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  • [Entretien] « Les patronymes offrent un regard inédit sur l’impact des épidémies »

    [Entretien] « Les patronymes offrent un regard inédit sur l’impact des épidémies »

    La Marseillaise : Vous avez étudié l’impact de l’épidémie de peste de 1720 sur la population de Martigues à partir des noms de famille des habitants. Est-ce une approche commune ?

    Isabelle Séguy : Non, je pense que c’est une première. C’est une étude originale qui nous aura pris 25 ans
    – en grande partie pour réunir les conditions pour la réaliser. Cela fait longtemps que les historiens se questionnent sur l’impact démographique des épidémies de peste. Mais c’est difficile en ne se basant que sur les registres des morts. Les patronymes permettent d’aller plus loin et offrent un regard inédit en donnant un aperçu de ceux qui sont partis définitivement, ceux qui sont partis puis revenus, ceux qui sont arrivés… Cette étude pionnière fera peut-être des émules. Mais cela n’est pas faisable partout. Il faut que les données existent.

    C’était le cas à Martigues ?

    I.S. : Oui, c’est pour cette raison que nous avons choisi d’y mener cette étude. La ville a conservé énormément de documents historiques depuis le Moyen-Âge. C’est assez exceptionnel. Et des fouilles de sauvetage ont mis au jour des squelettes dans des fosses où étaient enterrés les pestiférés.

    Que reste-t-il à découvrir ?

    I.S. : Un sujet qui m’intéresse à présent est de voir dans quelle mesure l’épidémie infantile – probablement la coqueluche, peut-être la rougeole ou la variole – qui a tué un tiers des enfants en quatre mois en 1705 et l’hiver rigoureux de 1709-1710 ont pu fragiliser la population de Martigues et alourdir le bilan de la peste de 1720, particulièrement meurtrière.

  • Une maison pour la « dame de la mer » à Martigues

    Une maison pour la « dame de la mer » à Martigues

    C’est une dénomination pleine de sens. Alors que la Maison de Carro souffle sa 30e bougie sous les couleurs de Noël et que les enfants de ce village de pêcheurs s’émerveillent devant la gigantesque crèche lumineuse érigée à l’occasion, l’équipement municipal prend le nom d’Anita Conti, pionnière de l’océanographie, première femme à embarquer sur un navire scientifique en 1935, décédée le 25 décembre 1997. La boucle est bouclée.

    Pour Marguerite Simoes, directrice de la maison de quartier, prendre le patronyme de la « dame de la mer » était une « évidence » : « Elle représente bien le village et a un parcours de vie exceptionnel, elle s’est engagée dans la protection de la mer et a dénoncé la pêche abusive pendant l’entre-deux-guerres. » Écologiste avant l’heure, Anita Conti affirmait : « On ne sauvera pas les terres sans sauver les mers. »

    Féminiser l’espace public

    Le maire de Martigues (PCF) Gaby Charroux affirme : « Anita Conti avait travaillé aux côtés du commandant Cousteau, pourtant, elle n’a pas bénéficié de la reconnaissance qu’elle méritait. Aujourd’hui, il est temps de lui rendre sa juste place. (…) Cette dénomination s’inscrit dans la démarche engagée par la Ville et sa commission extra-municipale des égalités afin d’œuvrer à la féminisation des espaces publics. Corriger cela ce n’est pas réécrire l’histoire, c’est la compléter, la rendre plus juste. »

    D’autres dénominations en hommage à des femmes historiques auront lieu avant la fin du mandat, comme celle de l’école de La Couronne, de l’ancien bâtiment de la Poste et de la placette en face de celui-ci. L’édile assène : « Nommer un lieu n’est jamais un geste anodin. c’est inscrire une histoire dans l’espace public. C’est faire vivre une mémoire collective. C’est transmettre des valeurs aux générations présentes et à venir. »