Tag: Nourriture

  • À Marseille, l’exposition « Manger les images » se dévore du regard

    À Marseille, l’exposition « Manger les images » se dévore du regard

    L’exposition « Manger les images » s’installe au Mucem, du mercredi 28 octobre au 12 avril 2027, à Marseille. Jérémie Koering et Raphaël Bories offrent un parcours multidisciplinaire croisant anthropologie et histoire de l’art. Œuvres anciennes et créations contemporaines se rencontrent autour d’un même thème : les images.

    Plus de 435 œuvres sont exposées, dont 250 proviennent des collections du musée. De l’Antiquité jusqu’à nos jours, les images sont constitutives de notre vie en société. « C’est particulièrement vrai aujourd’hui, nous en consommons véritablement sans cesse », explique la conservatrice du musée, Marie-Charlotte Calafat. Ces images « sont utilisées pour transmettre une certaine idée de la société, de son fonctionnement, des relations que les hommes tissent entre eux et leur désir ou non de se soumettre à un pouvoir », ajoute Jérémie Koering, commissaire de l’exposition et professeur à l’Université de Fribourg.

    Scénographiée par l’architecte Sylvie Jodar, l’exposition débute par une première section intitulée Imaginaire de l’ingestion, dédiée « aux imaginaires, aux métaphores, qui sont fréquentes pour parler de l’acquisition du savoir », indique Jérémie Koering. La deuxième section, nommée Images salvatrices, est consacrée aux images comestibles qui créent un lien entre l’homme et le divin. « On commence par évoquer l’une des grandes raisons pour lesquelles un groupe se livre à cette pratique d’ingestion des images, à savoir se sauver, se guérir », précise Raphaël Bories, deuxième commissaire de l’exposition et conservateur responsable du pôle Croyances et religions au Mucem. L’exposition se clôture par une troisième section, Banquets d’images, qui met en avant le partage autour d’une table des images comestibles et « les effets que cela produit sur le corps social, sur son renforcement (…), sur son institution », explique Raphaël Bories.

    « Manger les images » présente une installation de l’artiste israélien Micha Laury, qui joue sur un contraste saisissant : la douceur sucrée du chocolat et la violence des combats militaires. Cette œuvre a la particularité d’être périssable car les soldats sont voués à disparaître après avoir été mangés. Ainsi, par cette action, l’artiste détourne aussi l’image des soldats pour dénoncer le pouvoir politique et son injonction à la violence.

    Tarifs : 11 euros ; réduit 7,50 euros. L’exposition « Manger les images » sera en accès libre ce samedi 31 octobre, de 19h à 23h. Programme et tarifs : mucem.org

  • [#DisMoiPourquoi] le cerveau aime tellement le sucre ?

    [#DisMoiPourquoi] le cerveau aime tellement le sucre ?

    Hugo, 11 ans, en CM2 à l’école Louis-Gros d’Avignon

    Notre corps a besoin d’énergie pour fonctionner. Respirer, marcher, jouer, apprendre à l’école… et même faire un gros câlin à ses parents : tout cela demande de l’énergie ! Mais d’où vient cette énergie ? Des aliments que nous mangeons ! Parmi les nutriments présents dans notre alimentation, il y a les glucides, une grande famille de molécules qui comprend notamment les sucres. Une fois digérés, certains glucides sont transformés en glucose, une source d’énergie très importante pour notre organisme. Et notre cerveau, lui, adore le glucose ! Au cours de l’évolution, notre cerveau a donc appris à apprécier le goût sucré. Cela nous encourageait à rechercher des aliments riches en énergie, ce qui était particulièrement utile lorsque la nourriture était difficile à trouver. Alors, le sucre est-il mauvais ? Pas forcément ! Les sucres font partie de notre alimentation et notre organisme sait les utiliser pour produire de l’énergie. Le problème apparaît surtout lorsque nous en consommons trop souvent ou en trop grande quantité. Aujourd’hui, le sucre est très présent dans notre environnement : boissons sucrées, biscuits, chocolat, céréales, desserts et nombreux produits transformés. Le sucre n’est donc pas notre ennemi : l’important est de ne pas en abuser ! »

    Donato VAIRO. Assistant ingénieur en biologie au Centre du recherche en cardiovasculaire et nutrition de Marseille (INRAE)

  • [#DisMoiPourquoi] Si on ne respire pas par le nez quand on mange, est-ce qu’on aura moins de goût ?

