Tag: ouverture à la concurrence

  • La grève sur les rails contre la maltraitance

    La grève sur les rails contre la maltraitance

    Un cri du cœur pour alerter sur une « urgence sanitaire et sociale ».

    Les cheminots mettent, ce mercredi, les locomotives à l’arrêt à l’occasion d’un mouvement social qui s’annonce massif. Les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF (CGT, FO, SUD et CFDT) ont accordé leurs klaxons pour réclamer un changement de braquet de leur direction. Du jamais vu depuis fin 2024 et de quoi rappeler les journées unitaires de la grève marathon contre la réforme ferroviaire de 2018. Il faut dire que l’heure est tout aussi grave pour la famille du rail : « rabotage des droits, pressurisation à l’extrême, dumping social à tous les étages », énumère la fédération CGT des cheminots. « Le message qu’on délivre est que le ferroviaire est à un tournant. […] Et l’unité syndicale dit l’importance que nous y accordons », explique Thomas Cavel, secrétaire général CFDT Cheminots en conférence de presse à Paris, ce mardi. Les syndicats pointent un cycle infernal de réorganisations au sein de la SNCF, entre ouverture à la concurrence et processus de filialisation. Et en lame de fond sa place comme service public ferroviaire : « La concurrence est un système qui met en péril les finances publiques. On investit sur le réseau ferroviaire via les bénéfices générés par les cheminots : ils paient donc, pour partie, l’outil de leur concurrent. »

    Des changements drastiques pour l’entreprise ancienne détentrice du monopole du rail en France et avec des conséquences qui le sont tout autant. « Les cheminots sont plus exposés qu’avant aux risques graves », développe François Tejedor, secrétaire général de la CGT Cheminots Paca. Plus que des accidents graves, les syndicats mettent en avant des drames : 13 suicides depuis le début de l’année. D’où l’alerte sociale : « On constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l’encadrement : les réorganisations broient certains de nos collègues », confie à l’AFP, Fabrice Charrière, de l’Unsa Ferroviaire.

    Fortes perturbations

    sur le réseau

    Preuve de l’étendue de la colère cheminote : le secrétaire général de la CGT Cheminots Paca évoque un mouvement de grève particulièrement suivi : « Dans la région, il y a entre 80 à 90% de grévistes sur le personnel roulant, que ce soit contrôleurs ou mécanos. C’est 80% chez les conducteurs de TGV. »

    Concrètement, 1 TGV sur 3 circule ce mercredi, pour 1 train Intercités sur 2. Même principe pour les Trains express régionaux (TER). « La circulation des trains sera perturbée sur la région Sud » et « très fortement » pour les axes Les Arcs-Draguignan, Grasse-Vintimille et Nice-Breil-Tende, constate la Région Sud. Avec des lignes, comme celle de Marseille-Lyon avec 55% de circulation, ou Marseille-Aix avec seulement 45%. « Ça ne reflète pas le niveau de mobilisation […] la direction met toutes ses ressources pour minimiser la grève », nuance François Tejedor. En effet, nos confrères de l’AFP confirment que la SNCF « mobilise toutes ses ressources » en recourant notamment à des encadrants pour remplacer du personnel gréviste, comme le lui permet la loi.

    Pourtant, les cheminots en ont encore sous le pied. « C’est un coup de semonce, avec une temporalité réfléchie : on a proposé un mercredi pour rassembler tout le monde et ne pas faire de polémique », justifie François Tejedor. L’intersyndicale se rencontre le 11 afin d’ores et déjà évoquer la suite du mouvement. D’autant que Jean Castex joue la montre et ne prévoit de rencontrer les organisations syndicales que le 23 juin. De quoi laisser planer la menace d’une grève à un moment peut-être plus stratégique, comme les vacances d’été… « Les attaques se font plus pressantes, il faudra peut-être aborder les choses d’une manière un peu plus punchy », conclut François Tejedor.

    PAROLES DE CHEMINOTS

    Nathalie Marin, secrétaire générale de la CGT Cheminots, Toulon

    « On a un signal très alarmant avec treize suicides d’agents en 2026. Mais aussi des accidents mortels qui ont beaucoup impacté le moral des cheminots. Nous sommes également très inquiets de l’avenir de notre entreprise en tant que service public, qui n’est plus du tout d’ailleurs reconnu comme tel par nos directions, qui se voient très bien en entreprise commerciale, concurrentes même les unes des autres. La colère monte en réaction à cette perte de sens des missions du service public ferroviaire qu’on avait initialement et qui faisait avancer et vivre l’esprit cheminot. On réclame donc aujourd’hui l’arrêt des restructurations et des filialisations, ainsi que la hausse des salaires et la création d’un vrai 13e mois. »

    Propos recueillis par T.T.

