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  • [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    On peut dire sans trop s’avancer que pas mal d’étudiants montpelliérains lui doivent quelque chose. Des années durant en première ligne du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) et désormais plus en retrait, Fabien Bon fait partie de ceux qui ont contribué à améliorer le quotidien de nombreux jeunes universitaires en galère. « Sans l’action du Scum, certains ne mangeraient pas, d’autres ne seraient même pas inscrits à la fac », résume-t-il avec le sens du collectif.

    Au moment de regarder dans le rétroviseur de huit années qui lui ont permis de décrocher un master (management des universités et technologies de l’information à l’IAE) et bientôt une licence d’italien à Paul Valéry, Fabien Bon est « fier » des avancées glanées par son syndicat. Lequel n’était au départ «  qu’une poignée d’étudiants précaires en quête d’en aider d’autres  » avant de devenir un syndicat étudiant actif dans les deux universités de Montpellier.

    Pêle-mêle, il se souvient de la création de la commission d’exonération de Paul Va, qui permet le remboursement des frais d’inscription sur critères sociaux. De l’obtention en septembre 2025 de 10 jours de congé menstruels sans justificatif dans les deux universités. Ou encore des 15 000 colis alimentaires distribués en 2025.

    « La précarité, c’est l’histoire de ma vie »

    Bien sûr beaucoup d’autres combats doivent être poursuivis, à l’image de celui des « sans-fac », problématique exacerbée par l’arrivée de Parcoursup en 2018. « Chaque année on fait inscrire des étudiants grâce à notre mobilisation : en 2026, 29 plus une cinquantaine via des recours gracieux », calcule Fabien Bon avec un brin de fatalisme. « Parcoursup a instauré la sélection à l’université, l’élitisation de l’enseignement supérieur que défendent la plupart des présidents d’université même quand ils ont des moyens financiers. »

    À titre personnel, Fabien a payé le prix fort pour avoir osé défier le pouvoir et ce système libéral qui a vu l’État couper les universités de leur autonomie budgétaire dès 2011 avec la loi LRU. « J’ai subi la répression, j’ai été harcelé, frappé par des policiers », se souvient celui qui n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. « J’ai toujours travaillé à côté pour payer mes études, dès le lycée où j’aidais ma mère. » Par la suite à la fac, Fabien a souvent fait appel à la solidarité étudiante pour trouver un toit. « J’étais hébergé chez des camarades. C’est vrai que je sors du stéréotype du jeune syndicaliste gauchiste fils à papa. La précarité, c’est l’histoire de ma vie. Je ne regrette pas mes choix, mon engagement. Mais arrive un moment où il faut dire stop, j’ai envie de manger à ma faim. »

    Pendant qu’il termine sa licence d’italien qu’il avait au départ entreprise dans l’espoir de se faire engager dans un hôtel de Rome, Fabien diversifie déjà ses activités professionnelles. Barman, il est aussi influenceur sur Instagram pour les boîtes de nuit et les festivals de musique techno. Animateur dans une résidence vacances des Menuires (Alpes) à ses heures perdues, le jeune homme ne s’interdit rien. Excepté peut-être le train-train d’un boulot administratif rébarbatif. « J’ai fait une alternance en management de projets. J’ai démissionné, ça ne me plaisait pas du tout. Je ne me vois pas dans un bureau. »

    Si Fabien laissera bientôt ses amis du Scum poursuivre le combat universitaire, il y a fort à parier qu’il restera animé par les luttes sociales. « On est plus politisés que les autres syndicats étudiants, on donne aussi à réfléchir sur l’ensemble de la société. » En 2023, le Scum défilait aux côtés de l’intersyndicale contre la réforme des retraites. « Il ne faut pas lâcher et continuer à se battre. »

  • « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    Elle ne mâche pas ses mots.  
    « On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. » Ainsi débute la lettre ouverte à Emmanuel Macron adressée par la présidente de l’université de lettres et sciences humaines Paul-Valéry de Montpellier, publiée le 26 janvier par le journal Le Monde.

    Ce n’est pas la première fois qu’Anne Fraïsse tire la sonnette d’alarme sur la situation de son université, parmi les moins bien dotées de France. Mais cette fois, alors qu’ont commencé le 8 janvier les Assises du financement des universités, c’est le Président de la République lui-même qu’elle interpelle, dans un geste de colère et de désespoir.

    À l’automne dernier, au moment des débats budgétaires, le ministre de l’Éducation nationale avait voulu relativiser la crise budgétaire des universités lors de son audition devant la commission de la culture et de l’éducation au Sénat (alors que deux tiers des facs françaises ont fini en déficit en 2025, au détriment des étudiants et personnels) : « Ce n’est pas Zola non plus », avait-il estimé, suscitant un tollé dans la communauté universitaire.

    « La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le président  », rétorque Anne Fraïsse dans ce courrier. « En 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1 003 titulaires pour 23 000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables », dénonce la présidente de l’université montpelliéraine.

    « Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50%, voire 40% d’encadrement en enseignants titulaires) », assène-t-elle encore. « Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent », insiste-t-elle, dénonçant l’opacité du système : « Pour un étudiant de même discipline, une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ».

    « Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice », conclut Anne Fraïsse avant de saluer Emmanuel Macron « comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : “Morituri te salutant” ».

    « Depuis plus de 10 ans, nous sommes en surchauffe. »