Tag: Pascal Galéoté

  • Vague de soutien pour la CGT du port

    Vague de soutien pour la CGT du port

    Il n’est même pas huit heures du matin, ce mardi, que les fumigènes recouvrent déjà la place Monthyon qui fait face au palais de justice de Marseille, dans le 6e arrondissement de la ville. Des fumigènes qui dévoilent une marée de gilets rouges trépignant devant les grilles de l’institution.

    Ce sont plusieurs centaines de militants CGT du département et au-delà qui sont venus apporter un « soutien indéfectible » à Pascal Galéoté, le secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Ce dernier est convoqué pour une audience au tribunal correctionnel, aux côtés de Bernard Cristalli, ancien trésorier du Comité d’entreprise (CE, ancien nom du Comité social et économique) du port. Les deux sont accusés « d’abus de confiance » dans le cadre de la gestion des comptes du CSE du GPMM. Des comptes dans lesquels la cour des comptes a fourré son nez en 2021, avant que le Parquet de Marseille pointe, en 2025, « plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise ».

    De quoi provoquer une montée au créneau unanime d’une myriade d’organisations CGT de la région qui dénoncent une « répression judiciaire » qui s’abat sur une figure des luttes locales (lire notre article du 27/04). Rappelons que la CGT est historiquement majoritaire au port de Marseille, avec actuellement plus de 750 syndiqués, et logiquement largement majoritaire au CSE avec 17 des 24 sièges de titulaires et suppléants de l’instance représentative du personnel, dont Pascal Galéoté est secrétaire. Elle est surtout de tous les combats et régulièrement motrice des mobilisations dans le département. D’où les plusieurs dizaines d’appels à la mobilisation, de syndicats divers et variés, pour ce mardi. Même des agents portuaires du Havre, de Rouen ou de Dunkerque ont fait le déplacement.

    Entre liste à la Prévert

    et pêle-mêle

    Manque de pot, ou pas, l’audience est reportée à 13 heures. Le comité de soutien fait le pied de grue. Et à ladite heure, débute une audience fleuve qui ne prendra fin qu’à 20 heures passées. Le Port n’est pas partie civile, le CSE non plus. Seuls les syndicats minoritaires FO, sept agents, et le syndicat des cadres sont dans le coup. In fine, le débat porte aussi sur le fait que les élus des dits syndicats n’ont pas, ou peu, bénéficié d’une partie des dépenses. La Cour a ainsi décortiqué les comptes du CE de 2014 à 2018, questionnant « 264 000 euros de dépenses » reprochés aux deux prévenus. Parmi elles, la présidente pointe notamment 98 000 euros de frais de restauration ou encore plus de 50 000 euros de frais de déplacement.

    Elle s’attarde sur plusieurs cas largement repris par les avocats des syndicats concurrents : une facture de 75 euros dans un bar à cocktails à Paris à 1h20 du matin par-ci, une cinquantaine de billets de TGV pour un 1er mai à la capitale par-là… À la barre, Pascal Galéoté justifie point par point les faits : pour le premier cas, c’est une dépense dans le cadre d’une discussion qui s’est prolongée tardivement après une réunion, pour le deuxième un trajet pour une rencontre avec d’autres CE portuaires. Un stylo Montblanc supposément offert ? « Il est toujours dans le coffre du CE », assure le secrétaire général. En bref, il est fait « une liste à la Prévert », pendant laquelle Cour et partie civiles questionnent pêle-mêle la remise de colis à des agents, pratique somme toute classique d’un CE, jusqu’à des frais de bouche, dont des notes de restaurants de plusieurs milliers d’euros, supposément « sans justification ». Si les montants peuvent paraître élevés, Pascal Galéoté rappelle qu’on dénombrait plus de 80 délégués et élus dans les différentes commissions qui découlaient du CE. Forcément, ça monte vite dans les chiffres.

    « Pas d’enrichissement personnel »

    Malgré les explications des prévenus, il n’en faut pas plus pour que le procureur cible « un budget utilisé en dehors de l’intérêt et des activités du CE ». En clair, des dépenses qui outrepassent le cadre du fonctionnement de l’instance comme des « déplacements de nature syndicale ». Il requiert 18 mois de prison contre les deux, assorti d’un sursis, de 5 000 euros d’amende contre Pascal Galéoté et 3 000 pour Bernard Cristalli. Mais également d’une peine de 5 ans d’inéligibilité. « Rien n’est démontré dans cette affaire, la somme reprochée correspond à quasiment toutes les dépenses du CE », plaide Maître Tom Bonnifay. Il explique que la justice a « confondu rapport de la Cour des comptes et enquête pénale » et note que la présidente du port de l’époque n’a même pas été entendue. Ou que l’on reproche à des militants de ne plus savoir ce qu’ils faisaient tel jour telle heure, 11 ans après les faits. « Il n’y a pas une liste de dépenses qui est imputable à l’un ou à l’autre (…) il n’y a pas d’enrichissement personnel », appuie-t-il.

