Tag: Occitanie

  • Pour aller au travail, les Occitans fanas de voiture

    Pour aller au travail, les Occitans fanas de voiture

    En 2021, les 2,2 millions d’Occitans à prendre leur voiture pour aller au travail – les « navetteurs » – émettent en moyenne 0,66 tonne de CO2 par an. Ces derniers privilégient la voiture et la moto à 83,4 % (le reste se répartit entre transports en commun (6,9%), le vélo (3,6%) et la marche (6,1%). C’est ce qu’il ressort d’une étude de l’Insee publiée en septembre concernant les trajets domicile travail. Et l’Occitanie fait mieux que le reste de l’Hexagone (0,77 tonne de CO2 par an), ce qui en fait la quatrième région la moins émettrice des gaz à effets de serre (GES) pour ces trajets. « Pour atteindre les engagements climatiques de la France, chaque habitant devrait en moyenne émettre 2 tonnes d’équivalent CO2 par an en 2050, alors qu’il en génère 9,4 en 2023 », précise l’étude.

    Dès lors, réduire cette empreinte devient un enjeu environnemental majeur. Mais les navetteurs ne sont pas tous égaux. En effet, dans les zones rurales, l’offre de transports étant moins diversifiée, si bien que « 22 % des navetteurs parcourent au moins 20km pour se rendre sur leur lieu de travail. Ces trajets sont responsables de 55% des émissions de GES liées aux navettes domicile-travail », indique l’Insee. A contrario, les navetteurs résidant dans les pôles émettent moins (0,32 tonne pour le pôle de Toulouse, 0,3 tonne pour Montpellier) et prennent plus les transports en commun (22,3% à Toulouse, 19,5% à Montpellier).

    Si la géographie explique en grande partie ces différences, l’étude montre également que les femmes génèrent moins d’émissions que les hommes (0,57 tonne contre 0,75). Aussi, ces émissions varient en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des personnes. Les ouvriers émettent le plus (0,84 tonne) tandis que les agriculteurs sont ceux qui polluent le moins, suivi des cadres (0,54 tonne). L.D.

  • [Grand Entretien] Alexandre Gautier, directeur Insee Occitanie : « Donner le goût des vrais chiffres aux citoyens »

    [Grand Entretien] Alexandre Gautier, directeur Insee Occitanie : « Donner le goût des vrais chiffres aux citoyens »

    Toutes les semaines dans La Marseillaise, nous invitons une personnalité des départements du Gard ou de l’Hérault à répondre
    à nos questions. Ce vendredi, Alexandre Gautier, nouveau directeur régional de l’Insee Occitanie. L’économiste de formation explique en quoi l’institut de la statistique éclaire les politiques publiques à l’heure de l’IA, du scepticisme et des fake news.

    PARCOURS

    LM : Vous êtes à l’Insee depuis 1997. C’est une vocation ?

    Alexandre Gautier : Je suis un pur produit de l’Insee, formé dans ses écoles. J’ai assez peu quitté l’Insee et jamais la statistique publique. Économiste de formation, j’ai travaillé à la direction générale en début de carrière. Puis mon parcours m’a fait passer par l’Outre-Mer à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie (directeur), en Corse (directeur adjoint). Puis récemment directeur adjoint en Paca. Dernièrement j’étais retourné aux affaires financières à la direction générale. Je connais bien la maison, ses envies, projets, problématiques… En Occitanie, ce sont 280 personnes. Je vais faire les trajets entre Montpellier et Toulouse. Il y a des convergences à trouver, des points à mutualiser avec de la solidarité.

    RÉGION OCCITANIE

    LM : Des créations d’emplois mais un taux de chômage élevé. D’où vient ce paradoxe régional ?

    A.G. : Ce paradoxe a une explication assez simple et contre laquelle on ne peut pas grand-chose. C’est que l’Occitanie est extrêmement attractive. La croissance démographique y est très rapide (+1,2% par an), la plus élevée en France continentale. Cela signifie qu’il faut créer beaucoup d’emplois pour absorber cette croissance. Il s’en crée plus de 30 000 en moyenne par an. C’est énorme, probablement suffisamment dans les phases ascendantes du cycle économique mais pas assez dans la phase descendante. Historiquement, les régions du Sud de la France qui sont moins industrielles, on a des taux de chômage plus élevés. Les salaires sont généralement liés au tissu productif. L’industrie est plutôt rémunératrice. On le voit vers Toulouse avec Airbus, un peu à Montpellier avec l’informatique.

