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  • [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    L’affaire Lyhanna

    Didier Gesualdi : Suite à l’affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans, violée et assassinée par un suspect faisant déjà l’objet d’une plainte, qui a suscité une émotion immense, quelles mesures avez-vous proposé ?

    C’est un drame. Ces drames me font toujours réagir : aujourd’hui dans notre pays, toutes les 3 minutes un enfant subi des violences sexuelles et tous les cinq jours un enfant meurt sous les coups de sa propre famille dans son propre foyer. Au drame de Lyhanna qui a perdu la vie, s’ajoute le fait qu’il y avait des signalements. Là, tu te dis combien de fois nous n’avons pas pu protéger, nous n’avons pas cru ? Tu te bouscules… C’est là que ce drame a saisi le pays, c’est parce qu’il appelait à changer profondément de regard et de doctrine. Qu’est-ce que ça veut dire changer de doctrine ? Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, m’a demandé quelque chose d’efficace, des mesures apportant des solutions immédiates. On a l’habitude d’entendre « tout le monde est responsable, il faut protéger collectivement ». Moi je crois qu’il y a des responsabilités individuelles, dans toute la chaîne judiciaire, dans la police, dans la gendarmerie, dans les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (Unaped) qui vont écrire les dossiers pour dire ce que la jeune fille ou le jeune garçon a comme traces pour que la justice aille au bout. Ça, c’est pour traiter les drames mais comment on les évite ? En contrôlant les antécédents judiciaires des hommes et des femmes qui travaillent auprès des enfants. Je pense qu’il y a un changement sincère et profond parce que le drame Lyhanna a obligé tout le monde, toutes les institutions, à ouvrir ses placards et à s’interroger sur ses responsabilités.

    Léo Purguette : Il faut quand même regarder l’état de la justice. Est-ce que tous ces mots ne sont pas vains s’il n’y a pas plus de moyens pour traiter les signalements et les plaintes ?

    Bien sûr qu’il faut des moyens, le Premier ministre s’y est engagé. Plus de 300 nouveaux magistrats, plus de 300 enquêteurs supplémentaires mais également des infirmières scolaires supplémentaires. Mais j’ai toujours peur que pendant qu’on dit « il faut des moyens », on ne se saisit pas des problèmes aujourd’hui. Quand on parle de rechercher les antécédents judiciaires, ce ne sont pas des moyens nouveaux, c’est une nouvelle méthode qui autorise des personnes qui ne l’étaient pas auparavant à regarder des fichiers ou le certificat d’honorabilité que j’ai développé. Ce n’est pas une histoire d’argent de donner la capacité à tous les employeurs publics de ne pas laisser des prédateurs dans leurs institutions.

    LA LIBÉRATION DE LA PAROLE

    Didier Gesualdi : Les premières révélations sur la pédocriminalité ne datent pas d’hier. On est en 2026, c’est encore tabou ?

    Quand un enfant parle on le croit. Et on ne lui demande pas de parler sans qu’il y ait des suites et des conséquences. Combien il y a de secret de famille ? Combien il y a encore de choses qu’on considère comme honteuses. Pourquoi les silences sont aussi longs ? Parce que c’est vrai, aujourd’hui la justice condamne peu. Mais il se passe quelque chose dans notre pays. D’abord, il y a eu #MeToo, ça a libéré la parole des femmes. Cela fait mouvement. Grâce à cela, on a commencé à entendre différemment la parole des enfants. Qu’est-ce qu’il y a de plus abject, de plus ignoble que d’agresser sexuellement un enfant ? Que de le violer ? À des âges… L’année dernière, c’est plus de 600 nourrissons de 0 à 2 ans qui ont été victimes de violences sexuelles !

    Léo Purguette : C’est effroyable, comment le détecter quand ces pauvres enfants ne peuvent pas encore parler ?

