Ce soir, nous avons tout ! Une messe dans les arènes, un défilé de chars avec la Vierge Marie, notre saint patron, saint Aphrodise, et le comte de Trencavel qui nous a défendus jadis face au roi et au Pape. Nous avons même eu une éclipse solaire ! Un signe du Ciel. Et de quoi donner le tournis aux jobards de la laïcité. Nous prierons pour eux (…). Oui, ici, dans nos rues, Marie, la Vierge, la Sainte Vierge continuera d’être portée en procession (…). Ici, on marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF, on les renvoie chez eux. Oui, ici, nous continuerons à aimer les femmes, le corps et le regard des femmes, à notre façon, et tant pis aussi pour les féministes à deux balles. »
Nous ne sommes pas sur FoxNews en direct d’un meeting de Donald Trump mais bien à la Feria de Béziers. Le 12 août, c’est le maire d’extrême droite Robert Ménard* qui a prononcé ces mots lors du pregón devant une foule réceptive. Face à l’indignation suscitée depuis et au cas où le message ne serait pas clair,
R. Ménard a remis une pièce dans la machine réactionnaire en placardant plusieurs affiches dans la cité de Paul Riquet. Au-dessus d’une photo du maire de dos à la tribune face à la foule – telle une caution politique – venue festoyer, on peut lire tantôt : « On aime la messe, on aime les femmes, on aime les toros, on aime les flics. Et vous ? » Tantôt : « Ici, nous avons des traditions ! Et tant pis pour les bureaucrates parisiens. »
Passons sur le coût de cette nouvelle provocation de bas étage doublée d’une publicité personnelle dans un contexte festif peu propice à la rébellion populaire. Ce qui choque, c’est l’impunité avec laquelle le maire de la seconde ville de l’Hérault peut se livrer à une telle saillie aux relents rances si éloignée des valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité. Si le RN avait organisé un Bingo à la Feria, nul doute que R. Ménard, qui recevra le Canon français en septembre, aurait coché la plupart des cases. En quelques mots, tout est dit ou suggéré : prosélytisme chrétien assumé, complotisme scientifique, rejet des étrangers au mépris de la loi, masculinisme pour ne pas dire misogynie.
« 200 ans de lutte pour la République, la raison et la science noyés dans un tonneau de sangria ; et ceux qui ne sont pas d’accord avec les beauferies de l’élite, c’est qu’ils sont tristes et n’aiment pas la fête… », a aussitôt commenté la Libre Pensée de l’Hérault. Dans la foulée, plusieurs associations et partis de gauche biterrois (LP, LDH, AFPS, LFI, Génération.S, POI…) ont publié un communiqué commun d’indignation contre ces « propos inacceptables, orduriers, vulgaires et glauques », accusés de renvoyer au « régime de Vichy » durant lequel l’Église avait été réhabilitée en dépit de la loi de séparation de 1905.
De son côté, le PCF biterrois condamne des « propos graves » qui ne relèvent « ni de l’humour ni d’une simple provocation festive ». Mais qui sont une attaque minutieuse orchestrée contre la laïcité ou les femmes qu’on pourrait regarder « à sa façon ». « La laïcité n’est pas une vieille lubie. Le féminisme n’est pas une insulte. Les droits des femmes ne sont pas négociables. Et l’extrême droite, même lorsqu’elle se cache derrière les traditions, la fête ou l’identité locale, doit être combattue. À Béziers comme ailleurs, nous refusons que l’on réécrive notre Histoire en glorifiant ce qui doit rester dans le passé : la domination, le patriarcat, la remise en cause des libertés et le mépris de celles et ceux qui les défendent ».
Le PCF appelle à un vrai débat public sur ces sujets et demande au maire s’il assume ses propos, ce qui ne fait guère de doute. C’est moins le cas de la préfète de l’Hérault. Présente à la messe d’ouverture de la Feria, Chantal Mauchet estime que sa venue ne contrevient en rien au principe de laïcité mais se garde de tout commentaire sur les propos de Robert Ménard. Nous y reviendrons en détail…
Les ficelles de R. Ménard sont grosses mais semblent fonctionner. À l’instar de la droite qui invoque souvent un prétendu « bon sens » pour justifier des régressions sociales, l’extrême droite joue sur la corde populiste en flattant les instincts les plus bas. Un moment de concorde – la fête – est instrumentalisé à des fins idéologiques. En bon communicant,
Robert Ménard y ajoute un ressort que Georges Frêche savait lui aussi utiliser : l’opposition entre les élites bureaucratiques parisiennes et les gens du Midi, dont les traditions et l’art de vivre seraient menacés. Flatter les ego et stimuler le sentiment d’appartenance pour défendre des « valeurs » qui vont à l’encontre de la tolérance et du vivre ensemble. Sacrée pirouette.
![[Féria de Béziers] Le discours trumpiste de Robert Ménard indigne à gauche](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/08/9ff071e59bec64856ef75e255a7cc731.jpg)
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