Tag: ONF

  • Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Il est 11h30 à la base de Baratier, David Raimbault et Hervé Tabouret préparent leur patrouille quotidienne qui s’achève à 19h30. À bord de leur Pick-up jaune, ils embarquent une radio reliée aux pompiers, une tablette numérique pour transmettre les données collectées au centre de commandement de l’ONF, mais aussi une cuve de 700 litres et une motopompe pour intervenir sur un feu naissant. « L’avantage pour les pompiers, c’est qu’on est leurs yeux sur place, explique Hervé Tabouret. On va pouvoir leur dire si les accès sont possibles, si les pistes sont débroussaillées, s’il y a beaucoup de vent, des habitations… En arrivant en premier sur le site du sinistre, on va leur expliquer les conditions en temps réel, ce qui leur donne de l’avance. »

    Le binôme fait partie des deux patrouilles PSI (Prévention, surveillance, intervention), qui opèrent chaque jour durant l’été sur trois secteurs : l’Embrunais, la Haute-Durance et le Queyras. Depuis le 24 juillet, le département est en vigilance rouge, ce qui signifie que tout feu extérieur du type feu d’artifice, barbecue, feu de camp, brûlage de végétaux, cigarettes, ou travaux émettant des étincelles, est interdit à moins de 200m des forêts et espaces naturels. Après une visite au Centre d’incendie et de secours (CIS) d’Embrun, pour se concerter avec les sapeurs-pompiers, ils partent sur le terrain.

    Un public plus averti qu’auparavant

    En cette fin de matinée, ils arpentent la plage de Chanterenne à Crots, où ils s’attendent à trouver des restes de places à feux improvisées. Et ça ne loupe pas, à peine quelques minutes de marche, ils en trouvent deux, à 100m l’une de l’autre. « Une contravention pour un feu sauvage en période rouge, c’est 135 euros d’amende, rappelle Hervé Tabouret. On en constate une dizaine par jour, surtout sur les bords de plages très fréquentés en été et dans les fonds de vallée, en altitude, là où les gens se sentent un peu cachés. » Les deux agents enlèvent les pierres et mélangent les cendres à la terre. Autour du lac, la végétation est dense, et particulièrement sèche en cet été de canicule sévère. « Une place à feu reste dangereuse, même éteinte. Il y a des braises qui restent incandescentes. Le vent, la température, le taux d’humidité bas… Toutes les conditions sont réunies pour qu’une braise s’envole et déclenche un feu », explique Hervé Tabouret.

    Si, depuis le passage en période rouge, des affiches sont placardées sur les sites, tous les publics ne sont pas forcément au fait des interdictions, la PSI a un rôle primordial de prévention. « On voit que la patrouille a un impact dans la prévention, on trouve moins de place à feux sauvages que les années précédentes, constate Hervé. Le fait que cette année il y ait énormément d’incendies, que les médias en parlent beaucoup, fait que quand on échange avec les gens, on voit qu’ils sont beaucoup plus sensibilisés qu’avant. Il suffit qu’on nous voit démonter une place à feu pour qu’on vienne nous poser des questions. Et là, on joue notre rôle, c’est-à-dire expliquer, sensibiliser. »

  • Le feu de Bayons contenu, le risque incendie reste très élevé

    Le feu de Bayons contenu, le risque incendie reste très élevé

    « Après 18 jours, le feu du Gros Bessillon est déclaré officiellement fixé », a indiqué vendredi soir la préfecture du Var. « Pour autant, le travail des sapeurs-pompiers se poursuit et une extrême vigilance reste de mise car ce feu inédit par sa durée et ses trois départs consécutifs (les 21, 24 et 31 juillet) qui interrogent les spécialistes comme les enquêteurs, couve encore », écrit-elle dans un communiqué. « Il faudra encore plusieurs jours avant de le maîtriser et l’éteindre définitivement ; il faudra de nombreux mois pour reconstruire (70 maisons ont été impactées et 41 détruites) et oublier le traumatisme des flammes pour les 6 000 personnes évacuées », rappelle-t-elle. Le feu a parcouru 6 300 hectares. 450 pompiers restent mobilisés. L.M.