    À la sortie de l’audience, Pascal Galéoté sort sous les applaudissements de ses camarades. Il résume la problématique : « On est tous les deux accusés d’avoir dépensé la même somme, pas au même moment et pas avec les mêmes dépenses mais la même somme quand même. » Avant de développer : « Il y a peut-être des dépenses, à la marge, où l’on a commis quelques erreurs. Par exemple des cocktails un soir, même si l’on explique que ça peut arriver de débattre tardivement de sujets, c’est pour eux difficile à entendre. On a essayé de répondre à toutes les factures. » Et se désole du fond de l’affaire : « C’est pour les syndicats minoritaires une opportunité de nous voir condamner. On aurait détourné 264 000 euros mais ils ne demandent rien à part l’inéligibilité ! C’est bien une attaque contre la CGT. »

    La décision sera rendue le 1er juin prochain.

    ILS DÉFENDENT L’ACTION SYNDICALE

    Romane Massip Adjointe PCF à la mairie des 1-7

    « Le capital est en crise. La CGT déplore 500 plans de suppression de poste dans l’industrie. Et ils souhaitent mettre à terre les travailleurs. Ce procès en est un exemple de plus. C’est un dossier de longue date avec des ré-accusations en chaîne d’abord parce que Pascal Galéoté est secrétaire de la CGT du Port. »

    Didace Galéoté USR CGT 13

    « Les syndicalistes, ici présents, viennent du Havre, de Dunkerque, et de Calais. Toutes les professions portuaires se sont mobilisées pour le soutenir. Le patronat n’a jamais supporté que les travailleurs s’unissent. Il tente aujourd’hui de briser les derniers maillons qu’il reste pour défendre la classe ouvrière. C’est un procès politique qui vise à évincer ceux qui gênent. »

    Eddy Bartolini, CGT GPMM

    « Ce procès fait suite aux accusations d’une plainte déposée par Force ouvrière en 2017, un syndicat moins représenté, qui nourrit une certaine rancœur envers nous. Nous sommes majoritaires dans les institutions et les commissions, ce qui les dérange. Ils tentent, par conséquent, de déstabiliser notre syndicat à travers un procès, même symbolique, c’est un peu extrême. »

    Véronique Dolot, CGT Métropole

    « Nous possédons des outils puissants, nous sommes présents forts et déterminés. Ils tremblent, et c’est ce qui fait notre force. Plus ils avanceront, plus la colère montera. Nous sommes les derniers debout. Les derniers qui ne cesseront de se battre pour l’ensemble de la classe ouvrière, les précaires, et les retraités sans jamais se satisfaire d’un simple compromis. »

    Virginie Akliouat, FSU

    « Ce n’est pas la première fois que nous sommes attaqués pour notre rôle de contre-pouvoir. Ces pratiques se multiplient, on le constate aussi au niveau des mouvements lycéens et la répression récurrente des forces de l’ordre sur les jeunes militants. Le pouvoir en place étouffe les voix des salariés et affaiblit celles des plus jeunes, afin de fragiliser les consciences politiques. »

    Maoudj Bader, SAP-CGT

    « Ces accusations sont diffamatoires. Le port est notre emblème, les portuaires nous ont toujours accompagnés, notamment lors d’agressions et de meurtres dans notre branche.

    Ils nous ont permis d’acquérir davantage de droits, d’augmentations financières et parfois même pour certains de retrouver leur travail. »

    Marie-Jo Cermolacce, PCF

    « Les syndicalistes comme Pascal Galéoté, ont permis pendant 20 ans, de soutenir l’industrie, et les acteurs du grand port. Ensemble, nous avons défendu les salariés, et nous sommes battus contre les trafics illicites. La CGT est la seule organisation qui se bat contre le libéralisme à outrance sur le port. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aujourd’hui attaquée par le patronat. »

    Rémy Hours, CGT Cheminots

    « L’action que la justice entreprend est une criminalisation de l’action syndicale. Ce n’est pas un acte isolé. On constate ces mêmes méthodes de partout sur le territoire. Il est le quatrième haut responsable de notre organisation traîné devant les tribunaux pour des motifs fallacieux. Leur objectif est de discréditer l’organisation syndicale dans les consciences collectives.»

    Nathalie Tessier, Adjointe PCF au maire de Marseille

    « Je suis venue en soutien de notre camarade qui est mis en accusation et soutenir la CGT. Ce procès est injuste, Pascal Galéoté subit cet acharnement car c’est un grand représentant d’un grand syndicat. La CGT du port est une organisation puissante qui défend le droit du travail et la classe ouvrière de Marseille. »

    Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

    « Nous réclamons l’absence de condamnation, même symbolique, ainsi qu’une clôture définitive du dossier. Ces actes prouvent malgré tout que nos démarches dérangent, une motivation suffisante pour ne pas lâcher, redoubler d’efforts, notamment dans le département. »

    Marc Pietrosino, secrétaire général UD CGT 13

    « Le gouvernement tente d’éliminer la CGT du Port car c’est un lieu où les salariés ont des droits qu’ils ont acquis par la lutte. Aujourd’hui des accusations totalement fallacieuses sont prises à charge contre le premier dirigeant du syndicat du Port de Marseille. S’en prendre à nos camarades, c’est attenter à un bastion ouvrier, qui a toujours su résister. »

    Thierry Camusso, CGT Filpac La Provence

    « L’avenir s’annonce compliqué avec le RN aux portes du pouvoir. En tant que syndicat nous avons besoin de ces élans de solidarité. Certains canards dénoncent Pascal Galéoté pour des affaires qui n’ont pas encore été jugées, notamment sur des détournements de fonds du CSE, ces accusations ne respectent pas la présomption d’innocence. »

  • Solidaires et en colère

    Solidaires et en colère

    Ils étaient nombreux, hier, devant le palais Monthyon à Marseille pour dire leur soutien à Pascal Galéoté, figure de la CGT du Grand port maritime et son camarade Bernard Cristalli.

