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  • [EQDD] Les paysans du Val de Saire confrontés à la montée des eaux

    [EQDD] Les paysans du Val de Saire confrontés à la montée des eaux

    Avec ses 350 kilomètres de bordures maritimes, la Manche est aux premières loges du changement climatique. Au nord-est du département, dans le Val de Saire, les submersions marines, désormais régulières en hiver, affectent l’activité agricole. « Le cordon dunaire se rétrécit et s’aplatit. Les premières brèches, qui ont laissé passer la mer, sont apparues en 2005 », indiquent les spécialistes du SyMEL, le Syndicat mixte espaces littoraux de la Manche.

    L’érosion touche 70% de la côte. Des infiltrations d’eau de mer gagnent jusqu’aux prairies plus éloignées. Entre Fermanville et Gatteville-le-Phare, la majorité des marais ne peut plus être exploitée par les éleveurs laitiers et allaitants (viande bovine). Dans ces zones humides, où les bovins ont toujours pâturé au printemps et en été, l’eau de mer se mélange désormais à l’eau pluviale au cours de l’hiver… Avec la progression de la salinisation, la qualité et la durée de pâturage se réduisent.

    Propriétaire de 236 ha, sur cette bande littorale de 20 km, le Conservatoire du littoral Normandie a signé dix-huit conventions avec des éleveurs de bovins, sur 122 ha, en s’inspirant du projet Adapto qui explore des solutions face à l’érosion et à la submersion marine. Objectif : anticiper les changements. Mais « on ne va pas ériger un mur de l’Atlantique pour empêcher les submersions marines ! », explique Régis Leymarie, délégué adjoint au Conservatoire du littoral Normandie.

    Dans le Val de Saire, le cahier des charges, imposé aux agriculteurs, passe par la réduction du nombre d’animaux, un pâturage retardé, quand le milieu naturel a changé (prairies humides, marais saumâtres). De nouvelles réserves foncières pourraient aussi être nécessaires pour assurer le repli stratégique des sièges d’exploitation.

    La salinisation y touche environ 15% de la surface agricole gérée par le SyMEL et propriété du Conservatoire du littoral. Aucun projet d’installation agricole n’est prévu dans les dix ans à venir. Les départs ne sont pas remplacés. Les vaches et les bœufs risquent bien de disparaître de cette bordure littorale.

    « Notre ferme sera un jour sous l’eau »

    À Ravenoville, à 800 mètres de la plage d’Utah Beach, Pierre Aubril ne se fait guère d’illusions. L’ancien maire a longtemps été producteur de lait bio, avant de transmettre son exploitation à son fils. « Un cadeau empoisonné…, confie-t-il amer. Notre ferme familiale sera un jour sous l’eau ». Une eau saumâtre a investi le gabion, à côté d’une parcelle où pâturent les vaches taries et les génisses de la ferme. « L’intrusion de l’eau de mer contamine les nappes phréatiques. »

    D’Utah Beach à Quinéville, sur une bande de 15 km de long, cordons dunaires et digues protègent encore de la montée des eaux. Mais une dizaine d’éleveurs bovins et équins sont sous la menace. « Ces prairies ont été gagnées sur la mer à partir du XVIIIe siècle. Les plus basses se situent à deux mètres sous le niveau des hautes mers. » Ces terres nourrissent, encore suffisamment, les 90 vaches normandes de la ferme. Le troupeau dispose de 60 hectares, en accès libre, autour de la stabulation. L’éleveur a récemment introduit quinze brebis dans les pâturages. « Peut-être que ces prairies deviendront, un jour, des prés-salés. Mon fils élève des vaches laitières. Ses enfants élèveront peut-être des moutons… Mais après ? Des oies ? Des saumons ? Les paysans vivent au pays et s’y adaptent. »

    Par Guillaume Le Du Ouest-France

  • D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    Nous retrouvons mardi matin les militants du Comptoir des idées devant le panneau d’expression libre de l’avenue Tessé, en pleine séance de collage et de distribution de tracts. L’objectif étant d’informer la population toulonnaise d’une nouvelle séance de réflexion et de débat à l’occasion de la ciné-rencontre du jeudi 21 mai à 20h30 au cinéma le Royal autour de Soulèvements, le film de Thomas Lacoste qui sera présent dans la salle.

