Tag: ouvriers

  • Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    « Un congrès de la CGT, c’est 1 000 luttes en puissance. » C’est devant plus de 1 000 délégués et avec un discours enflammé que Sophie Binet a officiellement ouvert le 54e congrès de la CGT, ce lundi. Lequel se déroule « dans un contexte inédit ». « Les bruits des bottes s’amplifient. Jamais l’extrême droite n’a été au pouvoir dans autant de pays », s’inquiète-t-elle. Une situation qu’elle lie avec la crise du capitalisme. « Pour le capital, la démocratie est maintenant un problème, c’est la raison pour laquelle l’alliée indispensable du capital, c’est l’extrême droite », analyse Sophie Binet. Elle prend pour exemple concret « le Medef qui, pour la première fois depuis 1945, traite le RN comme un parti comme les autres ». Et martèle : « L’extrême droite est la pire ennemie du monde du travail. Face à elle, l’antidote c’est le syndicalisme CGT. »

    Des messages pas anodins puisqu’ils sont en lien avec les échéances électorales françaises à venir : « Nous allons nous mêler du débat présidentiel pour remettre les travailleurs et travailleuses au centre du jeu. » Elle s’adresse d’ailleurs à Fabien Roussel (PCF), Marine Tondelier (EELV), Manuel Bompard (LFI) et Olivier Faure (PS), tous présents ce jour : « Je note que la CGT fait l’unité, pourvu que ça dure ! ». Et de lancer un « appel de Tours » : « aucun candidat n’aura les voix de la CGT, des travailleurs, sans s’engager à abroger la réforme des retraites ».

    Mais ce discours est aussi, et surtout, le moment pour elle de faire le bilan de son mandat. « Faisons les comptes, depuis 2023, quatre Premiers ministres contraints à la démission, cinq réformes enterrées, deux budgets d’austérité en partie vidés de leur contenu », énumère-t-elle. La secrétaire générale revient sur l’exemple de la réforme des retraites. « Nous avons refusé de tourner la page, nous avons fait échouer le conclave et décalé l’application de la réforme des retraites », se félicite-t-elle. Elle réalise aussi un bilan plus critique : « Il y avait plus de manifestants que de grévistes. Nous n’avons pas réussi à étendre la grève le jour où l’intersyndicale avait appelé à mettre le pays à l’arrêt […] Tous les syndicats CGT n’ont pas appelé à la grève. »

    FSU et Ictam comme dossiers chauds

    Le lien est tout trouvé avec les propositions émises par la direction sortante : « Nous sommes rassemblés pour adopter notre plan de bataille pour les trois prochaines années. Pour cela, tirons les leçons de la mobilisation contre la réforme des retraites. » Outre les orientations générales sur lesquelles les congressistes doivent se prononcer comme « socialiser les richesses pour mieux protéger » ou tendre vers une « planification industrielle et écologique », Sophie Binet évoque sans détour les propositions qui peuvent provoquer le plus de remous. Comme le rapprochement avec la FSU : « Il ne s’agit ni d’une fusion, ni de la création d’une superstructure, mais d’un cadre de coopération permanent. » Ou le développement de la CGT auprès des Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise) : « La mission des Ictam n’est pas de mener les luttes à la place des ouvriers, c’est de développer les luttes chez les cadres et professions intermédiaires. »

    De quoi occuper les congressistes pour les prochains jours.

    AU PROGRAMME

    Mardi. Les congressistes entrent dans le dur des débats avec le vote du rapport d’activité, qui permet de juger l’appréciation du bilan de la direction sortante. Vient ensuite une initiative autour de la Palestine en présence d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France, de Yousef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et de Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI). Avant un meeting « international » contre l’extrême droite en présence de nombreux syndicalistes venus du monde entier.

  • Scop-Ti et 1336 en force pour abreuver d’idées les délégués

    Scop-Ti et 1336 en force pour abreuver d’idées les délégués

    Un stand a peut-être plus de saveurs que d’autres dans le parc des expositions de Tours. C’est celui des ouvriers de Scop-Ti, alias les Fralib, qui expose la myriade de produits de leur marque de thé 1336. « On est en résistance permanente, c’est la solidarité qui nous a permis de gagner et c’est la solidarité qui nous permet de continuer l’histoire », campe Cynthia Sanchez, chargée de promotion du modèle économique de la coopérative. Et Scop-Ti propose un vrai soutien aux congressistes : « Tous les congressistes ont un bon dans leur sacoche du congrès pour venir choisir une boîte de thé offerte par la confédération et sur les stands de la plénière, tous ont une boisson fraîche 1336 », explique Dominique Basset, retraité bénévole de Scop-Ti et ancien délégué CGT du site.