    Le report d’audience de 8h à 13h n’aura pas entamé leur détermination ni leur conviction dans la probité des deux militants.

    Pour eux la chose est entendue : il s’agit d’un acharnement visant un des secteurs les plus combatifs de la CGT.

    Les précédents épisodes de cette affaire qui remonte à plus de 10 ans alimentent en effet la suspicion sur la sincérité de la démarche judiciaire. À l’origine, la très libérale Cour des comptes s’émeut de la gestion du CSE du Port. Le parquet s’est ensuite saisi tardivement du dossier sur fond de rivalité syndicale, ni le Port ni le CSE n’étant parties civiles.

    Empressement à salir

    Avant son procès Pascal Galéoté, a été entendu par la police. Une garde à vue annoncée par un journal proche du pouvoir avant même qu’il ne le sache lui-même… Puis c’est une Une sur les « grands procès à venir » cette année qui le fait figurer à côté du chef du clan Yoda, un criminel de niveau international… lui, le militant syndical portuaire qui fait partie des premiers signataires de « l’Appel de Marseille » contre le narcotrafic.

    Pourquoi cet empressement à salir ? Son avocat a martelé à l’audience qu’il n’y avait pas d’enrichissement personnel. La justice a promis de trancher le 1er juin. En attendant, la frénésie politico-médiatique qui entoure ce procès témoigne d’un fait. La bourgeoisie de ce pays n’a jamais digéré que les salariés aient arraché la possibilité de gérer une partie du fruit de leur travail.

  • Contre la répression judiciaire, la CGT fait front avec Pascal Galéoté

    Contre la répression judiciaire, la CGT fait front avec Pascal Galéoté

    Ce sont tous les militants du mouvement social qui font front commun avec le secrétaire général du Grand port maritime de Marseille (GPMM), Pascal Galéoté. Ce dernier est convoqué, ce mardi devant le tribunal correctionnel de Marseille, dans le cadre de l’affaire de la gestion du Comité social et économique (CSE) du port. L’ancien trésorier du CSE, Bernard Cristalli, est également mis en cause.

    De quoi provoquer une réaction unanime du côté de leurs camarades, avec une multitude d’organisations CGT qui appellent à la mobilisation au moment de l’audience, à partir de 8 heures du matin. « On est complètement dans le cadre d’une criminalisation de l’action syndicale, d’une justice de classe et d’un acharnement », tonne Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône (UD CGT 13). Avant de développer : « Cela s’inscrit dans des attaques plus globales contre les ports : la Cour des comptes les a visés, une mission parlementaire a été confiée à des députés du Rassemblement national… Ce sont des bastions cégétistes que certains veulent affaiblir. »

    Même écho du côté de François Canu, secrétaire de l’UD et secrétaire général de l’Union locale d’Aix, qui évoque une « procédure orchestrée ». « Ce n’est pas une attaque comme les autres. Cela va au-delà des deux camarades. On n’est pas dupes », martèle-t-il. Pour rappel, le 18 février 2025, à la suite d’une garde à vue éclair du syndicaliste, le parquet faisait le point sur l’affaire en évoquant une enquête préliminaire pour « abus de confiance » et « recel ».

    Plusieurs centaines

    de militants attendus

    « Elle a été ouverte à la suite d’un signalement adressé au parquet de Marseille, en décembre 2021, par le procureur général près la Cour des comptes, au regard de faits identifiés à l’occasion du contrôle des comptes et de la gestion du comité d’entreprise du GPMM », précisait l’institution dans un communiqué de presse. Tout en rappelant que Pascal Galéoté est présumé innocent, le parquet développait : « Les faits dénoncés sont relatifs à plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise du GPMM permettant de suspecter des dépenses à des fins personnelles (achat de matériel informatique et numérique, frais de déplacement, dépenses de bouche, etc.) ainsi que la prise en charge de dépenses syndicales, donc étrangères à l’objet du comité d’entreprise. Les sommes évoquées s’élèvent à plus de 250 000 euros sur une période allant de 2014 à 2018. »

    Pas de quoi faire trembler les militants. « Ceux qui pourraient être lésés dans cette affaire, le CSE et le port ou sa direction, n’ont pas porté plainte et ne sont même pas parties civiles, ça en dit long », commente Marc Pietrosino. Il rappelle que Pascal Galéoté avait répondu point par point à ces accusations à la suite de sa garde à vue (lire notre article du 24/01/25).

    De la CGT France Travail Paca, de la réparation navale, celle des cheminots de Marseille ou encore des agents des télécoms, en passant par la CGT Centrale de Gardanne… la liste des syndicats qui ont apporté un soutien « inconditionnel » aux deux portuaires est longue comme le bras. Et dépasse le cadre local, puisque Fédération des Ports et Docks comme la CGT au niveau confédéral ont appuyé publiquement Pascal Galéoté. Le syndicat CGT des Ouvriers Dockers et Portuaires du golfe de Fos appelle d’ailleurs à la mobilisation le même jour. La Fédération CGT des Ports et Docks également, avec la présence attendue d’agents portuaires de l’autre bout de la France. Tandis que la CGT GPMM Fluxel appelle à un arrêt de travail de 7h30 à 13h. Le soutien dépasse même la CGT, puisque la FSU 13 apporte aussi son soutien au secrétaire général. « On va envoyer le message que si quelqu’un touche un membre de la CGT, c’est toute la CGT qui répond », conclut François Canu.