    « Ce qui nous intéresse, c’est que ça touche autant à la protection de la planète que les droits humains », explique Guy Cochennec (Climat Zéro Fossile). Le militant associatif rappelle pour commencer la genèse : « L’idée est née au sein de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes après 2013, au moment où la police et l’armée se sont retirées. » La très riche vie communautaire qui y prospère alors va en être le ferment. Des voix s’élevant pour dire qu’il n’était pas possible de se séparer sans créer un mouvement pour continuer la lutte partout où ce serait nécessaire.

    Pour continuer le combat

    « Une fois mis en place, ils vont réagir très très vite à tout ce qui se passe », souligne-t-il. On va en effet les retrouver présent sur la A69, mais aussi sur les projets des méga-bassines et même à plus de 3 000 mètres au cœur du glacier de la Girose, sur le chantier de construction d’un téléphérique, « avec l’installation de tentes sur le seul endroit où les hélicoptères pouvaient se poser pour amener le matériel ».

    Le Comptoir des idées souhaite mettre en perspective tous ces combats et la réponse disproportionnée de l’État – pour rester dans l’euphémisme. Notamment sur la manifestation organisée à Sainte-Soline en 2023 et « la réaction d’un gouvernement pour casser le mouvement ».

    « L’année d’avant déjà, Darmanin avait mis en avant l’écoterrorisme pour permettre d’appliquer les lois d’exception à des activistes et préparer l’opinion publique », dénonce Guy Cochennec. 3 000 agents des forces de l’ordre vont être déployés face à 30 000 manifestants avec « la volonté de faire un exemple, de faire peur et mal avec des tirs tendus de lance-grenade ». Et de préciser : « Sur des images, on voit des gendarmes qui comme dans un jeu vidéo se congratulent lorsqu’ils font mouche sur un manifestant. » Résultat : plus de 200 blessés très graves.

    Et pendant qu’on parle d’écoterrorismes, on ne parle plus des crimes écologiques réels ceux-là qui sont commis sur l’ensemble de la planète.

    Tout cela devrait donner matière à débat dans la salle et inspirer, pourquoi pas, d’autres manières de mener le combat au travers des 16 portraits réalisés dans ce film. On retrouve notamment deux paysans : le père est à la Confédération paysanne, et son fils beaucoup plus radical… Le militant du Comptoir des idées conclut : « Il y a une solidarité, de l’émotion qui passe, il y a tout ce qu’on aimerait voir partout dans la société. »

  • Les Rusticales mettent à l’honneur le savoir-faire paysan avec 80 exposants

    Les Rusticales mettent à l’honneur le savoir-faire paysan avec 80 exposants

    « C’est un événement reconnu et très attendu dans la région », affirme Georges Rey, président de l’Association Foire aux Bestiaux à l’origine de l’événement. Gratuit, ce rendez-vous propose diverses activités : foire, stands d’artisans locaux, démonstrations de taillage d’oliviers, spectacles de danse country et représentation théâtrale de l’emblématique partie de cartes de Pagnol.

    L’an passé, l’événement a dépassé les 5 000 visiteurs. Cette année, Georges Rey s’attend à la même affluence au hameau de Beaudinard : « C’est une foire qui plaît parce qu’elle met à l’honneur des traditions d’antan qu’on voit de moins en moins. »

    À l’origine, il s’agit d’une foire aux chevaux. Les animaux sont encore très présents et attirent le public.

    Les enfants peuvent profiter des ateliers de la ferme éducative Hippothera, basée à Roquevaire, et les visiteurs peuvent admirer un défilé d’oies.

    « C’est une des foires incontournables de la région à ne surtout pas manquer ! », s’exclame Christelle, la charretière provençale. Elle a participé à chaque édition et témoigne de l’aspect familial, mais surtout festif qui distingue cette foire des autres du territoire : « On y retrouve le Beaudinard d’il y a 30 ans, c’est toujours une bonne ambiance avec toutes les animations. »

    Au fur et à mesure des éditions, « l’événement est devenu un point de rencontre pour les habitués », ajoute-t-elle. Les visiteurs comme les artisans se rassembleront ce vendredi de 9h à 18h pour célébrer la culture provençale et paysanne.

