Tag: pastoralisme

  • Loup : la hausse des abattages ne satisfait personne

    Loup : la hausse des abattages ne satisfait personne

    Ce ne sont pas des grosses avancées… voire pas des avancées du tout », constate Rémy Marseille, responsable de la commission loup des Jeunes agriculteurs des Hautes-Alpes. Selon lui, les mesures d’assouplissements d’abattage du canidé sont trop timides. Fin février, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, avait pourtant annoncé une augmentation du quota d’abattage, réclamée par la majorité des syndicats d’agriculteurs. Désormais, 21% des individus présents sur le territoire, (on en estime environ mille), pourront être tués, contre 19% auparavant. Soit une augmentation de 200 à environ 220 individus abattus par an.

    Les conditions et critères de restriction des possibilités de tirs ont été également grandement simplifiés de manière à rendre plus souple la réactivité des éleveurs sur le terrain. En pratique, il y a désormais beaucoup moins de critères à remplir et de démarches administratives à effectuer avant de procéder à un tir de défense.

    Pourtant, cela n’est pas suffisant selon Rémy Marseille. « Les attaques augmentent et le front de colonisation aussi, la régulation est trop faible, déplore-t-il. On ne peut pas plus se protéger que ce que l’on fait déjà. D’autant qu’avant de demander à un sergent de louveterie de venir tirer, il faut attendre une deuxième attaque. Mais en une attaque, on peut perdre beaucoup de bêtes. » Bien que critiqués, les tirs restent selon lui la meilleure solution pour éviter les attaques. « Quand on abat un loup tôt dans la saison, cela peut stopper les attaques. Sur la commune d’Ancelles l’an dernier, il y avait eu beaucoup de pertes de bétail, trois loups ont été prélevés et le secteur a été épargné pendant les trois semaines suivantes. » Comme beaucoup d’éleveurs, il ne réclame pas une augmentation des quotas, mais leur suppression pure et simple.

    Les associations crient

    au non-sens

    Pour les associations de défense de l’environnement comme One Voice, cette politique est une impasse. « On essaie de les massacrer, mais ça ne marchera jamais. Ils reviennent depuis l’Italie où ils sont plus nombreux et mieux protégés qu’en France. Il y a d’ailleurs là-bas beaucoup moins de dégâts causés par les loups parce qu’il y a une réelle volonté de cohabitation », rétorque Muriel Arnal, fondatrice de One Voice.

    De l’autre côté des Alpes, où l’on compte environ 3 000 loups, il semble y avoir moins d’attaques par individu, et la coexistence électrise moins le débat, principalement en raison d’une organisation pastorale et d’un système d’aide aux bergers bien rodés, car habitués depuis longtemps à la présence de l’animal qui n’a jamais totalement disparu. Paradoxalement, l’Italie dépense pourtant moins que la France sur ce volet.

    Pour Muriel Arnal, c’est bien du côté italien que devraient regarder les autorités françaises. « Le préfet, au lieu de mettre en place des mesures de protection des troupeaux, élargit la possibilité de tuer, alors qu’on sait très bien que ce n’est absolument pas efficace. » Pour elle, il s’agit d’une « volonté électoraliste » qui « ne cherche pas à résoudre le problème sur le long terme ». Si l’efficacité des tirs est sujette à débat, leur augmentation ne menace pas directement la survie du loup. Selon les scientifiques, le paradoxe est plutôt que des tirs trop nombreux risquent de désorganiser les meutes… ce qui conduit à des attaques plus fréquentes.

  • Dans les Alpilles, les éleveurs s’organisent face à la menace du loup

    Dans les Alpilles, les éleveurs s’organisent face à la menace du loup

    Le ronronnement de la machine à café couvre un instant les bruits de mastication. Tandis que les agneaux, déjà bien dodus bien que nés cet automne, engloutissent du foin, Lionel Escoffier et l’un de ses deux bergers, Aurélien, démarrent la journée autour d’un gobelet d’où s’échappent des volutes de fumée. Chacun son petit-déjeuner.