  • Appels à la mobilisation pour soutenir Pascal Galéoté

    Appels à la mobilisation pour soutenir Pascal Galéoté

    « L’ensemble de nos organisations CGT appelle à soutenir nos camarades le mardi 28 avril à partir de 8 heures, devant le tribunal correctionnel de Marseille. » Dans un communiqué commun, la Fédération CGT des Ports et docks, l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône et la CGT au niveau confédéral donnent le ton de la riposte syndicale prévue la semaine prochaine.

    Une riposte face à la convocation de Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM), ainsi que de Bernard Cristalli, trésorier, au tribunal, dans le cadre d’une procédure autour de la gestion du comité social et économique (CSE) du port.

    Des dizaines de motions de soutien

    Les organisations mettent les points sur les i : « Ces attaques sont orchestrées par les autorités politiques avec la complaisance d’un patronat souhaitant mettre fin à toute forme de contestation. » De quoi faire écho à l’envoi de dizaines de motion de soutien par une myriade de syndicats CGT de toute la région et au-delà (lire notre brève du 21/04). Plusieurs unions locales de Marseille, dont celle des Quartiers nord ou celle de La Rose, ont réalisé des communiqués apportant une solidarité « inconditionnelle » aux deux syndicalistes et donnent également rendez-vous à leurs militants devant le tribunal. Même principe pour l’Union locale d’Istres ou encore la CGT d’ArcelorMittal. Et que dire du communiqué commun entre plusieurs organisations de la CGT du secteur de l’énergie qui tonne : « Portuaires et énergéticiens, même combat. » Et évoque une « répression généralisée contre la CGT ».

  • À 60 ans, le Grand port prépare son futur

    À 60 ans, le Grand port prépare son futur

    Comment dessiner ensemble un avenir pour le port Marseille-Fos ? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre les participants au colloque organisé par La Marseillaise, le 13 novembre dernier, à l’aube des 60 ans du port autonome (PAM).

    Depuis sa fondation, il y a plus de 2 600 ans par les Phocéens, la ville s’est construite autour de son port mythique. Longtemps géré par la plus ancienne chambre de commerce au monde, qui a accompagné son évolution d’un port colonial à un port industriel, celui-ci se retrouve, aujourd’hui, au carrefour de nombreux enjeux contemporains.

    Longtemps, cette zone industrielle protégée et la municipalité se sont affrontées. « Le port et la ville se tournent le dos, mais il n’y a aucune fatalité à cette situation. Nous sommes dans une phase d’ouverture, de transition », veut croire Hervé Martel, président du directoire du Grand Port maritime de Marseille, nouvelle dénomination depuis 2008. Ainsi, le port a été précurseur dans le branchement à quais de ses navires, qui se poursuit. « L’acceptabilité du port par la ville évolue. Le dialogue est exigeant et extrêmement constructif », fait valoir Jean-Pierre Cochet, alors adjoint (PS) au maire de Marseille en charge du dynamisme économique. Une réponse aux critiques concernant le croisiérisme ou la réparation navale. Et, au-delà de la charte Ville-Port signée en 2013 – qui ne concerne que le bassin Est -, il envisageait la mise en place d’un contrat Ville-Port (inscrit dans le programme électoral de Benoît Payan) qui met l’accent sur la formation et les transports.

    Les perspectives d’emplois et formations liées au maritime sont au cœur du développement du port. « Posons-nous la question de ce que nous pouvons collectivement faire pour promouvoir, dans les écoles, les lycées de la mer, les universités, à tous les niveaux de formation auprès des étudiants et étudiantes marseillais, ces métiers autour de l’activité du port, afin qu’ils puissent choisir de belles carrières, à Marseille, dans ces métiers portuaires, logistiques, maritimes », pousse Christine Cabau Woehrel, ex-directrice du port et actuelle directrice centrale exécutive de CMA-CGM.

    Ainsi, la création d’une école des métiers de la mer est largement soutenue, de la gauche à la droite, en passant par les acteurs économiques et les syndicats. « Il y a notamment dans la réparation navale des métiers en tension. C’est rageant de voir, à 1,5 km du port, dans de grands ensembles, des jeunes qui voudraient travailler et qui ne le peuvent pas, faute de formation. Ils souhaitent se former, voient le port et ne peuvent y accéder », regrette le sénateur PCF des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi. « Aujourd’hui, nous avons des formations de marins grâce au pavillon français, à La Méridionale et à Corsica Linea, mais il faut pouvoir former aussi des charpentiers, des tuyauteurs pour nos entreprises. Il y a aussi une multitude de nouveaux métiers, des spécialistes de pales d’éoliennes », ajoute Olivier Cèbe, membre élu de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Aix-Marseille-Provence.

    17 500 emplois en 2025

    À l’heure de la désindustrialisation massive du pays, alors que la zone marseillaise connaît l’un des taux de chômage les plus élevés de France, « le Port de Marseille essaie de se développer, de sortir de ces difficultés. Il représente 17 500 emplois. Ce bassin d’emplois est une opportunité pour la population marseillaise », souligne Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port maritime de Marseille-Fos.

    Car, au même moment, la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire en prenant le virage de la décarbonation, après des critiques reprochant au grand port de manquer de vision stratégique et de se comporter comme un simple propriétaire foncier. Dans la foulée du grand débat public achevé en 2025, la fourniture d’énergie par la ligne THT ainsi que le développement des infrastructures routières et ferroviaires figurent désormais parmi les priorités. « Si on a un sujet à réussir, à court terme, c’est vraiment la transformation de Fos-Berre. Pour la partie maritime, on aura besoin des nouveaux carburants, méthanol de synthèse, qui pourraient être présents à Fos. Cela donnera un avantage compétitif au port de Marseille et permettra de créer plus d’emplois de marins et de dockers », insiste Pierre-Antoine Villanova, directeur général de Corsica Linea.

    Le port autonome de Marseille (PAM) a fêté, ce 1 er avril, sa soixantième année. Troisième port pétrolier d’Europe et propriété de l’État, il constitue un acteur majeur du développement du territoire. Mais aussi l’un des plus importants employeurs des Bouches-du-Rhône, avec quelque 17 500 salariés pour Marseille seulement, et 42 600 emplois industriels et portuaires sur ses bassins Est et Ouest. Devenu Grand Port maritime de Marseille (GPMM) en 2008, il fait aujourd’hui face à plusieurs défis : réindustrialisation, décarbonation de ses activités et préservation de l’emploi.

    Les dates clés

    1er avril 1966. Suite à une loi de juin 1965, le Port autonome de Marseille (PAM) voit officiellement le jour. L’inauguration officielle de Fos a lieu le 20 décembre 1968.

    17 mai 1974. L’usine sidérurgique Solmer (appelée par la suite Sollac, puis ArcelorMittal), installée dans le bassin de Fos-sur-Mer, démarre son activité en 1974.

    9 octobre 2008. Le décret n° 2008-1033 du 9 octobre 2008 institue le Grand Port maritime de Marseille (GPMM).

    28 juin 2013. La charte Ville-Port est signée par la Communauté urbaine de Marseille (aujourd’hui Métropole Aix-Marseille-Provence), la Ville de Marseille, le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, le Grand Port Maritime de Marseille, Euroméditerranée, la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence et l’État.

    2025. Le Grand Port maritime de Marseille-Fos a présenté, en novembre dernier, un projet stratégique 2025-2029 pour un montant d’un milliard d’euros d’investissement, sur cinq années.

    Témoignages

    Jérémy Bacchi, Sénateur PCF des Bouches-du-Rhône

    « À toutes celles et ceux qui ont pu, un jour, imaginer que les bassins Est pourraient disparaître ou n’avoir que du trafic passager, je dis que c’est une hérésie. Marseille a besoin d’une activité industrielle ! »

    Hervé Martel, Président du directoire du GPMM

    « Le Port de Marseille a vocation à le rester. [Il] offre à Marseille des milliers d’emplois, des infrastructures exceptionnelles, une activité de transport de voyageurs qu’on n’imagine pas transférée en Camargue. »

    Pascal Galéoté, Secrétaire général CGT du GPMM

    « Le Port de Marseille a vécu depuis des années contre la ville. (…) Les choses changent, la ville a compris qu’elle ne pouvait plus s’opposer au port et le port travaille à son acceptabilité sociale et sociétale. »

    Christine Cabau Woehrel, Directrice centrale exécutive de CMA CGM

    « Marseille représente un carrefour majeur au cœur de la Méditerranée, à la croisée de l’Afrique et de l’Europe. Un carrefour de passagers, de marchandises, mais aussi de data. »

    Patrick Maddalone, Membre du Directoire du port de Marseille-Fos

    « Hydrogène, carburants de synthèse, l’acier décarboné : un nouvel écosystème est en train de se mettre en place. Nous espérons que ces projets aboutiront, car ils fourniront alors plus de 10 000 emplois. »

    Olivier Cèbe, Membre élu de la CCI AMP

    « Marseille représente aujourd’hui, avec 2,5 millions de passagers, le premier port méditerranéen après Barcelone. Ces 2,5 millions de passagers qui entrent dans nos territoires, il faut savoir les accueillir. Ils font vivre nos territoires et la ville de Marseille. »

    Laurent Barlet, Directeur des activités industrielles Suez

    « La décarbonation comporte des enjeux de gestion de la ressource. Aujourd’hui, l’eau utilisée par un industriel ou une collectivité peut, moyennant un traitement, être réutilisée par un autre industriel. »

    Julien Fieschi, Directeur général adjoint La Méridionale

    « Le verdissement de notre flotte à quai a toujours été une priorité depuis 2015. Nous avons évité d’émettre plus de 14 000 tonnes de CO² dans le port de Marseille, grâce à cette connexion électrique. »

    Pierre-Antoine Villanova, Directeur général de Corsica Linea

    « Oui, on peut développer des activités d’entreprise en étant responsable sociétalement, socialement et en ayant également un objectif environnemental durable. »

  • Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Lors de ses vœux, ce jeudi 22 janvier, Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port maritime de Marseille, a tenu à rappeler que son activité relevait avant tout du « fruit du travail des travailleuses et travailleurs du port ».

