des symptômes d’anorexie, de dépression et de stress post-traumatique.

    Des rapports

    de domination

    Pour l’avocat général, « du fait de leur âge, les victimes ne disposaient pas du discernement nécessaire pour consentir à ces relations ». L’accusé a affirmé que les jeunes filles étaient consentantes tout en reconnaissant « être immature et avoir du mal à mettre de la distance avec ses élèves ». Une explication qu’a mise en doute Me Lévy-Soussa, avocat des plaignantes : « Je pense que les choses sont un peu plus compliquées pour les parties civiles, puisqu’il y a à la fois la dimension liée au rapport d’autorité, c’est un enseignant et ce sont ses élèves, et d’autre part l’âge des plaignantes qui étaient extrêmement jeunes. »

  • [Contre les Violences faites aux mineurs] À Marseille, associations, collectifs et citoyens ne lâchent rien

    [Contre les Violences faites aux mineurs] À Marseille, associations, collectifs et citoyens ne lâchent rien

    Un long cri poussé devant les grilles du Palais de justice de Marseille comme un symbole de leur détermination. Représentants d’associations, de collectifs, élus et citoyens sont réunis ce lundi 15 juin pour rappeler au gouvernement qu’il est plus que temps d’agir après la mort de la petite Lyhanna. « Nous sommes à un tournant, il faut transformer cette colère en action, on sent que ça bouge, il ne faut pas lâcher », analyse Nathalie Tessier (PCF), adjointe au maire de Marseille en charge du droit des enfants.

    Au micro, Annick Karsenty, présidente de Femmes Solidaires Marseille, une des 150 associations de la coalition féministe et enfantiste, prévient : « Tant que la loi intégrale et les moyens ne seront pas votés, tant que continuera l’impunité, nous n’arrêterons pas. » Elle rappelle l’existence de cette proposition de loi issue du travail de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), qui « prévoit des mesures contre la pédocriminalité en ligne, le renforcement des moyens et détections, des mesures prises en réponse au signalement, le suivi et l’accompagnement des victimes dès le signalement, la création d’une juridiction spécialisée dotée de moyens financiers et humains. » Ne reste plus qu’à la voter.

    Pas de démagogie

    Pour Anne-Cécile Mailfert, présidente fondatrice de la Fondation des Femmes, également présente, le constat « implacable » ne fait que renforcer la détermination. « Notre colère n’est pas de la démagogie, c’est le refus de l’habitude », insiste Stéphanie, du collectif enfantiste 13. Promettant de se rassembler tous les lundis, les manifestants prévoient une grande manifestation le 4 juillet.

  • [Contre les Violences faites aux mineurs] À Gap, un père jugé pour des viols incestueux

    [Contre les Violences faites aux mineurs] À Gap, un père jugé pour des viols incestueux

    D’après le dossier d’enquête, les faits auraient été commis entre 2018 et 2024. L’accusé, père d’une fillette aujourd’hui âgée de 11 ans, aurait commis à plusieurs reprises des agressions sexuelles et des viols durant ces années, au domicile familial, à L’Argentière-la-Bessée puis à Serres. En septembre 2024, après que l’enfant s’est confiée à sa tante, laquelle a alerté le personnel scolaire de son collège, un signalement est effectué.

    Selon les informations du dossier communiquées à la presse, le père se serait rendu en gendarmerie dès le lendemain du signalement pour porter plainte pour diffamation contre le personnel à l’origine de l’alerte. L’accusé évoque un geste accidentel, mais les enquêteurs le placent en garde à vue.

    De son côté, la jeune fille décrit plusieurs scènes d’agression et de viols commises au domicile familial. Le père reconnaît alors devant les enquêteurs des faits de pénétration et d’attouchements non consentis, des actes qu’il explique avoir commis sous le coup de la colère. Il affirme également avoir lui-même été victime de viol de la part de son grand frère durant son enfance. Il est mis en examen et placé en détention provisoire.