    Un cadeau bienvenu et qui implique toute une logistique : « On a fait livrer une palette à part la semaine dernière, et nous, on est venu de Gémenos vendredi avec le camion pour préparer le stand. » Cynthia Sanchez abonde : « L’objectif c’est de proposer à ceux qui veulent nous soutenir de populariser la marque au plus grand nombre. » Et de prendre pour exemple : « Créer des points de vente, ventes groupées, proposer des bons cadeaux, des remises à des comités d’entreprise… ». Plus que du thé de qualité, c’est aussi un message envoyé à leurs « camarades ». « Dans ce monde capitaliste, on montre qu’on peut faire autrement : sans hiérarchie, sans patrons », explique Gérard Cazorla, président de l’association Fraliberthé. Avant de conclure : « Ce congrès, c’est chez nous, tout comme l’usine appartient à toute la CGT. »

  • [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    La Marseillaise : Qu’aborde concrètement le livre « La matrice des classes sociales » de Vivek Chibber, dont vous avez écrit la préface ?

    Florian Gulli : Déjà, il faut souligner que, malgré ce que pourrait suggérer le titre, il ne s’agit pas de dire qu’il faut revenir à la façon dont la gauche parlait de classes sociales dans les années 1950. L’ambition est d’intégrer toutes les critiques qui ont été adressées à l’analyse de classe pour proposer une version plus robuste du matérialisme.

    Le cœur du livre part d’une question classique du marxisme. Karl Marx défendait que le capitalisme allait forcément s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. L’idée est qu’il fait mécaniquement souffrir de plus en plus de monde et qu’il crée, du même coup, ses propres fossoyeurs. Mille fois, on a annoncé que le capitalisme allait s’effondrer. Ça ne s’est jamais produit. Pour le justifier, des explications ont commencé à émerger à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’idée que le non-avènement de la révolution résulterait de l’émergence de médias manipulateurs. L’aspect matérialiste a été progressivement abandonné, pour laisser place à une gauche plus élitiste, qui perd progressivement le lien avec les classes populaires. Ici, l’auteur tente de donner une explication de classe au non-effondrement du capitalisme.

    Quelle explication propose-t-il ?

    F.G. : Lui, en suivant le schéma classique du marxisme, dit qu’en effet le capitalisme nous paupérise, nous prolétarise et nous fait souffrir. Une situation qui produit effectivement une résistance, mais individuelle, pas collective. La thèse est que l’erreur de Marx et des marxistes a été de croire que le capitalisme produirait forcément une résistance collective. Les gens souffrent du capitalisme et essaient de s’en sortir, mais en tentant de grimper à l’intérieur de leur entreprise, pour obtenir une meilleure position. Donc, s’ils n’ont pas fait la révolution, ce n’est pas parce qu’ils ont été abrutis par les mass media mais parce qu’ils se sont résignés. Cette perspective est compatible avec une certaine bienveillance à l’égard des classes populaires. C’est un phénomène de résignation générale.

    Comment expliquer l’émergence de cette résistance individuelle quand on sait qu’une résistance collective a pu exister ?

    F.G. : Il y a eu des transformations des conditions historiques et sociales. Au début du XXe siècle, la grande industrie rassemblait 30 000 ouvriers au même endroit, ce qui facilitait de fait le militantisme. On touche 30 000 personnes avec un tract en une heure, quasiment. Alors que dorénavant, les unités sont beaucoup plus petites, tout est très déconcentré. Donc, forcément, c’est plus difficile. Vivek Chibber parle aussi de l’évolution des villes et de la disparition des quartiers ouvriers, où il pouvait se créer des sentiments de solidarité et de proximité. Tout ça a disparu. L’idée n’est pas de dire que tout est foutu, mais qu’il faut trouver un moyen de briser la résignation.

    Et les partis et les syndicats sont dans ce cadre un outil indispensable pour l’auteur…

    F.G. : La perte de crédibilité de la gauche auprès des classes populaires vient d’abord de l’abandon de la conception matérialiste, mais aussi de la disparition des partis dans le quotidien des gens, avec des cellules de quartiers, ce genre de choses. Lui suggère d’y revenir. En fait, tant qu’on n’a pas créé une culture de partis, ce n’est pas très rationnel de faire grève. Autant ne pas y aller et laisser les autres s’engager. S’ils gagnent un truc, tant mieux. S’ils perdent, je n’ai rien perdu. Le seul truc qui a permis de mettre un terme à la logique du « passager clandestin », ce sont les partis, qui lient les uns avec les autres par des liens moraux.