    L’industrie du Gard va mal…

    A.G. : Je n’ai pas de données pour l’instant. Mais l’emploi industriel, facteur d’appréciation de la vitalité économique, est l’un des indicateurs que l’on regarde en premier. On va aussi finement regarder les saisonniers pour le tourisme, l’agriculture. Il y a plusieurs angles sur les saisonniers : le revenu, le logement, les transports.

    Vos prochaines études ?

    A.G. : Les grands axes restent la statistique démographique et sociale avec des projections, pas des prévisions. On sait de quels scénarios, hypothèses on parle. Que se passe-t-il si la fécondité diminue, se maintient, repart ? À 30 ans, les résultats diffèrent. On va travailler sur le numérique, l’aéronautique, la filière automobile. On s’intéresse aussi à la réindustrialisation.

    Fonctionnement

    L.M : Comment choisissez-vous vos sujets d’étude ?

    A.G. : Nous avons des travaux d’enquête réalisés partout comme le recensement, le calcul du taux de chômage… Et puis il y a les études que l’on produit localement. On choisit nos sujets en fonction des politiques publiques. De quoi ont besoin la Dreal, le rectorat, la Région, le conseil départemental… ? On a aussi des sujets plus généraux comme la démographie. La moitié de nos travaux reste du national pur. À Montpellier, on est spécialistes de la statistique d’entreprises liées au tourisme, des infographies numériques.

    Comment conserver votre objectivité quand une étude vous est commandée par un partenaire, une collectivité ?

    A.G. : Nous faisons des partenariats public/public. Il peut y avoir des contreparties financières mais pas systématiquement. L’idée c’est de mettre deux matières grises en commun pour éclairer un sujet. S’ils font appel à nous c’est pour la rigueur de notre expertise. Notre réputation s’appuie sur l’absence de biais de nos travaux. Nous conservons notre objectivité totale et nous publions systématiquement, y compris des résultats qui pourraient déplaire à nos partenaires. Tous nos travaux sont rendus publics sur notre site.

    Que change l’IA pour vous ?

    A.G. : Nous développons des modèles fondés sur l’intelligence artificielle (IA) depuis déjà plusieurs années. L’IA grand public est générative. Est développé à l’Insee le « machine learning », qui permet de coder automatiquement pour aller plus vite. Nos emplois se transforment. On a eu bien sûr une décroissance rapide de nos agents de l’Insee. La société se transforme, les outils sont différents d’il y a 20 ans. On a moins besoin de reprise manuelle. Notre structure a changé : on a plus de cadres, de data scientists, d’ingénieurs et moins d’agents de gestion. Nos travaux sont rédigés par des humains.

    INSEE

    LM : Qu’est-ce que l’Insee ? À quoi ça sert ?

    A.G. : Il y a souvent confusion, on pense que l’Insee est une agence, un établissement public. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) est une direction du ministère de l’Économie et des Finances. La loi précise que l’Insee est indépendant. Il n’y a donc aucune collusion entre les données produites et par exemple l’administration fiscale ou autre. Il n’y a jamais de données nominatives permettant de recouper des informations. Nos études et analyses produites en région ont un objectif : éclairer les politiques publiques, donner un cadrage. Par exemple, on va travailler avec le rectorat et le conseil régional à projeter la population des lycées à l’horizon 20-30 ans.

    Rencontrez-vous du scepticisme vis-à-vis de l’Insee ?

    A.G. : La question est moins celle de l’appartenance à un ministère que de la transformation numérique de la société. Le rapport du citoyen à la donnée, à l’information, a complètement éclaté avec Internet. Il peut y avoir de la défiance dans nos enquêtes en face-à-face un peu plus difficiles qu’avant. Il faut prendre le mal à la racine. Essayons de réussir une certaine acculturation des jeunes publics à la statistique, à la donnée, qu’on sait distinguer de la fake news, du chiffre sorti de nulle part. Lire une statistique, ça s’apprend. On a des partenariats avec les Rectorats dans toutes les régions. On livre des kits aux enseignants de tous niveaux, on est en appui. Il faut réussir à donner le goût des vrais chiffres à ceux qui seront les citoyens de demain.

    Comment entre-t-on à l’Insee ? Un conseil à donner ?

    A.G. : L’Insee c’est la fonction publique, donc les concours toutes catégories, on a des écoles. L’Insee recrute aussi des contractuels. Nos annonces sont sur le site choisirleservicepublic.fr Je conseillerais à un lycéen de postuler à un stage d’observation chez nous.

    Comment marche le recensement ?