    C’est là où les médecins, le monde de la petite enfance, les crèches, les assistantes maternelles, l’ensemble des adultes autour des enfants doivent être formés à repérer. Il faut une confiance dans toute la chaîne, que la justice traite et condamne. J’ai la conviction qu’être aujourd’hui autant exposé à de la pornographie sur Internet, il y a plus de 700 000 images pédocriminelles par jour en ligne, facilite malheureusement les passages à l’acte.

    LES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

    Léo Purguette : Des affaires d’agressions sexuelles ont éclaté à Paris mais aussi à Marseille, comment les prévenir ?

    Malheureusement, il y en a eu partout. Chez moi à Nantes, à Lyon, ici… Il n’y a pas un territoire qu’il soit petit ou grand qui n’ait pas été touché. Pour une raison toute simple : les prédateurs vous pensez qu’ils font quoi ? Quand ils sentent qu’il y a un espace où c’est un peu moins contrôlé, ils vont là où il y a des enfants. Quand c’est le cas dans le périscolaire, ils y vont, dans le sport, ils y vont, dans la culture…

    Léo Purguette : Vos mesures ont-elles donné des résultats ? Avez-vous des éléments chiffrés dans les Bouches-du-Rhône ?

    Oui. Sur les antécédents, j’ai rendu obligatoire de contrôler les condamnations définitives mais aussi d’aller voir le Fijais, c’est le fichier des infractions sexuelles pas définitivement condamnées parce que la justice peut prendre 6 ou 7 ans. Je considère que le principe de précaution, on l’applique pour les questions environnementales, il n’y a pas de raison qu’on ne l’applique pas pour les enfants. Donc on sort ces personnes-là de la proximité des enfants. Juste sur ce contrôle, on a, ici, dans les Bouches-du-Rhône, interdit à plus de 360 personnes d’être au contact des enfants. Au total 46 000 personnes ont été contrôlées. On avance.

    L’AIDE SOCIALE À L’ENFANCE

    Léo Purguette : Il y a eu des scandales d’exploitation sexuelle dans l’aide sociale à l’enfance partout en France, c’est vrai notamment dans les Bouches-du-Rhône. C’est une compétence départementale, pour autant l’État peut-il s’en désintéresser ?

    Jamais de la vie. Nous avons une devise où figure l’égalité sur tous les frontons des mairies. La protection n’a pas à dépendre de ton code postal. Et pour autant, je ne suis pas naïve, il y a des différences en fonction des territoires. Elles ne sont pas acceptables. L’État doit y prendre toute sa part. C’est ce que le fait avec la refondation de la protection de l’enfance. Vous savez dans le cas de ces jeunes filles qui se retrouvent dans les réseaux des proxénètes, certains éducateurs s’interposent, ils finissent avec quatre doigts coupés. C’est d’une violence monstre. Il faut condamner les proxénètes mais aussi ceux qui vont chercher ces jeunes filles. On a réussi à le faire avec les poupées pédocriminelles de chez Shein. Il faut aller chercher toute la chaîne.

    LA LOI INTÉGRALE

    Léo Purguette : Une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants est réclamée. Les associations féministes citent l’exemple de l’Espagne qui a obtenu des résultats en mobilisant plusieurs milliards d’euros, serons-nous dans cet étiage ? Ou cette loi sera-t-elle une loi de plus ?

    Il y a deux choses en même temps en ce moment à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une loi sur la protection des enfants avec la question de l’aide sociale à l’enfance parce que plus il y a de vulnérabilité, plus il y a de victimes. Mais il y a aussi 70% des violences sexuelles qui se font à la maison. Pour briser cela, il faut une approche globale et des moyens financiers. Le Premier ministre s’y est engagé : 2,6 milliards pour les enfants, 1,4 milliard supplémentaire pour les violences faites aux femmes. Mais attention ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Quand on voit qu’un petit garçon peut être enfermé dans une camionnette dans l’Est de notre pays pendant 16 mois avant que quelqu’un se dise « il faut appeler, il faut prévenir, il se passe quelque chose de bizarre ». C’est chaque adulte qui doit prendre sa place dans la protection de l’enfance. Il faut prévenir, appeler, ce n’est pas de la délation. Le 119 est un point d’entrée.

    Léo Purguette : Quel budget nouveau pour financer cette loi intégrale ?

    Je le redis : 1,4 milliard contre les violences faites aux femmes, 2,6 milliards pour les enfants. Ce que je souhaite, c’est une mobilisation aussi des collectivités, de toutes les institutions. Que chacun se dise « qu’est-ce que je fais pour les enfants » et qu’on n’aille pas seulement sur la question de l’argent qui d’un seul coup résoudrait tout. Oui, il faut des magistrats, des soignants, des éducateurs, ils seront recrutés mais il ne faut pas que cela. Il faut que la place des enfants devienne une priorité, ce n’est pas encore le cas partout. Il est aussi nécessaire d’accompagner les parents au niveau de l’école en disant qu’il n’y a plus de devoirs après 20h sur Pronote, qu’il n’y a plus de groupe WhatsApp de classe. Vous vous rendez compte : 46% des enfants cyberharcelés l’ont été sur un groupe WhatsApp de classe ! Comment voulez-vous que les parents imposent tout seuls à leur enfant de ne pas y être quand tout le reste de la classe y est ?

    L’IA ET LE PAPE

    Didier Gesualdi : Vous publiez « Changez d’ère » un manifeste pour remettre l’humain au centre dans l’ère de l’intelligence artificielle. Comment ?

    Je viens du mouvement centriste, influencé par la doctrine sociale de l’Église. Entre moi et la social-démocratie, le personnalisme ou le gaullisme social, il n’y a pas grand-chose de différent. Nous avons des héritages différents mais dans un moment où l’IA peut être une chance dans la santé, l’innovation, l’apprentissage… elle peut aussi être un tsunami de dangers sur la liberté de conscience, la démocratie, l’environnement… Ne refaisons pas l’erreur de prendre du retard avec l’IA comme on en a pris avec les réseaux sociaux. Utilisons nos héritages pour porter un autre regard sur les enjeux de notre époque.

    Léo Purguette : Le Pape, actuellement présent en France, a publié une encyclique « Magnifica humanitas » sur l’IA. Que vous inspire-t-elle ?

    J’ai eu la chance d’aller à Rome travailler sur cette encyclique puisque le Vatican avait identifié nos travaux et j’ai rencontré le Pape. Cette encyclique est très universelle, que l’on soit croyant ou non. Elle pose la question de la dignité.

    Léo Purguette : À l’occasion de cette rencontre avez-vous évoqué les abus sexuels dans l’Église ?

    Oui. J’ai eu aussi l’occasion d’en parler avec le nonce apostolique puisque je suis aussi les travaux de la Civiise et de la Ciase, deux commissions qui traitent des violences sexuelles. Ce n’est pas parce qu’on a un peu ouvert les yeux que les réponses sont abouties. Il y a encore des prédateurs et des enfants qui ont besoin d’être protégés.

    LES ÉCRANS

    Didier Gesualdi : Qu’avez-vous à dire aux familles qui ont bien du mal à limiter l’accès aux écrans ?

    Je ne veux pas charger les épaules des parents, on essaye tous de tenir c’est compliqué. Mais quand son enfant n’est pas rentré, qu’on ne sait pas où il est, on s’inquiète. Sauf que dans sa chambre avec son téléphone, il a plus de risques de rencontrer des prédateurs que dehors. 90% des recrutements dans les réseaux d’exploitation sexuelle dans notre pays sont faits sur Internet, sur les réseaux sociaux avec des techniques de manipulation absolument abjecte. Vos enfants peuvent se retrouver dans une situation de « grooming ». Ça veut dire quoi ce nouveau mot ? Ils vont rencontrer quelqu’un qui va prétendre avoir leur âge et va devenir un peu leur ami. Il va demander une photo, elle va être transformée avec de l’IA pour peut-être la dénuder. Elle va être utilisée pour leur faire du chantage. Ils ont tellement honte, tellement peur de se faire gronder qu’ils finissent par se retrouver dans des guets-apens, parfois dans des violences sexuelles qui vont être filmées.

    Léo Purguette : Que peut la puissance publique ?

    Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Non pas pour les punir mais pour les protéger. Il faut aller au bout.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Geneviève :

    Bonjour. Je suis grand-mère et avec tout ce qu’on entend sur les agressions de jeunes enfants, j’ai peur des colonies de vacances etc. Comment garantir la sécurité des enfants sans les garder enfermés à la maison ?

    Je crois que les enfants n’ont pas vocation à rester enfermés à la maison. Ils ont besoin qu’on garantisse les espaces dans lesquels ils vont. Pour cela, il y a plusieurs moyens. D’abord la vérification des antécédents judiciaires pour qu’un prédateur ne se retrouve pas à nouveau à proximité des enfants. Ensuite, c’est l’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars). Je sais bien qu’à chaque fois cela fait polémique. Mais la vérité c’est que nos enfants doivent connaître leurs droits, leur corps parce que, malheureusement, la majorité des violences sont faites par quelqu’un qu’on connaît. 80% des violences sont le fait d’un papa, d’un grand oncle, d’un grand-père, d’un beau-père… Ensuite, il y a des institutions, chez les scouts, dans les colonies de vacances, dans le milieu du sport… S’ils ont été confrontés à quelque chose, il faut dire aux enfants qu’on les croira et que ce n’est pas de leur faute. Dans beaucoup de familles, quand on commence à parler de ça, on se souvient qu’un jour, quelqu’un a dit quelque chose. C’était tellement douloureux qu’on n’en a jamais reparlé. Il faut briser ce silence, c’est comme ça qu’on pourra durablement protéger les enfants sans les priver de la chance de grandir, de vivre des expériences collectives. Je crois à l’éducation populaire, il faut garantir aux enfants qu’on sera toujours à leurs côtés.

  • [Exclusif] Benoît Payan va rencontrer le pape Léon XIV vendredi

    [Exclusif] Benoît Payan va rencontrer le pape Léon XIV vendredi

    Trois ans après la visite du pape François à Marseille, c’est à Paris que Benoît Payan rencontrera son successeur, à l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en France. Convié par la présidence de la République avec le maire (PS) de Paris Emmanuel Grégoire, il participera à la rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique organisée à l’Élysée, vendredi matin.

    « Nous connaissons les liens forts qui ont été créés entre Marseille et le pape lors de la venue de son prédécesseur en 2023 », explique-t-on dans l’entourage du maire, en se disant « très honorés » de l’invitation. Et de rappeler le rôle important joué par le cardinal Jean-Marc Aveline.

    «Je le connais un peu, il a été mon patron pendant deux ans, témoignait ce mercredi matin, sur France Inter, l’archevêque de Marseille, à l’origine de cette visite en France. Quand je lui ai proposé, c’était oui, mais il fallait trouver la date, c’était plus compliqué ». C’est alors qu’il se rendait à l’aéroport pour revenir à Marseille qu’il a appris que le pape acceptait, après l’annulation d’un voyage. « Ce jour-là, je m’en souviens, j’avais gardé 24 heures de silence total pour prendre la mesure intérieure de cette nouvelle et de tout ce qu’elle permettrait », partageait le cardinal.

  • Léon XIV chez lui en terre hispanique

    Léon XIV chez lui en terre hispanique

    Il est arrivé samedi matin à Madrid pour une visite qui s’achèvera aux îles Canaries le 12 juin. Le Pape Léon XIV, s’est rendu tout d’abord au Palais Royal, où il a rencontré le Roi et la Reine pour une visite de courtoisie en présence de nombreuses personnalités politiques, dont l’actuel chef du gouvernement, Pedro Sanchez. Présents notamment, Isabel Diaz Ayuso (Parti Populaire) la présidente de la communauté de Madrid, Alberto Feijoo le président du Parti Populaire et Santiago Abascal président de Vox (extrême droite). En fin de journée, il s’est rendu dans un centre d’accueil de migrants et de sans-abri, avant de participer à une veillée-prière avec des milliers de jeunes, place de Lima.

    Dimanche, il a célébré une messe devant des centaines de milliers de Madrilènes, selon les organisateurs, place de Cibeles, au cours de laquelle il a dit clairement que la religiosité n’est pas « un musée du passé qu’il faudrait visiter » et aussi que « les chrétiens sont appelés à être présents dans les défis de la société et dans la construction du bien commun. Personne ne doit s’agenouiller devant le Seigneur en ignorant son frère ».

    Lors de sa rencontre, samedi, avec le roi Felipe VI, le Pape a lancé un appel à fuir les discours identitaires « qui semblent limpides, mais qui peuplent le monde de fantômes et ennemis. Ce n’est pas la culture de l’affrontement, mais celle de la rencontre qui génère stabilité et prospérité ». Cet appel, selon le Journal La Vanguardia, a certainement sifflé aux oreilles du leader d’extrême droite Santiago Abasca qui, selon le quotidien, regardait le plafond au moment de cette déclaration… Puis le pape a salué « l’engagement du pays pour la paix et la solidarité entre les peuples », ajoutant : « J’exprime ma gratitude pour votre fidélité au droit international et au multilatéralisme, qui se traduit par un engagement actif pour la paix et la solidarité entre les peuples. »

    Ce qui est frappant, c’est l’impression que donne le souverain pontife qui semble être ici comme chez lui, à l’aise, et ne se privant pas de donner son opinion sur tous les sujets. Il n’ignore pas les tensions politiques intérieures entre le gouvernement de coalition de gauche, et une droite et extrême droite dont les propos, notamment sur la priorité nationale et contre les mesures de régularisation de l’immigration, sont souvent d’une grande violence, ni que ces mêmes politiques du PP et de Vox sont des admirateurs de Trump. Léon XIV, aux origines hispano-américaines, n’en a cure et il a choisi l’Espagne pour dire ce que, selon lui, doit être un nouvel ordre mondial multilatéraliste.

    Les abus sexuels et la pédophilie dans l’Église sont un autre sujet que devrait aborder le Pape lors de son séjour. D’ailleurs, il devait répondre à ce propos à des journalistes lors du vol vers Madrid, « la pédophilie dans l’Église catholique reste une plaie encore ouverte », soulignant qu’il continuera à lutter contre ce phénomène.

    Ce lundi, le pape rencontrera Pedro Sanchez, président du gouvernement. Il s’exprimera également aux Cortes. Mardi 9 juin, Léon XIV s’envolera pour Barcelone. Mercredi, il visitera le centre pénitentiaire Brians 1, situé au nord-ouest de Barcelone. De là, il se rendra à Montserrat, plus au nord. De retour à Barcelone, il présidera la messe dans la basilique de la Sagrada Familia et inaugura, à cette occasion, la Tour de Jésus-Christ, tout juste achevée, qui culmine à plus de 172 mètres d’altitude.

    Jeudi 11 juin, le pape s’envolera pour l’île de Las Palmas de Gran Canaria, l’un des principaux points d’entrée vers l’Europe. La parole du pape sur les migrants sera très attendue. Vendredi 12 juin, le pape se déplacera sur l’île de Santa Cruz de Tenerife. Il échangera avec des migrants puis avec les organisations œuvrant pour l’intégration de ceux-ci, avant de regagner Rome en début de soirée.

  • Un pape messager de paix en Algérie

    Un pape messager de paix en Algérie

    Il n’a « pas peur » de l’administration Trump et affronte les affres de la colonisation en appelant au « pardon » devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France…

    Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté ce mardi 14 avril Alger pour Annaba, sur les traces de Saint-Augustin, théoricien de l’histoire du christianisme, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

    Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d’une tournée dans quatre pays d’Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

    Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à « s’en tenir aux questions morales » et à « laisser le président des États-Unis se charger de définir la politique publique américaine ».