    Au Mas de la Tapie, le travail est exigeant mais le cadre est paradisiaque : les 430 hectares de prairies sont plantés au pied du massif des Alpilles. Le maire d’Aureille et ses deux associés, ses cousins, ont repris l’exploitation de leur grand-père il y a une trentaine d’années. Ils y produisent du foin de Crau et élèvent 1 600 brebis et près de 1 300 agneaux chaque année, « sans compter les béliers », précise Lionel Escoffier. Une affaire qui roule.

    Mais depuis 2020, une nouvelle problématique vient perturber cette paisibilité : le loup. Longtemps cantonné aux Apennins, en Italie, il a fini par franchir la frontière au début des années 1990. En 1992, un premier couple est observé dans le Mercantour. Ce n’est que deux ans après qu’un troupeau de l’éleveur subit un premier assaut à Colmars-les-Alpes, dans le Haut Verdon, lors de la transhumance. Mais « en montagne, à part une grosse attaque survenue il y a une dizaine d’années qui nous a coûté une quarantaine de brebis à cause de mauvaises conditions météorologiques, on a toujours eu de la chance », assure l’éleveur.

    Une meute identifiée

    Depuis, le loup a avancé vers l’Ouest. « Une meute a été identifiée sur Roquemartine et Eyguières grâce à des pièges photo posés par le Parc naturel régional des Alpilles, mais il y a aussi des loups solitaires qui cherchent de nouveaux territoires », analyse-t-il. Finalement, c’est à Aureille que les dégâts sont les plus nombreux. Depuis le début de l’année 2025, le Mas de la Tapie a connu trois attaques. Une au printemps, qui a coûté la vie à 17 brebis, et « deux, deux jours de suite au mois de décembre ». À chaque fois, la procédure est la même : « On fait un signalement à l’Office français de la biodiversité, qui envoie un agent. Il vient sur place faire des prélèvements, des mesures des crocs, des photos, puis le dossier remonte à la Direction départementale des territoires et de la mer, qui confirme ou non si l’attaque est causée par un loup. »

    Si la prédation lui est imputée, les animaux tués et blessés sont indemnisés par l’État « en fonction de leur âge et de leur race ». Malgré ça, les attaques peuvent avoir des effets pervers, selon Lionel Escoffier : « Si ça devenait régulier, il y a quelques éleveurs qui pourraient arrêter, ce qui pourrait entraîner une déprise de terres agricoles ici quand on sait la pression foncière qu’il peut y avoir sur certains terrains. »

    Pour épauler les éleveurs qui font face à ce nouveau phénomène, le Parc naturel régional des Alpilles a relancé sa commission pastoralisme, jusque-là « en sommeil ». « Il y a eu une première réunion en décembre. » L’objectif : assurer une meilleure circulation de l’information concernant les attaques de loups.

    D’autres précautions sont utiles, affirme Laurent Escoffier : « Si vous avez un berger et des patous qui font leur boulot et un parc de nuit, vous arrivez à limiter les dégâts. » S’agissant du décret autorisant les tirs de défense, l’Aureillois assure : « Même s’il est publié, ça ne va pas être simple. Pour tuer du loup il faut être très bon. C’est surtout une manière de dire aux éleveurs : “On vous entend, on vous écoute”. C’est une mesure diplomatique. »

  • L’Arbois, cette décharge sauvage à perte de vue à Aix-en-Provence

    L’Arbois, cette décharge sauvage à perte de vue à Aix-en-Provence

    Des monticules de déchets et détritus divers à perte de vue avec en toile de fond la légendaire silhouette de la montagne de Sainte-Victoire qui se détache dans l’azur. Cézanne pris de nausée n’y mettrait pas son chevalet. L’ordure supplante la garrigue et la pinède sur le plateau de l’Arbois aux confins du territoire communal d’Aix-en-Provence. À deux cents mètres de la gare TGV, cette immense décharge sauvage attire, d’année en année, toujours plus dépôts, principalement des gravats de construction du bâtiment qui s’entassent avec des pièces de carrosserie automobile, des apports des particuliers comme une épave de bateau, un jet-ski, des matelas.