    A.G. : Depuis 2004, le recensement n’est plus exhaustif dans les villes de plus de 10 000 habitants. On interroge 8% de la population par an. Au bout de 5 ans on a environ 40% d’une ville ce qui donne une très bonne idée de la population. Il n’est donc pas anormal qu’en 5 ans on puisse ne pas avoir été interrogé. Dans les communes de moins de 10 000 habitants, le recensement a lieu tous les 5 ans de manière exhaustive. La réponse est obligatoire, le recensement est encadré par la loi. La logistique est largement à la charge des communes qui recrutent et rémunèrent les agents recenseurs.

  • Une offre de logements sociaux toujours au rabais

    Une offre de logements sociaux toujours au rabais

    C’est un fait, le secteur du logement est en crise. Si la problématique est nationale, l’Hérault ne déroge pas à la règle. « Il y a près de 64 000 demandes de logements sociaux dans l’Hérault en 2025, soit une augmentation de 14 % par rapport à l’année 2024 », soupire Aline Veyrié, présidente de la Confédération nationale du logement (CNL) de l’Hérault, qui milite pour défendre un droit au logement pour tous. L’Occitanie n’est pas en reste, avec 215 000 demandes, soit une hausse de 11% en un an. Problème, seuls 7 636 logements sociaux sont disponibles dans la région.

    Dès lors, il devient difficile de trouver chaussure à son pied. D’autant que certaines collectivités ne respectent pas les règles du jeu, à l’instar de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain, Ndlr), qui impose un nombre minimal de logement social (20 à 25% du parc immobilier) à chaque commune. « Dans le département, seules Montpellier et Béziers la respectent », poursuit Aline Veyrié. Les autres préférant payer des amendes plutôt que d’être solidaires – le bonnet d’âne revenant sans aucun doute à Agde qui a préféré payer un million d’euros pour être à 9% de logements sociaux. À cela s’ajoute la ponction annuelle décrétée par l’État de plus de 1 milliard d’euros, la réduction du loyer de solidarité (RLS), autant de manque à gagner pour la construction de nouveaux logements.

    Vers une nouvelle approche du logement ?

    De l’autre côté, les locataires font face à une explosion de la vie chère, plongeant une grande partie d’entre eux dans la précarité. « Avec l’inflation, les loyers ont augmenté, même dans le logement social. Alors dans le logement privé, c’est encore pire. Il y a eu aussi une explosion des charges, on a eu beaucoup de réclamations – surtout dans le privé où il est très difficile de les rétablir, les propriétaires ne nous répondent pas », fait valoir la présidente de la CNL héraultaise. Sans parler de la stagnation des salaires et de pensions de retraite.

    Pour pallier la situation, la CNL se veut force de propositions. Notamment une aide à la pierre, un investissement vertueux selon Aline Veyrié. « La construction des logements sociaux permettrait de créer des emplois, c’est un tout. » Surtout, la CNL milite pour une sécurité sociale du logement, à savoir « une sorte d’assurance basée sur le modèle de la Sécu permettant de prévoir un logement à chacun, avec des prix abordables ». Une proposition de la CNL publiée début septembre dans le Manifeste pour une sécurité sociale du logement. Cette dernière comprendrait une caisse nationale de sécurité locative, des allocations temporaires pour faire face aux accidents mais aussi un moratoire sur les expulsions, l’encadrement des loyers… Une véritable nouvelle approche pour tenter de sortir par le haut de la crise du logement.

  • Les chemins du vivant, le second souffle de Montpellier 28

    Les chemins du vivant, le second souffle de Montpellier 28

    Près deux ans après avoir échoué au pied du mur pour faire de Montpellier la capitale européenne de la culture en 2028, l’association M28 – qui portait la candidature – ne s’avoue pas vaincue. Ainsi, du 26 septembre au 5 octobre, l’association propose « l’événement 25 – les chemins du vivant », soit plus de 100 manifestations culturelles dans 80 lieux (le territoire de la candidature, à savoir Montpellier, Lunel, Sète, Pic-Saint-Loup, Vallée de l’Hérault, Agde) réalisées par plus de 150 artistes, scientifiques ou encore chercheurs.

    « Cette programmation est variée, nous voulons montrer une diversité de territoires, une diversité de propositions artistiques qui va se déployer sur dix jours. Nous invitons le public à venir emprunter les chemins du vivant, à se déplacer là où on n’a pas l’habitude d’aller, à échanger avec les artistes », souligne Sophie Léron, présidente de l’association M28. Premier rendez-vous est donné à la cité européenne du théâtre du Domaine d’O, pour la soirée d’ouverture avec un concert de Blick Bassy (19h30).