  • Les fermes des Alpes s’ouvrent aux visiteurs

    Les fermes des Alpes s’ouvrent aux visiteurs

    Ici, le jeu, ce sera de trouver Charlie », annonce Aurélie. Devant elle, une trentaine de chèvres s’agitent dans leur enclos. Parmi elles, une brebis corse, à la laine sombre si longue qu’elle traîne au sol, se cache dans le coin. C’est Charlie, l’intruse que les visiteurs devront débusquer.

    Le temps d’un week-end, Aurélie et Amandine Chaix, éleveuses du Gaec de la Roche à Jarjayes, ont prévu toute une série d’activités pour les visiteurs. Elles participent pour la première fois à « De ferme en ferme », samedi 25 et dimanche 26 avril. « Il faut finir de tout préparer, on est un peu stressées, pour nous, c’est une grande première », confesse Aurélie, qui ne sait pas encore combien de personnes franchiront le seuil de la ferme. Les deux sœurs ont créé un parcours « petit paysan », destiné aux enfants.

    Au programme : parcours d’obstacles, slalom de tracteurs à roulettes et rencontre avec les animaux (lapins, chevaux, poules, vaches et chèvres). Le tout ponctué par une initiation à la traite et une démonstration de la transformation du fromage. « Le but est qu’ils voient comment c’est fait de A à Z, c’est quand même beau à voir », explique Aurélie, qui prépare des panneaux explicatifs disposés au fil du parcours.

    Le Gaec de la Roche est une ferme familiale depuis quatre générations. Aurélie et Amandine ont repris l’élevage caprin et bovin depuis 2015. Lait, fromage et saucisson de chèvres sont les principaux produits de la ferme et seront proposés à la vente aux visiteurs.

    Pour les deux sœurs, qui vendent leurs produits trois jours par semaine sur les marchés de Gap, Jarjayes et Espinasses, « De Ferme en Ferme » est l’occasion de créer du circuit court. « On souhaite faire de la vente directe avec les consommateurs plutôt que passer par la commercialisation. Mais, entre le marché à 6h du matin, les trois enfants à s’occuper, la traite et la transformation du fromage, c’est compliqué de dégager du temps », explique Aurélie. L’exploitation familiale est presque autonome, le foin et l’orge pour les bêtes sont produits sur place. « Nos grands-parents faisaient du lait et du maraîchage, c’est surtout ma grand-mère qui m’a transmis la passion. C’est une fierté de pouvoir montrer cet héritage », raconte Aurélie.

    Aller à la rencontre

    des producteurs locaux

    Organisés dans différents départements depuis 30 ans, les week-ends « De ferme en ferme » permettent au public de visiter des exploitations agricoles gratuitement. Et, pour la troisième année consécutive, les Hautes-Alpes participent. « La première année, on a voulu commencer petit avec deux territoires, le Buech et le Champsaur, et un petit objectif de dix fermes sur le circuit. Finalement, on a eu 18 fermes intéressées et 4 800 visites. Ça a hyper bien marché, retrace Coline Bourru, chargée de mission pour Agribio 05, association qui fédère les producteurs bio des Hautes-Alpes et qui coordonne l’événement.

    « On peut avoir une ferme à côté de chez soi et ne pas oser venir, avoir peur de déranger, rappelle Coline Bourru. L’idée est d’ouvrir ses portes pendant un week-end, montrer ce que signifie travailler sur une ferme avec des agriculteurs passionnés qui ont envie de partager leur expérience. Et une fois que vous savez où les trouver et à quels horaires, vous pouvez revenir les voir. » L’an passé, l’événement avait attiré plus de 5 000 visiteurs.

  • Pour remettre de la démocratie au cœur du système alimentaire

    Pour remettre de la démocratie au cœur du système alimentaire

    « On arrive à la fin du début du processus », ironise Sati Allain, devant une dizaine d’habitants des 1er et 3e arrondissements de Marseille. Assis en cercle dans la cour du centre social de la Fraternité (3e), des gâteaux faits maison passent de main en main pendant que la bénévole de la collective marseillaise de l’alimentation et des communes (Comac) rappelle la thématique de ce samedi : la démocratie alimentaire. C’est la dernière session de formation avant que les participants de cette expérimentation de Sécurité sociale de l’alimentation ne passent à la phase de création de leur propre système.