    Le feu de Bayons n’évolue plus, mais il est loin d’être terminé. Une semaine après son départ et 95 hectares parcourus, les pompiers restent mobilisés. « On ne peut pas dire qu’il est fixé, même s’il évolue peu. Il est contenu dans une enveloppe d’une centaine d’hectares », précise, ce vendredi matin, Sylvain Besson, directeur départemental des services d’incendie et de secours (Sdis 04).

    Malgré d’importants renforts, quatre Canadair et un avion Dash, les pompiers estiment devoir maintenir une présence « au minimum pendant une semaine » avant de pouvoir annoncer un feu éteint. 60 sapeurs-pompiers restent sur le terrain aux côtés de l’Office national des forêts (ONF).

    Si « la situation n’est plus évolutive », la chaleur, la faible humidité et le vent maintiennent un risque incendie élevé. Les opérations sont compliquées par le relief. « On est en moyenne montagne donc ce n’est pas accessible facilement et c’est dangereux », rappelle Sylvain Besson, évoquant de nombreuses chutes de blocs.

    Aucun blessé ni aucune habitation touchée ne sont à déplorer. L’incendie laisse néanmoins des traces sur le milieu naturel. L’ONF évoque un secteur présentant « une vraie richesse en biodiversité », avec notamment des espèces protégées. Une étude environnementale sera engagée pour mesurer les conséquences de l’incendie.

    Risque incendie très sévère dans le département

    Les pompiers insistent aussi sur le coût considérable d’un feu qui serait d’origine humaine. « Ça aura été minimum deux semaines de travail. Tout ça à cause, semble-t-il, d’une négligence », pointe Sylvain Besson. Un chauffeur-livreur dignois, suspecté d’avoir provoqué l’incendie, a été placé en garde à vue le 1er août, tandis que le parquet des Alpes-de-Haute-Provence a ouvert une enquête.

    Dans le reste du département, le feu de Thorame-Basse est éteint après trois jours d’intervention et 21 hectares parcourus. Dans ce contexte, la préfète a placé, l’ensemble des massifs du département en risque modéré à l’exception du massif du Luberon et du plateau de Valensole classé en risque incendie « élevé ».

  • Une « importante reprise » du feu à Bayons, celui de Thorame ne progresse plus

    Une « importante reprise » du feu à Bayons, celui de Thorame ne progresse plus

    Les pompiers rencontrent des difficultés en raison d’un relief « dangereux, marqué par des chutes régulières de pierres, de matériaux incandescents et de blocs rocheux. Ces conditions représentent un risque majeur et favorisent la propagation du feu », a regretté le Sdis. L’ONF a fourni un bulldozer aux pompiers, qui l’utilisent ce mercredi matin pour prolonger une piste. Le feu de Thorame-Basse n’a lui plus progressé depuis lundi, sa surface brûlée restant stable à 21 hectares. Les pompiers surveillent « toute reprise » et poursuivent leur « travail acharné » sur les deux incendies.

  • [Entretien] Loukas Benard, CGT Forêt : « L’enjeu du siècle, c’est de transmettre une forêt résistante et adaptée »

    [Entretien] Loukas Benard, CGT Forêt : « L’enjeu du siècle, c’est de transmettre une forêt résistante et adaptée »

    La Marseillaise : Quelles sont les difficultés de l’ONF en ce moment ?

    Loukas Benard : Depuis les années 1986, on a perdu la moitié de nos emplois. Plus récemment, en 2016, on était encore 9 300 à l’ONF. Aujourd’hui, on n’est plus que 8 200. Et sur ces 8 200 personnes, il y en a en réalité 500 emplois de type apprentissage. Donc on est plutôt de l’ordre de 7 600 personnels à l’ONF. En revanche, sur le financement de la défense des forêts contre les incendies, c’est une mission d’intérêt général qui nous est confiée. Et le volet DFCI (Défense de la forêt française contre les incendies) a été rehaussé. À l’heure actuelle, on va dire qu’on est à peu près à 33 millions d’euros, donc on a une DFCI qui a quasiment triplé en sept ans.

    Pourquoi ne pas embaucher de nouveaux forestiers avec ce budget ?

    L.B. : Malgré ce budget, on ne peut pas embaucher plus de personnels parce qu’on a un plafond d’emplois. On est un établissement public, donc c’est l’État qui va nous dire le nombre de postes autorisés à l’ONF.