    Loïc Guigou, secrétaire CGT Cheminots, Vaucluse

    « On s’inscrit pleinement dans les revendications. Si heureusement ici nous n’avons pas été touchés par un suicide ou accident de travail, il y a beaucoup d’arrêts de travail liés aux risques psychosociaux. Par exemple, sur les conditions de travail et d’accueil des usagers, cela fait deux semaines qu’il n’y a plus de climatisation dans la gare TGV d’Avignon, ni aux guichets à Avignon centre. Plus largement, face à l’urgence climatique, les cheminots CGT ont élaboré un dossier décarbonation qui s’appuie sur l’étoile ferroviaire d’Avignon et le projet de Serm [service express régional métropolitain]. Le ferroviaire doit être le centre d’une offre multimodale cohérente, avec l’ouverture de gares et des personnels pour assurer un service public efficace et digne de ce nom. »

    Propos recueillis par F.C.

    Frédéric Michel, secrétaire SUD Rail, Marseille

    « Nous ne sommes pas en grève contre l’ouverture à la concurrence, on ne fait pas du patriotisme d’entreprise mais nous luttons contre le dumping social porté par cette ouverture et les conditions dans lesquelles elle se met en place. Si ça pouvait permettre d’améliorer nos conditions de travail et de rémunération, on ne s’y opposerait pas. Mais ce n’est pas le cas. Que ce soit les salariés de la SNCF, de ses filiales, ceux des entreprises privés, dans le trafic voyageurs ou le fret, c’est une grève de toute la branche ferroviaire. Ces entreprises tirent vers le bas pour répondre au marché. On n’est protégé nulle part et la SNCF est la première à mettre des filiales en place. Et on sera nombreux car derrière ce système il y a trop de cheminots qui sont endettés, trop de souffrance au travail. »

    Propos recueillis par M.G.

    Christophe Morard, secrétaire général syndicat CGT Cheminots, Miramas

    « Cela fait des années qu’on dénonce la fin du triage des wagons isolés, où chaque petite entreprise locale pouvait nous confier leurs wagons pour les trier et envoyer partout en France et en Europe. Ce n’est pas le plus rentable, car un train entier nécessite moins de matériel et de personnel. Mais c’est ce qu’on craint pour le Triage de Miramas avec la privatisation d’Hexafret et Technis [ex Fret SNCF, Ndlr] prévue pour 2028. Le wagon isolé faisait vivre notre Triage, on trie près de dix fois moins de wagons par rapport à avant l’ouverture à la concurrence. Pire, ArcelorMittal représente 30% du trafic du Triage, on est donc inquiets au vu de leurs difficultés. Il faut une volonté politique pour trier les wagons isolés et retirer des camions de la route. »

    Recueilli par An.M.

    Magali Sanchez, conductrice de train, secrétaire CGT Secteur de Veynes, Hautes-Alpes

    « On en demande toujours plus aux agents, il y a un mal-être général, avec plusieurs suicides depuis le début de l’année. Ça fait un peu penser à France Télécom et ce n’est pas bon signe. La direction fait la sourde oreille quand on veut mettre à plat tout ce qui dysfonctionne. Localement, on en voit les conséquences avec des manques d’effectifs qui créent des suppressions de train.

    Notre matériel devrait être remisé depuis quatre ou cinq ans. On a vraiment l’impression de jouer à la patate chaude entre la région Sud, et les différents pôles de la SNCF. Tout le monde se renvoie la balle, personne ne prend ses responsabilités, et les usagers le subissent. »

    Propos recueillis par A.F.

  • [Entretien] Romain Pitelet, CGT cheminots : « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire »

    [Entretien] Romain Pitelet, CGT cheminots : « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire »

    La Marseillaise : Vous appelez les cheminots à la grève, ce mercredi 10 juin, avec un mouvement unitaire. Quel a été le déclencheur ?

    Romain Pitelet : Nous observons une dégradation de plus en plus visible de la situation sociale et sanitaire de l’ensemble des cheminots à la SNCF. Depuis plusieurs années, ils subissent des réorganisations importantes, des déstructurations des collectifs de travail, une diminution de plus en plus forte des moyens. Cela amène à des tensions, auxquelles s’ajoute le désengagement de l’État sur la question du ferroviaire. Et il y a la question de l’ouverture à la concurrence, de la filialisation, du transfert de personnels, qui sont des épreuves pour les salariés. Cela amène à un climat de souffrance extrêmement fort, qui dure depuis plusieurs mois. Au fil des combats locaux, des mobilisations de proximité, que ce soit pour défendre une gare, une ligne, des emplois, des conditions de travail, petit à petit, il y a une colère qui monte de plus en plus, partagée par l’ensemble des organisations syndicales qui, depuis des mois, interpellent la direction de la SNCF. À cette heure, le peu de réponses apportées ne suffisent pas à régler la situation. Nous sommes dans un état d’urgence sanitaire extrêmement préoccupant.