    [#DisMoiPourquoi] Si on ne respire pas par le nez quand on mange, est-ce qu’on aura moins de goût ?

    Riley, 9 ans à l’école Paul Martin à Digne-les-Bains (04)

    Lorsque nous mangeons, nous commençons par mâcher les aliments dont une partie se mélange avec la salive. C’est à ce moment-là que notre nourriture entre en contact avec la langue. Certaines molécules issues des aliments et mélangés à la salive rentrent alors en contact avec les papilles qui sont les capteurs sensoriels du goût. Ces dernières reconnaissant cinq saveurs basiques : le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami. Les aliments contiennent aussi des molécules odorantes qui montent par l’arrière de la gorge jusqu’au nez lors du phénomène que l’on appelle la rétro-olfaction. Dans le nez, elles y rencontrent les capteurs olfactifs de l’odorat qui peuvent également envoyer des signaux d’information au cerveau pour décrire le contenu de ce que nous mangeons. Il est donc important de bien respirer pour ressentir un maximum de saveurs en mangeant. »

    Mikaël AKIMOWICZ. Maître de Conférences au Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail (CNRS/AMU)

  • [Entretien] Pierre Sube, Banque alimentaire : « Il faut donner plus avec moins de subventions »

    [Entretien] Pierre Sube, Banque alimentaire : « Il faut donner plus avec moins de subventions »

    La Marseillaise : De combien de bénévoles avez-vous besoin pour la collecte ?

    Pierre Sube : Rien que nous, à notre petit niveau, il faut qu’on ait entre 500 et 600 bénévoles sur les deux jours pour collecter. C’est très lourd à mettre en place. Sur deux jours, on ramasse habituellement entre 42 et 45 tonnes de marchandises. C’est entre 12 et 15% de nos besoins annuels qu’on collecte sur ces deux jours. Après, il faut les ramener ici, il faut les trier. Cela demande encore une semaine de travail.

    Est-il de plus en plus difficile
    de trouver des bénévoles
     ?

    P.S. : Depuis un an ou deux, ce n’est pas simple. L’an dernier, par exemple, il y a deux ou trois magasins qu’on n’a pas pu collecter parce qu’on n’avait pas assez de bénévoles. Chaque année, on se demande si on continue à faire les collectes, parce qu’il faut des bénévoles, du carburant, des véhicules… Il faut voir ce qu’on récolte et ce que ça nous coûte pour le récolter.

    Recevez-vous des subventions
    de l’État et de l’Europe
     ?

    P.S. : Heureusement oui, des donations en produits ou en subventions. Par contre, depuis deux ans, les subventions européennes et nationales sont en chute libre de l’ordre de 40 à 60%. C’est énorme, donc là on fait appel le plus possible, mais ce n’est pas facile non plus, à des mécènes privés pour les produits qui nous manquent.

    Savez-vous quel pourcentage
    de votre budget représentent
    les subventions européennes
    et de l’État
     ?

    P.S. : C’est quasiment tout notre budget. Si on n’a pas de subventions, on est morts. S’il n’y a pas d’aides du département, de l’État et de l’Europe, il n’y a aucune banque alimentaire ni aucun resto du cœur qui peut fonctionner, en France comme ailleurs. On fonctionne grâce aux subventions et à la générosité des entreprises privées ou publiques.

    Y a-t-il de plus en plus
    de bénéficiaires, de personnes
    qui sont dans le besoin
     ?

    P.S. : La précarité augmente depuis deux, trois ans, c’est certain. D’où l’exercice très compliqué auquel on est confronté : il faut qu’on arrive à donner plus avec moins de dons et moins de subventions. Donc ça devient très, très compliqué. D’où l’importance de la collecte annuelle qui a lieu les 6 et 7 novembre, qui est vitale pour nous chaque année, mais cette année encore plus compte tenu du contexte.

  • Vent debout contre l’élevage industriel de poules

    Vent debout contre l’élevage industriel de poules

    Alors que les premiers travaux de terrassement du projet d’élevage industriel de poules pondeuses ont commencé mardi à Saint-Jurs, et qu’un permis a été accordé pour un projet similaire à Roumoules, plusieurs associations ont déploré mercredi lors d’une conférence de presse la multiplication de ces installations sur le plateau de Valensole, qu’elles estiment « illégales ». Elles souhaitent déposer « dans les prochaines semaines » « un référé suspension » et « une plainte » concernant le projet de Saint-Jurs, a annoncé l’avocat et ancien adjoint marseillais Sébastien Barles, dénonçant des atteintes à la biodiversité et aux nappes phréatiques. Hervé Garcin, président de cette nouvelle association de protection de l’environnement du plateau de Valensole, a expliqué « mener la lutte » contre cette « épidémie de poulaillers industriels ». L’ancien député LFI Léo Walter et de nombreuses associations étaient à ses côtés mercredi pour dénoncer ces projets, alors qu’une réunion publique était organisée à Saint-Jurs.