    Dans ce contexte de multiplication des incendies en France, quelles sont les conséquences de ce manque de moyens humains ?

    L.B. : La problématique que l’ONF rencontre, c’est la superposition des missions. Il nous manque des bras, on est à l’os. Il y a des nouvelles missions qui arrivent avec le changement climatique parce qu’on doit protéger les forêts contre les incendies et on doit reconstituer les peuplements qui subissent le changement climatique. D’une certaine manière, on doit aussi réapprendre notre métier. En fait, on se retrouve dans un cercle vicieux où on perd notre capacité à transmettre une forêt aux générations futures parce qu’on essaye d’empêcher la forêt actuelle de cramer. Notre travail se gère sur le long terme et là on est dans une logique de court terme.

    Combien de postes supplémentaires demandez-vous ?

    L.B. : À la CGT Forêt, on demande à retrouver un minimum de 9 300 emplois pérennes au total à l’ONF, soit 1 200 effectifs supplémentaires sur le prochain contrat qui courra jusqu’en 2031. Ce qu’on demande, c’est de la visibilité. C’est que tout soit décidé dans le contrat quinquennal et que les éléments soient donnés sur le long terme. Mais malheureusement, les propositions de loi de finances peuvent affecter le contrat et le budget de l’ONF.

    Quelles missions pourriez-vous renforcer avec plus de moyens ?

    L.B. : Les moyens humains nous permettraient vraiment d’adapter la sylviculture, notre gestion, mais aussi d’être plus présents sur les massifs pour pouvoir réduire encore un peu ce risque de DFCI. On va entretenir les infrastructures de DFCI qui permettent aux pompiers d’accéder aux massifs, c’est-à-dire les pistes et les routes forestières, les citernes qui permettent de stocker de l’eau en forêt, les barrières qui permettent de fermer les massifs et contrôler l’afflux des gens quand il y a des périodes d’interdiction. On va aussi faire des patrouilles purement de prévention, où on va dire aux gens d’avoir un comportement responsable et où on va surveiller les massifs. Il y a d’autres types de patrouilles qui sont des patrouilles d’intervention sur les petits feux, avec des 4×4 et des cuves de 400 litres. Et quand il y a des plus gros feux, le rôle de l’ONF, c’est aussi de guider les secours en leur disant : « Là, ce sont des peuplements qui sont assez inflammables », ou bien « le vent va dans cette direction ».

    Quel est l’enjeu actuel de l’ONF ?

    L.B. : L’enjeu du siècle c’est de transmettre une forêt qui soit résistante, résiliente et adaptée aux changements climatiques. On a vraiment un intérêt à avoir une forêt qui stocke du carbone, qui permet de fixer l’eau, et de réduire la pollution.

  • Avant l’incendie…

    Avant l’incendie…

    Tandis que la macronie n’assume pas son impréparation, ses comptes d’apothicaires pour l’achat de canadairs et globalement son déni, il est des régions qui n’ont jamais baissé la garde en matière de prévention du risque incendie. Il est vrai que dans le Sud-Est, il y a eu un avant et un après 1989. Du 28 au 31 août de cette année-là, la Sainte Victoire brûle. 60% du site est ravagé. La résilience fut au rendez-vous : plantations nouvelles, pistes DFCI (défense de la forêt contre l’incendie) surveillance et moyens accrus. Le tout essentiellement financé par les collectivités locales. Grâce aux services publics locaux, notamment les Services départementaux d’incendie et de secours, les Sdis, nos massifs régionaux sont sous surveillance. S’y ajoute le dispositif de la garde forestière régionale qui n’emploie pas moins de 250 vigies.

    La santé de nos forêts

    Le contraste est saisissant avec le sort réservé à l’Office national des forêts, l’ONF, affaiblie à force de diminution de ses effectifs au nom de la réduction des déficits. Or, ces forestiers nationaux sont indispensables pour le maintien de la bonne santé de nos forêts qui, rappelons-le, représentent un tiers du territoire métropolitain.