  • Place de Rome à Marseille : faire la misère aux locataires pour les déloger

    Place de Rome à Marseille : faire la misère aux locataires pour les déloger

    Procès en vue pour le gestionnaire du Manhattan, un hôtel meublé en péril, situé 3, place de Rome. Hamid Yahiaoui avait succédé au marchand de sommeil, Morde Khai Didi, mis en examen pour sa gestion de 14 établissements miteux mais juteux dont le Manhattan. Ce réseau d‘hôtels pouilleux était conventionné par l’État pour l’hébergement d’urgence des familles en grande précarité.

    Vendredi dernier, le tribunal a fixé le procès au 4 décembre 2026. Avec sa société Alamar, M. Yahiaoui répondra de « menace ou acte d’intimidation en vue de contraindre une personne vulnérable occupant un local insalubre ou en péril à renoncer à son droit au relogement » et de « refus de relogement ». Cet Algérien de 58 ans qui gère deux résidences hôtelières aux Catalans (7e) et avenue de Toulon (5e), avait repris l’exploitation du Manhattan. L’ensemble immobilier très dégradé, propriété de Georges Sabbah qui lui loue aussi les murs de l’hôtel aux Catalans, est frappé d’une série d’arrêtés de mise en sécurité depuis novembre 2018 et de quatre arrêtés d’insalubrité.

    Coupures d’électricité

    et faux policiers

    L’immeuble à deux pas de la préfecture est formé d’un bâtiment donnant rue de la Palud de 41 logements, des bouges de 11 à 25 m². Le second en retrait comprend huit logements dévastés. En septembre 2023, les enquêteurs entendaient les occupants de ce Bronx, parmi lesquels de nombreux Nigérians qui payaient Didi ou ses sbires alors que les loyers étaient suspendus. Dans une écoute fin août 2023, Didi menaçait de « virer tout le monde, de couper l’eau et l’électricité » et « qu’ils peuvent crever dedans ».

    Faire peur pour déloger, c’est ce dont est aussi accusé Yahiaoui alors que la situation déjà dangereuse était sanitairement intenable (notre édition du 26 octobre 2023, L’hôtel Manhattan en péril sombre avec ses occupants). Les agents de la Ville rapportaient des coupures d’électricité répétées, autant de manœuvres pour rendre la vie infernale que la mairie dénonçait le 14 février 2024 au procureur. Yahiaoui était devenu gestionnaire au terme d’un deal avec Sabbah : un « bail offert gracieusement en échange de refaire tous les travaux » dans cet « immeuble tout pourri » et « sans évoquer plus que ça les locataires ». Le loyer de 8 000 euros devait débuter en janvier 2026.

    Un chantier démarrait en site occupé avec des ouvriers pas payés. Sous pression de la Ville, Yahiaoui prenait un contrat d’électricité qu’il résiliait le lendemain, promettant de se réabonner sans jamais le faire. Des locataires ont témoigné de menaces et de tentatives d’évacuations forcées avec des individus se présentant comme des policiers en civil portant un brassard de police ou en tenue « pour faire peur ». Les agents de la Ville ont aussi surpris le propriétaire tambouriner aux portes pour demander aux occupants de partir invoquant faussement une demande de la Ville alors qu’aucune évacuation n’était prévue. L’évacuation officielle et complète était ordonnée le 13 mars 2024 par la Ville qui tente depuis de recouvrer les frais de relogement d’urgence des occupants qui s’élevaient en avril 2025 à déjà plus de 50 000 euros. Interpellé en mai 2025 dans sa villa hollywoodienne avec piscine sur un hectare aux Pennes-Mirabeau, le gérant a nié toutes menaces, distinguait entre les squatteurs, les 27 anciens locataires de Didi et les siens. « Je n’ai jamais fait d’intimidation. Au contraire, j’ai payé les gens pour qu’ils s’en aillent. Cinq locataires ont accepté de partir avec 1 000 euros. J’ai récupéré trois locataires dans un hôtel qui appartient à ma femme. »

  • Un patron voyou à la tête d’une « société poubelle »

    Un patron voyou à la tête d’une « société poubelle »

    « Vous vous êtes manifestement enrichi en ne déclarant pas volontairement vos salariés et ce pour un préjudice très conséquent pour l’Urssaf », a sans détour signifié la présidente Kennedy à un chef d’entreprise qui s’est vu infliger trois ans de prison dont deux avec sursis. « L’année ferme est aménagée sous bracelet électronique. C’est de la prison mais chez vous. »