    Comment se manifeste cette urgence sanitaire au quotidien ?

    R.P. : Cela s’exprime de la manière la plus dramatique. Le sujet des suicides a fait la Une de l’actualité [douze suicides de cheminots ont été recensés en quatre mois au début de l’année, Ndlr.], mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La situation est grave aussi bien chez les employés, les ouvriers, les agents de maîtrise, que chez les cadres, y compris supérieurs. Nous ne nous retrouvons plus dans la politique menée dans l’entreprise SNCF et, plus globalement, dans l’ensemble des entreprises de la branche ferroviaire. Les statistiques internes montrent une hausse des arrêts de travail, une hausse des risques psychosociaux, une augmentation des burn-out… De nombreux cheminots, y compris de l’encadrement, viennent nous voir et font état de situations totalement folles dans leur quotidien, ils font et défont leur travail en permanence, ou sont placardisés… Nous sommes dans une situation qui rappelle les processus qui ont eu lieu dans d’autres entreprises, qui ont amené à des drames. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous avons alerté à de multiples reprises la direction de la SNCF sur des mesures d’urgence, avec un moratoire sur l’ensemble de ces réorganisations, l’arrêt de la concurrence. Et il y a la question salariale, exacerbée par le retard de paiement du travail des cheminots depuis plusieurs années, pas à la hauteur de la reconnaissance de leurs qualifications.

    Pourquoi la SNCF pousse-t-elle ces réorganisations ?

    R.P. : La plupart du temps, il s’agit d’accroître la productivité non pas pour améliorer le service – on voit le service public se dégrader – mais pour une raison simple : la SNCF se met en disposition pour pouvoir répondre à des appels d’offres. Donc il faut saucissonner, étanchéifier un certain nombre de sujets de production et pressurer les cheminots pour qu’il y ait des bénéfices sortis. Le système libéral amène jusqu’à tenter de sacrifier un certain nombre de sujets de sécurité, un élément fondamental du métier de cheminot.

    Quels sont ces risques pour la sécurité ?

    R.P. : Cela peut-être des sujets réglementaires : essayer de rogner des repos, allonger de manière forcée le temps de travail, rogner sur la question de la formation professionnelle. Nous embauchons beaucoup à la SNCF, mais conduire des trains, entretenir des voies, faire un poste d’aiguillage, être sur les quais demande une connaissance très fine du milieu ferroviaire. C’est un milieu dangereux et donc il faut une formation extrêmement solide. Les signes envoyés vont en permanence vers un rabougrissement de cette formation, pour des questions de coûts. On le voit dans toutes les entreprises du ferroviaire, avec des tentatives de formations de conducteurs en cinq mois, alors que notre critère, ce sont des formations de douze mois. C’est extrêmement dangereux pour la cohérence de l’ensemble du système.

    Vous parliez de l’ouverture à la concurrence du rail. Quelles conséquences observez-vous ?

    R.P. : Il y a le sujet de la gabegie financière. Le comité central d’entreprise a diligenté une expertise sur les surcoûts de la concurrence. Ce document a bousculé le gouvernement et les directions d’entreprises parce qu’il montre un système absurde de mise en concurrence dans un système qui doit être intégré. Oui, la concurrence coûte plus cher que de maintenir une entreprise publique intégrée. Le deuxième aspect, c’est sur la qualité du service : en rabougrissant les moyens, on ferme une gare, des dessertes, on met en danger des lignes qui pourraient faire circuler des trains. Dans le centre de la France, autour de Limoges, les associations d’usagers, avec la CGT cheminots, font de multiples initiatives parce que, bientôt, il n’y aura plus de train dans le Limousin. Et il y a le quotidien, le prix du billet qui s’envole parce qu’il faut que la machine à cash fonctionne à plein, que ce soit à la SNCF ou pour les autres entreprises. On pressure les cheminots sur les droits, on pressure les autres usagers en baissant du service : c’est ça la réalité de la concurrence.

    Il y avait déjà eu des mobilisations nationales pour le fret ferroviaire. Où en sommes-nous ?

    R.P. : Nous alertons jusqu’à la direction de la SNCF parce que nous avons des possibilités de reprendre un certain nombre de trafics, voire d’en créer de nouveaux, mais la direction de Rail et logistique Europe, l’antenne fret de la SNCF, ne se positionne pas dessus. Il faut du sérieux, les enjeux environnementaux sont importants. La bataille continue aussi sur les sites, pour le maintien des triages, des wagons, des locomotives, qu’on ne brade pas cet outil indispensable.

    Quelle mobilisation attendez-vous pour le 10 juin ?

    R.P. : Nous attendons une forte mobilisation parce qu’elle est unitaire. Les quatre organisations syndicales ont pris leurs responsabilités et il faudra qu’elles le fassent après les annonces que pourrait faire le président de la SNCF, Jean Castex. On sent une température qui monte, les initiatives, les appels locaux, complétés par les appels unitaires au niveau national créent un climat de conflit qui s’annonce extrêmement fort. Nous appelons la direction de la SNCF à nous recevoir le plus rapidement possible pour que nous puissions avoir de réelles négociations. Sur les points portés par les organisations syndicales, nous avons des propositions, nous sommes ouverts à la discussion et nous pouvons avancer rapidement sur un certain nombre de sujets, pour régler la situation.

    Quelles propositions mettez-vous sur la table ?

    R.P. : Sur les questions de salaires, on ne peut pas se contenter de primes. Il y a aussi les questions de formation, du maintien des droits des cheminots qui sont transférés, et le maintien de l’unicité de l’entreprise qui doit perdurer. C’est un outil public dont on va tous avoir de plus en plus besoin dans les années à venir. Nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir, contrairement à ce que certains veulent faire. Mais, aujourd’hui, l’urgence, c’est la situation sanitaire des cheminots, leurs conditions de travail, que l’on remette le sens du travail au cœur des discussions.

  • Les rames amiantées freinent l’ouverture à la concurrence

    Les rames amiantées freinent l’ouverture à la concurrence

    Une régulation européenne peut en cacher une autre. Tandis que la Région Sud avait accouru pour être la première en France à ouvrir ses lignes de train régionales à la concurrence imposée par l’Union européenne, c’est un règlement adopté en 2006 qui freine l’attribution du 4e et dernier lot « Ouest Provence », comme le pointe un rapport sénatorial, rendu public le 19 mai.

    Baptisé Reach (pour l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques), ce règlement interdit de transférer ou de mettre à disposition des rames de train suspectées de contenir de l’amiante. « En pratique, cette situation est ainsi parfaitement incompatible avec toute mise en concurrence des liaisons sur lesquelles ces rames sont utilisées », explique le rapport, cosigné par la sénatrice (LR) de Paris Marie-Claire Carrère-Gée et le sénateur (Les Centristes) de l’Eure Hervé Maurey. Une difficulté « qui n’avait pas été anticipée », déplorent les deux parlementaires. Les régions concernées l’ont en effet découvert au moment de demander à la SNCF le transfert des rames concernées. Tandis que d’autres pays, comme l’Allemagne, avait activé une dérogation pour les services ferroviaires pour éviter ce problème, la France ne l’a pas fait. « Or, désormais, il est trop tard pour le faire », pointe le rapport.

    Aux côtés des Hauts-de-France, du Grand Est, d’Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Île-de-France, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait partie des régions coincées avec ce matériel ferroviaire pourtant encore loin d’être vétuste. « Cela concerne une vingtaine de rames, auxquelles il reste entre six et dix années de vie », répond le vice-président (Ren.) de la Région chargé des transports, Jean-Pierre Serrus, en précisant que cette présence potentielle d’amiante ne présente aucun risque pour les passagers.

    Pendant qu’elle subventionnait l’achat de nouveaux équipements flambant neufs pour les lignes déjà ouvertes à la concurrence, la Région Sud a, en urgence, fait basculer toutes ces rames amiantées sur le dernier lot non attribué, le lot « Ouest Provence », qui réunit les liaisons Marseille-Miramas, Marseille-Avignon, Marseille-Avignon-Valence-Lyon et Marseille-Nîmes-Montpellier, « en espérant qu’une solution sera trouvée d’ici là », note le rapport sénatorial. Tandis que l’hémicycle régional a approuvé, le 17 octobre dernier, le troisième lot des lignes des Alpes à la SNCF à partir de 2029, ces rames bloquent donc l’attribution du dernier morceau du réseau ferré régional. « Nous ne pouvons pas organiser le 4e lot, reconnaît Jean-Pierre Serrus. Mais je vais être optimiste, nous avons jusqu’en 2032. Le ministre connaît le sujet, il l’a pris en main, il n’y a pas matière à inquiétude. »

    Concurrence à 300 millions

    D’ores et déjà, le Sénat a adopté un amendement pour autoriser le transfert, une solution « très fragile juridiquement du point de vue du droit de l’Union européenne », alerte le rapport, qui prône une révision du règlement européen, « bien que complexe ». Le cas échéant, la Région devrait acheter de nouvelles rames puisque l’Europe impose une ouverture à la concurrence avant 2033. « Alors que ces rames pourraient encore être utilisées plusieurs années, si la Région était obligée de les remplacer à la date à laquelle le lot doit être mis en concurrence, la perte financière qui en résulterait pour elle représenterait entre 50 et 60 millions d’euros », alertent les deux sénateurs.

    Cette potentielle facture s’ajoute au coût déjà lourd de l’ouverture à la concurrence. Si la Région met en avant une augmentation significative des dessertes pour un coût constant, il lui a fallu acquérir les sites de maintenance existants, avec 64 millions d’euros à terme, et en construire de nouveaux pour chaque lot, pour un coût de plus de 200 millions d’euros. Face à la fragmentation de l’offre, il faut aussi mettre en place un nouveau système d’information et de billettique, pour 40 millions d’euros. Le tout avec un réseau désormais divisé entre les régions, une « balkanisation » du système ferroviaire, s’alarment les sénateurs. Que les syndicats dénonçaient depuis le départ.

  • Quand la SNCF déraille, un film donne la voix aux cheminots

    Quand la SNCF déraille, un film donne la voix aux cheminots

    Le Casi des cheminots de Paca est à l’initiative de ce documentaire, réalisé en pleine ouverture du service public ferroviaire à la concurrence. Un film qui s’adresse au grand public. « Une occasion de porter un autre regard sur le monde cheminot face à ce bouleversement et de comprendre l’attachement de ces hommes et de ses femmes à leur entreprise et à leur mission de service public », présente Sébastien Gronnier, secrétaire du Casi.

    En proie à un démantèlement, la grande famille du rail se dit en souffrance. « La concurrence, la filialisation, les transferts de personnels, les horizons bouchés, les réorganisations, y compris dans des établissements qui ne sont pas soumis à des transferts, ce sont de vrais chocs pour les cheminots, a déclaré Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT Cheminots. On en est à treize cas de suicide depuis quelques mois. » Une situation si préoccupante qu’elle a poussé les quatre syndicats de la SNCF à lancer, mercredi 6 mai dernier, un appel unitaire à la grève pour le mercredi 10 juin prochain afin d’exiger un moratoire.

    Le service public sacrifié

    à la rentabilité

    Les syndicats cheminots ont dénoncé le manque d’investissements dans l’outil ferroviaire depuis des années, de même que le découpage de la SNCF en plusieurs entités. Aujourd’hui, la vétusté des rails et des rames fait partie des arguments avancés par l’ex-Premier ministre Jean Castex, devenu PDG de la SNCF, et par Renaud Muselier, président (Ren.) de la Région Sud, pionnier de cette ouverture à la concurrence, tablant sur l’effet d’aubaine des Jeux olympiques d’hiver pour moderniser des lignes (lire notre édition du 7/05)… qui devront être rentables.

    Mais le service public échappe par définition à toute considération de rentabilité. Un moratoire serait donc l’occasion pour la population « d’avoir toutes les cartes en main pour se faire une opinion sur ce choix politique, précise le secrétaire du Casi. L’ouverture à la concurrence est une vraie bataille des idées. » L’organisation de cheminots a déjà publié une BD sur la privatisation de la SNCF, suivie d’un livre qui collecte des témoignages sur le passage au système concurrentiel. Dans la lignée, le film affiche cette visée didactique. Le grand public est la cible de ce documentaire, dont le parti pris est de focaliser sur le vécu humain et non l’aspect économique des réorganisations de la SNCF.

    On s’y écarte des prises de paroles syndicales pour se fixer sur « des témoignages de cheminots, des hommes et des femmes qui ont fait le train hier et qui le feront demain. Ce sont les mêmes, passés du public aux mains du privé, confrontés à un manque de moyens, une perte de sens. Car pour répondre à un appel d’offres, il faut baisser la facture, donc rogner sur la sécurité et les conditions de travail », résume Sébastien Gronnier. L’Angleterre en a déjà fait les frais. Ici, c’est le rapport de ces cheminots à leur travail qui est exploré, « comment ils vivent et ressentent ces bouleversements. Comment, au guichet, ce qui se faisait à deux est demandé à un seul… ». Dans la salle, le processus de libre concurrence trouve un autre éclairage : « Les gens réagissent et disent que ce schéma a conduit également à une baisse de qualité de service à La Poste ou à EDF. »

    Le documentaire continue son chemin à la rencontre du public. Draguignan était la douzième projection du film depuis le début de l’année. Sept autres suivront avant l’été et le documentaire sera disponible sur les plateformes après la période estivale.

    Prochaines séances : le 18 mai
    à Mandelieu-la-Napoule lors
    du festival Visions sociales (06),
    le 21
     mai à Tregunc (29), le 26 mai à Rouen (76) et à Chambéry (73), le 27 mai à Caen (14), le 10 juin
    à Lille (59) et le 12 juin
    à Annecy (74).

  • Un film pour témoigner de la mise en concurrence du rail à Miramas

    Un film pour témoigner de la mise en concurrence du rail à Miramas

    « C’est un témoignage de gens qui ne parlent pas à un syndicaliste ou une direction, mais à un cinéaste et avec leur cœur », résume Damien constant, responsable CGT du Comité d’activités sociales inter-entreprises (Casi) des cheminots de Miramas.

    Vendredi soir à 18h30 au cinéma Le Comoédia, le Casi organise la diffusion du film documentaire « #Touscheminots, concurrence, entre défiance et méfiance, entretiens et témoignages en région Paca », réalisé par Balkan Tekelioglu sur une idée originale de l’organisation.

    « Le film raconte l’ouverture à la concurrence du rail au travers des témoignages de cheminots qui ont été transférés dans SNCF sud azur », détaille Damien Constant.

    « Un outil de lutte »

    Il y a une originalité dans la façon de faire. « La réalisation a fait ce qu’elle voulait à partir de notre projet, nous n’avons pas donné de consignes indique Damien Constant. Ce sont des gens qui racontent leur vie, leur entrée à la SNCF, comment leur transfert leur a été annoncé et comment ils l’ont vécu ».

    « Ce film est un outil, une arme pour sensibiliser, transmettre les émotions, et dire qu’on ne veut pas que ça se reproduise. Car vivre la privatisation c’est vivre un drame », appuie le syndicaliste CGT. En d’autres termes, « c’est une autre manière de militer, notre but est que sa diffusion ne s’arrête pas au casi. Il y a pour projet de le promouvoir auprès du grand public », développe Damien Constant, la demande de visa d’exploitation étant en cours et sa diffusion envisagée lors de festivals.

    La séance de vendredi 18h30 au Comoédia est gratuite pour les cheminots, le tarif est de 4 euros€pour le public. Un débat et un apéritif sont proposés à l’issue de la projection.

  • [Grand entretien] Eric Bringuier : « On ne rend plus un service public, on fait de l’argent »

    [Grand entretien] Eric Bringuier : « On ne rend plus un service public, on fait de l’argent »

    RECRUTEMENT

    LM : Quels sont les besoins ? La perte du statut est-elle une épine pour recruter ?

    Eric Bringuier : On s’est aperçu que dans certains métiers (conducteur de train, aiguillage…) où l’on tourne en « trois huit », la fin du statut n’a rien réglé et ne permet pas de recruter. À la SNCF, les salaires sont bas. En passant les examens, quand ils découvrent leur future paye, des candidats arrêtent avant. Il n’y a plus d’avancement systématique, chacun va négocier son salaire avec le directeur, c’est compliqué. Le manque de moyens dans les gares est lié à cela. Depuis le Covid, les jeunes sont plus exigeants. Et puis, la SNCF a tout misé sur la digitalisation : on a de moins en moins de vendeurs. On ne rend plus un service public, on fait de l’argent.

    LIGNE À GRANDE VITESSE ET CGT

    LM : Les gares TGV de Montpellier et Nîmes sont-elles satisfaisantes ?

    Eric Bringuier : Ce qu’on voulait à Montpellier c’était relier les deux gares au-delà du tramway. Quand vous arrivez par TGV de Frontignan à Saint-Roch, vous avez 30 minutes de tramway. On veut un TER qui puisse aller aussi bien à Saint-Roch qu’à Sud de France. C’est faisable, le matériel est équipé. On l’a fait lors des inondations. À Nîmes, les voyageurs de TER arrivent sous la gare TGV.

    La LGV est indispensable ? Faut-il une ligne mixte ? Une autre gare TGV ?

    E.B. : Indispensable oui, la ligne littorale est saturée et à terme sera submersible. La LGV vers Perpignan doit être mixte tout le long, on doit y faire passer du fret. Ça permettra de libérer des sillons TER sur la ligne historique. Si on met une gare TGV à Béziers et une à Narbonne, on ne va pas s’arrêter de s’arrêter. Pourquoi pas essayer d’entrer dans Béziers et d’en ressortir avec une bifurcation ? Il faut y réfléchir vite.

    Dire que c’est à l’État de s’occuper des petites lignes et pas à la Région, n’est-ce pas maladroit ?

    E.B. : Non. Au rassemblement d’Alès j’ai dit qu’on a une Région volontariste pro-ferroviaire. Mais ce n’est pas parce que la Région fait un transfert de gestion sur les petites lignes qu’elles vont rouvrir plus vite. On a fait Montréjeau-Luchon, on fait Alès-Bessèges. Mais les autres lignes ? La Région ne va plus pouvoir les prendre. Le rôle de l’État est d’être garant du service public, c’est à lui d’investir. Qu’on entre dans un plan État/Région, on l’entend mais pas la gestion et les travaux. Car la Région devra payer l’entretien. Or il manque 1 milliard d’euros sur le réseau.

