Tag: Nîmes Olympique

  • [C’est l’été] Patrick Fustier, l’homme qui a refusé d’enterrer le Nîmes Olympique

    [C’est l’été] Patrick Fustier, l’homme qui a refusé d’enterrer le Nîmes Olympique

    Il y a un an, Patrick Fustier n’avait « pas le temps de stresser ». De la mi-juin à la mi-juillet 2025, le co-président du collectif « Sauvons le Nîmes olympique » enchaînait les réunions et les démarches pour empêcher le club gardois de sombrer. Menacé d’une rétrogradation jusqu’en Régionale 1, le NO avait finalement obtenu son maintien au quatrième échelon national devant la DNCG. « Franchement, nous y avons toujours cru. C’est l’ADN du collectif », assure-t-il aujourd’hui.

    Depuis, le club a repris des couleurs. Derrière une nouvelle direction constituée autour d’entrepreneurs locaux, les Crocos ont joué la montée jusqu’au bout, échouant à seulement un point de la première place. Dans les tribunes, le public est également revenu : près de 5 000 spectateurs de moyenne, selon Fustier, et jusqu’à 7 000 ou 8 000 personnes lors des dernières rencontres à enjeu. « Le bilan est vraiment positif quand on se retourne sur le chemin parcouru », estime-t-il. Avec, tout de même, « un petit goût d’inachevé ». Car pour celui qui considère que la place du NO demeure dans le football professionnel, la renaissance ne sera complète qu’avec une remontée sportive.

    Le modèle local constitue néanmoins une première victoire. Face à un football français où les clubs passent sous pavillon étranger et se fondent dans des systèmes de multipropriété, Patrick Fustier défend un autre chemin. « Nîmes est un club populaire, dans une ville populaire. Il s’est toujours bâti sur un ancrage local. »

    De supporters à garde-fous

    Créé en 2023 dans l’urgence, Sauvons le Nîmes olympique n’a pas disparu avec le danger. L’association revendique désormais 2 100 adhérents, dont environ 750 socios ayant participé financièrement au sauvetage. Elle est également entrée au capital du club et dispose d’une voix au conseil d’administration. « Il y a Bastia, Sochaux et nous. Quand on y réfléchit à tête reposée, c’est quand même pas mal », sourit Patrick Fustier. La proximité avec la direction ne doit pourtant pas faire taire les critiques. Le collectif entend servir de « courroie de transmission » entre les tribunes et les dirigeants, mais aussi de « garde-fou » en cas de nouvelle dérive, une possibilité inenvisageable du temps de Rani Assaf.

    Sa mission est donc loin d’être achevée. « Le club est encore en quatrième division et joue dans un stade provisoire. On pourra peut-être souffler quand il sera revenu en Ligue 2 et dans un stade des Costières de nouveau en usage. » Sur ce dossier, Patrick Fustier affiche son optimisme. Après avoir interpellé tous les candidats aux municipales, le collectif peut désormais compter sur plusieurs relais à la mairie : son ancien co-président Dimitri Pialat, délégué aux équipements sportifs, l’adjoint Bruno Ferrier et le maire Vincent Bouget, tous des amoureux du club. La visite organisée aux Costières à la fin du mois de juin a conforté ses espoirs.

    Pour le retour du football, Patrick Fustier vise l’été 2028. « Si, dans deux ans, nous étions de retour aux Costières, ce serait super. En termes d’émotion, je pense que cela déborderait dans le stade. » Peu importeraient alors l’adversaire ou le niveau : « Les gens reviendraient simplement pour dire que nous sommes de retour dans le vrai stade. » Car les Antonins n’ont jamais remplacé les Costières dans son cœur. « Au gré de ma vie, j’ai fréquenté les quatre tribunes. Je me suis quelque part approprié ce stade, je m’y sens un peu chez moi. »

    Il se souvient des derbies, de la demi-finale de Coupe de France face à Montpellier et des soirées européennes contre Budapest ou Stockholm. Autant de souvenirs qui lui rappellent que le destin d’un club n’est jamais écrit. Après avoir maintenu la flamme lorsque le NO vacillait, les supporters rêvent désormais de la rallumer aux Costières. « Impossible n’est pas Nîmois. »

  • À Nîmes, l’objectif affiché de la rénovation des Costières

    À Nîmes, l’objectif affiché de la rénovation des Costières

    Quarante millions d’euros ! Balancé à l’emporte-pièce durant la campagne municipale par la droite aux affaires, qui avait choisi l’option du stade des Antonins, le coût de la rénovation du stade des Costières pourrait finalement se révéler bien moins élevé. En attendant le vrai chiffre, qui sera donné par l’audit en cours, l’adjoint aux sports a, d’après les premières estimations, le sentiment que l’addition pourrait être deux fois moins salée. « Nous ferons un point avec l’audit à la rentrée », assure Bruno Ferrier sans s’avancer davantage.