    « Je ne comprends pas cette mobilisation, parce qu’on est sur des élevages qui sont relativement petits, et qui n’ont aucune nuisance sur l’environnement », a réagi Stéphane Monmagnon, gérant de la Compagnie générale d’agriculture, en charge des deux projets d’installation de poulaillers. Il affirme que les animaux y seront « dans des conditions confortables, à l’extérieur » et que ces projets garantissent des « revenus pour l’agriculteur entre 2 500 et 3 000 euros net par mois ». « On a suivi le parcours que nous impose la loi, y compris les instances de protection de la nature, personne n’a eu à redire », affirme-t-il. Contactée, la mairie de Saint-Jurs n’a pu être jointe dans l’immédiat.

  • La coupe est pleine, la justice ferme la Cabane du pêcheur

    La coupe est pleine, la justice ferme la Cabane du pêcheur

    Pour la « Cabane du pêcheur fou chez Za », l’été est fini. Le Conseil d’État a rétabli, mardi dernier, l’arrêté préfectoral du 3 juin 2026 fermant pour deux mois ce restaurant situé au bac du Sauvage, au bord du Petit Rhône, sur la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer, en raison de « manquements graves et répétés à la réglementation ». L’établissement avait lancé une pétition en ligne signée par près de 4 700 personnes.

    Cette sanction fait suite à l’accident mortel, le 14 décembre 2025, d’une cliente de 60 ans qui, rappelle le Conseil d’État, avait passé au moins quatre heures dans l’établissement en consommant des boissons alcoolisées et « avait pris la route en état d’ivresse manifeste ». Le Code de la santé publique interdit aux débitants de boissons « de donner à boire à des gens manifestement ivres ou de les recevoir dans leurs établissements ». La licence de la Cabane du pêcheur ne l’autorisait alors pas à servir de l’alcool « autrement qu’à l’occasion des principaux repas et en accessoire à la nourriture ».

    Pour fonder sa sanction, le préfet relevait encore que le 14 mars 2026, neuf conducteurs ayant participé à une importante fête organisée par l’établissement, rassemblant mille personnes, avaient été contrôlés avec des taux d’alcoolémie supérieurs aux limites autorisées, dont trois constitutifs d’un délit. Pour le préfet, ces faits étaient constitutifs « par leur gravité et leur répétition, d’une atteinte à l’ordre public » en relation avec l’établissement.

    Saisi en référé, le juge administratif avait suspendu l’arrêté en juin, estimant que la réitération des faits n’était pas établie, que l’exploitant avait acheté des éthylotests pour l’événement du 14 mars, mis en place des solutions alternatives à la conduite pour repartir, favorisé la désignation de « capitaines de soirée » sobres et fait la promotion publique de ces initiatives.

    Ivresse manifeste

    Le Conseil d’État retient, lui, que la conductrice décédée affichait 1,63 g d’alcool par litre de sang, soit trois fois la limite autorisée pour conduire, que son portable montre plusieurs enregistrements vidéo, dont un dans l’établissement, où elle présente « des signes manifestes d’alcoolisation avancée », qu’un des neuf clients contrôlés positifs au volant par les gendarmes, le 14 mars, avait 2,2 gr d’alcool par litre de sang.

    Le Conseil d’État ajoute que cette consommation excessive d’alcool par des clients est corroborée par un rapport de gendarmerie faisant état d’une nouvelle sortie de route, le 17 mai 2026, d’un véhicule à proximité de l’établissement, avec un conducteur y ayant bu, contrôlé avec 1,03 mg d’alcool par litre d’air expiré, soit 2,06 gr d’alcool par litre de sang. Le Conseil d’État rappelle de surcroît que la Cabane du pêcheur avait fait l’objet d’un avertissement, par arrêté préfectoral en septembre 2024, les gendarmes ayant dû intervenir pour une rixe entre clients en état d’ivresse manifeste.