    Eshat Cakmak, 44 ans, chef d’entreprise de construction turc, comparaissait mardi pour travail dissimulé et blanchiment. Par omission délibérée de déclaration d’embauche, de salaire et de cotisations sociales sur environ 500 travailleurs, ses deux sociétés ont engendré 4 682 927 euros de préjudice à l’Urssaf en 4 ans. « Votre chiffre d’affaires de 2020 à 2023 est de 5,7 millions d’euros. Vous touchez 323 000 euros sur la même période mais n’en déclarez que 15 000 tout en versant 45 000 euros non déclarés à votre épouse, gérante de droit », campe la présidente face à un prévenu mutique ou agaçant dès qu’il s’exprime. « Je ne me souviens plus. Je me sens pas bien. J’ai perdu mon père. »

    « Je ne regarde pas l’argent que je gagne »

    Le schéma délictuel est connu dans le secteur du bâtiment. « Une première société poubelle est créée à Marseille qu’on transfère ensuite à Bobigny pour minorer le risque de contrôle, détaille la vice-procureure Isabelle Candau. Quand elle est repérée, la société qui a pris beaucoup de chantiers 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires par an n’existe plus. Une autre société a repris tous les chantiers et fait quelques DPAE (Déclaration préalable à l’embauche) pour donner une apparence de légalité sans faire de DSN (Déclaration sociale nominative) pour ne pas payer les cotisations sociales. C’est un procédé récurrent dans le BTP. »

    Lors de la perquisition de son appartement, avenue Saint-Louis, 15e, pour lequel il touche 536 euros d’APL, les enquêteurs trouvent 5 300 euros en espèces, 22 cartes bancaires, saisissent 4 véhicules dont une Audi Q8, une Mercedes classe S. « Vous avez perçu 450 000 euros de revenus en 4 ans mais vous n’avez déclaré que 5 280 euros dans l’année », rappelle la juge. « C’est pas une vie de luxe, ce que j’ai gagné je l’ai perdu car je joue et j’aide aussi ma communauté. Je ne regarde pas l’argent que je gagne, je le distribue à mes ouvriers. Actuellement j’ai des problèmes de dos, je suis au RSA », crispe le prévenu.

    « Cette fraude sociale cause un préjudice financier colossal en cotisations éludées », expose Me Coralie Renaud pour l’Urssaf. Elle réfute la version proposée d’une négligence systématique et d’une inculture administrative. « On est face à un patron voyou », résume la procureure. « Il utilise notre droit social à son profit. Vous ne déclarez rien, vous ne payez rien, vous passez votre temps à enfumer, à faire disparaître les fonds pour gruger et créer de l’apparence. Tout, strictement tout, va dans votre poche. » Contre cette fraude sociale qui représente « 1 400 euros de pension de retraite pour 283 personnes pendant une année », elle demande 3 ans ferme avec mandat de dépôt.

    « Ce n’est pas le Stavisky du BTP ni un Machiavel de la finance ! » lance Me Olivier Kuhn-Massot « atterré en tant que citoyen de voir la dérisoire facilité à planter 4,7 millions d’euros à l’Urssaf. Et ça n’éveille personne ? » De réfuter un enrichissement personnel. « Il ne serait plus ici s’il avait accumulé une fortune en Turquie. » « Lui un donneur d’ordres ? C’est surtout lui qui en reçoit. Il a la tête du parfait abruti et il a été utilisé comme tel. C’est un pion sacrificiel », tente la défense.

    L’homme écope de 3 ans de prison dont 2 avec sursis, de 20 000 euros d’amende, de l’interdiction définitive de gérer et de l’obligation très théorique de verser 4 682 927 euros à l’Urssaf. Sa société est dissoute.

  • Aurélie Grach en lutte pour mieux vivre à Port-Saint-Louis

    Aurélie Grach en lutte pour mieux vivre à Port-Saint-Louis

    « La mairie n’est pas simplement une administration qui gère le quotidien, mais une force politique qui défend sa population et se bat pour son territoire », défend Aurélie Grach (DVG) lors de son meeting de 1er tour mercredi soir. La salle Pagnol était remplie à l’appel de la liste d’union de la gauche hors LFI.

    La candidate a déroulé sa vision de Port-Saint-Louis, « une ville construite par le travail, les ouvriers, les dockers, les pêcheurs, par les familles de tous horizons, une histoire de lutte et de dignité ». Une histoire qui se poursuit lorsque l’assistante sociale de métier rappelle que « le personnel de la maison de retraite souffre, cumulant fatigue, absences et épuisement professionnel depuis plus d’un an et demi » alors qu’il n’y a « plus de cadre de santé et que la seule infirmière est en arrêt ».