    Des leçons sont à tirer d’ores et déjà des ravages des feux dantesques, en Gironde notamment. La prévention doit être un des piliers de la lutte contre le risque incendie. Le gouvernement a fait savoir mercredi qu’il souhaite la création d’une « filière » des industriels « de lutte contre les incendies ». Pourquoi pas. Mais il ne s’agit pas de se payer de mots. Il y a 37 ans que
    des solutions ont été apportées dans le Sud !

  • À Marseille, la renaturation du parc de Bonneveine  tourne à l’abattage

    À Marseille, la renaturation du parc de Bonneveine  tourne à l’abattage

    Des riverains dénoncent la conduite non maîtrisée du chantier de rénovation et de renaturation lancé, en septembre dernier, du parc central de Bonneveine, avenue de Hambourg, 8e, et de la promenade de la Sarette. L’opération s’accompagne, selon eux, de destruction injustifiée d’arbres.

    Lancé en septembre dernier, le marché de travaux prévoit la plantation de 70 arbres, la création de jeux, l’agrandissement de 5 000 m2 gagné sur l’ancien gymnase et la rénovation de l’éclairage, pour un coût annoncé de 2,4 millions d’euros. « Depuis quatre mois, tout est à l’arrêt sans raison valable, constate Jérôme Nardi, du collectif. Et la circulation le long du chemin de la Sarette est bloquée par des barrières de sécurité. On prend en otage les usagers du parc en pleine canicule. »

    « Quatre arbres de 50 ans sont tombés à la suite de l’arrachage des pavés qui habillaient les parois des cratères. Cela a déstabilisé leur système racinaire. Six autres ont été abattus sans précaution et 32 autres arbres sont menacés de destruction, dont 24 dans la pinède », explique Alain Senentz, qui montre comment le creusement de tranchées à la tractopelle a endommagé des sujets. « En février, un très gros pin de la place centrale s’est effondré peu après que des tranchées d’un mètre de profondeur ont été creusées à proximité pour passer le nouveau câblage des lampadaires. »

    Le soutien de France Nature Environnement

    La pétition du collectif a déjà obtenu 1 500 signatures et réclame le redémarrage du chantier avec des mesures « pour protéger les arbres restants en instaurant des méthodes de travail qui préservent l’environnement et évitent de renouveler les erreurs passées ». Ils demandent de la transparence sur les expertises techniques – et notamment le rapport complet de l’Office national des forêts (ONF) – qui fondent les décisions d’abattre les arbres. Au vu de « la fuite permanente devant les demandes d’explication », le silence de la mairie centrale et celle de secteur devant laquelle ils ont dû faire un sit-in pour être reçus, le collectif s’est résolu à aller au contentieux. Défendu par Me Sébastien Barles (ancien adjoint de Benoît Payan en charge de la transition écologique), il va assigner, la semaine prochaine, la Ville en référé devant le tribunal administratif.

    Vendredi, Richard Hardouin, président de France nature Environnement (FNE), était à leur côté : « Nous allons accompagner le groupe de nouveaux adhérents de FNE 13 du Parc Bonneveine dans le but de créer une instance d’échange avec la mairie et, si ça n’aboutit pas, nous agirons en justice. » Sa visite est édifiante. « Non, là, il n’y a rien qui justifie la coupe de cet arbre qui doit être conservé ! Ce cratère-là ne nécessite pas d’être touché. Il doit rester en l’état », tonne le militant, visiblement très mécontent. Elisabeth Parisot lui montre le grand pin qui est tombé sur le grillage de la résidence Le Véronese et qui est resté en place avec les autres.

  • La garde régionale forestière, un nouvel outil de prévention contre les incendies

    La garde régionale forestière, un nouvel outil de prévention contre les incendies

    Chaque jour, Savine et Naoa parcourent plus d’une vingtaine de kilomètres à travers les zones forestières de la presqu’île de Giens. Pas pour faire du tourisme, ni du sport, mais pour prévenir les risques d’incendie qui menacent les massifs varois, sur un territoire qui accueille 900 000 personnes chaque année, jusqu’à 45 000 par jour en été. Ils font en effet partie des 250 gardes régionaux forestiers, une brigade créée par la Région Sud dans le cadre du plan de lutte contre les incendies « Guerre du feu », institué en 2018. Ce dispositif vise à soutenir les forêts, les collectivités et les acteurs de la prévention et de la lutte contre les incendies grâce à des moyens humains et matériels renforcés.