    La veille, dans l’avion qui l’amenait en Algérie, le pape avait estimé que l’Église avait « le devoir moral de s’exprimer très clairement contre la guerre ». Soulignant ne pas avoir « peur » de l’administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir « entrer dans un débat » avec elle.

    Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être « un grand fan » du pape, l’accusant de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien et de s’être opposé à l’opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

    Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l’Église catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de Donald Trump, qui a jugé « inacceptables » ses déclarations.

    À Annaba, l’antique Hippone, le chef de l’Église catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430). Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l’ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd’hui composé d’environ 3 000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

    Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d’accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

    L’islam sunnite est religion d’État en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d’habitants.

    L’après-midi, devant environ 1 500 fidèles, il célébrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

    Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d’Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). La « paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon », a-t-il déclaré, appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ».

    « Une société vivante, dynamique et libre »

    Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à « ne pas dominer » le peuple et à promouvoir « une société civile vivante, dynamique et libre ».

    Depuis l’élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l’espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

    L’après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la baie d’Alger.

    Là, il s’est recueilli dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200 000 morts selon un bilan officiel. Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d’Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

    Mais les tensions demeurent. À une quarantaine de kilomètres du lieu de ce déplacement officiel, à Blida, un double attentat-suicide a eu lieu lundi. Deux kamikazes se seraient fait sauter. Les médias locaux et les autorités algériennes n’ont pas communiqué à ce stade sur ces faits.

    Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d’un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu’au 23 avril, un périple de 18 000 km à l’agenda très dense.

    « La Méditerranée doit être le pôle de stabilité du monde » Samia Ghali, Troisième adjointe au maire de Marseille (DVG)

    « En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations », a déclaré Léon XIV dès son arrivée en Algérie lundi, au lendemain de sa traditionnelle bénédiction de Pâques, où il avait appelé « ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres » à « choisir la paix ». « Je crois qu’on partage tous cette vision pour demain, a souligné Samia Ghali, troisième adjointe au maire de Marseille. Je n’en attendais pas moins du pape dans son discours. Au contraire, il a fait un discours qui, je crois, apaise. Et c’est là son rôle : apaiser les esprits, apaiser les consciences et aller vers de l’avenir positif plutôt que dans ce qu’on est en train de vivre actuellement, partout. » Si Léon XIV s’était déjà rendu en Algérie avant d’être nommé souverain pontife, c’est la première fois qu’un pape opère une visite officielle dans le pays. « La visite a été couronnée de succès. Je suis personnellement, comme beaucoup d’Algériens je crois, très contente, s’est enthousiasmée l’élue municipale. Même s’il y a une très grande majorité de musulmans en Algérie, les chrétiens ont toujours eu une place importante. Ça témoigne de l’ouverture qu’il y a sur place. »

    Plus globalement, sur l’appel à la paix en Méditerranée, en proie à une désastreuse et meurtrière actualité, Samia Ghali défend qu’elle doit être « le pôle de stabilité du monde ». « Se concentrer sur la Méditerranée est important si on veut réussir une paix. Et je crois que c’est important que Marseille soit le symbole de cette Méditerranée apaisée », a-t-elle ajouté.

    M.M.

    « La religion ne réglera pas les problèmes entre États » Pierre Pradel, Membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis

    Dès son arrivée en Algérie, le pape a appelé, lundi, au « pardon » devant le Mémorial du martyr d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). « Me trouver devant ce monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation », a-t-il souligné. Il s’agit là pour Pierre Pradel, membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis, d’un message « positif » dans le contexte des « mauvaises relations qu’il peut y avoir entre la France et l’Algérie ». « La colonisation a été quelque chose de terrible. C’est bien que l’on tienne compte de cette période où les Algériens ont subi des difficultés majeures », s’est-il ému. S’il souligne l’importance de la « possibilité pour les religieux de discuter ensemble », Pierre Pradel revendique son athéisme, qu’il cultive « grâce à Dieu », ironise-t-il. « La religion peut être, pour les croyants, un moyen de se retrouver. Mais ce n’est pas par la religion que les problèmes entre États se résoudront selon moi, mais par la politique. Ce sont des questions diplomatiques et géopolitiques, défend-il. Il faut avant tout que la France reconnaisse les atrocités qu’il a pu y avoir en Algérie pendant la guerre et avant. Et qu’elle assume la non-reconnaissance des Algériens dans leur activité, y compris contre le nazisme. » La guerre d’indépendance de l’Algérie a fait selon Alger 1,5 million de morts algériens et 500 000 morts dont 400 000 Algériens selon les historiens français.