    Quoi qu’il en soit, il semblerait que la volonté du maire Vincent Bouget (PCF) de remettre en état l’infrastructure qui fut l’enceinte du Nîmes Olympique de 1989 à 2022 n’a rien d’une lubie. L’option est d’autant plus suivie par sa majorité qu’elle a acquis la conviction que le stade provisoire des Antonins, érigé par l’ancien propriétaire Rani Assaf, n’est pas viable. « Il n’a pas de parking ni de salle de réception. Il n’a que 8 000 places et coûte 500 000 euros par an à la Ville », liste Bruno Ferrier. Qui prévient que la municipalité ne pourra pas injecter indéfiniment dans un club tombé en National 2 (4e division). « On va faire un effort cette année [1,2 million d’euros était injecté l’an passé, Ndlr] mais il va falloir ensuite réfléchir à un projet où la Ville ne soit pas le principal investisseur », anticipe l’adjoint aux sports. En disant cela, Bruno Ferrier pose les bases des échanges à venir avec l’actuel président Thierry Cenatiempo. Lequel se voyait bien rester aux Antonins…

    « Pas de défaut de structure »

    « L’avenir du Nîmes Olympique est aux Costières », lance Bruno Ferrier. S’il dit cela, c’est qu’il pense l’opération de réhabilitation faisable. « Le stade n’a pas de défaut de structure », précise-t-il. Dans son jus depuis trois ans et demi, la pelouse s’est transformée en terrain vague et des arbustes, à l’instar de figuiers, ont poussé dans certaines travées. Rien de rédhibitoire a priori. Côté bâtiments, l’ancienne municipalité s’était contentée d’injecter 700 000 euros pour rénover l’ancienne salle de gymnastique qui abritait le service des sports de la Ville de Nîmes. Lequel est d’ailleurs en train de réintégrer les lieux. La municipalité de gauche a l’intention de rénover toutes les salles qui en ont besoin. Elle vient par ailleurs d’injecter 250 000 euros dans le stade annexe. « Il fallait décaisser et refaire la pelouse. Ce sera prêt en novembre », indique Bruno Ferrier. Une première étape dans la reconquête de cette friche qui, on l’aura compris, en appelle vite d’autres.

    Si la volonté politique de redonner au Nîmes Olympique son écrin est présente, quelle sera l’ampleur du projet final ? Difficile à dire car il y aura nécessairement des arbitrages dans une Ville qui manque un peu de tout et qui ne roule pas sur l’or. « Il va falloir se mettre autour de la table et décider des priorités avec un plan pluriannuel d’investissements : est-ce qu’on privilégie le stade, les écoles, les piscines… ». Côté équipements sportifs, le nouvel adjoint a fait le tour et pris connaissance de l’état des besoins. « C’est une catastrophe. Il manque au moins 10 stades et 5 gymnases pour éviter une surutilisation des équipements qui les use plus vite. » Pour ce qui est des Costières, on devrait y voir plus clair avec les résultats de l’audit à la rentrée.

  • André Kabile, un emblème nîmois, est parti

    André Kabile, un emblème nîmois, est parti

    Il ne fait qu’un avec le vieux Nîmes Olympique. Il ne fait qu’un avec le mythe du stade Jean-Bouin. À l’époque des Trente glorieuses et de sa dynamique industrielle, Nîmes était l’épicentre du football du Languedoc. Au cœur de ce club, il y avait un Martiniquais comme symbole : André Kabile. Ce gaillard, qui a fait toute sa carrière avec les Crocodiles, est décédé vendredi 6 mars d’un cancer de l’estomac à l’âge de 87 ans.

    « Il est devenu une légende et les légendes ne meurent jamais », confie Michel Mézy, qui a joué durant dix ans à ses côtés. « C’était un homme très attachant et humble, qui avait des ressorts moraux et physiques au-dessus de la moyenne », précise l’ancien milieu de terrain international (17 sélections).

    « C’est un type important »

    Michel Mézy (77 ans), talent d’alors, s’est révélé au côté d’André Kabile, rugueux défenseur. « Je me suis élevé à ses côtés. J’avais 16 ans quand il est arrivé à Nîmes. J’ai joué dix saisons avec lui. J’ai débuté avec lui, j’ai joué avec lui jusqu’à la fin. C’est un type important », rappelle l’ancien conseiller du président de Montpellier. Un type important pour Nîmes, un type important pour lui.

    Kabile est né à Saint-Esprit (Martinique). À son arrivée en Métropole, il est repéré à Port-Saint-Louis (Bouches-du-Rhône) par Kader Firoud, ex-entraîneur de Nîmes. Dès lors, il s’installe sur le côté gauche de la défense des Crocodiles. Il y dispute 534 matchs entre 1974 et 1979. Un record.

