« C’est une forêt mise sous cloche. » À l’occasion de la Fête de la biodiversité, ce week-end, Simon Brochiet, agent de l’ONF (Office national des forêts), guidera une dizaine de participantes et participants tirés au sort sur les sentiers du Bois du Chapitre, exceptionnellement ouverts au public. Laissé intact et interdit aux visites toute l’année, le Bois du Chapitre est une forêt de 300 hectares sillonnée de vallons et nichée entre le Petit Buëch et le pic Melette, sur les hauteurs du massif du Dévoluy.
L’ONF en a fait une réserve biologique intégrale en 1990 et le bois est également inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2021. « La première raison historique de sa préservation, c’est qu’il s’agissait d’une propriété religieuse, ce qui a permis de le protéger sans qu’il ait le même statut qu’aujourd’hui, retrace Simon Brochiet. L’autre raison, c’est qu’elle est très difficile d’accès, donc difficile à exploiter. C’est une vieille forêt qu’on a préféré laisser tranquille. »
On y trouve une biodiversité riche. À titre d’exemple, 92 espèces d’oiseaux y vivent d’après les recensements Natura 2000. Mais l’intérêt particulier de la réserve intégrale, c’est qu’on y retrouve en grande quantité des espèces devenues rares ou pratiquement disparues dans d’autres milieux, comme l’aspérule de Turin, fleur protégée au niveau national, ou encore le Peltis grossa, un coléoptère qui vit sous l’écorce des sapins morts ou mourants. Un insecte qui ne peut s’épanouir dans les forêts où les arbres dépérissants sont abattus.
Les forêts publiques, domaniales et communales, peuvent être protégées selon deux niveaux : la réserve dirigée, qui permet des actions de gestion, et la réserve biologique intégrale, où le milieu est préservé de toute intervention humaine. « Il y a plusieurs objectifs dans ces réserves biologiques intégrales. D’abord, c’est de laisser la forêt aller jusqu’au bout de son cycle. Il y a donc une grosse quantité d’arbres morts ou mourants sur le point de tomber, ce qu’on ne voit pas dans une forêt gérée où l’on exploite le bois avant, explique Simon Brochiet. Le deuxième objectif d’une réserve comme celle-ci, c’est de dynamiser la recherche. C’est un laboratoire à ciel ouvert pour les recherches de l’ONF ou des universitaires. Le troisième objectif est ce qui va se faire durant la randonnée découverte, de porter la connaissance aux gens, montrer ce qu’on fait et l’intérêt que ça a. Ça reste des milieux interdits à la visite, donc il faut en faire peu. »
Ces 370 hectares protégés représentent une réserve de faune et de flore exceptionnelle, qui en font un terrain d’étude précieux pour la recherche scientifique. « Depuis le classement à l’Unesco, cela a remis en lumière cette forêt, moins étudiée depuis les années 2010. Ça attire spontanément des projets de recherche, jusqu’au niveau européen », rappelle Simon Brochiet.
Le bois est notamment étudié pour comprendre l’impact du dérèglement climatique sur les forêts françaises, qui souffrent de la hausse des températures. « Étudier ce bois permet de faire la comparaison entre les forêts en évolution libre et les milieux gérés. Ici, il y a beaucoup de sapins qui dépérissent, car c’est un arbre très sensible au réchauffement des températures, constate l’agent ONF. On va observer si la sapinière se régénère naturellement. Ce sont des projets de recherche pour aider la gestion des forêts, afin de savoir si on va laisser la sapinière évoluer ou s’il va falloir qu’on anticipe et implante d’autres essences. »