    Et il y en aura pour tous les goûts. « Une particularité de cette collection est qu’elle est pluridisciplinaire avec des arts visuels, du spectacle vivant, de l’architecture, des réflexions sur le paysage. Il est assez rare de voir dans le même temps toutes ces disciplines qui dialoguent les unes avec les autres. Il y a aussi une place pour les arts culinaires, la musique, la danse », détaille Nicolas Lebourg, directeur artistique de M28. Notamment du théâtre de rue au Peyrou, à Montpellier, avec la compagnie Beagat theater « qui réalise des installations, qui invite à la lecture, à la réflexion. Ça va être magnifique » (05.10, 18h). Ou encore les danseurs Nicolas Fayol et Salia Sanou (avec la compagnie Mouvements perpétuels, 4 et 5 octobre, à 18h, Université Paul-Valéry à Montpellie

    Sept lieux phares

    L’occasion également de découvrir les différents sites du territoire et notamment sept lieux phares : la Mosson à Montpellier, le Quai des Moulins à Sète, l’abbaye d’Aniane, le canal de Lunel, les sources du Lez et le château Laurens à Agde. « Découvrir à travers des lieux patrimoniaux, symboliques, dans lesquels vont pouvoir s’exprimer des artistes, c’est vraiment nous interroger à travers ces différentes formes d’expression sur ce que nous sommes, c’est vraiment un sujet actuel dans cette période de bouleversement », observe Loïc Linarès, président socialiste de Sète Agglopôle.

    Un tel projet qui n’aurait pas pu être réalisable sans la coopération entre les différents acteurs. « M28 est une démarche de coopérations des communes, des EPCI à une échelle plus large que celles sur laquelle nous exerçons nos responsabilités. Une coopération en faveur de la culture qui rassemble », estime Michaël Delafosse, président PS de la métropole de Montpellier.

    Et pour attirer de nouvelles têtes, l’événement 25 se délocalise dans six gares héraultaises (Montpellier, Frontignan, Vic-la-Gardiole, Agde et Sète) afin de mettre en avant les projets culturels ayant lieu sur le territoire. « La gare est un lieu de passage, de transition qui permet de faire venir la culture vers tous les publics, parfois non habitué à venir dans des lieux culturels », souligne Hilaire Hautem, directeur régional de SNCF Gare et connexion. Tout en permettant d’admirer le patrimoine et la richesse de la région.

    Programme complet à retrouver sur montpellier2028.eu.

  • Les rencontres de la gauche à Bram, à l’initiative de Carole Delga, font le plein

    Les rencontres de la gauche à Bram, à l’initiative de Carole Delga, font le plein

    Aujourd’hui, nous étions 2 500 personnes réunies pour faire vivre la gauche républicaine. Avec cette force collective, nous affirmons notre cap : redresser la France, rassembler et porter l’espoir d’un avenir plus juste. » Pour la cinquième année consécutive, la présidente de la Région Occitanie Carole Delga a organisé « les Rencontres de la gauche » samedi à Bram, dans l’Aude. Elle peut être satisfaite d’avoir réuni l’ensemble des forces des gauches à l’exception de la France insoumise. Les responsables du PS dont le Premier secrétaire Olivier Faure, qui n’est pourtant pas sur la ligne « Delga » et le président du groupe des députés à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, ont fait le déplacement et salué la réussite de cette journée comme Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, était représenté par le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi.

    Cette année, les débats se sont déroulés alors que le pays traverse une crise politique majeure. À ce titre, les propos du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a annoncé samedi dans Le Parisien refusé la taxation des plus riches, ont été vivement critiquée.

    Ce sont surtout les municipales de mars prochain qui ont occupé les esprits avec une ambition : l’unité à gauche. « Alors que les populations rejettent le libéralisme, l’extrême droite est vue comme la solution de rupture. C’est le défi de la gauche aujourd’hui » a souligné le sénateur Jérémy Bacchi lors d’un débat avec les autres représentants de la gauche.