  • La collecte de sang soutenue par Anthony Gonçalves

    La collecte de sang soutenue par Anthony Gonçalves

    Plus qu’un symbole : l’espace Bargemon, à deux pas de l’hôtel de ville de Marseille, où se déroulent habituellement les conseils municipaux, s’est transformé, ce samedi, en centre de collecte de sang géant le temps d’une journée.

    En son sein : une équipe de l’Établissement français du sang (EFS) reconnaissable avec leurs blouses blanches et tout le matériel nécessaire pour collecter le précieux produit. « C’est grâce à la Ville de Marseille qu’on peut réaliser une collecte dans cet espace. Ce dimanche c’est d’ailleurs la journée mondiale des donneurs de sang, pendant 15 jours on multiplie les actions dans la région pour des collectes », campe Virginie Ferrera-Tourenc, directrice de l’EFS Paca-Corse.

    Des besoins croissants

    Pour l’occasion, l’EFS reçoit un donneur de sang bien particulier : Anthony Gonçalves (PCF), adjoint au maire de Marseille en charge de la santé. « On réalise cette action dans le cadre du partenariat que nous avons avec l’Établissement français du sang. Concrètement, la Ville favorise la collecte de sang, de plasma, de plaquettes… », développe celui qui est également oncologue médical à l’Institut Paoli-Calmettes. Il insiste sur l’importance de l’action du jour : « C’est un acte extrêmement important dans notre société : c’est une action de solidarité réelle. Comme oncologue médical, je passe mon temps à prescrire des traitements qui nécessitent qu’on ait ce soutien en globules rouges ou en plaquettes. » La directrice de l’EFS ne dit pas le contraire : « L’été est une période fragile en termes de dons. Les gens donnent un petit moins et les stocks en France sont en diminution, entre les ponts de mai et la canicule. » Elle insiste sur le fait que les besoins de l’établissement ne portent pas que sur le sang : « On a aussi besoin de dons en plasma, l’eau dans laquelle circulent les cellules. C’est très riche en protéines, avec lesquelles on peut faire des médicaments qui aident des patients au quotidien. »

    En clair, donner son sang, mais pas que, est plus que jamais nécessaire : « Les besoins en médicaments dérivés du plasma sont en augmentation partout en France. Il faut continuer à donner. La demande est toujours importante : urgences vitales, accidents de la route, traitements de cancers et greffes… Sans sang, on ne peut pas traiter les patients. » Des paroles aux actes, Anthony Gonçalves a donné son sang, souhaitant « montrer l’exemple ». Le geste n’a rien d’insurmontable : le parcours du donneur prend 45 minutes pour le sang, avec un accompagnement aux petits oignons de l’équipe de l’EFS qui met à disposition boissons et nourriture. L’élu à la santé note aussi l’aspect « non-marchand et altruiste » du don du sang à l’heure où certains pays, comme les États-Unis, rémunèrent les donneurs : « Les principes de don de sang en France sont clairs : volontariat, bénévolat, gratuité. C’est l’assurance de concrètement sauver des vies. »

  • [Week-end] Pourquoi manger n’est pas un acte anodin

    [Week-end] Pourquoi manger n’est pas un acte anodin

    Classé parmi les besoins physiologiques, cet acte essentiel est effectué plusieurs fois par jour. Mais lequel d’entre nous s’est-il demandé la différence entre s’alimenter ou se nourrir ? Joëlle Zask nous propose d’en discuter ensemble samedi à 17h30. « La question du partage de la nourriture, de l’hospitalité, de la gastronomie est devenue très présente dans le débat sociétal, mais qui y a vraiment accès ? », se demande l’autrice.

    Dépendance alimentaire

    Pour Joëlle Zask « l’alimentation crée de la dépendance au sucre, au gras, aux traitements… En transformant la nourriture en alimentation, on découvre toutes sortes de mécanismes d’asservissement, via l’empoisonnement, le développement d’addiction ou encore la difficulté d’accès aux circuits courts. » Pourtant le développement de l’agro-industrie depuis la révolution verte des années 1960 prétendait être « la seule solution pour nourrir 9 milliards d’êtres humains ». En 2026, le constat est tout autre. Depuis 6 ans, la population mondiale souffre à nouveau d’insécurité alimentaire. « L’obésité tue 3 fois plus que la faim », souligne l’autrice dans ses recherches.