    Devant l’inertie des pouvoirs publics, un collectif citoyen « Déchargeons le plateau d’Aix-TGV » s’est créé en 2019, né de la pétition de Valentin qui cumule aujourd’hui plus de 60 000 signatures pour alerter sur ce scandale environnemental. Autorités, propriétaires fonciers privés et publics se renvoient la balle.

    15 hectares de détritus

    et déchets

    La décharge s’étend désormais sur 15 hectares. « On a atteint en dix ans des records en volumes. On estime la superficie à l’équivalent de 20 terrains de foot ici et autant de l’autre côté là-bas », pointe Frédéric, un membre du collectif qui arpente cette zone de désolation sous une pluie fine. On est au voisinage du grand site Natura 2000 du plateau de l’Arbois, si précieux pour le pastoralisme.

    Un premier site de déchets correspond à l’ancienne aire d’accueil provisoire de gens du voyage, une parcelle de 8,7 ha que la communauté d’agglomération du pays d’Aix-en-Provence louait depuis novembre 2013 à Drekra Foncier, propriétaire et ancien exploitant d’un contrôle technique de poids lourds. La commune lui a rendu le site en mars 2017 sans aucun état des lieux mais avec des monticules de déchets évalués à 41 000 m³, précise un jugement de la cour administrative d’appel validé par le Conseil d’État en juillet 2025 et qui considère que Dekra ne peut être regardée comme responsable de ces déchets et qui annule la mise en demeure par la commune d’Aix en avril 2020 de les éliminer. Le jugement rappelle que « les contrats conclus prévoyaient notamment une prise des lieux “dans l’état actuel”, à charge pour le preneur d’aménager le terrain et de le restituer en bon état d’entretien, étant précisé que le preneur s’engageait particulièrement à se conformer aux obligations relatives à l’élimination des déchets ». En octobre 2020, une parcelle de 5 000 m² du conseil départemental a été dépolluée de 1 320 m³ de déchets. On estimait alors à environ 250 000 m³ le volume de déchets abandonnés sur l’Arbois, considéré comme la 3e plus grande décharge sauvage de France.

    « Ils se moquent de nous »

    « On était à 6 millions d’euros de budget d’enlèvement des déchets mais depuis deux, trois ans, le même schéma se reproduit sur ce site limitrophe et là un nouveau cycle démarre. Il y en aura pour 10 à 12 millions d’euros. Le déchet appelle le déchet. Les gens voient que c’est un dépotoir alors ils jettent. Je parie que dans 10 ans, ils seront encore là », assure Frédéric. « La Ville d’Aix ne s’en occupe pas du tout. Ils se moquent de nous. Ils essayent de renvoyer la faute sur les autres. On demande un rendez-vous à Mme Joissains depuis septembre », déplore Béatrice.

    Les gens d’ailleurs pensent qu’on est sur le territoire de Vitrolles et ne se doutent pas qu’on est au point le plus reculé de la commune d’Aix. « En réalité, c’est tout le département qui vient jeter ici. S’il y avait un feu l’été, avec les pneus, les huiles, les pots de peinture, les produits chimiques, ça serait assez catastrophique avec le mistral. C’est urgent de s’en occuper. » Pour le collectif, c’est un environnement et une réflexion complète autour du déchet qu’il faut repenser : « Comment on les produit, qui les paye, quels sont les accès aux déchetteries et les filières de retraitement. Aujourd’hui, c’est devenu de plus en plus difficile d’accéder à une déchetterie. On a des quotas pour rentrer. Quand on arrive, les bennes sont pleines. Il faut un vrai raisonnement mais pas seulement sur l’Arbois. »