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  • Crise sanitaire : la filière conchylicole de Thau en apnée

    Crise sanitaire : la filière conchylicole de Thau en apnée

    L’annonce est tombée le 22 janvier, au terme d’une nouvelle réunion entre conchyliculteurs et représentants publics : la fermeture sanitaire de l’étang de Thau est prolongée d’au moins un mois à compter du 20 janvier. Les analyses demeurent défavorables après les pluies du week-end précédent, et aucune date de reprise n’est avancée. La préfecture le rappelle : la levée de l’interdiction dépendra uniquement de résultats sanitaires. Or derrière cette décision administrative se cache une question plus lourde : celle de la protection réelle de la population face à une contamination. Depuis fin décembre, les autorités évoquent la détection de norovirus dans les coquillages, responsable de gastro-entérites, particulièrement dangereux pour les personnes fragiles, âgées ou immunodéprimées. L’interdiction de vente n’est donc pas un simple outil de gestion économique : c’est un acte de protection sanitaire, qui vise à éviter des intoxications alimentaires à grande échelle. Sur ce point, même les professionnels le reconnaissent. Fabrice Grillon, directeur du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée, le rappelle : « Oui, c’est une catastrophe économique », mais la priorité reste de « protéger les consommateurs. »

    C’est précisément là que le débat s’intensifie. Pour les acteurs du territoire, la crise – la troisième depuis 2022 – ne peut pas être analysée uniquement comme une succession d’aléas naturels. Henri Loison, président du Comité des usagers du bassin de Thau du cycle de l’eau, parle clairement d’une crise sanitaire structurelle. Il insiste : « Le traitement des eaux usées est une obligation de santé publique » et cette protection « n’est pas assurée régulièrement. » Autrement dit, si les coquillages deviennent impropres à la consommation, ce n’est pas d’abord parce que le milieu naturel serait « malade », mais parce qu’il reçoit des pollutions d’origine humaine.

    Ce point est central : le norovirus n’apparaît pas spontanément dans une lagune. Sa présence est le marqueur d’une contamination fécale, liée aux rejets d’eaux usées dans le milieu. Les épisodes pluvieux jouent un rôle d’accélérateur : lorsque les réseaux d’assainissement débordent ou fonctionnent mal, ils entraînent vers l’étang des eaux chargées de bactéries. La conséquence est directe : les coquillages, organismes filtreurs, concentrent ces agents pathogènes et deviennent alors un risque pour la santé des consommateurs. La fermeture administrative n’est donc que la dernière barrière d’un système qui a déjà failli en amont.

    La crise de trop ?

    Sur le terrain, cette situation nourrit la colère. Dans les reportages de France 3 Régions diffusés les 21 et 22 janvier, des ostréiculteurs décrivent des exploitations à bout de souffle : « Ça sera la plus grosse crise que j’ai connue en 50 ans de métier », ou encore « 56 jours de fermeture, je n’ai jamais connu ça. » Mais derrière l’urgence économique, leurs propos traduisent aussi une angoisse plus profonde : celle d’être perçus comme responsables d’un risque sanitaire qu’ils subissent, pris en étau par un système d’assainissement qu’ils ne maîtrisent pas.

    Face à la crise, les collectivités annoncent des aides financières : 1,5 million d’euros d’aide directe, exonérations, reports de charges… Un total chiffré à plus de 20 millions d’euros en 2026, incluant des investissements sur les réseaux. Ces mesures apportent un soulagement immédiat, mais elles ne répondent qu’indirectement à la question centrale : comment garantir durablement la sécurité sanitaire des productions et de l’ensemble de la population ?

    Loïc Linarès, président de Sète Agglopôle Méditerranée, a lui-même reconnu la gravité de la situation lors de ses vœux à la presse le 28 janvier, évoquant une crise « dramatique qui pourrait être celle de trop ». Sa proposition de créer un « comité de lagune », réunissant collectivités, État, professionnels et usagers, vise précisément à traiter le problème à la racine : suivre l’état du milieu, planifier les travaux d’assainissement, repenser l’équilibre entre urbanisation et capacité des infrastructures.

    Car l’enjeu dépasse désormais la seule conchyliculture. Si des rejets d’eaux usées peuvent, à chaque épisode pluvieux, rendre impropres à la consommation des produits alimentaires, alors c’est toute la chaîne de protection sanitaire qui est interrogée. La crise de l’étang de Thau agit comme un révélateur : elle montre les limites d’un système d’assainissement sous tension, l’impact direct de ces défaillances sur la santé publique, et la fragilité d’un territoire où l’environnement, l’économie et la santé sont intimement liés. Pour les conchyliculteurs comme pour les habitants du bassin, l’attente est désormais la même : que les annonces se traduisent enfin par des actes structurels, capables d’empêcher que la prochaine pluie ne rouvre, une fois de plus, la même plaie.