    En France, une centaine d’expériences similaires ont vu le jour depuis 2020 pour permettre un accès plus égalitaire à l’alimentation et reprendre un pouvoir décisionnel sur ce système. « On veut passer de simples consommateurs à acteurs », souffle une participante de l’expérimentation. Le principe général se base sur celui de la Sécurité sociale : chacun cotise suivant ses revenus, pour avoir une partie de ses dépenses alimentaires prises en charge. Ses applications concrètes sont elles toutes différentes, puisque chaque groupe local décide de sa forme démocratiquement. D’une caisse à l’autre, la façon d’être remboursé, de cotiser ou les produits conventionnés divergent.

    Plus de démocratie

    Un ensemble de décisions que vont bientôt prendre les participants de l’expérience pour les 1er et 3e arrondissements de Marseille. Mais avant cela, la vingtaine de participants se réunit toutes les deux semaines depuis novembre, pour être formés sur des sujets divers comme l’histoire de la Sécurité sociale, le système agroalimentaire ou encore la démocratie. Le but : que chaque participant ait la même base de connaissances pour décider collectivement du fonctionnement de leur Sécurité sociale de l’alimentation. « Cette phase de formation permet plus de démocratie, explique Amandine Borel, chercheuse sur l’alimentation durable au sein de Paroles Vives. Sans cela, les gens qui s’y connaissent plus prennent assez vite le lead. »

    Car dans le groupe, les profils sont divers. Paul*, retraité et habitant de la Belle de Mai, est assez engagé sur les questions de l’alimentation : « Je ne fais plus mes courses dans la grande distribution depuis 4 ans », explique ce syndicaliste, qui affirme « fricoter avec des paysans et des gens du commerce équitable ». Si certains, comme Paul* sont déjà militants sur ces questions, d’autres sont un peu plus éloignés de cet engagement.

    Pour Mohammed, qui travaille sur les marchés, ces formations lui permettent de mieux comprendre le système agroalimentaire. Arrivé dans le comité d’habitants grâce à l’association Cuisine 101, l’Algérien voit dans ce projet de Sécurité sociale de l’alimentation un lieu de sociabilité : « C’est un groupe soudé et solidaire. » Les réflexions sur la forme de la caisse alimentaire devraient débuter en mai.

    Le prénom a été modifié

  • Une journée pour une agriculture paysanne à taille humaine

    Une journée pour une agriculture paysanne à taille humaine

    Marché paysan, projection débat, diffusion de podcast, table ronde ou encore boum… Le programme est chargé pour cette 3e édition de la journée de l’agriculture paysanne. Co-organisée par huit associations, dont la Confédération paysanne et les Paniers marseillais, l’événement aura lieu toute la journée du samedi au sein de la ferme pédagogique du Roy d’Espagne à Marseille (9e).

    « Le but de cette journée est pouvoir parler de la culture paysanne et de ses spécificités et mettre en avant qu’il y a encore de la culture paysanne aux abords des villes, surtout dans les Bouches-du-Rhône, explique Jean-Charles Bureau, secrétaire de la Confédération paysanne 13 et apiculteur. Et d’inciter les gens à changer leurs pratiques de consommation, en leur montrant qu’il y a des points de vente et la qualité de nos productions », ajoute-t-il. Un marché paysan et un repas fait avec les produits locaux permettront notamment aux curieux de découvrir la richesse de l’agriculture paysanne du département.

    Le village des associations permettra également à chacun de découvrir les initiatives mises en place à l’échelle locale pour promouvoir les circuits courts, comme l’association des Paniers marseillais, ou l’expérimentation de la sécurité sociale de l’alimentation portée par la Comac.