    S’il convient que « le port dispose d’un modèle économique robuste », il s’interroge sur l’avenir de cet outil de développement crucial du territoire, notamment « sur la finalité de certains projets sur les segments à la fois liés à la décarbonation et soumis à une concurrence exacerbée ». Pour le responsable syndical, « les prochaines élections municipales sont un laboratoire politique ». Et de souligner que « depuis plusieurs semaines, nous voyons fleurir des discours d’équilibrisme électoral, le fameux “en même temps” ». 

    Décarbonation sans ligne THT ?

    À savoir : « Un emploi industriel mais en même temps sans industrie, pour la souveraineté énergétique mais avec une baisse de la production, pour la décarbonation mais contre la ligne à très haute tension, pour la transition écologique mais contre le transport ferroviaire, pour la qualité de l’air mais contre le branchement des navires à quai. » Et au final, des positionnements « toujours contre les industries des activités portuaires, qu’il s’agisse des passagers, de la réparation navale ou du transport des marchandises », résume-t-il. Autant d’éléments qui poussent le syndicat à la plus grande prudence.

  • Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des portuaires de Marseille mais aussi de Fos-sur-Mer ont assisté nombreux ce jeudi 22 janvier aux vœux de la CGT. L’occasion pour leur secrétaire général, Pascal Galéoté, de contextualiser ce traditionnel exercice. D’abord, la situation internationale qui concerne au premier chef un port ouvert sur le monde.

    Santé, paix, solidarité, « ces mots peuvent paraître simples mais ils prennent aujourd’hui une résonance toute particulière dans un monde traversé par l’instabilité, les conflits et les dérives autoritaires » pose-t-il. Et de revenir sur un « Donald Trump qui se pose en arbitre du monde et en tuteur autoproclamé des nations ». Il rappelle à quel point le « discours politique s’est décomplexé, glissant sans retenue d’une droite conservatrice vers une extrême droite agressive, autoritaire et prédatrice ». Déplorant la multiplication des interventions militaires, en dehors « du droit international, du rôle de l’ONU et de la souveraineté des peuples », le syndicaliste souligne le cas du Venezuela, revient sur les velléités de Trump de capter les ressources fossiles du Groenland.

    La domination par la force. Une logique « que nous retrouvons en France » décline Pascal Galéoté déplorant « la concentration des pouvoirs, l’arrogance et l’autoritarisme » qui entraîne le pays vers « l’impasse démocratique ». Jusqu’à user du 49-3 faute de pouvoir voter un budget, après avoir « refusé de nommer un Premier ministre issu du Nouveau front populaire pourtant arrivé en tête aux dernières législatives ».

    Remise en cause du 1er mai

    Et de dénoncer le creusement des inégalités, les aides aux entreprises qui atteignent des sommets « sans aucune contrepartie sociale, salariale, environnementale ou industrielle ». Il enchaîne sur la remise en cause des « repères sociaux, des droits collectifs et de nos symboles ». Il entend par là le détricotage du 1er mai avec une proposition de loi LR, soutenue par les macronistes et le RN, pour autoriser ce jour-là le travail de certains secteurs, restaurants, fleuristes ou culture, en débat ce jeudi à l’Assemblée nationale. Pas question pour lui de « s’attaquer aux droits sociaux et à l’histoire ouvrière ».

    En matière de dérive, il revient aussi sur cette Une du journal La Provence le 14 janvier, sur les « grands procès de 2026 », le mettant au même niveau notamment que le chef du clan Yoda. Si depuis, le directeur de la rédaction, Olivier Biscaye, s’est fendu d’une adresse aux lecteurs, réfutant « l’idée d’avoir voulu porter atteinte à l’honneur » du responsable CGT, une rencontre a eu lieu ce jeudi matin indique Pascal Galéoté, entre « notre fédération, l’Union départementale » et « la numéro 2 de CMA et le directeur du pôle média ». « Profondément attaché à la liberté de la presse », il estime qu’elle « implique des responsabilités ».

    Fort de 42 500 emplois portuaires pour 54 métiers, soit « des dizaines de milliers de familles », il s’inquiète aussi de l’avenir, alors que la campagne des municipales bat son plein. « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs », assène-t-il. Sans industrie, le port deviendrait « une coquille logistique fragile, soumise à la volatilité des trafics et à une concurrence internationale féroce », prévient-il, « la transition écologique ne peut se résumer à une opposition simpliste entre la fin du monde et la fin du mois ». Malgré un chiffre d’affaires en hausse de 245 millions d’euros, le bilan d’activité reste contrasté analyse-t-il, « le port doit beaucoup à ses activités passagers, à la réparation navale et à la fourniture de ses services essentiels comme l’eau et l’électricité ».

    « Une conjoncture instable », qui ne doit pas faire oublier que ce résultat est celui d’une « capacité collective à produire de la richesse » martèle Pascal Galéoté, fier de revendications qui ont permis la création de 37 emplois supplémentaires en 2025, « dont 4 négociés hier soir pour l’activité voyageurs », de « 87 nouvelles adhésions en 2025 pour atteindre les 867 syndiqués ».

    « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs »

  • L’UD CGT 13 dénonce la « Une » de La Provence

    L’UD CGT 13 dénonce la « Une » de La Provence

    La « Une » de nos confrères de La Provence d ece 14 janvier, à propos des « grands procès de 2026 » et des « affaires qui feront la Une de l’actualité judiciaire cette année », fait réagir l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône. Et il y a de quoi : le journal affiche Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT du Grand Port Maritime de Marseille (CGT GPMM) aux côtés de Félix Bingui, le « chef du clan Yoda jugé pour le trafic de la Paternelle » ou encore de l’affaire des « bars à filles de l’Opéra », à la Une comme dans les pages.

    « Une nouvelle fois, ce journal orchestre une mise en scène méthodique visant notre camarade », tempête l’organisation syndicale. Elle juge que « le placer sur la même ligne que des trafiquants, des tueurs d’enfants, des marchands de sommeil ou des proxénètes ne relève ni de l’information ni du hasard. Cela traduit un choix éditorial assumé, profondément partial et politiquement orienté ».

    L’UD CGT 13 revient aussi sur le passif entre la CGT du Port et le journal du milliardaire Rodolphe Saadé : « Deux plaintes ont été déposées en janvier 2025 visant “La Provence”. Elles sont actuellement en cours d’instruction : l’une pour violation du secret de l’enquête, l’autre pour diffamation. » Manière de rappeler que La Provence avait révélé le placement en garde à vue de Pascal Galéoté concernant des soupçons de détournement fonds du Comité social et économique du port avant même qu’il ne soit lui-même au courant. Lequel nie en bloc ces accusations. « Cette mise en parallèle scandaleuse vise à discréditer l’action syndicale et celles et ceux qui, chaque jour, défendent les droits des salariés », développe l’UD CGT 13. Avant de dénoncer une « tentative grossière de caricature ». Et de noter : « La stigmatisation et les amalgames ne feront jamais taire la contestation sociale ni les luttes portées par la CGT. »

    Précisons qu’au lendemain de la parution de cette Une et la diffusion du communiqué de presse de la CGT, le directeur de la rédaction de La Provence, Olivier Biscaye s’est justifié d’un mot « à nos lecteurs » apportant quelques éléments d’importance*. Ce dernier entame : « Une photo qui ne passe pas », avant de renvoyer à la communication de la CGT. Puis développe : « Cette Une peut en effet prêter à interprétation, nous entendons le point de vue de Pascal Galéoté, sa présence aux côtés des autres affaires peut se discuter ». Pour autant il précise ensuite : « Cependant, nous réfutons l’idée que nous ayons voulu porter à l’honneur du responsable CGT dont nous suivons l’actualité avec minutie et rigueur ». Les militants de l’organisation syndicale et le concerné apprécieront… Ou pas.

    *Article mis à jour le 15/01 dans la matinée

  • Un rassemblement pour soutenir le Venezuela

    Un rassemblement pour soutenir le Venezuela

    « Donald Trump, casse-toi ! Le Venezuela n’est pas à toi ». Devant la préfecture à Marseille, samedi soir, quelques centaines de personnes se sont rassemblées pour dénoncer « l’impérialisme américain » au Vénézuela. Une mobilisation organisée à l’appel de diverses structures, comme le Parti communiste, la France Insoumise, l’Union départementale de la CGT ou encore des collectifs antimilitaristes. Tous sont venus réclamer une action de la France et de la communauté internationale pour contrer les états-Unis.

    «  Je suis venu parce que c’est une invasion. ça me révolte autant que quand Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine, ou que Benyamin Netanyahou a attaqué Gaza », s’indigne l’un des manifestants. « Mais on est pas assez je trouve », se désole-t-il. Pour Ivan, être là ce samedi soir est important « pour montrer que l’on est pas d’accord. Car j’ai peur des conséquences que cette intervention peut avoir ».

    Pascal Galéoté, au nom de l’UD CGT des Bouches-du-Rhône, estime que l’attaque américaine et l’enlèvement de du président Nicolás Maduro « rappellent les heures les plus sombres de l’impérialisme américain. Sous fond de lutte contre le contre le narcotrafic, c’est une vraie dérive fasciste et c’est une remise en cause de la paix ».

    « L’impérialisme ne se cache même plus et il s’approprie les ressources d’un pays », s’indigne Mathilde Lanté, du mouvement Révolution Permanente. Les manifestants réunis réclament également que la souveraineté du Venezeuela soit laissée à ses habitants. « Quoi qu’on pense du président Nicolás Maduro, c’est à son peuple de choisir et pas à Donald Trump, s’exclame au microphone Lil, du collectif Guerre à la guerre, sous les applaudissements. Nous sommes pour une réelle souveraineté populaire. »

    Enfin, certains exigent des sanctions rapides de la part des instances internationales contre le président américain Donald Trump, la libération de Nicolás Maduro et la fin des politiques impérialistes menées en Amérique latine et partout dans le monde.

    Un rassemblement de soutien au Venezuela est également organisé à Martigues, ce lundi à 18h place Jean-Jaurès, à l’initiative du PCF, LFI, du collectif Palestine, de l’Union locale CGT et du Mouvement de la paix.