    PETITES LIGNES FERROVIAIRES

    LM : Rouverte l’été 2023, la ligne de la Rive droite du Rhône est-elle satisfaisante ?

    E.B. : Oui parce qu’on voit que là où l’on rouvre, la ligne ça fonctionne de suite. Il y a des voyageurs mais des études montrent qu’on peut aller plus loin. On avait fait nos calculs avec des arrêts à Remoulins, Villeneuve-lès-Avignon et Laudun-l’Ardoise. Là, on a des quais neufs comme à Remoulins mais on ne s’y arrête pas ! On porte cela avec les associations d’usagers. S’il faut on rouvrira des guichets.

    Avez-vous encore de l’espoir pour la réouverture d’Alès-Bessèges ?

    E.B. : Oui il y a de l’espoir. La ligne ouvrira d’abord en 2028 jusqu’à Saint-Ambroix puis en 2030 jusqu’à Bessèges. On pousse mais on dit à la Région d’arrêter, c’est à l’État de faire et de payer.

    La nationalisation d’ArcelorMittal donne-t-elle un argument de plus pour des travaux sur la ligne Béziers-Neussargues ?

    E.B. : Cette ligne est rénovée par des pansements depuis des années. Même si Arcelor n’était pas nationalisée, cette ligne doit servir de délestage. On a d’autres entreprises, le Massif Central se développe car le foncier est moins cher. Cette ligne est utile à la population. Je vous défie d’aller travailler à Béziers avec des cars de substitution, ça fait long. Les lignes fines de desserte du territoire doivent être à la fois voyageurs et fret. L’État doit le faire, de l’argent il y en a.

    INFRASTRUCTURES

    LM : La SNCF a annoncé la fermeture du dépôt de Béziers défendu depuis 30 ans par la CGT. Ce combat est-il perdu ?

    E.B. : À la CGT, on ne capitule pas facilement. On fait toujours des propositions faisables. La direction veut fermer ce dépôt depuis 1993. La Région a commandé des matériels neufs qu’il faudra entretenir en Occitanie. Il y a la possibilité de faire un centre de maintenance régional (CMR) qui serait moins cher qu’ailleurs car les terrains appartiennent à la SNCF. Le dossier est fiable, cela créerait une cinquantaine d’emplois. On doit convaincre la direction et la Région qui finance. On a été reçus par Jean Castex (PDG de la SNCF) à qui on a remis notre dossier. On ne lâchera pas.

    La modernisation du port de Sète semble une bonne nouvelle pour le fret…

    E.B. : C’en est une sans en être une. On a rappelé à Jean Castex que le plan de discontinuité fait au fret est une aberration. On a capitulé face à l’Europe. Or, aucun fret n’est capable de vivre sans être subventionné. On demande d’arrêter ce plan via lequel l’Europe interdit à la SNCF de se positionner sur toutes les autoroutes ferroviaires qui sont inaugurées. Le fret du Port de Sète fonctionnera avec les concurrents qui prennent le marché et… le sous-traitent à la SNCF ! On marche sur la tête. La CGT considère que le fret est un service public, il ne sert pas qu’à faire de l’argent pour les patrons.

    TER MIS EN CONCURRENCE EN 2032

    E.B. : L’État oblige la Région à ouvrir les TER à la concurrence en 2032 avec RATP, Veolia… C’est dogmatique. Regardons partout ce que ça a amené à l’usager et combien ça coûte à la collectivité. En Angleterre, il y a 30 ans, ils ont libéré les voyageurs et le rail. Ils en reviennent. On pensait qu’ils ne reprendraient que le réseau mais ils reprennent tout car ce n’est pas rentable. Dès que les privés ne sont plus sous perfusion de l’entreprise historique, cela ne fonctionne plus. Le prix du billet ne baissera pas quand la Région ne mettra plus au pot. Le matériel et le réseau ne seront plus entretenus. C’est ce qu’à l’air de penser Castex, on le jugera aux actes.

  • La majorité régionale fête dix années au pouvoir

    La majorité régionale fête dix années au pouvoir

    Le film promotionnel projeté devant la presse, ce mercredi midi, a beau ne pas être totalement fini, assure le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier, la majorité régionale de droite et du centre est bien prête pour fêter ses dix ans à la tête de la collectivité. « On s’est dit à l’époque : ça va changer, ça a quand même bien changé », célèbre le président qui a inscrit ce bilan en tête de l’ordre du jour de la séance plénière ce jeudi.