    Pression foncière

    L’occasion aussi pour les associations organisatrices de promouvoir cette forme d’agriculture comme nécessaire à la mise en place d’une réelle souveraineté alimentaire française. « Car l’agriculture paysanne repose sur des petites fermes, à taille humaine, qui sont donc généralement plus directement liées aux consommateurs, explique Clément Gauthier, animateur de réseau pour l’association des paniers marseillais. Et ils reposent plus sur des pratiques agroécologiques moins dépendantes des intrants de synthèse produits à partir de gaz importé. Ils permettent donc une meilleure autonomie alimentaire des territoires. [car pas dépendant du court des énergies internationales ]. »

    La question de la pression foncière sur les exploitations agricoles sera aussi au cœur des débats de cette journée. Car pour Jean-Charles Bureau, « la pression foncière et la bétonisation sont un gros souci [ pour l’agriculture]. Car si les terres des agriculteurs qui partent à la retraite ne sont pas gardées pour les paysans futurs, alors elles sont perdues. Et pour avoir une autonomie alimentaire, il nous faut des terres arables ». C’est pourquoi, les associations défendent le projet d’un million de paysans d’ici 2050.

  • [Entretien] Vincent Arcusa : « Être un lieu de ressource, de vigilance, d’émancipation »

    [Entretien] Vincent Arcusa : « Être un lieu de ressource, de vigilance, d’émancipation »

    La Marseillaise : Vous teniez votre assemblée générale jeudi. Quels thèmes ont été abordés ?

    Vincent Arcusa : On a notamment présenté l’activité du comité d’action juridique de la Confédération paysanne du Var, qui vient en aide bénévolement aux paysans qui rencontrent des problèmes de cet ordre depuis 13 ans. La confédération nationale soutient d’ailleurs son développement dans tous les départements qui le souhaitent. On a parlé du foncier, problématique récurrente dans le Var, avec la difficulté d’accès pour les porteurs de projet et les enjeux de spéculations et d’opacité dans le fonctionnement des institutions. Le troisième sujet abordé a été la vie syndicale. Quand on fait de grosses mobilisations, il y a du monde, mais sinon, on sent un décalage entre le nombre de présents et d’adhérents, qui est en augmentation. Cette année, on a fait des conseils d’administration délocalisés, thématiques et ouverts pour aller à leur rencontre et entendre ce qu’ils ont à porter. L’idée est d’enclencher plus de proximité et mieux mailler le territoire.

    Vous avez également mis en place un temps d’échange et de formation sur les violences sexuelles et sexistes (VSS), une thématique que l’imaginaire collectif n’associe pas forcément au monde agricole.

    V.A. : À l’échelle du Var, il y a un groupe femmes qui existe en non-mixité, ce qui leur permet de faire des formations et d’aborder ces questions. Au dernier congrès national a été voté un protocole pour traiter les cas de VSS en interne dans le réseau. Avec de la formation, mais aussi d’avoir une ligne téléphonique pour faire intervenir des personnes référentes et traiter localement. Dans cette dynamique, il nous a semblé important de traiter cette question. L’une de nos adhérentes a décidé de passer un diplôme universitaire (DU) en se spécialisant sur la question des VSS en milieu rural. Elle a proposé d’animer un temps de formation et d’échanges. C’est un travail en cours, mais il était très important d’avoir un peu d’information descendante sur le sujet. Nous avons étudié quelques cas vécus par des paysannes. L’objectif était de trouver des moyens d’en sortir. Cela permet collectivement d’être plus attentifs à ces questions et, lors des événements qu’on organise en interne, de mettre en place des protocoles et que ces sujets ne soient pas mis de côté ou niés. Nous sommes désormais davantage capables de repérer et répondre aux cas de VSS.

    Dans un contexte agricole compliqué, entre accord de libre-échange avec le Mercosur et dermatose nodulaire, quels sont vos objectifs pour 2026 ?

    V.A. : Dans un contexte plus large de fascisation des politiques et des médias, notre syndicat va s’atteler à lutter contre la progression de ces idées et défendre nos collègues paysans. Il faut que le syndicat soit un lieu où on peut se retrouver et lutter contre ces mécanismes de domination patriarcale, sur le vivant, sur nos outils de travail. On veut faire vivre ces valeurs-là, pour lesquelles nos adhérents nous rejoignent. 90% des Français soutiennent les agriculteurs. On est une profession qui a une bonne image, car on ne gagne pas bien notre vie et on trime. Derrière, on a un vrai projet politique d’agriculture paysanne, qui n’est pas un projet agricolo-corporatiste : c’est un projet de société. On continuera de lutter en intersyndicale avec les autres corps de métier sur les mobilisations sociales, à s’opposer au RN, à l’extrême droite et toutes ses dérives. On veut être un lieu de ressources, de vigilance et d’émancipation.

