Tag: patrimoine maritime

  • Uber, nouveau pirate

    Uber, nouveau pirate

    Un monde sans foi ni loi où seul le profit compte au prétexte de proposer de nouveaux services. C’est la ligne de conduite de la multinationale Uber. L’ubérisation de la société – comprendre la dérégulation sauvage du travail – s’étend désormais au domaine maritime dans le secteur de la location de bateaux de plaisance en passe de débarquer à Marseille en juin.

    Imaginons le programme type du néotouriste : il loue sur Airbnb un séjour de courte durée, ce qui aggrave la crise du logement ; il commande son repas sur Uber, livré par les nouveaux damnés de la terre ; Il va ou rentre du stade ou du concert en Uber et il pourra bientôt louer un bateau avec skipper grâce à Uber, associé à Marseille à Click&Boat.

    La mer n’est pas un terrain de jeu

    Comment faire face à ce rouleau compresseur ? En premier lieu, en appliquant la loi ! C’est-à-dire en dotant les services publics de moyens pour contrôler les pratiques de cette multinationale.

    Faut-il attendre un accident dramatique pour agir contre cette prédation ? La mer n’est pas un terrain de jeu. Car si ce type de location exige la présence d’une ou d’un skipper, le système est tellement pervers que ces travailleurs sont souvent contraints d’accepter des conditions contraires à la sécurité pour satisfaire les plateformes et leurs clients. Comme les chauffeurs de taxi Uber soumis à des algorithmes et qui ont cru au miroir aux alouettes de l’auto-entreprenariat, les professionnels de la plaisance seront-ils dévorés à leur tour ? La pratique des loisirs nautiques doit relever d’un cadre rigoureux et l’espace maritime doit demeurer un bien commun et résister à Uber, ce nouveau pirate.

  • Des régates sous le signe de la Marine nationale

    Des régates sous le signe de la Marine nationale

    Un quadruple centenaire, quatre jours de découvertes et des compétitions de haut niveau : c’est ce que promet la 3e édition des Toulon Provence Regatta, qui se tiendront du 7 au 10 mai dans la Rade de Toulon. Un événement labellisé « 400 ans de la Marine nationale », au cours duquel « La Royale » sera largement célébrée à travers une programmation mêlant compétition, innovation et tradition. « Ce n’est pas un hasard que la Marine soit partenaire », justifie l’amiral Christophe Lucas, préfet maritime de la Méditerranée. « Nous avons un ADN commun : la mer, Toulon et sa rade magnifique, et l’esprit d’équipage. Ces 400 ans sont l’occasion de rencontrer les Français, et de rappeler que depuis 400 ans, la Marine nous protège. »

    Pour l’occasion, le patrimoine maritime mondial sera mis à l’honneur avec la présence de navires qui ont fait et font l’histoire de l’institution, et de la navigation en général : des bateaux de travail, dont certains dits « Bateaux d’intérêt patrimonial » (BIP), comme les pointus (qui défileront du Mourillon au Port le 9 mai) seront présentés. La Marine sera également présente avec une Vedette de soutien plongée (VSP). Une exposition lui sera dédiée du 30 avril au 27 mai sur le carré du port, et une soirée de gala se tiendra au Musée de la Marine le 7 mai.

    Niveau compétition, plusieurs régates et circuits côtiers sont au programme du 8 au 10 mai, dans la Rade des Vignettes : voiliers classiques, tels que le Phœnix, le Baruna of 1938 ou le JLd’A ; voiliers de classe 8 mJI, mais aussi 12 mJI, utilisés dans les plus hauts niveaux de compétition internationale, des Jeux Olympiques (1908-1920) à la Coupe de l’America (1958-1987), et des voiliers 2.4 mR.

    La « Destinus AI Regatta », première mondiale

    Il sera par ailleurs possible de visiter chacun des bateaux (gratuitement, sur réservation en ligne), chaque jour entre 17h30 et 18h30. « Nous sommes les seuls au monde à proposer cela pendant les régates », se félicite Xavier Caux, président de Twelve Med Events, structure qui organise les Toulon Provence Regatta en collaboration avec le Club de la Marine de Toulon.

    Autre exclusivité mondiale : l’organisation des régates « Destinus AI Regatta », qui mettront aux prises, le 9 mai, une vingtaine de voiliers autonomes entièrement contrôlés par intelligence artificielle, développés par des étudiants d’écoles d’ingénieurs. « Ce sera un show d’1h30 retransmis sur internet », détaille Xavier Caux. « L’objectif sera aussi d’attirer des étrangers pour l’année prochaine et que ça prenne de l’ampleur. » Cela, « sous le patronage de la DGA, qui est aussi preneuse d’innovation ».