    « Nous ne sommes plus le tiroir caisse des autres collectivités et de l’État », vante-t-il, en assurant avoir « restauré la justice territoriale ». Et d’énumérer les actions menées d’abord sous Christian Estrosi, puis sous son égide, avec le « premier budget vert d’Europe » qui certifie un impact au moins neutre pour chaque dépense, le développement du tourisme, le « meilleur contrat de plan État -Région de l’histoire », les milliards obtenus de l’Union européenne, les subventions pour les équipements de police municipale, les investissements dans les transports. « Nous avons doublé les lignes de train sur les réseaux ouverts à la concurrence », pointe-t-il. Et de célébrer les dernières victoires obtenues : 90 millions de subventions supplémentaires de l’Europe sur la Ligne nouvelle Provence – Côte d’Azur, la validation de l’État sur le pipeline d’hydrogène Barmar. Avec bien sûr le regard rivé sur les Jeux d’hiver des Alpes françaises en 2030. « On m’accuse d’être macroniste, finalement, sur les arbitrages, c’est pas mal », rit-il en visant son opposition RN.

    C’est l’occasion pour lui de défendre « un modèle politique qui gagne, autour du rassemblement et de l’addition ». Sans s’attarder sur le barrage républicain qui a empêché la Région de basculer à l’extrême droite.

  • Ouverture à la concurrence : les cheminots plus que vigilants

    Ouverture à la concurrence : les cheminots plus que vigilants

    Après l’annonce de l’attribution du troisième lot de lignes de Trains express régionaux à la SNCF, dans le cadre de l’ouverture à la concurrence dans la Région Sud, les syndicats de cheminots montent au créneau.

    Voté vendredi dernier lors de l’assemblée plénière du conseil régional, c’est l’opérateur public historique qui a remporté le bras de fer face à Transdev, dans le cadre d’un nouvel appel d’offres. Concrètement, la SNCF garde la main sur cinq lignes, celles de l’est de la Provence et situées autour de Marseille (Marseille-Hyères, Marseille-Les Arcs, Marseille-Pertuis), mais aussi la fameuse ligne des Alpes, au cœur de la planification en vue des Jeux olympiques d’hiver 2030 (Marseille-Briançon et Briançon-Valence). Elle garde la main ou presque, puisque c’est encore via une filiale que l’entreprise a candidaté. « La société dédiée SNCF Voyageurs Sud Alpes Méditerranée opérera, pour le compte de la Région Sud et pour une durée de 10 ans, à compter de décembre 2029 », explique SNCF Voyageurs dans un communiqué de presse.

    De quoi inquiéter les cheminots. « On est très mitigés. On se satisfait que l’entreprise historique remporte cet appel d’offres. Mais on est très critiques sur cette fragmentation du réseau », analyse François Tejedor, secrétaire général de la CGT Cheminots Paca. Il en veut pour preuve « les premières conséquences sur les lots 1 et 2 déjà ouverts à la concurrence », c’est-à-dire les lignes de l’étoile niçoise de la filiale de la SNCF Sud Azur et le Marseille-Nice de Transdev. « Il y a des difficultés dues au cloisonnement du service public, du fonctionnement par monceau. Le système ferroviaire n’est pertinent qu’avec un phénomène de mutualisation et de réseau unifié », développe-t-il. Des ateliers différenciés pour les sociétés respectives, et donc plus coûteux, mais aussi « des problèmes à la fois de correspondance et d’information aux voyageurs » sont cités comme points noirs.

    Un dumping social

    à venir ?

    Dans les deux cas, son syndicat pointe « des résultats similaires » en comparaison avec la période où la SNCF historique était aux manettes en matière de retard et de ponctualité. « Le service rendu n’est pas au rendez-vous tel que la Région le prévoyait, ils sont dans le positivisme permanent », tonne-t-il.

    Mais c’est surtout la question du transfert de compétences et des cheminots qui inquiète le plus les syndicats. Dans un communiqué de presse, Sud-Rail Paca s’interroge quant aux promesses de la Région pour ce troisième lot : « 30% de trains en plus, 30% moins cher ? Mais comment ? » Avant d’avancer une piste de réponse : « Le fait de créer une filiale pour chaque appel d’offres correspond à la volonté de remettre en cause les droits des salariés et de mettre en place le dumping social. » Car, comme pour la filiale Sud Azur, un transfert des cheminots de la SNCF historique est à prévoir, d’une entité à une autre. Et qui dit transfert, dit volontariat, ou pas, mais aussi remise en cause des accords d’entreprise. « Il y a environ 650 agents concernés par le transfert. (…) Suite au transfert, tous les anciens accords collectifs SNCF cesseront après un délai de 15 mois », développe l’organisation.

    En résumé : « C’est sur le dos des cheminots qu’ils cherchent à réduire les coûts pour être conformes au contrat », selon François Tejedor.