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  • Le RSA sous condition au cœur du débat budgétaire

    Le RSA sous condition au cœur du débat budgétaire

    Pour une fois, le ton changeait, dans l’hémicycle départemental, au moment d’aborder le budget. Après plus de trois heures d’une séance marathon, le vice-président (LR) chargé des finances Yves Moraine pouvait pousser un soupir de soulagement : « Comme nous l’espérions, comme je vous l’annonçais il y a quelques jours, la situation financière du Département s’améliore, et même plus nettement que je ne l’espérais. » La chance à la reprise du marché de l’immobilier, qui contribue à une hausse des recettes de 2% et permet d’augmenter de 92 millions d’euros le budget de la solidarité (+6%). Et l’argentier de narguer les oppositions de gauche : « Les spécialistes attachés aux augmentations sans fin des dépenses de solidarité pourront le constater : nous dépensons 766 euros par habitant pour la solidarité, contre 652 euros pour la moyenne des départements de la strate », lâche-t-il.

    C’est que plus tôt dans la séance, l’élue écologiste Nouriati Djambae avait déploré que sur les mineurs non accompagnés, « l’urgence est ignorée », s’alarmant aussi de l’insuffisante prise en charge du handicap : « Les besoins augmentent, les délais s’allongent, les structures saturent. » Jusqu’à irriter la présidente (DVD) de la collectivité Martine Vassal, qui lui coupe le micro. « Vos deux minutes sont écoulées. »

    « On ne pourra pas vous enlever que vous avez de la cohérence, tant ce budget ressemble à s’y méprendre à celui de l’année dernière », ironise de son côté l’adjointe marseillaise (PCF) Audrey Garino. Elle cible les coupes claires opérées dans les budgets du sport, la culture, des maisons départementales de la solidarité, du logement. « Ces baisses viennent une nouvelle fois impacter l’ensemble des délégations qui concourent à la cohésion sociale », regrette-t-elle. Ce qui n’avait pas empêché la conseillère (UDI) déléguée au logement Judith Dossemont d’assurer que sur sa délégation, « le Département agit là où d’autres renoncent ». Les investissements pour le logement sont pourtant en baisse de 4,6 millions d’euros (-20%), l’enveloppe pour les travaux de 13 Habitat (6,5 millions d’euros) n’est pas augmentée. « Nous ne baissons aucune des politiques volontaristes, que ce soit la culture ou le sport, nous gérons en bonne mère de famille », assure Martine Vassal en clôture de la séance. Avec des budgets pourtant respectivement en baisse de 2,2 millions d’euros (-12%) et 3,5 millions d’euros (-13%). Dans l’opposition, l’élu PS Azad Kazandjian réclamait ainsi une stabilisation du budget culturel, en appelant à « l’œcuménisme » métropolitain. « Nous diminuons des politiques publiques non obligatoires pour développer les politiques de solidarité », assumait pour sa part Yves Moraine, jugeant les critiques « modérées, très ciblées ». « Je pourrais même parler de critiquounettes », s’amuse-t-il.

    « Rester dans l’assistanat »

    Mais c’est sur la gestion du RSA (revenu de solidarité active) que les débats se durcissent. Les crédits de l’insertion professionnelle sont en hausse, de 56 millions d’euros (+9%). « Ce dont nous pourrions nous féliciter s’il ne s’agissait pas d’une augmentation mécanique des allocations versées », s’inquiète Audrey Garino, qui tacle « la prétendue efficacité du RSA sous condition, un dispositif non seulement injuste mais inefficace ». Le déploiement du dispositif qui conditionne le versement du minima social entre 10 et 15 heures d’activité se poursuit dans le département. Depuis le 1er janvier, les 13e et 14e arrondissements de Marseille, avec Allauch et Plan-de-Cuques, sont à leur tour concernés, avant les 2e-3e depuis le 1er avril. En septembre, ce sera le tour des secteurs Aubagne – La Ciotat et Salon – Berre. « Des jeunes au RSA, ce n’est pas plus utile de les encourager à travailler plutôt que de rester dans l’assistanat jusqu’à la retraite », interpelle la vice-présidente LR Marie-Pierre Callet, soulevant l’indignation de l’adjointe communiste. « Ce n’est pas du travail forcé, c’est inciter celui qui reçoit une allocation à se présenter à des rendez-vous », répond Yves Moraine, assumant « une différence fondamentale de vision ». Une incitation sous peine des sanctions maximales prévues par la loi, comme l’a voté la commission permanente en décembre.

  • La gauche dénonce « une saignée » budgétaire volontaire

    La gauche dénonce « une saignée » budgétaire volontaire

    Martine Vassal et son exécutif ont voulu se montrer rassurants. Malgré 2,2 milliards de dette attendus lors du vote du compte administratif 2025, et une capacité de désendettement de 18 ans, « le bateau est piloté et bien piloté », martèle la présidente (DVD), « Oui le département est solide, oui il agit, oui il regarde l’avenir avec confiance ». Un discours de la méthode (coué) approfondi par Yves Moraine (LR), son rapporteur des finances, en abordant la décision modificative (DM 2) du budget 2025. Saluant un « exercice exceptionnel » pour un budget voté à l’aveugle « sur la base d’un projet de loi de finance qui n’a jamais vu le jour », lui aspire « aux encouragements ».

    Enchaînant les parallèles avantageux avec « la situation dramatique des 100 départements de France », l’avocat s’attribue les bons points, expliquant que depuis 2022, la baisse des Droits de mutation à titre onéreux, a fait perdre à la collectivité 500 millions, l’équivalent de plus d’une année d’investissement.

    L’élu de droite y ajoute « la contrainte des dépenses sociales et de la solidarité » qui « contenu de la situation de sa ville centre », représentent 63 % des dépenses contre 54% en moyenne en France. Insistant sur le fait que le choix a été fait de recourir à l’emprunt pour maintenir l’investissement, ce dernier juge enfin bon de rappeler que le Conseil départemental « dépense moins pour son personnel que la moyenne des départements ».

    « Variables d’ajustement »

    « Finalement tout va bien, pourquoi sommes-nous inquiets ? », ironise Audrey Garino pour le groupe communiste estimant que « cette DM s’inscrit malheureusement dans la continuité du budget d’austérité et de renoncement » voté l’an dernier.

    Évoquant des coupes de 400 000 euros dans la culture, 600 000 dans le sport, 600 000 euros dans la jeunesse, elle, dénonce « une saignée volontaire à défaut d’être assumée » : « Les habitants de nos territoires ne sont pas des variables d’ajustement permettant d’équilibrer vos comptes publics que vos défaillances et vos choix politiques ont grandement fragilisés », glisse-t-elle.

    Plus qu’une « gestion rigoureuse », Azad Kazandjian (PS) pointe un « essoufflement financier inquiétant qui trahit des années d’arbitrages politiques hasardeux centrés davantage sur la communication que sur une véritable stratégie d’investissement au service des habitants ».

    Nouriati Djambae, l’élue écologiste, en remet une couche faisant le lien entre la mobilisation, au même moment devant le Département (lire encadré), d’associations travaillant dans l’aide sociale à l’enfance, « des associations qui protègent nos enfants, étranglés par des coupes budgétaires insensées, des éducateurs épuisés, des jeunes en détresse », et un rapport de la commission permanente actant l’achat d’une villa pour loger le sous-préfet d’Aix, « dans le confort le plus parfait ». « Voilà donc le sens des priorités », tance cette dernière.