    Le sénateur des Bouches-du-Rhône, qui a fait partie de la commission d’enquête sur le narcotrafic, une plaie dans tous les territoires a aussi exhorté à « cesser d’opposer la gauche et le régalien. L’AppeldeMarseille l’a prouvé : la sécurité dans nos quartiers est un marqueur de gauche et une question de classe. C’est notre responsabilité d’assurer la sécurité publique pour tous ». Le sénateur communiste a aussi réaffirmé « que la gauche est une force dans ses différences ! Elle a toujours su bousculer les politiques en plaçant l’humain en priorité. Elle a créé la Sécurité sociale, elle a su innover sans peur. Retrouvons cette audace ! »

  • Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Révolution dans le monde du vivant. Si l’on savait que l’Homme était capable de cloner artificiellement une autre espèce, on ignorait jusqu’à présent que d’autres espèces pouvaient le faire naturellement. C’est ce qu’a révélé l’étude de l’équipe de Jonathan Romiguier, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Publiée le 3 septembre dans la revue Nature, cette étude montre comment la fourmi moissonneuse Messor ibericus est capable de se reproduire mais également donner naissance à une autre espèce : les fourmis moissonneuses Messor structor.

    Le résultat de cinq années de travail. Pour y arriver, il aura fallu échantillonner 120 populations, séquencer le génome de 400 individus et observer une cinquantaine de colonies pour mettre en lumière un phénomène jusque-là inconnu. « Traditionnellement, la manière dont on décide si un œuf va devenir une reine ou une ouvrière passe par la nourriture que l’on va donner à la larve – comme chez les abeilles. En fait chez les fourmis moissonneuses, il n’y a pas ça mais on a un système qui est entièrement génétique, c’est-à-dire qu’un œuf est prédestiné à devenir reine ou ouvrière dès le début », détaille Jonathan Romiguier.

    Ainsi, chez certaines espèces de fourmis moissonneuses, l’accouplement entre une reine avec un mâle proche génétiquement donnera naissance à une autre reine tandis que s’accoupler avec un mâle d’une autre espèce produira des ouvrières.

    « On s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de très anormal chez les Messor ibericus parce qu’on voyait que toutes les ouvrières de cette espèce étaient des hybrides, entre Messor ibericus et une autre espèce assez éloignée, Messor structor. Sauf que Messor structor n’existe pas dans le pourtour méditerranéen. C’est totalement anormal parce que si on voit des ouvrières hybrides, c’est qu’il y a un père d’une espèce et une mère de l’autre qui sont présents. Là il manquait systématiquement le père », explique Jonathan Romiguier. Deux espèces assez différentes physiquement alors qu’issues de la même mère. L’une est très poilue alors que son « frère » est totalement glabre. « À partir des estimations des séquençages des génomes, les différences sont comparables à ce que l’on observe entre des espèces séparées de 6 millions d’années. Ce qui est similaire à ce que l’on peut trouver en termes de divergences entre l’homme et le chimpanzé », expose le chercheur. Bref, comme si une femme pouvait, au choix, donner naissance à des humains ou des chimpanzés.

    Un nouveau mode de reproduction baptisé « xénoparité » (du grec xeno « étranger » et parité « donner naissance »). « C’est le fait qu’une espèce a besoin de produire un individu d’une autre espèce dans le cadre de son cycle de vie. Elle est obligée de le faire car si Messor ibericus ne pond pas des Messor structor, elle disparaît de toutes les côtes méditerranéennes étant obligée d’avoir ses mâles clonés pour pouvoir avoir des ouvrières et donc des colonies fonctionnelles », souligne Jonathan Roumiguier.

    Une xénoparité permise grâce à la domestication sexuelle de Messor ibericus. « À l’origine, on pense qu’elles étaient obligées de trouver des mâles Messor structor pour pouvoir faire leurs ouvrières donc elles devaient en quelque sorte les chasser. Elles ont ensuite appris à contrôler leur reproduction et à les produire elles-mêmes dans leur propre nid. Après s’être accouplée avec un Messor structor qui était dans son environnement, la reine va stocker son spermatozoïde dans sa spermathèque, un de ses organes, et le conserver pendant plusieurs décennies. Elle va féconder son ovule et, dans son ovule, avant ou après la fécondation, le génome maternel va être éliminé. Du coup, un clone du père sera créé. » Une découverte inédite montrant la richesse du monde des insectes.

  • Dans le Gard, le semencier Sakata crée 50 postes sur 10 ans

    Dans le Gard, le semencier Sakata crée 50 postes sur 10 ans

    À Uchaud, dans le Gard, l’entreprise Sakata est installée depuis 27 ans. Spécialisée dans la production et la commercialisation des semences potagères, cette dernière est présente dans pas moins de 24 pays et produit 28 espèces vendues dans 90 pays, de l’Europe à l’Afrique en passant par le Moyen-Orient. « On crée des tas de variétés tous les ans pour chacune de nos espèces, adaptées à la fois aux conditions agronomiques et climatiques de nos clients et aux demandes des consommateurs, aux demandes de techniques de production – sous serre, sous tunnel plastique, en plein champ, etc. Nous avons des variétés qui s’adaptent à chaque condition de production et de commercialisation », détaille Basile de Bary, directeur général de Sakata Vegetables Europe. Tomates, courges, brocolis, pratiquement tous les légumes sont représentés.