    M.M.

    « Le pape replace l’église au milieu du village » Samia Chabani, Sociologue et coordinatrice de l’association Ancrages, cultures et mémoires d’exil à Marseille

    Sociologue et coordinatrice d’Ancrages, association qui œuvre depuis 2000 à la valorisation de l’exil comme objet de patrimoine vivant, Samia Chabani a beaucoup travaillé sur l’histoire de la colonisation. Au sujet de la visite de Léon XIV en Algérie, partie notamment sur les traces de l’histoire chrétienne du pays, la sociologue salue le discours d’un « médiateur de paix », rappelant l’« ancrage ancien du christianisme, qui n’est pas qu’occidental et européen ». « Le christianisme a ses sources dans l’actuelle Turquie, dans l’actuelle Algérie, en Afrique du Nord et dans l’amazighité aussi, qui est la culture source et première de l’Afrique du Nord, retrace-t-elle. Le pape s’appuie sur l’appartenance à l’ordre des Augustins, notamment pour rappeler la philosophie de Saint Augustin, naît dans l’actuelle Algérie. Une manière de montrer que le patrimoine commun entre l’occident et l’Algérie n’est pas que politique, il est aussi spirituel. » Une position qui dénote avec celle tenue par Donald Trump, porteur d’un « christianisme messianique » d’après Samia Chabani. « Léon XIV enlève à Trump sa puissance qu’il puise dans son christianisme qu’on pourrait qualifier de sectaire, détaille-t-elle. Trump veut que tout le monde reste à sa place : les juifs en Israël, les chrétiens dans une espèce d’occident qu’il fantasme. Ce n’est pas du tout porteur de paix. Finalement, le pape replace l’église au milieu du visage en disant : «moi, je suis chef de l’Église catholique romaine, et je dis que le message chrétien, c’est d’abord un message de paix». »

    M.M.

  • Un anti-Trump en soutane

    Un anti-Trump en soutane

    Le déplacement de Léon XIV en Algérie est historique à plus d’un titre.

    D’abord parce qu’il est la première visite papale sur cette terre en deux millénaires d’existence de l’Église. Ensuite parce qu’il a lieu dans un moment où les tensions sont vives entre les deux rives de la Méditerranée près de 65 ans après l’indépendance de l’Algérie. Enfin parce qu’il intervient pendant que le monde est déchiré par des conflits attisés notamment par l’administration Trump.

    Léon XIV délivre à cette occasion un message de paix dans une volonté de dialogue interreligieux à l’opposé des partisans du « choc des civilisations » pour maquiller leurs menées impérialistes motivées exclusivement par la recherche de profit et le contrôle des ressources.

    Un écho à la visite du pape François à Marseille

    C’est donc également un message politique. D’autant plus fort, que le souverain pontife est lui-même originaire des États-Unis et qu’il s’est attiré les foudres du président américain et de son entourage. Un anti-Trump en soutane en somme.

    Une position importante en pleine guerre au Moyen-Orient.

    Cette démarche résonne particulièrement dans le sud de la France où elle fait écho à la visite du pape François à Marseille notamment sur les enjeux des migrations.

    Elle réveille chez ceux qui croient au ciel, et chez ceux qui n’y croient pas, l’ambition d’un monde de paix.

    Au-delà des gouvernements, les sociétés civiles en Algérie comme en France aspirent à l’apaisement des tensions et à l’ouverture d’une page d’amitié entre nos peuples.