    Programme sur toulonprovenceregatta.fr

  • Sète met les voiles pendant une semaine

    Sète met les voiles pendant une semaine

    Vibrer au gré des marées et déambuler dans les allées garnies de trésors et spécialités de la mer : Escale à Sète est de retour ! Cette année encore, le festival met à l’honneur le patrimoine maritime français, européen et même mondial. Têtes d’affiche de cette édition 2026, le Belem, navire mythique de la flotte française, le Vera Cruz, caravelle portugaise et l’Étoile, figure de la marine française, sont exposés dans le port.

    Un retour des vieux gréements dans le centre de Sète qui ravit visiteurs et curieux venus nombreux ce 31 mars dès 8 heures pour assister à la parade sur le port. « C’est toujours quelque chose de voir ces bateaux voguer et être exposés dans le port de Sète », confie Gérard, 57 ans, comptable. Un avis partagé par Preeti, 39 ans, cadre administratif : « Je suis toujours aux anges quand je vois ces vieux navires. »

    L’Inde mis à l’honneur

    Autre star de cet Escale à Sète 2026, le Sudarshini, navire de la marine marchande indienne, est arrimé au port. Un invité peu commun et peu connu en France, qui intrigue et fait le bonheur de l’équipage. Ravikanth Nandoori, 40 ans, capitaine du Sudarshini, témoigne : « Pour nous c’est un événement un petit peu particulier parce que cela nous permet de montrer aussi la culture de la marine indienne. On est très contents de pouvoir participer à ce festival, on a fait presque 2 mois de voyage pour venir ici avec notre voilier, donc on compte bien profiter un maximum de la vue et de l’ambiance. » En attendant, Escale à Sète n’a pas fini d’émerveiller les curieux. La manifestation se prolonge jusqu’au lundi 6 avril, où elle se clora avec la parade finale et le départ des navires.

  • Avec la Neo Santa Maria à La Ciotat, redécouvrir l’Amérique

    Avec la Neo Santa Maria à La Ciotat, redécouvrir l’Amérique

    Un navire de 200 tonnes, de plus de 28 mètres de long, de près de 8 de large. Comme l’original, la réplique de la Nao Santa Maria arbore trois mâts : le grand mât, l’artimon de la grand-voile et un beaupré, la hauteur du grand mât atteignant près de 25 mètres de la ligne de flottaison au point le plus haut. 5 voiles, d’une surface de 303 mètres carrés, permettent au navire de voguer. Même si, aujourd’hui, besoins modernes de la navigation oblige, la Nao Santa Maria est équipée de moteurs, d’une radio, d’un radar… Construite dans les chantiers navals Varaderos Palmás à Punta Umbría (Huelva, Espagne), la réplique de la Nao Santa Maria a navigué pour la première fois le 16 mars 2018. Du mercredi 25 février au dimanche 1er mars, elle fait escale sur le quai d’accueil de La Ciotat.

    Cinq jours à quai

    À bord, l’équipage, d’une vingtaine d’hommes, est prêt à accueillir le public, de 10h à 19h, pour la visite. Les visiteurs pourront découvrir les 4 ponts de la caravelle, être renseignés sur son histoire, s’immerger dans des décors fidèles à l’époque, et échanger avec les marins.

    Le 3 août 1492, la Nao Santa Maria est partie du port de Palos de la Frontera (Huelva) avec les caravelles Pinta et Niña, en tant que navire de tête de la flotte de Christophe Colomb. Après avoir fait escale sur l’île de La Gomera (îles Canaries) et après trente-trois jours de navigation, le 12 octobre 1492, la Santa María, dirigée par 40 hommes sous les ordres de Christophe Colomb, atteint l’Amérique. Hélas, le jour de Noël 1492, alors qu’il se trouvait près de l’île de La Española, le navire s’est échoué à cause d’un oubli du garçon de cabine qui était à la barre, et il a coulé…

  • A Marseille, la posidonie retrouve des couleurs

    A Marseille, la posidonie retrouve des couleurs

    L’initiative de préservation et de sauvegarde des herbiers de posidonie, adoptée il y a deux ans, semble pour l’instant être un succès. Lors du vote du Plan posidonie, fin 2023, douze projets devaient être lancés sur cinq ans. Début 2026, neuf d’entre eux ont déjà été engagés et les observations sont positives.