    Prévention et observation

    Employés saisonniers, de mi-juin à fin août, ils sont une centaine pour le seul département du Var, dont 14, depuis cette année, dans le territoire de la métropole TPM, parmi lesquels deux sont déployés à Giens. Deux autres dépendent du Parc national de Port-Cros. Ils travaillent en étroite collaboration avec les autres équipes de surveillance de la zone, à savoir deux éco-gardes permanents, ainsi que des personnels de l’Office national des forêts (ONF), du Parc national de Port-Cros et du Conservatoire du littoral, dotés, contrairement à eux, d’un pouvoir de police. Car leur mission principale est d’être « le premier rempart, de prévenir avant qu’il y ait un drame, explique Naoa. On a à cœur de protéger notre magnifique territoire et de tout faire pour qu’il prospère ».

    Cela passe aussi par « l’observation de la nature », explique Savine, ornithologue de formation. « On a des espèces rares ici, et c’est important de les protéger. Notre rôle, c’est aussi de les suivre, notamment sur le plan de leur reproduction. » Avant d’entrer en fonction, les gardes régionaux forestiers, qui travaillent systématiquement en binômes, bénéficient ainsi de trois jours de formation, notamment sur le volet de la biodiversité et du contact avec les personnes. « Souvent, quand on arrive avec un sourire, ça désamorce le conflit et permet de mettre en confiance », note Savine. Ce qui réussit plutôt bien au binôme, qui n’a eu aucun incident à déplorer en un mois de patrouille.

  • Saison des feux : la colonne des Alpes du Sud prête à intervenir

    Saison des feux : la colonne des Alpes du Sud prête à intervenir

    Ce mardi matin, le long de la côte Reynard, sur la commune de La Rochette, on pouvait observer une impressionnante colonne de camions de pompiers et de véhicules de l’Office national des forêts (ONF). Réunis à l’initiative de Philippe Bailbé, préfet des Hautes-Alpes, et de Marcel Cannat, président du conseil d’administration du Sdis (Service départemental d’incendie et de secours), agents de l’ONF et sapeurs-pompiers ont présenté le dispositif de lutte et de prévention contre les feux de forêt pour la saison estivale à venir.

    Alors que les périodes de sécheresse et de fortes chaleurs se multiplient chaque été, les incendies gagnent en fréquence et en intensité. Un problème majeur appelé à s’aggraver dans les départements méridionaux disposant de vastes et précieux espaces boisés, comme les Hautes-Alpes.

    Premier maillon du dispositif d’intervention, les agents de l’ONF. Mobilisés par paire, ils se répartissent entre les unités en voiture, chargées de prévenir les comportements à risque et de verbaliser si besoin, et les unités embarquées dans des pick-up munis d’une réserve d’eau et d’une pompe, capables d’intervenir sur un départ de feu. Lorsqu’un incendie se déclare dans un secteur, l’ONF peut également fournir aux pompiers des informations cartographiques sur la zone concernée, les accès, le type de végétation et les exploitations présentes.

    Vient ensuite la colonne feux de forêt des sapeurs-pompiers, composée de trois groupes d’intervention de 18 personnes chacun. Ces groupes sont eux-mêmes constitués d’un véhicule de commandement (un 4×4) et de quatre camions de lutte contre les feux de forêt.

    Troisième maillon essentiel du dispositif, les prévisionnistes de Météo-France, aux niveaux national et local, produisent quotidiennement des évaluations météorologiques des risques d’incendie.

    À ces dispositifs s’ajoute le travail permanent de vigilance des agents des parcs nationaux, de la gendarmerie et de la police. La stratégie française de lutte contre les incendies repose sur le principe de l’attaque massive du feu naissant, sans hésiter à mobiliser d’emblée deux à quatre camions, puis à renforcer rapidement les moyens engagés si nécessaire. Une stratégie qui permet à 80% des feux de rester inférieurs à 5 hectares.

    Cependant, comme l’a rappelé le préfet Philippe Bailbé, « le feu de forêt le plus facile à éteindre est celui qui ne se déclenche pas, et après, celui qui ne s’étend pas ».