    Dans ce contexte, son colistier Jonathan Poutet fustige l’absence du maire (DVD) Martial Alvarez dans « la lutte sans relâche menée par les unions locales CGT du bassin pour le Centre hospitalier de Martigues » dont Port-Saint-Louis et l’Ehpad local dépendent.

    « L’Ehpad, c’est nous »

    Jonathan Poutet affirme que les syndicats « ont arraché 60 millions d’euros pour les urgences par la lutte appuyée par les maires progressistes », déplorant que « le maire manquait à l’appel et qui ne s’est jamais manifesté » sur le sujet, selon le candidat. Sa colistière Valérie Coulomb abonde : « Aucun élu de la majorité ne s’est déplacé quand le personnel de l’Ehpad a alerté la population sur le manque de moyens et les conditions de travail. » Et tient à « rétablir à notre tour la vérité » sur la santé, pointant « une promesse d’un plan de redressement du centre médical Joliot Curie et d’un centre d’imagerie à une semaine du premier tour. C’était sur son tract en 2020 ! ». L’infirmière de métier l’assure : « Nous avons déjà pris des contacts » pour refinancer le centre médical et « créer un forum santé pour rencontrer les professionnels » et les attirer.

    Nicolas Trapet, docker et amateur de football, déplore aussi « un maire qui ne veut jamais nous écouter » quand « ça fait des années qu’avec la FCPE on se bat pour installer la clim dans les écoles qui sont des fours dès le mois de mai ». « On nous parle de pièces fraîcheur, donc nos gamins subissent et fatiguent toute la journée et pendant un quart d’heure au frigo ? Ils méritent mieux ! », tance le colistier.

    « C’est pour vous qu’on ne lâchera rien », promet Aurélie Grach, en conclusion.

  • À Avignon, la rue Thiers a fait peau neuve et va reprendre vie

    À Avignon, la rue Thiers a fait peau neuve et va reprendre vie

    Il est un peu moins de 11h ce vendredi matin et les ouvriers, gilets orange sur le dos, procèdent aux derniers ajustements des travaux de la rue Thiers, tandis que les rayons du soleil se faufilent entre les bâtiments aux différentes teintes de beige et de gris. Dernières plantes mises en terre et petits trous à boucher pour que tout soit prêt pour l’inauguration, ce samedi, de la deuxième phase de requalification.

    Après plusieurs mois de travaux, du croisement avec la rue Philonarde jusqu’au croisement avec la rue Guillaume Puy, le changement est là. La route goudronnée et les trottoirs ont laissé place à un cheminement au même niveau. S’ajoutent aussi des « appuis vélos » supplémentaires, une reprise de l’éclairage public, un choix de plantes adapté au changement climatique ou encore une meilleure infiltration de l’eau grâce aux espaces végétalisés.

    Des changements qui réjouissent les quelques commerçants ouverts en cette matinée, malgré les difficultés rencontrées. Tel que Philippe Le Veve, gérant bar-tabac Thiers, qui, tout en constatant « une perte assez énorme de 30% du chiffre d’affaires » pendant la « très longue » période, ce qui l’a obligé à « travailler à flux tendu », estime tout de même que « c’est très beau ». « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », concède également Evelyne Bourret, de l’institut Beauté Marine, à quelques pas de là, qui se dit toutefois « très satisfaite » du résultat. Du côté de la municipalité, on assure qu’un suivi a été mis en place avec les habitants et les commerçants, notamment avec le coordinateur de l’entreprise Tecelys, qui réalisait les opérations, présent quotidiennement sur place. « C’étaient des travaux compliqués car ils se faisaient en demi-chaussée. Mais tout s’est bien passé, à part quelques soucis, comme dans tous les travaux », précise ce dernier, citant par exemple le perçage d’une conduite de gaz enterrée trop peu profondément. Ce qui a provoqué une coupure momentanée.

    Poursuite prévue

    La suite de la requalification sera donc entre les mains de la prochaine équipe municipale. « On ne peut pas s’arrêter là en si bon chemin. Il faut terminer », explique Jean-Marc Bluy, adjoint au maire délégué au centre-ville. « Plus rien ne fonctionnait dans la rue. L’objectif de cette requalification est de la redynamiser. Quand on voit ce qui se passe avec la rue Carnot, réhabilitée ces dernières années, c’est l’objectif ici aussi. On espère un redémarrage », poursuit-il. La suite doit s’organiser en deux phases supplémentaires : la première de la rue Guillaume Puy à la rue Buffon, puis de la rue Buffon à la porte Thiers pour terminer. L’issue des travaux est estimée à fin 2026 ou courant 2027. La totalité des aménagements est estimée à environ 3,7 millions d’euros.