  • Les paysans ont de la valeur

    Les paysans ont de la valeur

    Assurer un bon revenu agricole et, par conséquent, une bonne alimentation. Cet impératif est au cœur du Salon international de l’agriculture qui débute dans un climat très tendu et de profond malaise. La pointe de l’iceberg est l’épidémie qui a décimé des cheptels entiers de bovins ; l’abattage systématique pour cause de dermatose nodulaire est un traumatisme profond. Pour la première fois, aucun veau, vache et taureau ne sont exposés à Paris. Une absence qui illustre l’état de l’agriculture. S’ajoute l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Sans aucun garde-fou solide, cela va mettre sous pression de nombreux paysans en tirant les prix au plus bas.

    Quel modèle ?

    Quel modèle voulons-nous pour notre agriculture ? C’est sur les stands des départements et des régions que ce débat sera le plus fructueux. Les collectivités locales se mobilisent pour défendre les productions des territoires et leurs paysans. L’État doit suivre et contraindre, enfin, l’agro-industrie. Aujourd’hui, les prix sont fixés, dans l’opacité, entre les industriels et la grande distribution. Pour le producteur, le partage de la valeur ajoutée s’apparente à de la spoliation. Deux chiffres illustrent ce scandale : « en 30 ans, le revenu net de la branche agricole a baissé de près de 40 % en France en euros constants », révèle le ministère de l’Agriculture. Quant au prix de l’alimentaire, il a augmenté de 70% depuis 2000, rappelait en 2024 le député socialiste Dominique Potier.
    Les profits de l’agro-industrie, eux, s’envolent : entre 2021 et 2023, ils sont passés de 3,1 à 7 milliards d’euros. Chercher l’erreur…

  • Des agriculteurs mobilisés à Aix-en-Provence pour la souveraineté alimentaire

    Des agriculteurs mobilisés à Aix-en-Provence pour la souveraineté alimentaire

    « L’Europe nous méprise, l’Europe ne veut pas de nous, mais nous ne sommes pas défaitistes », prévient Romain Blanchard, président de la FNSEA13. à l’aube, ce vendredi, des dizaines d’engins agricoles et près de 200 agriculteurs se sont rassemblés sur le parvis du stade Maurice-David, à Aix, avant de s’élancer dans une opération escargot jusqu’à la place de la Rotonde, ponctuée d’actions coup de poing.

    Cette mobilisation, à l’appel des syndicats FNSEA et Jeunes Agriculteurs, s’inscrit dans le mouvement contre l’accord UE-Mercosur « qui devrait être signé, mais non ratifié, ce week-end », rappelle Romain Blanchard. Alors que le vote du Parlement européen est prévu le 21 janvier prochain à Strasbourg – où de nouvelles mobilisations sont annoncées -, les députés européens Marina Mesure (LFI) et Grégory Allione (Ren) ont d’ailleurs appelé appelé à maintenir la pression. Ils rappellent qu’un recours, déposé à l’initiative du groupe de gauche et signé par 105 élus issus de cinq groupes politiques, saisit la Cour de justice de l’Union européenne « en expliquant que les procédures n’ont pas été respectées, indique Marina Mesure. Si ce recours passe, nous allons bloquer cet accord pendant plusieurs années, nous avons encore la possibilité de l’enterrer ! »

    Planifier au local

    De son côté, Grégory Allione, dont le groupe votera aussi la saisine, insiste : « Entraver l’accord du Mercosur, c’est faire en sorte de gagner du temps. C’est un accord mortifère, qui met en jeu la souveraineté alimentaire de l’Europe et de la France. »

    Parmi la poignée de responsables politiques présents, tous bords confondus, figuraient notamment Martine Vassal (DVD), présidente du Département, la sénatrice Brigitte Devésa (UDI) et le sénateur Jérémy Bacchi (PCF). « Il faut qu’il y ait une égalité dans la concurrence internationale, notamment sur les produits phytosanitaires », rappelle ce dernier.