    Ce plan a pour vocation de préserver ce « poumon de la Méditerranée », menacé par un trafic maritime intense, les activités humaines et la pollution de l’eau. Hervé Menchon, adjoint au maire en charge de la mer et de la biodiversité marine, souligne d’une part l’engagement de la Ville, « seule municipalité à subventionner », et d’autre part celui du GIS posidonie, qui a réalisé les phases d’expérimentation. Le programme est le fruit d’un travail collectif mené avec des scientifiques et des associations, dont « les résultats sont concluants », précise l’élu.

    « Un trésor immergé »

    Les herbiers de posidonie, espèce endémique, « s’étendent sur 107 hectares autour du Frioul, 414 hectares autour de l’archipel de Riou (…) et près de 100 hectares entre l’Estaque et Corbière », détaille la Ville de Marseille. Patrimoine maritime, « c’est un trésor, c’est notre monument immergé. À Paris, ils ont la tour Eiffel, nous, on a une tour Eiffel sous l’eau. Pour moi, on est à ce niveau de valeur », affirme Hervé Menchon.

    Il rappelle aussi le rôle de cette plante dans la relation entre les habitants et la mer : « Grâce à la posidonie, on a réintroduit la culture de la mer à Marseille : on s’est aperçu que cette mer devait être protégée, car elle a des influences directes sur nos modes de vie et notre climat. »

    Pour préserver ces végétaux précieux, l’Alliance posidonia, dont la Ville est membre, mène le programme « Résiliation et restauration de l’herbier de posidonie de la baie du Prado ». La première action, « Reposeed » a permis un taux de survie de 3%. La deuxième, « Transpo-Marseille », a obtenu « après quatre mois, un taux de survie de 90 à 100% ».

    Les effets sont visibles pour les habitants. La plage des Prophètes s’est agrandie grâce à la « technique du mille-feuilles, qui a permis de stabiliser l’érosion du sable. Sur la partie nord, le sable a avancé vers la mer ». Hervé Menchon souligne, avec cet exemple, les « bienfaits immédiats de ce Plan posidonie ». Avec ce bilan, la Ville expose des résultats encourageants.

    Au Frioul, la protection est aussi de la partie, ajoute l’adjoint à la mer : « Des bouées écologiques ont été installées pour que les bateaux ne jettent pas l’ancre. » Malgré ces résultats encourageants, Hervé Menchon rappelle la fragilité de l’écosystème : « La posidonie aujourd’hui se porte mieux, mais ça reste un herbier fragile. Le retour en arrière pourrait être très rapide, il suffirait de cesser d’être vigilant, de laisser les bateaux aller n’importe où. » Quoi qu’il en soit, « le plan se poursuit, et est une avancée formidable pour la ville de Marseille et pour l’écologie », conclut-il.

  • Dans le sillage de la grande épopée des chantiers navals de La Ciotat

    Dans le sillage de la grande épopée des chantiers navals de La Ciotat

    C’est le premier assaut du froid. Emmenés par Alba, médiatrice du patrimoine à la Ville, et Magali, la trentaine de personnes inscrites à la visite*, saisies par le vent froid qui transperce, hâtent le pas. Le soleil est au rendez-vous. Sitôt franchi une grille, le groupe rentre sur le site des chantiers navals de La Ciotat Shipyards (LCS). Pour éviter tout espionnage industriel, aucune photo n’est autorisée. Grande frustration. D’autant que le site ferait se damner tout amateur de photographie…

    Les 105 irréductibles

    Ici, tout est démesure. Gagnés pour trois quarts sur la mer, les chantiers navals actuels « occupent 34 hectares », renseigne Alba. Ils étaient concentrés sur 3 ha, à l’époque des tout premiers chantiers modernes Vence-Benet (1835-1851)… On construisait des bateaux en bois à La Ciotat depuis 1660. Juste avant la visite, cette histoire captivante est racontée, par le biais de diapos commentées et d’un film, aux visiteurs.