    Et il faut dire que le secteur est florissant puisque l’entreprise a annoncé vouloir recruter une cinquantaine de postes sur dix ans. Même si la guerre en Ukraine et la période d’inflation qui a suivi ont plombé l’année 2022 – « les taux se sont mis à exploser. Les agriculteurs avaient beaucoup plus de mal à financer leur culture et ont donc réduit les surfaces », reprend Basile de Bary- la hausse continue de la population mondiale, couplée à une amélioration des « régimes alimentaires plus qualitatifs et donc avec plus de fruits et de légumes », permet à Sakata de voir le verre à moitié plein.

    Adapter les légumes

    Le tout dans un contexte où le dérèglement climatique s’amplifie, ce qui n’est pas sans impact sur la flore. Obligeant les plantes à devoir s’adapter. En ce sens, Sakata fait figure de précurseur. « Notre métier, c’est d’adapter les plantes aux conditions agro-climatiques, quelle que soit l’évolution de ces conditions. On n’avait peut-être pas forcément pris conscience que le travail que l’on faisait était déjà dans le sens d’une adaptation à un dérèglement climatique. C’est beaucoup plus clair depuis 5, 10 ans. Mais en fait, ça fait 20, 30, 40 ans qu’on le fait », soutient Basile de Bary.

    Trop d’eau, sécheresse, manque d’eau, températures élevées, autant de paramètres avec lesquels jouent les semenciers. « Une de nos tomates en Égypte a une capacité à ce qu’on appelle techniquement “nouer à la chaleur”, c’est-à-dire accrocher les fruits même si les températures sont très fortes. Car quand les températures sont très fortes, une tomate a tendance à perdre ses fleurs et ne pas faire de fruits. Donc très peu de rendement. Cette variété-là, même à 35-40°C, les fleurs restent accrochées et le fruit se développe. On l’a lancée il y a 7-8 ans et on a une part importante du marché égyptien à cause de cette adaptation aux températures de plus en plus fortes sur l’été dans le nord de l’Afrique », développe le directeur général. Bientôt lancées en France ?

  • Incendie de l’Aude : Carole Delga en appelle à l’État

    Incendie de l’Aude : Carole Delga en appelle à l’État

    Nous n’y arriverons pas seuls. Nous avons besoin de la solidarité nationale parce que la sécheresse est durable et que nous sommes frappés par d’autres aléas climatiques. »

    Un mois après le gigantesque incendie des Corbières qui a parcouru en août 16 000 hectares de pinèdes et de vignes, détruit 36 habitations et causé la mort d’une habitante, Carole Delga (PS) et Hélène Sandragné (PS) en appellent à l’aide de l’État.

    Vendredi 12 septembre, les présidentes de Région et du Département de l’Aude ont demandé « la reconnaissance des incendies comme aléas climatiques au titre des indemnisations agricoles et viticoles ». Actuellement, en cas de pertes de récoltes, les agriculteurs ne peuvent obtenir des indemnisations de l’État qu’en cas de phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, gel, grêle…).

    L’Occitanie étant la région française « la plus exposée aux aléas et catastrophes climatiques », Carole Delga a interpellé le président de la République sur « le besoin d’une prise en compte spécifique » de ce territoire. L’élue socialiste réclame un « plan national Occitanie résilience » qui serait soutenu par l’Union européenne avec des « outils réglementaires et financiers pour agir vite et fort ».

    La présidente de Région pense entre autres à des financements pour maintenir le pélicandrome de l’aéroport de Carcassonne, du matériel supplémentaire pour le Sdis audois ou à un élargissement du fonds d’indemnisation agricole (8 millions d’euros) au-delà des territoires brûlés. Enfin, Carole Delga demande un avenant au contrat de plan État/Région afin de « faire face au changement climatique ».

    En attendant une réponse, Carole Delga et Hélène Sandragné ont indiqué que la Région et le Département de l’Aude ont chacun débloqué une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d’euros en solidarité aux sinistrés (viticulteurs, entreprises, associations…). Un premier geste qui sera suivi en novembre d’un plan de transformation du territoire.