    Or, pour cela, les actions en amont sont primordiales. La prévention du public constitue un premier enjeu. « Nous avons une responsabilité collective à sensibiliser aux bons comportements, au fait qu’on ne jette pas un mégot par dessus la fenêtre de la voiture, a rappelé Philippe Bailbé. En période de fortes chaleurs, ce n’est pas possible. Dans une végétation très sèche, le mégot va produire immédiatement un embrasement. »

    Le préfet a aussi cité plusieurs comportements à risque en cette période, comme allumer des barbecues en dehors des zones autorisées, ou travailler avec des outils comme des meuleuses, qui produisent des étincelles, à proximité d’une végétation sèche : « Des gestes qui peuvent produire une catastrophe. »

    Le débroussaillage, précaution essentielle

    En matière de prévention, le personnel de l’ONF a également rappelé l’obligation légale de débroussaillage dans les zones exposées au risque d’incendie. Cette mesure impose aux propriétaires de débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour des habitations, constructions et autres installations de toute nature. Si elle n’est pas toujours simple à réaliser, entre les obligations de préserver les espaces naturels et le partage des parcelles de terre parfois entre plus d’une dizaine de propriétaires, cette mesure est considérée par l’ONF comme la plus efficace pour limiter les dégâts causés aux habitations et protéger leurs occupants en cas de feu de forêt.

  • Coopérer, fédérer, pour mieux protéger les espaces forestiers

    Coopérer, fédérer, pour mieux protéger les espaces forestiers

    Hauts floqués du nom des organisations qu’ils représentent, carnet en main pour certains, parlant français ou espagnol, ils sont une dizaine à s’être retrouvés sur le site de la pépinière expérimentale de Cadarache, tenue par l’Office national des forêts (ONF). Tous, sont issus des 18 partenaires qui composent le projet Interreg Sudoe Cooptree, lancé « dans une démarche d’adaptation au changement climatique des forêts sur le sud ouest européen, précise Raphaël Delpi, représentant de Forespir, chef de file du projet. Si la région Paca n’est pas incluse dans le territoire d’intervention, elle reste intéressante en tant que région méditerranéenne. On est hors zone aujourd’hui, pour un apprentissage technique. » Le projet Cooptree, lancé en janvier 2024, mené jusqu’en décembre 2026, permets aux partenaires du projet de partager des connaissances sur différentes espèces d’arbres, leurs résistances aux conditions climatiques… Notamment dans un contexte de climats plus secs, plus chauds, chaque année. « Par cette coopération, chacun montre ce qu’il connaît mais de l’autre côté, chacun cherche de l’information chez les autres. Quand nous (ONF) projetons le projet à 2100, on sait qu’on va voir de plus en plus de problèmes pour un certain nombre d’espèces autochtones, pour qu’elles puissent vivre, pour qu’on puisse avoir un couvert forestier même si on ne pense pas à la production. C’est encore pire dans le sud de la France : demain, le climat ici sera celui de Séville (…) actuellement, tous les pays européens sont en recherche de ressources génétiques pour leurs forêts », précise Erwin Ulrich, pilote de la mission adaptation des forêts au changement climatique, au niveau national. D’où, les rencontres régulières, en France, dans les pays ibériques, au Portugal… Après Cadarache, le groupe s’est dirigé vers le Mont Ventoux.

    Expériences à Cadarache

    Avant de se rendre dans le Vaucluse, ce sont sous les serres de la pépinière de Cadarache, ou des milliers de plants forestiers sont soumis à diverses expérimentations, que le groupe s’est attardé. Plus précisément, sur le dispositif expérimental travaillé autour du pin de Salzmann, soumis, dans l’une des nefs de la serre, à plusieurs niveaux de stress hydrique. « Le stress a démarré fin février, on va le poursuivre jusqu’à fin août. On le fait sur une saison », précise Jérôme Reilhan, responsable ONF de la pépinière, en charge de détailler le projet, sans pouvoir, à ce stade, fournir de conclusions. Au gré des rangées sous serre, des panneaux enfoncés dans les plans indiquent le pourcentage des modalités de capacité de rétention en eau des substrats. Entre les plants, un robot sur une rampe mobile qui se déplace dans la nef, gère l’arrosage. Si l’expérimentation arrivera à expiration, « on espère que la coopération va continuer à fonctionner, conclut Brigitte Musch, cheffe du département ressource génétiques à l’ONF. Il faut de la coopération sur la conservation de ressources génétiques. Elles sont, dans certaines zones, en danger dû au réchauffement climatique au sens large du terme (…) L’idée est d’avoir cette coopération pour mettre en sécurité ces ressources génétiques. Ce, de manière transfrontalière. On y travaille avec nos collègues andalous. »