    Drôle de paysage. Sur une immense plateforme claire battue par les rafales, les 7 immeubles flottants que sont les mégayachts ont pris place. Ils ont été mis à quai et au sec par « Atlas », explique Alba. Inauguré en septembre 2022 après plus de deux ans de travaux, c’est le petit nom de « l’ascenseur à bateaux. Il peut soulever des yachts de 80 à 120 mètres de long, avec un poids maximal de 4 300 tonnes. Depuis sa mise en service, La Ciotat figure parmi les trois chantiers navals les plus performants au monde pour ce type de yachts. » Au loin, d’autres navires tout aussi gigantesques, comme le sont les fortunes qui permettent de les acquérir (les propriétaires sont en majorité issus des Émirats, de Russie, des États-Unis), ont été enveloppés dans des sortes de cocons pour être repeints. À l’emplacement même de la plateforme Atlas, était la cale de lancement n°1 empruntée par de nombreux pétroliers construits à La Ciotat, durant le fameux « âge d’or », de 1940 à 1982.

    Un bus attend les passagers. Il s’arrêtera à proximité de chaque grande infrastructure. Comme « la grande forme, de 350 mètres de long à l’origine, sur 59 m de large, où l’on peut construire un navire à sec. Puis on remplit avec de l’eau de mer avec les vannes », précise Alba. Il est alors prêt à prendre la mer. Mais aussi le fameux grand portique. Celui dont la poutre horizontale culmine à 83 mètres de haut, avec, écrit en bleu sur fond blanc : 105. Ce sont les 105 irréductibles. Ces gars du chantier qui refusèrent de voir mourir leur outil de travail. De 1988 à 1994, ils occupèrent le site. Et réussirent à le sauver.

    * Gratuit. Infos : MCN, 46, quai François-Mitterrand prolongé. 04.42.08.65.23.

  • Les anciennes douanes du Vieux-Port bientôt rénovées

    Les anciennes douanes du Vieux-Port bientôt rénovées

    Les fenêtres aveugles des anciennes douanes vont de nouveau pouvoir se rouvrir sur les quais du Vieux-Port de Marseille. Après avoir obtenu au mois de juillet 2023 le permis de construire, la Métropole Aix-Marseille se prépare à réhabiliter complètement le pavillon du XIXe siècle qui jusqu’en 2023 abritait la Consigne à images, centre d’initiations aux arts visuels portée par le conseil départemental en partenariat avec le centre Pompidou. Une deuxième phase de rénovations prévue pour durer huit mois, et placée sous la houlette du cabinet d’architecture Fabrica Traceorum, pour un montant estimé à 1,7 million d’euros.

    Construites en 1862, les anciennes douanes reproduisent la consigne sanitaire voisine édifiée près d’un siècle et demi plus tôt, le ciment naturel employé par dessus la maçonnerie de moellons reproduisant la pierre de taille et les ornements de son modèle voisin. Si les enduits d’origine sont toujours en place, « ils présentent cependant, de nombreuses lacunes, des réparations malheureuses, une érosion et un encrassement généralisé », s’inquiètent les architectes du patrimoine dans le projet présenté en septembre 2023, que l’intercommunalité espérait alors achever courant 2024 pour rouvrir définitivement la Consigne à images. Celui-ci prévoit de réaménager les lieux en un établissement recevant du public « dédié à la culture artistique contemporaine pour le jeune public ». Avec des espaces au rez-de-chaussée pour les ateliers et expositions, des bureaux à l’étage complétés par un atelier d’artistes et un espace pour des projections vidéos. Sollicitée, la Métropole n’était cependant pas en mesure d’apporter de précisions.

    Projets pour l’ancienne consigne sanitaire

    « Ils ont lancé un appel à projets sans nous avoir consulté », déplore de son côté Marie-Dominique Champloy, la cofondatrice de Marseille capitale de la mer, installée dans le pavillon voisin de la consigne sanitaire. C’est que l’association, qui a signé en juin 2023 une convention d’occupation avec le Grand Port maritime propriétaire des lieux, doit elle aussi réhabiliter le bâtiment qui avait remplacé, en 1719, le bureau flottant affecté aux officiers de santé. Le permis signé en septembre 2024, reste à obtenir les fonds nécessaires aux chantiers, notamment auprès de la Direction régionale des affaires culturelles. « Ce qu’on aimerait, c’est ouvrir une salle dédiée aux métiers de la mer en septembre prochain », avance la directrice générale de l’association. De quoi faire de ce lieu emblématique, au pied du fort Saint-Jean, un tiers-lieu dédié à la mer, avec notamment une salle polyvalente pour accueillir publics et expositions, un espace de travail partagé pour les associations liées au monde maritime, une salle de découverte des métiers de la mer… De quoi redonner vie à l’ancienne consigne sanitaire qui a déjà accueilli près de 5 000 personnes l’an passé, notamment en proposant un apprentissage de la nage et des sorties en mer aux jeunes défavorisés.