    Sur le simple constat que l’autosuffisance alimentaire n’est pas innée mais acquise, la question du comment donner à manger sans plonger l’enfant dans la vulnérabilité devient essentielle. La grande distribution et ses propositions ultratransformées persuadent d’être la seule alternative. « Ce n’est pas faux, c’est très compliqué de revitaliser les circuits courts, de les reconstruire à partir du moment où on a supprimé toute l’ancienne infrastructure », déplore-t-elle.

    Des plus jeunes aux plus âgés en Ehpad, à travers l’Histoire, les civilisations, les courants économiques, ou simplement les traditions, Joëlle Zask brosse un portrait très réaliste d’une société malade. Et questionne : « Si une société dite démocratique doit permettre à chacun de manger à sa faim, comment sortir de cette spirale ? »

    Conférence samedi à partir
    de 17h30 à la librairie de la Friche (3
    e). Gratuit sans réservation.

    « Donner à manger », éditions Premier parallèle, 201 pages, 17 euros,

  • La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    Du mieux, même si tout n’est pas parfait. Comme six autres députés ce jour-là, mobilisés dans une action commune, pour « enclencher une prise de conscience d’ensemble et une remise en question structurelle des conditions de détention des mineurs », Hendrik Davy (L’Après), député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, a usé de son droit de visite parlementaire pour retourner à l’établissement pour mineurs (EPM) de la Valentine (11e) ce jeudi 25 février. En mars l’an dernier, il avait pu découvrir que les jeunes n’avaient pas accès à l’école, faute de surveillant en nombre suffisant. Suivait fin août un rapport salé de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté après une visite inopinée, Dominique Simmonot réclamant la fermeture partielle de l’EPM. Elle s’indignait notamment de la pratique de la « mise en grille », une « punition » qui consiste à mettre un enfant « sans eau, sans toilette, sans rien pour s’asseoir dans une cellule pendant plusieurs heures », rappelle le député.

    Désormais 38 mineurs, dont le plus jeune à 15 ans, sont incarcérés, contre 51 l’an dernier, le nombre de places ayant été ramené à 40 pour entamer un plan de rénovation, 120 000 euros investis pour repeindre et changer le mobilier, démarré en novembre dans les 7 unités de l’EPM et qui doit se terminer mi-juin, précise Karine Mathieu, directrice du service éducation de l’EPM pour la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse), arrivée en janvier. Avec 33 éducateurs, elle assure le suivi des jeunes et entend remobiliser tout le monde « autour du “faires avec” », avec de la formation obligatoire, des groupes de travail, dans le cadre d’une refonte du projet d’établissement.

    Finie aussi la mise en grille, utilisée pour faire « redescendre la pression », explique le directeur adjoint de l’EPM que l’on sent démuni : « On les réintègre en cellule avec le risque de voir la situation dégénérer. » Côté surveillant, la fermeture tournante de deux unités a amélioré la situation, même si le taux d’absentéisme est de 30% et que les reprises se font en mi-temps thérapeutiques, convient-il.

    Une unité qui « répare »

    Dans les cellules de l’unité 5, celle du « régime différencié » pour mauvais comportement, on confirme l’amélioration. « Ça se passe bien, j’ai école », raconte Boui, 16 ans, incarcéré depuis 2 ans, déjà connu de l’EPM à l’âge de 13 ans. Dans la cour, les ados interpellent le député : « On est enfermés, on nous traite comme des animaux. » L’un d’entre eux déplore la qualité de la nourriture mais lui confie avoir un « projet paysage ». « On voudrait faire plus de sports, 2 à 3h par semaine ça suffit pas, c’est dur », témoigne-t-il.

    À l’unité « répare » pour « respect, anticipation, responsabilisation », on respire. Les six jeunes détenus sont libres de circuler le week-end, partagent plus de moments collectifs. « On demande à venir et on est pris si on a un bon comportement », explique l’un d’entre eux. Aucun des détenus passés par cette unité ne font partie des 48 enfants retournés à l’EPM en 2025 après y être déjà passé.

    « On juge une démocratie à l’état de ses prisons. Les visites servent à quelque chose, même si tout ne va pas mieux », quand « beaucoup d’enfants nous ont confirmé qu’ils passaient une grande partie de leur temps en cellule », estime en bilan Hendrik Davi, convaincu qu’il faut « penser à des alternatives à la privation de liberté ». Et de préconiser de prendre « le problème à la racine », en « donnant des moyens à l’aide sociale à l’enfance et à l’Éducation nationale pour éviter que les jeunes, ne deviennent la proie des réseaux ».