  • Une ébauche de programme pour le Printemps biterrois

    Une ébauche de programme pour le Printemps biterrois

    À Béziers, la gauche se met en ordre de bataille pour les municipales. Réunies sous la bannière du Printemps de Béziers, les principales formations (le PCF, les Écologistes, le PS, l’Après, Génération.S, Place publique, seule LFI n’ayant pas rejoint le mouvement pour le moment ont dévoilé leurs axes pour le scrutin des 15 et 22 mars, après avoir désigné le 7 septembre l’écologiste et élu d’opposition Thierry Antoine pour mener la campagne.

    Bien que tête de liste, le candidat insiste sur le caractère collectif du Printemps. « Nous sommes avant tout une équipe de militants, de citoyens investis dans la vie locale. Des gens qui ont les pieds sur terre, ici, il n’y a pas d’ego surdimensionné. On n’aura pas de show à l’américaine, il n’y a pas d’obsession pour les caméras et les projecteurs », souligne Thierry Antoine. En ligne de mire, l’édile d’extrême droite Robert Ménard, « le maire de BFM qui ne s’occupe plus que de son image, persuadé qu’il a un destin national ». Ainsi, pour se démarquer, la liste de gauche entend « proposer tous les quinze jours des mesures qui répondent aux urgences des Biterrois ». Première priorité affichée, l’emploi. « Ou plutôt le manque d’emplois et son corollaire, la pauvreté. Nous aurons l’occasion de présenter prochainement un projet qui va générer la création de plusieurs centaines d’emplois », poursuit Thierry Antoine.

    Kits gratuits à l’école

    Vient ensuite la santé, dans un territoire s’apparentant de plus en plus à un désert médical. « La moitié des généralistes sur le Biterrois a plus de 65 ans et va donc bientôt partir à la retraite. Des gens n’ont pas de rendez-vous, pas de médecin traitant. Nous allons donc offrir un service de soins municipal avec des médecins salariés », insiste Évelyne Coulouma, représentante de Place publique.

    Côté éducation, alors que 52% des enfants de moins de 11 ans vivent sous le seuil de pauvreté à Béziers, le Printemps de Béziers s’engage à lutter contre la précarité. « La mixité sociale n’existe plus ou trop peu à Béziers. Un uniforme [mesure introduite par Robert Ménard, Ndlr] ne nourrit pas un enfant. Nous voulons donc lever le frein du coût de la scolarité en distribuant gratuitement des kits pour chaque enfant, ce qui représente 192 000 euros, un montant moindre que les uniformes distribués à quatre écoles », soutient Marie Laloma, cheffe de file du PS dans le Biterrois. Et de promettre également le recrutement d’une Atsem par classe.

    À ces trois chantiers s’ajoute celui des transports. « Nous portons la remise en cohérence d’un réseau adapté à ce qu’est Béziers. C’est une ville qui a connu un développement exponentiel – sans gagner beaucoup de population. Aujourd’hui, la ville n’est pas que l’hypercentre, sur lequel est concentré l’ensemble de notre réseau en commun », souligne le communiste Nicolas Cossange.

    La campagne municipale est bel et bien lancée à Béziers.

  • « L’Hérault est le 5e département en exploitations bio »

    « L’Hérault est le 5e département en exploitations bio »

    Toutes les semaines dans La Marseillaise, nous invitons une personnalité des départements du Gard ou de l’Hérault à répondre à nos questions. Ce vendredi, Magali Boisset, présidente du Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural bio (Civam bio) de l’Hérault nous parle, entre autres, des missions de l’antenne héraultaise et de l’état de l’agriculture biologique.

    LM : Quel est le rôle du Civam bio ?

    M. B. : Le Civam bio a le rôle d’un GAB (Groupement d’agriculteurs biologiques). Il s’agit d’associations présentes dans la plupart des départements, qui s’occupent de défendre et promouvoir l’agriculture biologique. Nos missions sont de pérenniser les exploitations et les entreprises bio, ainsi que d’essayer d’augmenter les surfaces et le nombre d’exploitations en bio sur l’Hérault. L’antenne a été créée en 1986, nous allons donc fêter l’année prochaine les 40 ans du Civam bio de l’Hérault.

    Nous organisons plusieurs formations – qui vont de la vigne aux poules, en passant par les arbres fruitiers -, notamment pour les reconversions, quand on est déjà installé.

    Civam bio 34

    Agriculture biologique

    La Marseillaise : Quel est l’état de l’agriculture biologique dans l’Hérault ?