  • Mathilde Lanté veut appuyer les luttes marseillaises

    Mathilde Lanté veut appuyer les luttes marseillaises

    Soulagée, la cheffe de file de Révolution permanente (RP) à Marseille, après la validation préfectorale du « matériel de propagande ». À deux semaines du 1er tour, Mathilde Lanté, avocate « au service de la lutte », peut se lancer dans la ligne droite des municipales à la tête de la liste « Reprendre Marseille aux riches ». Une liste « de travailleurs et de travailleuses qui font tourner la ville » qu’elle oppose aux « politiciens professionnels », et qui cible, dans une logique trotskiste, le grand patronat.

    « On est les seuls à pointer du doigt les responsables de la misère : les ultra-riches et les grandes entreprises qui achètent la ville », insiste-t-elle, se démarquant de la France insoumise, et dénonçant la main mise de la CMA CGM sur Marseille : « C’est Rodolphe Saadé, un ami de Macron, qui ouvre des entrepôts solidaires, rachète la presse, investit dans des institutions culturelles, à l’Université d’Aix-Marseille, à l’OM, au Mucem… »

    La candidate trotskiste, qui revendique un engagement militant forgé « depuis l’université », assure avoir « été de tous les combats », de la loi Travail aux Gilets jaunes en passant par les mouvements féministes, les mobilisations contre l’extrême droite et la réforme des retraites ou le soutien aux « révoltés des quartiers populaires après la mort de Nahel ».

    « Les yeux, les oreilles

    et la voix des travailleurs »

    Mathilde Lanté justifie par ancrage local cette candidature dans les 4-5, « un secteur qui lutte » et l’un des « plus mixtes » avec des travailleurs, des étudiants, des artistes engagés. « C’est le quartier où l’on vit et habite », plaide-t-elle aussi, évoquant ses colistiers, travailleurs du nettoyage et sociaux, ouvriers d’ID Logistics, profs, étudiants ou personnels d’université.

    Présente sur ce seul et unique secteur, RP « appellera clairement à voter pour la liste de nos camarades de Lutte ouvrière à la mairie centrale », poursuit Mathilde Lanté. « On ne va pas changer les choses juste en élisant un conseiller municipal, mais on veut être les yeux, les oreilles et la voix des travailleurs. Notre objectif est de démasquer ce qui s’y passe, de servir de vitrine à un autre projet politique et de soutenir matériellement les luttes qui seront menées ces prochaines années. »

    Active et percutante sur les réseaux sociaux, présente sur le terrain, la liste tient un meeting ce dimanche (15h au 24 rue Edmond-Dantes) en présence d’Anas Kazib, porte-parole national de Révolution permanente. Des colistiers y prendront la parole, dont Saphia Aït Ouarabi, doctorante et figure des luttes étudiantes et antiracistes.

  • [Entretien] Sophie Binet : « La lutte des salariés de la centrale est exemplaire »

    [Entretien] Sophie Binet : « La lutte des salariés de la centrale est exemplaire »

    La Marseillaise : Pourquoi faire un « meeting de victoire » à la centrale de Gardanne ?

    Sophie Binet : Mon premier déplacement en tant que secrétaire générale était à Gardanne, pour une grande initiative dans le cadre de la mobilisation des travailleurs. Évidemment qu’il fallait que je sois à nouveau présente. C’est une magnifique lutte, une magnifique victoire après 10 ans de combat. Alors qu’il y avait une fermeture sèche et violente mise en place par le gouvernement, sans reconversion du site prévue, on a réussi à maintenir tous les salariés, qui reprennent une production, qui sont réembauchés. C’est un exemple de ce qui devrait être généralisé pour organiser la transformation environnementale des entreprises. Un exemple de ce qui doit être fait pour éviter le chantage entre l’emploi et l’environnement. En face de nous, les théories libérales classiques disent « destruction créatrice ». Elles disent que des usines ferment, mais que d’autres se créent et que donc tout va bien. Mais ça ne concerne pas les mêmes travailleurs, ce ne sont pas les mêmes types d’emplois qui sont créés quand on en supprime. On ferme des usines dans le périurbain, dans les zones rurales, avec des territoires sinistrés par ces fermetures, et l’on recrée des emplois dans les métropoles. Des emplois qui ne sont pas du même type : plus précaires, avec des salaires plus faibles, dans le tertiaire, la logistique ou des entrepôts… D’où ce que porte la CGT : une sécurité sociale professionnelle environnementale. Avec la création de fonds mutualisés au niveau des branches, dans les secteurs qui doivent être transformés, en vue de faire évoluer l’outil de production et former les ouvriers, pour les réembaucher. On le voit dans l’automobile : passer du thermique à l’électrique est un prétexte pour amplifier les délocalisations. La question environnementale est un prétexte pour optimiser les coûts et supprimer des emplois. Ces pratiques patronales conduisent à obliger les ouvriers à faire un choix entre l’environnement et l’emploi. Ce choix est délétère.