    « On juge une démocratie
    à l’état de
    ses prisons. »

  • Faire face à la faim en 2025 : à Marseille, les bénévoles tentent de subvenir aux besoins

    Faire face à la faim en 2025 : à Marseille, les bénévoles tentent de subvenir aux besoins

    « On sait ce que représente la Banque alimentaire, c’est un devoir de participer à cette collecte », appuie Abdelkader Boubeker, fondateur de l’association Forbin. À ce jour la Banque alimentaire nationale estime la portée de son aide à 2,4 millions de personnes, elle approvisionne 6 044 associations partenaires. Forbin est l’un de ces points relais. « Tous les 15 jours, nous allons à l’antenne de la Pomme pour réarmer nos stocks. On décharge trois à quatre tonnes de produits », exprime fièrement Kader, « les commandes se font en amont sur internet ». Forbin aide 200 familles, cela débloque un certain nombre de points et donc un certain nombre de produits disponibles, « par exemple j’ai le droit de commander 200 bouteilles de lait », explique-t-il.

    En arrivant dans le local ou plutôt « la maison du bonheur » comme affiché sur la porte, Fakia Bengana, résidente du Bosquet, s’approche du trésorier pour récupérer un jeton, « cela permet de réguler les flux », explique Kader, mais aussi de vérifier les inscriptions. Elle retourne sur ses pas et s’assoit sur l’un des sièges, entourée d’autres femmes pour attendre son tour. « Pour s’inscrire, il faut présenter une fiche d’imposition, prouver son identité et participer à hauteur de 10 euros symboliques par an », détaille-t-il. Lorsque leur tour arrive, les bénéficiaires peuvent rentrer dans une seconde salle et choisir leurs produits. « L’hygiène est très importante, si les bénéficiaires ne viennent pas avec leur sac surgelé, ils ne peuvent pas en prendre », montre Kader. Fakia ou les autres bénéficiaires ne peuvent pas toucher les produits. Aziz Djezzar et Gérard Data, gants en latex aux mains, déposent les articles sur un chariot à roulette et guident la petite dame à travers ses achats, « ici tout est entre cinquante centimes et deux euros maximum », détaillent les deux bénévoles retraités. Le parcours se termine aux fruits et légumes, à côté de la file d’attente, le rayon de Yoann Faure. « Ça vous fera un euro cinquante, Madame », dit-il après avoir pesé le sachet.

    Les bénéficiaires vont ensuite voir le trésorier Élie Bonnani pour payer. Posté derrière son bureau, l’homme au visage froid surprend par son enchaînement de blagues. « Parfois j’aide aussi les bénévoles. On se sent comme une famille ici, on peut discuter », explique Fakia, qui a été contrainte de venir jusqu’à Forbin après que l’association de son quartier a cessé ses activités il y a deux ans. Kader déplore la baisse des subventions aux associations alors que les besoins ont augmenté : « Depuis le Covid, la précarité s’est accrue ; on a de plus en plus de jeunes qui viennent. » Yamina Mansri, femme de ménage et mère de trois enfants, ajoute à la volée : « Nous sommes en guerre comme dit Macron. Mais la guerre c’est de finir les fins de mois. »

    En parallèle Kader constate une hausse du bénévolat spontané. Pour autant, les temps sont durs pour son association comme pour les autres, il explique que « les 3 000 euros de subventions couvrent à peine le loyer et les charges ». Yamina insiste : « L’équipe est super, ils sont sociables et gentils. J’ai trouvé un endroit où je me sens bien. » En partant, la femme de ménage s’exclame : « Merci les jeunes ! »

    Le nombre de bénéficiaires a doublé dans le Var

    Dans le Var, la collecte de la Banque alimentaire de La Garde est soutenue par 220 commerces, surtout alimentaires. 1 500 bénévoles sont mobilisés pour collecter les denrées, avec comme priorités, pour pallier les manques, les plats cuisinés (ravioli, couscous…), café, riz, compotes, desserts, biscuits et couches pour bébés. Une campagne d’importance, car en 2025, « le nombre de bénéficiaires a doublé, de 30 000 à 62 000 », déplore Martine Hergat, vice-présidente de la Banque alimentaire du Var. Et d’autant plus que le Fonds social européen a réduit ses subventions de 40%. En conséquence, une campagne de dons en ligne a été lancée sur monpaniersolidaire.org. Ad.B.