  • Cinq identitaires rejugés pour leur étendard xénophobe

    Cinq identitaires rejugés pour leur étendard xénophobe

    « La pensée derrière est bienveillante, pas injurieuse. Elle est plus complexe que ça. C’est pas par détestation des migrants. La submersion migratoire, ça nuit à leur pays car c’est une fuite des cerveaux », a osé Marc, 23 ans, devant la cour, embrayant sur « la hargne antifasciste qui déferle sur nous ». On en oublierait presque les autocollants de l’Action française, de la Brigade antinègres, des photos de graffiti « LGBT en prison » avec croix suprémacistes d’occident trouvés chez les uns et les autres. Le 24 juin 2023, en plein concert de soutien à « SOS Méditerranée » – l’ONG qui depuis 2016 a secouru 42 700 migrants – lui et quatre autres militants proches de Stéphane Ravier, ont déroulé une immense banderole où était écrit « Qu’ils retournent en Afrique, #defendsMarseille ».

    « Le but était d’alerter l’opinion, dire qu’ils sont mieux chez eux plutôt qu’en Europe dans l’illégalité », assure Aurélien, 28 ans, le leader qui filmait le coup médiatique pour inonder les réseaux sociaux. « Je ne dis pas qu’il ne faut pas les sauver mais SOS Méditerranée importe des personnes en situation d’illégalité », accuse le prévenu qui brandit sa liberté d’expression.

    « Ces gens ont un agenda politique »

    « C’est pas des propos hostiles, choquer n’est pas injurier ni provoquer à la haine », assure d’ailleurs Adrien, 26 ans, ingénieur. « C’est un dossier à charge contre moi. Il n’y a pas de connotation injurieuse », veut aussi faire croire Romain. « Louis Degrelle, je ne sais pas qui c’est », botte l’humaniste. L’écrivain pronazi et antisémite belge figurait dans son portable au milieu de clichés anti-LGBT. « Ah, c’est pas la photo du pape ! », tonne Alain Lhote, pour la Maison des potes, qui rappelle que « la violence des idées précède celle des actes ». Vincent, 27 ans, licencié en sociologie, discourt lui sur « la caricatutre qui est faite du militant nationaliste décérébré. Ce n’est pas le skinhead des années 80 avec sa barre de fer. L’objectif était d’apporter une vision, un regard sur le trafic d’êtres humains en Méditerranée. »

    « Ces gens ont un agenda politique. Et la banderole s’inscrit dedans », souligne Me Pascal Luongo, représentant la Ligue des droits de l’Homme. « Ce qui leur est reproché, ce n’est pas une idée mais d’avoir voulu provoquer à la haine. L’antifascitme a refondé la République après la Seconde guerre mondiale. Prenez exemple de Missak Manouchian ! »

    « Dans le contexte politique actuel, on sait les risques que font peser ces militants d’extrême droite en incitant à la violence », plaide Frédérique Chartier, autre conseil de la LDH. « Quand un homme se noie en mer c’est un devoir de le sauver. Je ne regarde pas la couleur de sa main. Les mots de la banderole peuvent tuer. On en est là dans ce pays », a rappelé Me Tavitian pour la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

    « Ces mots sont extrêmement graves », estime aussi l’avocate générale Catherine Levy qui a requis 6 mois de prison avec sursis à l’encontre des cinq prévenus, aggravant les peines de première instance. « Comment peut-on parler de migrants en les assimilant à des virus ? Ce champ lexical de la maladie, évidemment que cela exhorte à de la haine, de la discrimination et de la violence. Cela ne peut pas être couvert par la liberté d’expression. »

    « On vous demande de colorer le propos incriminé en les faisant passer pour cinq petits nazillons », a dénoncé Me Julien Pinelli en plaidant la relaxe. De conclure sur une citation : « Quand j’entends “liberté, liberté liberté”, j’ouvre toujours la fenêtre pour voir qui on va pendre ! »

    Délibéré le 25 mars 2026.