    Cercueil et drapeau européen brûlé sur l’Avenue de l’Europe, pyramide d’aliments locaux ensuite redistribués aux étudiants, parades d’animaux et de tracteurs… Les manifestants ont multiplié les actions coup de poing pour se faire entendre. Mais au-delà de la contestation de l’accord UE-Mercosur, les agriculteurs veulent garantir leur avenir et défendre la souveraineté alimentaire. Ils ont ainsi été reçus en sous-préfecture, puis par la maire, Sophie Joissains (UDI), avec l’ambition de présenter un projet agricole départemental. « Nous voulons matérialiser notre capacité à nous prendre en main et à adopter des solutions locales à nos problématiques locales  », rappelle Romain Blanchard.

    « On est le futur, on sait qu’on va perdre 50% du monde agricole dans les prochaines années. Si on ne donne pas une vision claire à nos jeunes pour l’avenir, on va perdre notre agriculture. Aujourd’hui, tout va à contresens », souligne Jérémy Tropini, président des Jeunes Agriculteurs 13. Selon lui, la première étape consiste à « éduquer la jeunesse ».

  • Près de 200 agriculteurs mobilisés samedi à Aubagne

    Près de 200 agriculteurs mobilisés samedi à Aubagne

    D’inhabituels personnages se sont samedi joints aux clients du Auchan des Paluds à Aubagne : 600 brebis et agneaux ont à partir de 13h envahi le parking de l’enseigne, venus, avec leur maîtresse et de nombreux autres agriculteurs et éleveurs, protester contre l’abattage systématique et le Mercosur.

    C’est Hélène Poullin, la propriétaire de ce cheptel de brebis, qui a, mardi, appelé collègues et soutiens à manifester contre l’actuelle gestion gouvernementale de la crise sanitaire bovine, liée à l’apparition de cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Rapidement soutenu par la Confédération paysanne des Bouches-du-Rhône, l’appel de la jeune femme rassemble finalement quelque 200 personnes samedi. « Je suis très préoccupée par cette crise sanitaire depuis qu’elle a commencé, cet été. Cela m’empêche même de dormir, se désole la bergère. Je sais que si on venait à abattre mon troupeau, je ne me relèverais jamais. Mes brebis sont toute ma vie, elles sont mon moteur. Voir qu’autant d’éleveurs se mobilisaient dans le Sud-Ouest, ça m’a donné envie d’agir. » Car si les premiers cas de DNC, cette maladie qui ne touche que les bovins, sont apparus cet été en Savoie, c’est en Ariège, le 11 décembre, qu’ont eu lieu les premières contestations agricoles. Militants de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne s’étaient alors mobilisés en masse pour s’opposer à l’abattage de 207 bovins, décidé par l’État à la suite de la détection d’un cas dans le troupeau. Aujourd’hui, la réglementation française veut qu’en cas de détection d’un foyer dans un cheptel, l’intégralité des bêtes soit abattue, y compris les saines. Postés sur le rond-point de l’avenue des Caniers, après une courte marche depuis le parking du Auchan, les paysans d’Aubagne et de ses environs, ont établi un barrage filtrant à la sortie de l’autoroute, pour « dénoncer cet abattage systématique ».

    « Nous sommes ici pour dénoncer les méthodes du gouvernement dans sa gestion de la DNC mais aussi pour nous opposer au Mercosur, qui ne peut qu’aggraver la situation des paysans français, détaille Roger Roux, porte-parole de la Confédération paysanne 13 et maraîcher à Peyrolles-en-Provence. L’abattage total n’aboutit pas à grand-chose, on demande une vaccination généralisée et une mise à l’écart des bêtes. Abattre des vaches saines… on marche sur la tête. »

    Solidarité paysanne

    Dans une ambiance plutôt festive, possible notamment grâce à une police coopérante, les manifestants sont parvenus à maintenir leur barrage dans le calme. Dans les rangs des militants, ils sont très peu à être directement concernés par la crise sanitaire, pour beaucoup maraîchers, apiculteurs ou éleveurs non bovins et donc non inquiétés par la DNC. Présents en soutien donc, mais aussi pour dénoncer la « casse agricole ». « La violence de l’abattage est à l’image de son non-sens sanitaire. Le gouvernement détruit progressivement notre souveraineté alimentaire pour faire de la place au Mercosur », s’indigne Marcel, agriculteur à Meyrargues. En Paca, les premiers menacés par la DNC sont les éleveurs de taureaux en Camargue.