    Magali Boisset : D’une manière générale, l’Hérault est le cinquième département français en nombre d’exploitations bio, avec 1 575 fermes en 2024.

    L’agriculture biologique est en recul en France, comment l’expliquer ?

    M.B. : Au niveau national, l’agriculture biologique est un petit peu maltraitée, surtout par les politiques actuelles – on l’a vu dernièrement avec la loi Duplomb. Alors qu’en fait, au niveau local, c’est une force importante, ça parle aux élus locaux. N’importe quelle personne qui habite à côté d’un agriculteur préfère être à côté d’un agriculteur bio, ça paraît évident. Il n’empêche qu’il faut se battre pour continuer à avoir des subventions et promouvoir ce type d’agriculture. L’agriculture bio est le seul signe officiel de qualité, qui garantit par la loi 0 produit chimique de synthèse et le bien-être animal. C’est un beau signe de qualité qu’il faut absolument conserver, même si même si tout système peut être amélioré.

    Comment expliquer le décalage entre le bio, boudé, et l’agriculture traditionnelle qui utilise pesticides et insecticides ?

    M.B. : Pour moi, ce sont les intérêts économiques d’opérateurs qui pèsent très lourd dans la balance. Le poids qu’ils représentent par rapport à nous, petits agriculteurs bio, n’est pas le même. Il faut que le consommateur ait conscience de ça parce que quand il soutient un type d’agriculture, les politiques sont bien obligés de se ranger.

    Parcours

    La Marseillaise : Quel est votre parcours avant d’arriver au Civam bio ?

    Magali Boisset : Je me suis installée en poules pondeuses bio il y a 5 ans à Vacquières, dans l’Hérault. C’était une reconversion professionnelle, avant j’étais fonctionnaire du ministère de l’Agriculture dans différentes structures. Et au moment de mon installation, la Civam a été la seule structure qui a été à l’écoute de mes besoins et là pour moi. Par la suite, j’ai trouvé intéressant de m’engager auprès de cette structure. D’abord en tant qu’administratrice au sein du Conseil d’administration et depuis le mois de juin dernier en tant que présidente. Pour moi, c’est vraiment une structure précieuse, à l’écoute des petits agriculteurs biologiques, ce qui n’est pas toujours le cas d’autres structures. Ça nous permet de nous sentir moins seuls, de nous fédérer, d’échanger entre nous. La Civam organise beaucoup de formations qualitatives et adaptées aux petits agriculteurs bio. Elle organise aussi des groupes d’échange, des journées thématiques gratuites adaptées en fonction des besoins des agriculteurs. Ça nous permet de créer des réseaux entre nous, par exemple je fais partie d’un groupe technique où on se retrouve avec d’autres éleveurs de poules pondeuses bio, pour développer l’entraide, progresser sur nos pratiques.

    Avec la multiplication des labels biologiques dans
    les supermarchés, existe-t-il un risque de perdre
    le consommateur ?

    M.B. : Oui, je trouve ça vraiment dommage cette multiplicité de cahiers des charges privés, où la personne qui dépose cette marque peut mettre ce qu’elle veut dans son cahier des charges. Ça perd le consommateur par rapport au signe de l’Agriculture biologique, seul signe officiel de qualité reconnu au niveau européen, qui s’applique à tous les pays d’Europe.

    Certains s’apparentent à du greenwashing ?

    M.B. : C’est ça, alors que l’agriculture biologique est le seul signe officiel qui garantit vraiment aux consommateurs le respect de ce 0 produit chimique et de ce bien-être animal. C’est reconnu officiellement et contrôlé par des organismes certificateurs qui sont eux-mêmes contrôlés par l’État. On ne peut pas faire mieux.

    Comment lutter contre cette multiplication ?

    M.B. : On ne peut pas non plus l’interdire donc selon moi, il faut communiquer auprès des consommateurs pour qu’ils sachent que le seul signe est le label bio.

    Labels

    M.B. : Le 19 octobre, nous allons célébrer l’Hérault fête le bio [photo ci-contre, Ndlr], un événement en partenariat avec le Département de l’Hérault. Ça se passera à Restinclières, près de Montpellier. Ce sera sur le thème du jardin nourricier cette année – on essaie de trouver un nouveau thème chaque année – avec différents ateliers : découverte des plantes sauvages, atelier sur les plantes médicinales, conférences sur les atouts de la greffe des fruitiers sauvages. Il y aura aussi des stands de producteurs en bio, évidemment.