  • Des embauches plus que symboliques pour les salariés de la Centrale de Gardanne

    Des embauches plus que symboliques pour les salariés de la Centrale de Gardanne

    Enfin, la lumière au bout du tunnel pour les salariés de la Centrale de Gardanne. En sous-préfecture d’Aix-en-Provence, ce mercredi, représentants des salariés, de l’État, de l’association des travailleurs du site et de la CGT se sont réunis pour des signatures de contrats de travail inédites. Inédites, car le projet industriel qu’ils portent depuis plusieurs années, fruit d’âpres luttes syndicales et d’innombrables conflits sociaux, devient enfin concret.

    Après la fermeture de la centrale à charbon en 2018, depuis reconvertie en centrale biomasse, l’idée de la création d’une unité de production d’énergie sur le site, qui permettrait la réembauche des salariés licenciés du fait de la fin du charbon, avait germé. Cette idée est désormais une réalité avec la signature des trois premiers contrats de la société d’exploitation Provex, issue du travail de l’Association des travailleurs de la Centrale de Gardanne (ATCG) porteuse du projet « BioMéthane Provence ».

    « On a toujours eu les idées claires pour l’avenir, on avait l’exemple des Fralib… Comme quoi la lutte paie ! », se réjouit Michaël Bounoua, pour la CGT du site. « C’est une journée un peu exceptionnelle qui scelle dans le marbre un combat de 7 ans », renchérit Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM) et représentant l’UD CGT 13 ce jour. Même le sous-préfet d’Aix, Mathieu Gatineau, s’affiche grand sourire : « c’est la clôture heureuse d’un épisode social douloureux. » Avant de développer : « C’est la fin d’un épisode historique et le début d’une nouvelle ère que nous espérons tous. Les travailleurs de la centrale ont été dans l’innovation. »

    Une nouvelle ère qui devient concrète pour Nicolas, Khalil et Bouziane, qui signent un contrat au statut des travailleurs des Industries électriques et gazières (IEG). Tous ont été licenciés du site, deux sont issus d’un sous-traitant de GazelEnergie, propriétaire de la Centrale, mais ont quand même « subi de plein fouet le plan de licenciement puisqu’ils étaient avec la CGT dans le mouvement social ». Le troisième a directement été visé par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) mené à la centrale, en 2021, et fait partie des « 27 licenciés » pour lesquels les travailleurs de la Centrale se sont tant battus.

    À l’origine, 90 travailleurs de la Centrale étaient concernés par ce PSE, dont une « quarantaine de licenciés contraints ». Mais, entre les départs à la retraite et ceux qui ont préféré partir pour d’autres horizons, on arrive aux fameux 27. Lesquels ont été soumis à un congé spécifique d’accompagnement (CAS), dispositif mis en place suite à la fin du charbon, qui devait bientôt prendre fin pour la plupart, impliquant donc du chômage pour ces derniers. Mais il faut retenir que tous vont être réembauchés, à terme, grâce à BioMéthane Provence. « Une solution a été trouvée pour chacun », insiste Mathieu Gatineau. « C’est ce qui nous a animés : que chaque salarié retrouve un emploi », abonde Loïc Delpech, président de l’ATCG (lire entretien ci-contre).

    « Décarboner en créant

    de l’emploi »

    Après ces trois recrutements, une deuxième vague de huit autres salariés est prévue, le mois prochain, puis le reste des licenciés d’ici janvier 2027. À terme, le projet prévoit une cinquantaine d’emplois directs. « Même si ça a été un sentier long et tortueux, on salue la responsabilité des autorités, qu’il a fallu bousculer, par des mots et par moments », note Pascal Galéoté. Avant de souligner « le travail colossal » des salariés pour faire aboutir le projet et d’applaudir « l’exemple de ce que peut amener la lutte ».

    Un exemple à plus d’un titre, notamment sur le plan industriel et écologique. Maël Disa, fondateur de Gazotech, entreprise nantaise et associée aux salariés pour la création de Provex, loue une « première étape d’un projet de reconversion sociale qui est bien plus large : un projet industriel neuf sur le site de la Centrale ». Il rappelle que l’industrie à venir est « ambitieuse, quasi une première mondiale », puisqu’elle s’appuie sur de la récupération de bois déchet et un procédé de pyrogazéification pour la création de biogaz et son injection dans le réseau. « Et, ultimement, être liquéfié pour servir de carburant GNL [Gaz naturel liquéfié] pour les navires », développe-t-il. Avant de préciser : « On est sûr un projet circulaire, avec des intrants locaux, qui sinon partiraient ailleurs par camions. Et avec une récupération des cendres pour en faire du biocharbon qui remplace le fossile ». En bref : « Décarboner tout en créant de l’emploi. »

    Encore des étapes à franchir

    « On va continuer à accompagner le projet, sur le plan financier avec une partie des études qui restent à faire et aider à aller chercher des financements auprès de l’ensemble des partenaires institutionnels », précise le sous-préfet, Mathieu Gatineau. Car il reste bien quelques étapes d’importantes. Comme le résume Pascal Galéoté : « On ne parle pas encore de victoire, car le chemin est encore long. » Et notamment « des études qui doivent permettre l’aboutissement total du projet », précise Loïc Delpech. Et aussi une « autorisation environnementale à faire instruire ». Le tout étant intrinsèquement lié à l’activité de la centrale de Gardanne, dont l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation avait fait l’objet de débats juridiques et d’une nouvelle enquête publique, cette année.