    Eva Bonnet-Gonnet

  • Une forêt protégée des Hautes-Alpes dévoilée au public

    Une forêt protégée des Hautes-Alpes dévoilée au public

    « Cest une forêt mise sous cloche. » À l’occasion de la Fête de la biodiversité, ce week-end, Simon Brochiet, agent de l’ONF (Office national des forêts), guidera une dizaine de participantes et participants tirés au sort sur les sentiers du Bois du Chapitre, exceptionnellement ouverts au public. Laissé intact et interdit aux visites toute l’année, le Bois du Chapitre est une forêt de 300 hectares sillonnée de vallons et nichée entre le Petit Buëch et le pic Melette, sur les hauteurs du massif du Dévoluy.

    L’ONF en a fait une réserve biologique intégrale en 1990 et le bois est également inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2021. « La première raison historique de sa préservation, c’est qu’il s’agissait d’une propriété religieuse, ce qui a permis de le protéger sans qu’il ait le même statut qu’aujourd’hui, retrace Simon Brochiet. L’autre raison, c’est qu’elle est très difficile d’accès, donc difficile à exploiter. C’est une vieille forêt qu’on a préféré laisser tranquille. »

    On y trouve une biodiversité riche. À titre d’exemple, 92 espèces d’oiseaux y vivent d’après les recensements Natura 2000. Mais l’intérêt particulier de la réserve intégrale, c’est qu’on y retrouve en grande quantité des espèces devenues rares ou pratiquement disparues dans d’autres milieux, comme l’aspérule de Turin, fleur protégée au niveau national, ou encore le Peltis grossa, un coléoptère qui vit sous l’écorce des sapins morts ou mourants. Un insecte qui ne peut s’épanouir dans les forêts où les arbres dépérissants sont abattus.

    Étudier l’impact du dérèglement climatique

    Les forêts publiques, domaniales et communales, peuvent être protégées selon deux niveaux : la réserve dirigée, qui permet des actions de gestion, et la réserve biologique intégrale, où le milieu est préservé de toute intervention humaine. « Il y a plusieurs objectifs dans ces réserves biologiques intégrales. D’abord, c’est de laisser la forêt aller jusqu’au bout de son cycle. Il y a donc une grosse quantité d’arbres morts ou mourants sur le point de tomber, ce qu’on ne voit pas dans une forêt gérée où l’on exploite le bois avant, explique Simon Brochiet. Le deuxième objectif d’une réserve comme celle-ci, c’est de dynamiser la recherche. C’est un laboratoire à ciel ouvert pour les recherches de l’ONF ou des universitaires. Le troisième objectif est ce qui va se faire durant la randonnée découverte, de porter la connaissance aux gens, montrer ce qu’on fait et l’intérêt que ça a. Ça reste des milieux interdits à la visite, donc il faut en faire peu. »

    Ces 370 hectares protégés représentent une réserve de faune et de flore exceptionnelle, qui en font un terrain d’étude précieux pour la recherche scientifique. « Depuis le classement à l’Unesco, cela a remis en lumière cette forêt, moins étudiée depuis les années 2010. Ça attire spontanément des projets de recherche, jusqu’au niveau européen », rappelle Simon Brochiet.

    Le bois est notamment étudié pour comprendre l’impact du dérèglement climatique sur les forêts françaises, qui souffrent de la hausse des températures. « Étudier ce bois permet de faire la comparaison entre les forêts en évolution libre et les milieux gérés. Ici, il y a beaucoup de sapins qui dépérissent, car c’est un arbre très sensible au réchauffement des températures, constate l’agent ONF. On va observer si la sapinière se régénère naturellement. Ce sont des projets de recherche pour aider la gestion des forêts, afin de savoir si on va laisser la sapinière évoluer ou s’il va falloir qu’on anticipe et implante d’autres essences. »