    Il devient vice-champion de France en 1972 au côté de Landi, Augé, Vergnes, Adams… Et juste derrière l’OM de Josip Skoblar et de l’ailier suédois Roger Magnusson. « Cela a été un arrière latéral de grand talent, il savait se faire respecter. Il ne se laissait pas faire, mais il ne commettait pas d’attentats contrairement à ce que j’ai pu entendre parfois », nuance Michel Mézy,

    Fidèle à Nîmes

    Kabile taille sa propre légende. Et entre de plain-pied dans la mémoire de Nîmes. L’ancien Stéphanois Patrick Revelli, surnommé le Gaulois, se régalait de leurs duels. Des duels francs, loyaux et dénués de complaisance. Sans coups bas mais de haute lutte.

    Le 4 mai 1976, quelques jours avant la finale de la Coupe des champions à Glasgow, les deux hommes s’étaient défiés pour un énième duel que l’on attend comme une gourmandise. Ils n’avaient pas cédé à ce « match de bouchers » où Gérard Farison et Christian Synaeghel, blessés, y ont laissé leurs places en finale. Et un goût d’inachevé.

    André Kabile avait gardé sa ligne de conduite. Fidèle à lui-même, fidèle à Nîmes, avec lequel il n’aura fait qu’un.

  • L’affaire des stades nîmois révèle la dérive des droites

    L’affaire des stades nîmois révèle la dérive des droites

    Salle comble, hommages, puis retour brutal au réel : pour le dernier conseil municipal de Jean-Paul Fournier, samedi, le feuilleton des stades a englouti l’émotion. Au cœur des échanges, la Ville a acté le rachat du stade provisoire des Antonins et du centre d’entraînement de la Bastide, pour près de 9,50 M au prix des Domaines. Une opération présentée par la majorité comme vitale pour « sauver le club », et devenue, à un mois des municipales, un marqueur politique explosif.

    Dans l’hémicycle, Vincent Bouget (Nîmes citoyenne à gauche) a choisi de ne pas prendre part au vote, mais pas de se taire. Il a rappelé ce qu’il décrit comme la facture d’une séquence entamée par la vente des Costières à Rani Assaf : « Voici donc l’addition, la douloureuse : 9,5 ME. C’est le prix du départ de Rani Assaf, le prix des erreurs accumulées, le prix que les Nîmois doivent payer. » Et de dénoncer un achat « contraint » : un stade « conçu comme provisoire, sans parkings, difficile d’accès », à l’issue incertaine au-delà de 2032. Sur la Bastide, il épingle une mécanique à rebours : des équipements déjà financés par la collectivité, revendus puis rachetés plus cher. À ses yeux, l’affaire dit moins une stratégie qu’une perte de maîtrise : « Sortir le chéquier des Nîmois n’est pas une stratégie. »

    Indignation sur commande

    La droite nîmoise, elle, tente de retourner l’argument. Franck Proust, premier adjoint et candidat LR-UDI-Horizons, assume une ligne : l’achat « se débarrasse » d’Assaf et dote la ville d’un stade réutilisable « pour tous les clubs », dans une ville qui « manque de terrains, de gymnases ». Dans la campagne, il promet désormais un référendum sur l’avenir des Costières, dès 2027 : « Je vais demander aux Nîmois de choisir », tout en affirmant « ne pas occulter l’avenir des Costières ». Problème : pour l’opposition, ce volontarisme tardif ressemble à une reconquête narrative, afin de faire oublier que la majorité a longtemps porté le dossier avant de le subir.

    Le conseil a surtout mis à nu l’état de décomposition des droites locales. Julien Plantier, ancien premier adjoint devenu rival, annonce l’abstention de son groupe et attaque : « Ne cédez pas au chantage de Rani Assaf, ne gaspillez pas l’argent des Nîmois. » Dans le même souffle, il dit « assumer pleinement » les décisions de l’époque. Plantier propose sa propre sortie par le haut : rénover les Costières (trois tribunes, pôle économique ou médical côté ouest), quand Proust défend les quatre tribunes ou ouvre la porte à la démolition/reconstruction. Même diagnostic : le dossier est devenu un boulet, mais rivalités, calendriers et montages opposés. La droite sortante se contredit en direct.

    Dans cette crise, le RN avance en terrain découvert. Au conseil municipal, ses élus ont soutenu certaines délibérations mais calculent pour capitaliser sur la colère fiscale et le ressentiment. Dans la campagne, sa tête de liste Julien Sanchez, parachuté à Nîmes, se présente comme le « meilleur candidat » parce qu’il a « déjà dirigé une ville », et martèle en substance que le RN « gouvernera Nîmes, et demain la France ». Une fanfaronnade qui prospère sur un décor familier : droite éclatée, succession mal verrouillée, affaire des stades transformée en symbole de fin de règne. Reste une question, au-delà des tribunes et des plans 3D : qui paiera l’addition politique d’un dossier où ceux qui prétendent « réparer » sont aussi ceux qui ont allumé l’incendie ?