  • Des pilleurs présumés de palourdes devant le tribunal

    Des pilleurs présumés de palourdes devant le tribunal

    Ils étaient sept et une société à devoir se justifier d’une « pêche illicite » de palourdes, mais aussi pour « travail dissimulé en bande organisée » et « mise sur le marché de denrées préjudiciables à la santé » et « blanchiment ». Entre 2022 et 2024, ce sont près de 24 tonnes de coquillages d’une valeur marchande estimée d’environ 576 000 euros que le groupe a récoltées illégalement sur les pourtours de l’Étang de Berre. La totalité du butin, elle, est estimée à une valeur entre 600 000 et 700 000 euros. D’un côté, Jean-Michel et Séverine Z., époux dirigeants d’une société héraultaise, « Cap Horn », détenteurs d’un étal aux halles de Sète. De l’autre, des pêcheurs suspectés d’avoir exercé sans licence et au-delà des normes et périodes imposées.

    Une vaste enquête de la gendarmerie maritime, ouverte en février 2023, a notamment permis de faire le lien entre les deux parties. Motivée par le constat de l’intensification de la pêche dans l’Étang de Berre, donc de la suspicion de pêcheurs illégaux, l’enquête débouche en novembre 2024 par l’arrestation de 25 personnes. À cette heure, ce sont 28 personnes qui sont poursuivies. Rendus plusieurs fois sur les lieux, les gendarmes repèrent à plusieurs reprises des véhicules chargés de plusieurs dizaines de kilos de marchandises.

    Pêcheurs désargentés

    En octobre 2024, l’épouse, présidente de la société Cap Horn, est photographiée en pleine vente de palourdes, disposées sur un étal, en pleine période d’interdiction préfectorale de pêche de palourdes. C’est finalement une mise sur écoute et une géolocalisation dans le cadre de l’enquête qui permet de faire le lien entre les dirigeants de la société et les pêcheurs illicites. Cap Horn rachetait à hauteur de 6,50 euros au kilo le butin de particuliers ni déclarés, ni homologués, pour les revendre 10 euros le kilo à des restaurateurs sans que leur origine ne soit mentionnée. « On l’a connu sur la plage, explique Mercedes C., l’une des pêcheuses présumées, admettant par ailleurs que le butin pouvait atteindre les 40kg jour. Je savais que 2 kilos par jour étaient autorisés [pour les pêcheurs amateurs, en période autorisée, Ndlr.]… mais j’étais dans le besoin. »

    Des coups de pression

    À la barre, chacun des cinq pêcheurs amateurs dépeint une situation de grande précarité. Pour certains un RSA, des nécessités… « On savait qu’il ne refuserait pas », souligne Me Ludovic Dupatureaux, avocat d’un des prévenus, insistant sur le profil de son client bénéficiaire de l’aide handicapée, ne sachant ni lire ni écrire et « ne roulant pas sur l’or », Jean-Michel Z. lui, assure « qu’il n’y avait pas d’aspect pécunier ». « Mon client (…) reconnaît avoir commis quelques irrégularités dans la façon de fonctionner, provoquées par une conjoncture économique à laquelle il a fallu qu’il résiste. Il conteste faire partie d’une organisation structurée dans laquelle les gens travaillent pour lui », appuie son avocat Me Jean-Marc Darrigade. Une certaine autorité de Jean-Michel Z. sur les pêcheurs a également été pointée par le tribunal. « Dis-leur d’arrêter de faire les feignasses, il nous faut 300 kilos », lit dans un des échanges entre Gaby C, pêcheur et Jean-Michel Z. « Je les encourageais à travailler (…) La relation que j’ai avec eux est celle de collègues », assure le dirigeant de société. Les parties civiles insistent-elles, sur l’impact écologique. Me Josée Israël pour le Comité régional des pêches réclame 10 000 euros de préjudice d’image et 50 000 euros pour les dommages écologiques. Me Isabelle Vergnoux pour la FNE Paca, l’Aspas, et la LPO demande 20 000 euros pour chaque association.

    Le parquet de son côté requiert pour les pêcheurs des jours-amendes allant de 50 à 100 euros, des interdictions d’activités liées à la pêche et des restrictions d’accès aux plages du Jaï et de Chateauneuf-les-Martigues jusqu’à plusieurs années. Pour les dirigeants de Cap Horn : deux ans de prison avec sursis probatoire, dissolution de la société, confiscation de la saisie des comptes de celle-ci et indemnisation des parties civiles. Le délibéré sera rendu le 18 novembre.