    L’accusé se rétracte après avoir reconnu les faits

    Quelques mois plus tard, l’accusé se rétracte, revient à sa version d’un geste accidentel et affirme que sa fille ment. Les analyses ont pourtant révélé des traces de son sperme sur les vêtements et les draps de la victime. Renvoyé en début d’année devant la cour criminelle des Hautes-Alpes, il comparaît à huis clos pour viols incestueux sur mineur. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle. L’avocat de la défense, Me Philip, a fait savoir que le prévenu conteste les faits. Me Lourenço, avocate de la victime, estime quant à elle que la condamnation ne fait aucun doute et que l’enjeu réside plutôt dans l’étendue de la peine prononcée.

    Le procès se déroule dans un contexte national déjà tendu, marqué notamment par le drame de l’affaire Lyhanna, une fillette de 11 ans enlevée et assassinée le 29 mai dernier à Fleurance (Gers). À 19h, plusieurs personnes se sont rassemblées devant le palais de justice pour réclamer une politique nationale d’ampleur contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

  • L’hommage à Lyhanna et la colère face aux défaillances

    L’hommage à Lyhanna et la colère face aux défaillances

    « Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut, tout ce monde rassemblé pour elle », a déclaré une tante de la petite fille de 11 ans, depuis une estrade sur laquelle se tenaient les parents de l’enfant et le maire de la ville. « Notre petit monde tout entier s’est effondré », a-t-elle poursuivi, demandant « pardon » à sa nièce. Derrière, les parents de la collégienne se tiennent dans les bras, effondrés.

    Sous un soleil écrasant, la marche a parcouru les rues de la commune rurale de Fleurance (Gers) avec les parents et le petit frère de Lyhanna en tête d’un cortège très dense, aux visages graves. La famille a fait corps derrière une banderole sur laquelle est écrit : « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques ».

    Les participants, vêtus de blanc, certains tenant des fleurs blanches, se sont rassemblés devant la base de loisirs de Fleurance. Le cortège s’est arrêté à plusieurs reprises pour des moments de recueillement, notamment devant le collège de la ville où était scolarisée Lyhanna. Des participants y ont déposé leurs fleurs. Rassemblés sur une place, à l’issue de la marche, la famille a remercié les milliers de personnes venues la soutenir.

    Karine Camus, 41 ans, vêtue de blanc, une rose à la main, est très émue : « Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille. » À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d’un drap blanc sur lequel a été tagué « PDM [peine de mort, Ndlr] pour les pédos ».

    Quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne, visent le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration avant d’être incarcéré. Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n’avait jamais été entendu par les enquêteurs. Selon la procureure de la République d’Auch, il avait fait l’objet de plaintes pour viols sur mineures en 2022 et 2025. La première classée sans suite, enquête en cours pour la seconde.

    70 000 dossiers

    Cette seconde plainte suscite la colère : déposée en août 2025, le parquet de Toulouse l’a ensuite transmise au parquet d’Auch, les faits s’étant produits à Montestruc-sur-Gers, où habitait Jérôme B. Selon la procureure d’Auch, elle n’a été reçue qu’en décembre 2025, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n’a jamais été entendu dans cette affaire.

    Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu’au plus haut sommet de l’État, qui accable l’institution judiciaire. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé dimanche qu’il allait demander aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, d’ici au 14 juillet.

    Je ne partirai pas en vacances » et « il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant qu’il n’aura pas reçu « un par un les procureurs généraux » pour faire le bilan, a encore prévenu sur LCI le garde des Sceaux, qui réunit ce lundi, à la Chancellerie, les procureurs généraux. « Il y a eu des défaillances graves », a affirmé Gérald Darmanin, citant les remontées de ses procureurs généraux. Il a assuré qu’il rendra public le rapport de l’inspection qui, « sous quinze jours, dira qui sont les responsables de ces défaillances ».

    Des sanctions sont « possibles » a mis en garde le garde des Sceaux, précisant qu’en tant que ministre, il avait « le droit de proposer des sanctions » contre les magistrats du parquet, jusqu’à la révocation.

    L’Union syndicale des magistrats (majoritaire) a « compté 42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025 », sur des thématiques tour à tour prioritaires « sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer », fait valoir l’USM.