    Face aux politiques libérales
    des gouvernements successifs,
    la réappropriation des outils de travail par les salariés s’impose
     ?

    S.B. : Cette lutte, si elle est victorieuse, c’est parce que les ouvriers ont pris les choses en main. Ils se sont approprié les enjeux de gestion, comme pour 1336 et Scop-ti. Ce sont eux qui ont organisé les études économiques, ont construit le projet, sont allés chercher les industriels et les fonds pour le faire aboutir. Nous avons tout fait. Il a fallu des années, un rapport de force énorme et un savoir-faire militant incroyable. Tout cela était possible car la CGT est forte dans l’usine, forte chez les portuaires et dockers qui étaient solidaires, forte sur le territoire qui s’est entièrement mobilisé pour la centrale de Gardanne. En bref, un syndicat fort, des fédérations fortes, celles de l’Énergie et des Ports, et une Union départementale qui est l’une des plus grosses de la CGT. Tout cela s’est cumulé pour une réussite, mais malgré ce contexte, ça a duré dix ans. Et tout le monde n’a pas ce savoir-faire, ce rapport de force. Il y a peu d’endroits où on aurait pu avoir une telle victoire. Gardanne montre qu’il n’est plus possible que les salariés soient les passagers clandestins des stratégies des entreprises. Nous devons avoir des droits d’interventions sur les orientations, pouvoir siéger dans les tribunaux de commerce, avoir accès aux données, aux financements. Cela nécessite des outils législatifs et financiers. Dans banque publique d’investissement, il y a le mot « public ». Elle ne peut pas être une banque qui impose des taux de rentabilité à deux chiffres, qui refuse de financer les Scops.

    Vous plaidez pour la nationalisation d’Arcelor et de Fibre Excellence. Est-ce une question de survie pour les filières respectives ?

    S.B. : C’est une question des instruments de l’État pour intervenir sur l’économie. La période montre qu’avoir comme seule politique industrielle celle du chèque en blanc aux fonds et aux multinationales conduit au désastre que l’on connaît. Cela marche encore moins quand on est confronté à des enjeux nouveaux, dont celui de la décarbonation. Elle ne fonctionne qu’avec la planification. Si on continue à être les béni-oui-oui de la mondialisation, on va voir les usines partir les unes après les autres les bras croisés. L’Italie et la Grande-Bretagne, pour sauvegarder leur acier, ont actionné des clauses qui se rapprochent de la nationalisation. La France est un des seuls pays à ne pas avoir de stratégie d’intervention. On a besoin de protéger nos secteurs stratégiques. S’ils sont renvoyés aux logiques de marchés et qu’on laisse faire, Mittal continuera de transférer les compétences et les qualifications vers l’Inde et le Brésil, puis il fermera les sites en Europe, pour faire primer une logique de coût.

    Vous avez adressé une lettre aux candidats aux élections municipales, hors RN. Quel message envoyez-vous aux travailleurs à l’approche du scrutin, particulièrement dans la région, où la menace brune plane ?

    S.B. : J’envoie deux messages. Le premier, c’est que les municipales sont importantes pour notre quotidien, elles nous concernent tous. Il faut donc aller voter. Ce sont les maires qui ont la main sur les politiques du logement, qui peuvent permettre à tous de se loger sans y laisser un salaire. Ils ont la main sur les politiques de transport pour les décarboner. Ce sont aussi eux qui peuvent mettre en place la prise en charge des personnes dépendantes, notamment dans la petite-enfance, pour que les femmes puissent travailler tout en ayant des enfants ou éviter le développement du privé lucratif. Le deuxième, c’est que l’extrême droite est la pire ennemie des travailleurs. Sur ses promesses sécuritaires déjà, dans les communes qu’elle gère, le bilan montre qu’il n’y a pas d’avancées dans la lutte contre la délinquance. L’extrême droite ne la fait pas reculer : À Perpignan, la délinquance a augmenté. Et sur le social, c’est moins de services publics, une mise en opposition des travailleurs avec des politiques racistes, discriminantes, xénophobes. C’est aussi des politiques sexistes contre les femmes : on se souvient de l’affichage fait à Béziers qui légitimait les violences contre les femmes. Ne laissons pas l’extrême droite rentrer dans nos mairies.

  • Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    À cinq cent mètres du bistrot du village, se trouvait l’accès à l’ancien poste de conduite de tir n°1 des missiles stratégiques de la force de frappe, là où entre 1971 et 1996 se sont succédés 182 officiers, des binômes aguerris, cloîtrés H24 dans une capsule blindée enfoncée à 1,7 km du sas d’entrée et à 500 mètres sous la montagne. Recevant l’ordre présidentiel irrévocable, ils devaient activer le tir simultané des 18 missiles de plus d’un mégatonne enterrés dans des silos sur le plateau d’Albion. Le poste de tir de Rustrel avait son jumeau à 30 km à Reilhannette (Drome) où deux autres officiers contrôlaient 9 autres missiles. Ce PC n°2 a lui été intégralement démantelé.

    En 1963, le conseil de défense décide d’investir le plateau d’Albion, plus sûr géologiquement que le plateau de Valensole. La cité Saint-Michel de 874 logements à Apt pour accueillir les militaires et leur famille. On aménage des routes adaptées aux convois de missiles. En 1968, plus de 1 000 ouvriers s’activent pour extraire 74 000m3 de roches et couler 40 000m3 de béton armé. La forteresse inexpugnable comprend sa propre centrale électrique, ses circuits d’aération, des galeries à angle droit pour casser le souffle d’une bombe ennemie, des puits de gaz brûlés, des tunnels et des puits d’évacuation de 1,6km, des trappes piégées et la fameuse capsule. On construit la base aérienne de Saint-Christol où 2 000 personnes vont, les installations de transmissions du Mont Ventoux, de la montagne de Lure et du Luberon. Le 1er Groupement de missiles stratégiques s’installe. Mais c’est à la gendarmerie qu’est confié le boîtier de contrôle gouvernemental des ogives, la surveillance des sites, l’escorte des convois et des équipages d’officiers de tir.

    « Pendant cinq ans, j’ai eu la responsabilité du tir de 9 missiles », nous avait confié en 2006 Jean-Louis Cahu, qui a été un très jeune officier de tir de 1979 à 1984. À 22 ans, il avait sous sa responsabilité des vecteurs de 96 fois la puissance de la bombe A qui a rasé Hiroshima le 6 août 1945 tuant instantanément 70 000 personnes. Sa désertion le 11 novembre 1984 a été un coup de tonnerre. À 26 ans, au terme d’une prise de conscience personnelle, il médiatisait son refus de tourner la clé.

    Des simulations d’incidents nucléaires

    Son quotidien était de surveiller les missiles dans les silos, de faire des exercices de mise sous tension. « J’avais la commande de tous les outils d’action mécanique sur les missiles. Chaque action, quelle que soit la commande qui visait à interagir avec le missile, ne se faisait jamais à la légère car nous agissions sur des “engins vivants”. Nous simulions des incidents nucléaires en vitesse accélérée pour voir en situation de stress maximal jusqu’où l’officier pouvait aller. » Des simulations qui n’étaient pas un jeu mettaient les nerfs de ces officiers à rude épreuve, précisément pour les filtrer. « Certains ont craqué à quelques secondes du tir. Dans les périodes de tensions internationales, on a eu des moments chauds à l’intérieur de la capsule. On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes qu’à ce poste. Je suis la démonstration que lorsqu’on ne croit plus à la dissuasion nucléaire, on ne peut plus tenir ce poste », avait-il confié à La Marseillaise. À ses procès il avait revendiqué un droit à l’objection permanente.

    L’ordre présidentiel devait leur parvenir par des canaux de transmissions durcis et redondants. « Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelait les “hommes du Président”. Ma seule autorité, c’était le Président, le Premier ministre et le ministre de la Défense. Il n’y avait pas plus secret que ce poste de tir », disait l’ancien officier toujours astreint au silence.

    En février 1996, Jacques Chirac a signé la fin d’Albion. La dernière ogive a quitté le plateau le 26 février 1998. La science est descendue aux abris et des silos ont été recyclés en déchetterie, en plateforme d’observation astronomique. On peut même boire des canons au Bistrot de Lagarde sur un ancien silo. Sur le plateau, la Légion étrangère protège désormais les « grandes oreilles » d’une station d‘écoute de la DGSE car la « grande muette » est tout sauf sourde.

    Lire : [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    « On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes »