Tag: Nicolas Bessone

  • [Rétrospective 2025] Narcotrafic, l’insupportable bascule

    [Rétrospective 2025] Narcotrafic, l’insupportable bascule

    Quand se heurtent effets d’annonce et réalité de terrain

    On allait voir ce qu’on allait voir… À peine passé le jour de l’an, Gérald Darmanin alors ministre de la Justice avait déboulé le 3 janvier à Marseille annonçant mettre le paquet sur le narcotrafic, mais sans détailler les moyens mis en œuvre.

    Dans un bilan, le préfet de police d’alors, Pierre-Édouard Colliex, et le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, mettent en avant l’efficacité de la tactique dite du « pilonnage » qui a permis de supprimer 29 points de deal, de 161 en 2023 à 84 en 2024. Les interpellations de trafiquants ont grimpé, de 40% par rapport à 2023, le nombre de narchomicides a baissé de moitié, de 49 en 2023 à 24 en 2024.

    Une compagnie de CRS, une centaine de policiers sur la voie publique, 25 enquêteurs viennent compléter les rangs, le réseau de la Castellane est démantelé par la tête fin avril. Mais l’effort ne permet pas d’endiguer les meurtres : la Cayolle, La Ciotat, la Belle de Mai, la Bricarde, Air Bel, les Rosiers… Deux victimes, dont une retrouvée calcinée, sont des mineurs. Il aura fallu attendre le printemps pour que le Parlement adopte la loi sur le narcotrafic à laquelle manque le volet sanitaire et prévention. Seuls 5 décrets sur 37 ont été publiés, notaient nos confrères de FranceInfo le 15 décembre.

    Macabre décompte

    Véritable électrochoc pour Marseille et la France, l’assassinat de Mehdi Kessaci par un commando à moto, le 13 novembre, va cruellement mettre en lumière la nécessité d’agir. Mehdi est le petit frère d’Amine Kessaci, militant écologiste, qui a fondé l’association Conscience pour venir en aide aux victimes du narcotrafic, suite à la mort de son aîné, Brahim retrouvé calciné en 2020 dans une voiture. Il dénonce aussi l’attentisme de l’État dans un livre publié en septembre. Ce nouveau meurtre est très vite qualifié de crime « d’intimidation » par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez qui, avec Gérald Darmanin, garde des Sceaux, fait le déplacement à Marseille. Une marche blanche en hommage à Mehdi réunit plus de 6 000 personnes. À l’Élysée, Emmanuel Macron organise une réunion en urgence, et nomme Jacques Witkowski, dix ans de gendarmerie au compteur, préfet de région. Là encore, la lutte contre le narcotrafic est érigée en priorité. Le préfet organise pour son arrivée une vaste opération dans 15 points de deal. Le président de la République revient à Marseille le 16 décembre sans autre annonce que l’augmentation de l’amende pour consommation de drogue de 300 à 500 euros.

    Et le macabre décompte continue… Un véhicule est retrouvé brûlé parc Kallisté (15e) par la police municipale le jour de Noël. À l’intérieur, un corps carbonisé.

    18

    personnes, majoritairement des jeunes, ont perdu la vie dans des assassinats liés au trafic de drogue en 2025 dans le départementdes Bouches-du-Rhône.

    22 novembre : une marche blanche pour Mehdi Kessaci

    Anonymes, amis, associatifs, politiques… Répondant à l’appel d’Amine Kessaci et de son association Conscience, plus de 6 000 personnes se rassemblent sur le rond-point où a eu lieu le drame. Le 13 novembre, un commando à moto a abattu le petit frère du militant écologiste, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic. Un assassinat « d’avertissement », affirmera très vite le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Amine Kessaci avait déjà perdu son aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture en 2020. « Debout », il poursuit son combat appelant le 15 décembre à la création d’une « convention citoyenne ».

    M.R.

    Pénitentiaires en danger et détenus entassés

    Dans les prisons de la région, où la surpopulation peut dépasser les 200%, la tension monte. Après la prise d’otage de 4 personnels à Arles le 3 janvier, le 14 avril, c’est une attaque coordonnée en France qui touche la Farlède, cible de tirs à l’arme automatique, Tarascon ou Luynes avec des voitures brûlées ou tagués « DDPF » pour « Droits des prisonniers français ». En août, un rapport salé sur les conditions de détention écrit par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté préconise la fermeture de la prison pour mineurs de la Valentine à Marseille. Mais les constructions se poursuivent. Un quartier haute sécurité est prévu à Luynes, les Baumettes 3 sont inaugurées le 16 décembre.

    M.R.

    La préfecture de police disparaît

    Un décret du ministre de l’Intérieur a enterré la préfecture de police des Bouches-du-Rhône le 16 juillet, pendant qu’en un an ont été nommés deux préfets et une préfète de police déléguée.

    Un conseil municipal et s’en va. Après un an dans le département, le préfet de police Pierre-Edouard Colliex a été nommé dans le Jura, le 12 mars, deux semaines après avoir défendu devant l’hémicycle municipal un bilan positif en matière de sécurité qui a fait bondir à droite. Avec son départ disparaît, après presque treize ans d’existence, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, qui retourne dans l’escarcelle du préfet de région Georges-François Leclerc, nommé le 12 mars en remplacement de Christophe Mirmand qui, après un passage à la tête du cabinet des Outre-mer, est depuis le mois de juillet ministre d’État de Monaco.

    Le 13 mars, l’ancienne championne d’aviron Corinne Simon est nommée préfète de police déléguée de cette nouvelle organisation, confirmée par un décret daté du 16 juillet, signé par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Le 30 octobre, Georges-François Leclerc quitte, à son tour, le département, nommé directeur de cabinet à l’Élysée. Un mois et demi plus tard, c’est l’ancien directeur général de la Sécurité civile Jacques Witkowski qui lui succède.

    Y.S.

    Et aussi

    23 avril. Opération Jumbo

    1 000 agents sur la voie publique, les routes, 7 compagnies de CRS sont déployés dans le département pour une opération Jumbo afin d’assurer « la sécurité du quotidien ».

    29 août. Des trafiquants « solidaires » à Orange

    La préfecture du Vaucluse interdit une distribution de fournitures scolaires dans le quartier de Fourchevieilles. Une initiative du « FV Gang », groupe lié au trafic de stupéfiants…

    14 octobre. La MDS des Flamants tire le rideau

    Les agents de la Maison départementale de la solidarité manifestent pour dénoncer la pression d’un réseau de narcotrafic. Seule solution trouvée : délocaliser la permanence à Arenc, d’abord l’après-midi. Depuis la mi-décembre c’est à plein temps, obligeant les habitants à se déplacer.

    25 novembre. Orange évacue les salariés

    Suite à des « incidents » devant les grilles du site d’Orange à Saint-Mauront (3e), les salariés sont évacués, la préfète de police assurant ne pas avoir de traces de rixes. La direction décide de fermer jusqu’à la mi-décembre. Le travail reprend sous vigilance policière.

  • La famille et les amis de Mehdi Kessaci toujours sous le choc

    La famille et les amis de Mehdi Kessaci toujours sous le choc

    Douleur et sidération devant le petit cimetière de Saint-Henri (16e) où Mehdi, 20 ans, a été inhumé ce mardi 18 novembre. Le jeune frère d’Amine Kessaci, militant écologiste, 22 ans, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic après avoir perdu en 2020 son aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture, a été assassiné froidement par un commando à moto jeudi à quelques pas du Dôme (4e), alors qu’il attendait sa mère, au volant de la voiture familiale.

    La piste d’un crime « d’avertissement » restant pour le moment privilégié indiquait lundi le procureur de Marseille, Nicolas Bessone. Une hypothèse devenue affirmation ce mardi, dans la bouche de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. Un cran supplémentaire dans la violence et l’horreur qui a touché en plein cœur Amine, sa famille mais aussi ses amis, les associatifs, les militants politiques ou les élus mobilisés à ses côtés depuis des années. La peine est immense, la peur palpable. Où désormais, le simple retard d’un enfant après l’école donne des sueurs froides.

    En hommage, le petit parking où a eu lieu le drame a été couvert d’un tapis de fleurs dans la journée. Plus tard dans la soirée, ils sont nombreux à être venus partager un moment de recueillement le temps d’un repas, dans les locaux de l’association Conscience, dans le quartier de Château-Gombert (13e). Elle a été fondée par Amine Kessaci justement pour sensibiliser aux ravages du narcotrafic. Dans la rue comme dans la cour intérieure, le dispositif policier, avec six fourgons et des agents en nombre, est impressionnant. Lorsqu’un convoi de trois voitures déboule vers 19h15, ils font corps pour le laisser entrer. À bord, Amine Kessaci désormais protégé par les hommes du Raid, lourdement armés. Évidemment dévasté, il sortira du véhicule sous les applaudissements.

    Une marche blanche samedi

    « Amine, je l’ai connu il avait 17 ans, lors de la campagne où je me suis engagée aux côtés du Printemps marseillais, il combattait le narcotrafic, lui aux côtés des victimes par balles, des jeunes qui croyaient pouvoir s’en sortir en acceptant l’argent facile, moi en aidant les usagers de drogue, aussi des victimes » nous confie, émue, Michèle Rubirola (EELV), première adjointe au maire de Marseille. Pour elle, avec le meurtre de Mehdi, un « cap a été franchi, la société est en danger » et la seule politique sécuritaire ne saurait suffire. « Il faut aussi des politiques sociaux et de reconstruction de la ville » estime l’élue avec à ses côtés Didier Jau maire écologiste des 4e et 5e arrondissements, Marie Toussaint, députée européenne EELV ou encore Olivia Fortin (Mad mars) maire des 6-8.

    Marion Honde-Amiar, responsable du collectif quartiers populaires du PCF 13 et militante des 13-14, Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF et élue de Septèmes-les-Vallons, et Marie-José Cermolacce, conseillère municipale déléguée aux nouveaux arrivants et conseillère d’arrondissements déléguée au port et à la sécurité, sont là aussi. Cette dernière oscille entre tristesse et colère. « C’est chaque mois un point de bascule, combien de morts encore va-t-il falloir pour que l’État se mobilise ? » s’indigne l’élue qui n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme au fil des narchomicides, entre lettre au préfet et travail avec ses homologues d’autres villes. Comme beaucoup ce soir-là, elle compte bien qu’enfin les citoyens se fassent entendre, lors de la marche blanche organisée samedi après-midi, à laquelle elle participera.

  • Lutte contre les narcotrafics : Nuñez et Darmanin attendus à Marseille

    Lutte contre les narcotrafics : Nuñez et Darmanin attendus à Marseille

    Poursuivre et amplifier la lutte contre le narcotrafic. C’est le mot d’ordre lancé par Emmanuel Macron lors de la réunion d’urgence tenue mardi à l’Élysée, après l’assassinat à Marseille du frère d’Amine Kessaci, un militant écologiste engagé dans ce combat. Autour du Président, les ministres des Comptes publics, et des Affaires étrangères, des magistrats spécialisés dont le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, et le directeur national de la police judiciaire. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin était en visio depuis les Émirats arabes unis.

    Cet assassinat « n’est pas un règlement de compte classique mais manifestement un crime d’intimidation inédit » marquant « un point de bascule » a répété devant la presse Laurent Nuñez à la sortie de la réunion. Alors que l’enquête a été transférée à la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée à Paris, le ministre de l’Intérieur sera avec le garde des Sceaux ce jeudi à Marseille à la demande du chef de l’État qui devrait s’y rendre lui-même mi-décembre.

    « Les mafias marseillaises de plus en plus à cran »

    « Les trafiquants et notamment ceux qui dirigent les mafias marseillaises sont de plus en plus à cran parce que nous menons des actions qui sont extrêmement efficaces », a poursuivi le ministre de l’Intérieur chiffres à l’appui : 2 000 mises en examen pour trafic de stup à Marseille, 900 détentions provisoires, une baisse de 30% des narchomicides en 2025, déjà passés de 49 à 24 entre 2023 et 2024, une réduction de moitié des points de deal recensés, 80 environ…

    Une manière de répondre aux responsables politiques qui appellent l’exécutif à passer de la parole aux actes. Car le thème s’invite dans la campagne municipale. Candidat de l’extrême droite à la mairie de Marseille, Franck Allisio (RN), a réclamé « l’état d’urgence ». « Une punition collective par lâcheté et incapacité à cibler les véritables coupables » lui a répondu le macroniste Romain Simmarano (Ren.), porte-parole de Martine Vassal (DVD) pour les municipales.

    L’objectif de la réunion élyséenne visait à intensifier la mise en œuvre de la loi pour lutter contre le narcotrafic. Promulguée en juin elle monte « en puissance » assure l’Élysée. Elle prévoit l’installation du parquet national anticriminalité organisée qui sera créé le 1er janvier et compétent sur les dossiers les plus graves et complexes, sur le modèle du parquet national antiterroriste ou du parquet national financier.

    Ce qui a été fait « sur la lutte contre le terrorisme doit aussi nous inspirer dans la lutte contre le narcotrafic », a affirmé le Premier ministre à l’Assemblée, espérant « une forme d’unité nationale ». Sébastien Lecornu répondait à l’écologiste Cyrielle Chatelain, applaudie par tous les députés debout lorsqu’elle a rendu hommage à Mehdi Kessaci, dont les obsèques se tenaient au même moment à Marseille. « Marseille restera toujours une priorité pour le gouvernement », abondait encore Laurent Nuñez interrogé par le député PS Laurent Lhardit.

  • Réunion au sommet contre le narcotrafic marseillais

    Réunion au sommet contre le narcotrafic marseillais

    Le drame de trop ? La réaction viendra-t-elle du sommet de l’État après l’assassinat de Mehdi Kessaci, le jeune frère du militant écologiste, Amine Kessaci. Toujours est-il que le président de la République a pris l’initiative d’une réunion portant sur la lutte contre le narcotrafic.

    Les ministres Gérald Darmanin (Justice), Laurent Nuñez (Intérieur), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Amélie de Montchalin (Comptes publics), ainsi que le procureur de Marseille Nicolas Bessonne seront autour de la table, a fait savoir l’Élysée, confirmant une information de franceinfo.

    Le directeur général de la police nationale, de la police judiciaire, ainsi que le préfet des Bouches-du-Rhône seront également présents.

    Lors de la réunion, « un point à l’ordre de jour sera spécifiquement consacré à la situation à Marseille », a déclaré l’Élysée.

    Jeudi, le frère d’un militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcobanditisme, Amine Kessaci, a été abattu par balles à Marseille. Le procureur Nicolas Bessone n’a pas exclu un assassinat d’avertissement. Un autre frère d’Amine Kessaci avait été tué en 2020 (lire ci-dessous). À Grenoble, un jeune adolescent a par ailleurs été touché dans la nuit de samedi à dimanche par trois balles près d’un point de vente de drogue, et était toujours dans le coma lundi.

    Cette réunion au sommet doit porter selon l’Élysée sur la « mise en œuvre » et « la montée en puissance » de la loi narcotrafic, qui a été promulguée en juin.

    Celle-ci prévoit entre autres « l’installation du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) qui sera officiellement créé le 1er janvier prochain », précise l’Élysée.

    Ce nouveau parquet sera compétent sur les dossiers les plus graves et complexes en matière de crime organisé, sur le modèle du parquet national antiterroriste (Pnat) et du parquet national financier (PNF).

    « Le chef de l’État suit ce sujet de très près et s’était notamment rendu en mai dernier à l’état-major de lutte contre le crime organisé à Nanterre », a précisé l’Élysée.

    Reste à savoir quels seront les délais pour cette installation et les moyens alloués, au-delà des effets d’annonce.

  • Après les obsèques de Mehdi Kessaci, une marche blanche

    Après les obsèques de Mehdi Kessaci, une marche blanche

    « C’est à ce stade la piste privilégiée. » Après l’assassinat de Mehdi Kessaci, 20 ans, abattu en plein après-midi le jeudi 13 novembre, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone a confirmé sur France Inter la forte probabilité du crime d’avertissement. Même si « toutes les hypothèses » restent envisagées à ce stade de l’enquête.

    Totalement inconnu des services de police a rappelé le magistrat, le jeune homme de 20 ans était le frère du militant écologiste, Amine Kessaci, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic. Ce dernier a créé en 2020 l’association Conscience après la mort de son grand frère, Brahim, dont le corps avait été retrouvé calciné dans une voiture.

    Inhumé dans l’intimité

    Il a aussi publié un ouvrage le 2 octobre, intitulé Marseille, essuie tes larmes, vivre et mourir en terre de narcotrafic, dénonçant l’engrenage dans lequel a été pris Brahim, n’hésitant pas à plusieurs reprises à dénoncer haut et fort une « narcocratie ». Depuis plusieurs semaines, Amine Kessaci était sous protection policière après avoir reçu des « menaces et des pressions très fortes » a précisé le procureur de la République qui réclame plus de moyens pour la police judiciaire, en mal d’enquêteurs, pour permettre de démanteler les réseaux.

    Après une cérémonie à la mosquée de Frais Vallon (13e), Mehdi Kessaci sera inhumé « dans l’intimité » ce mardi 18 novembre au cimetière de Saint-Henri (16e). La priorité de la famille étant de « rassembler le plus de monde possible » au cours d’une marche blanche ce week-end, dont les modalités restent encore à préciser indique l’association Conscience.

    Cet assassinat intervient aussi alors que le procès où seront jugés les auteurs présumés du meurtre de Brahim doit avoir lieu prochainement. « Ce sera le procès qui marquera la fin de l’impunité. La justice doit être claire, ceux qui ont du sang sur les mains doivent être traqués sans relâche », avait commenté Amine Kessaci.

  • « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    La Marseillaise : Quel a été votre sentiment en apprenant cet assassinat ?

    Mathieu Croizet : Celui d’une immense tristesse. J’ai tenté d’appeler Amine pour lui transmettre mes sincères condoléances. Je connais bien Amine qui est le premier à se rendre sur place quand quelqu’un se fait tuer, qui refusait de quitter le quartier où il vit. C’est horrible pour sa maman qui perd un nouveau fils. Je ne parle pas au nom de la famille que je n’ai pas pu joindre mais je vous livre mon sentiment personnel. Son petit frère n’était pas lié à du trafic de stupéfiants, n’était pas connu de la police et de la justice comme l’a dit le procureur. Il voulait d’ailleurs devenir policier. S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites.

    Saviez-vous si Amine nourrissait des craintes pour lui et ses proches ?

    M.C. : Amine est quelqu’un d’assez discret. J’ai appris qu’il bénéficiait avec sa mère d’une protection policière. Mais on peut tous avoir des inquiétudes quand on voit les victimes collatérales dans les coups de force entre réseaux, la balle perdue qui a tué Socayna [étudiante de 24 ans, fauchée en 2023 d’une balle dans sa chambre par un tir en rafale de jeunes à scooter voulant récupérer un point de deal]. Des confrères avocats ont été agressés à l’arme blanche au sein de leur cabinet. Là, le ciblage est incontestable sur un pourfendeur des narcotrafiquants, un responsable associatif et militant politique. C’est une étape nouvelle dans l’horreur. Le cap a en réalité déjà été franchi depuis longtemps quand on voit des quartiers entiers placés sous la coupe réglée des narcotrafiquants qui règnent en maître et disposent de plus en plus de moyens. Des degrés dans l’horreur ont déjà été franchis pour arriver à tuer quelqu’un comme son premier frère qui a subi le « barbecue marseillais ». Est-ce un ensauvagement de notre société, peut être ?

    En quoi Amine Kessaci peut-il constituer une réelle menace pour le crime organisé au point qu’il leur faille abattre son frère ?

    M.C. : À force de parler, d’écrire, de demander le retour de la police dans les quartiers pour protéger les habitants qui sont les premiers et les plus frappés, cela remet à chaque fois un jeton dans le jukebox médiatique. Et tout le monde sait qu’il faut l’appui des médias pour obtenir des réponses de l’État. Amine, c’est un grain de sable dans un rouage, c’est un moustique mais ils ont utilisé la bombe nucléaire en tuant son frère. On sait qu’il y a des gradations pour intimider. Il y a le trolling, les menaces téléphoniques, la « jambisation ». Mais là il n’y a plus de limite pour eux. Ils considèrent que « si ce n’est pas toi c’est donc ton frère ». Le mode opératoire révèle un sang froid et un professionnalisme. Ce n’est pas l’aspersion kalashnikovienne, là c’est une arme de poing donc quelqu’un de plus professionnel. Les narcos sont capables de recourir au « uber-hit » en recrutant des jeunes en région parisienne pour venir tuer quelqu’un pour 5 000 ou 10 000 euros. C’est vraiment une triste journée pour les Marseillais. J’y vois aussi la démonstration de l’incapacité de l’État à prendre en compte les narcotrafiquants. Les autorités ont toujours un train de retard. Je n’ose pas imaginer l’état dans lequel Amine se trouve. Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements.

  • La piste d’une exécution pour semer la terreur

    La piste d’une exécution pour semer la terreur

    L’assassinat, jeudi, du frère d’un militant écologiste menacé de mort pour avoir dénoncé l’emprise du narcotrafic sur la cité phocéenne est unanimement interprété comme un cap franchi dans l’horreur. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, voit aussi dans ce drame « un point de bascule effrayant qui doit faire prendre conscience du danger de cette mafia du narcobanditisme à l’ensemble de la société française ». Car cet assassinat s’inscrit, selon lui, « probablement dans la stratégie de terreur et d’intimidation contre tous ceux qui, courageusement, luttent contre le narcotrafic ».

    Le jeune homme de 20 ans a été abattu, jeudi à 14h30, de plusieurs balles de 9 mm par un commando à moto alors qu’il stationnait devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Le corps de Mehdi a été autopsié, vendredi, à l’institut médicolégal de la Timone. Le garçon était « absolument inconnu des services de police et de la justice », a redit le procureur de la République, Nicolas Bessone. Ce dernier n’exclut pas l’hypothèse d’un « assassinat d’avertissement », un crime par procuration dirigé contre son frère Amine Kessaci, 22 ans, militant écologiste qui a fondé l’association Conscience pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic, après l’assassinat d’un premier frère, Brahim, 22 ans, tué fin 2020. Il avait interpellé Emmanuel Macron, en 2021, venu lancer « Marseille en grand », pour lui demander de prendre en considération les habitants. Amine venait de sortir, le mois dernier, le livre Marseille, essuie tes larmes, centré sur l’exécution de son premier frère et qui fustigeait le narcotrafic et la carence de l’état à défendre les habitants victimes premières dans les cités.

    « Une jeunesse fauchée par une violence sans limite »

    « Si l’enquête confirme qu’il s’agit d’un assassinat d’intimidation, une volonté de faire taire Amine, nous passons collectivement dans une autre dimension et cela est très préoccupant », a réagi le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), venu la veille sur la scène de crime soutenir des membres de la famille, dont la mère et la tante d’Amine.

    Ce sentiment est partagé par la fédération du PCF 13 : « L’idée même qu’un assassinat d’avertissement soit envisagé par le parquet montre à quel point la violence a franchi un seuil intolérable », écrit la fédération, horrifiée de voir « cette jeunesse fauchée par une violence sans limite dans une société qui accumule les problèmes et où les inégalités se creusent ». Cette tragédie est « la conséquence d’un désengagement continu de l’État, qui laisse nos quartiers sans moyens, sans prévention, sans perspectives ».

    « Nous ne céderons rien face à l’intolérable », déclare la préfète de police Corinne Simon, qui « réaffirme la détermination totale de l’État » à retrouver les auteurs et les présenter à la justice. L’enquête pour « assassinat en bande organisée », confiée à la Division de la criminalité organisée et spécialisée, est une « priorité ». Une « trentaine d’enquêteurs » sont mobilisés, indique le parquet. Vendredi, la moto des auteurs a été retrouvée incendiée dans le 13e arrondissement.

    « Amine n’est pas un simple militant », se dresse Katia Yakoubi, sa colistière d’Europe Écologie aux dernières élections européennes : « C’est un jeune qui s’est levé avec courage pour dénoncer la violence du narcotrafic et défendre l’honneur de notre ville. Il a écrit, témoigné, mobilisé. Et parce qu’il ose parler, il vivait sous protection, menacé de mort. » Le président de Région, Renaud Muselier (Ren.), a aussi souligné que ce « terrible drame » touche la famille d’un « acteur politique de Marseille ».

    Amine et sa mère bénéficient d’une protection du ministère de l’Intérieur depuis août et Amine a dû quitter Marseille. « S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites », répond Me Mathieu Croizet, conseil d’Amine, constitué partie civile dans la procédure visant à conduire sept personnes devant les assises pour l’assassinat de son premier frère, en 2020.

  • La délinquance en baisse dans le centre de Marseille

    La délinquance en baisse dans le centre de Marseille

    Quand on met les moyens, ça marche… C’est en substance ce que laisse entendre la préfecture de police des Bouches-du-Rhône sur les réseaux sociaux. Dans un post en date du mercredi 22 octobre, elle revient sur les chiffres de la délinquance dans le centre-ville de Marseille : une diminution de 7% pour les coups et blessures volontaires en janvier 2025 par rapport à la même période en 2024, de 33,5% sur les vols à main armée, de 12,5% sur les vols par effraction. Quant aux vols à la tire, ils diminuent de 12%, les vols d’automobiles de 16,5%.

    Des effectifs déployés

    Ce résultat est à rapprocher de l’action engagée cet été rappelle l’institution. La division centre a bénéficié de 25 policiers cette année et une compagnie de CRS est en poste quotidiennement dans le secteur, histoire de « saturer la voie publique » à des fins dissuasives. Le but : « assécher le trafic, siphonner l’argent des réseaux et interpeller leur main-d’œuvre », précise-t-elle. Un dispositif établi grâce au travail des collectifs d’habitants, les associations, en lien avec les élus, se félicite la préfecture de police.

    En septembre, le rouage judiciaire a aussi été lancé. Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, annonçant officiellement, suite à une attaque au couteau à Belsunce, qu’un groupe local de traitement de la délinquance serait créé pour le quartier.

    Le maire de Marseille n’a pas manqué de réagir affirmant qu’« apaiser le quotidien des habitants et des commerçants en centre-ville » était une « priorité partagée. » Et d’en profiter pour mettre en avant l’action de sa police municipale qui « mène depuis des mois des actions spécifiques dans le centre-ville ».

  • Des renforts de magistrats mais des préoccupations fortes

    Des renforts de magistrats mais des préoccupations fortes

    Audience de présentation hier des nouveaux magistrats et greffiers du tribunal judiciaire de Marseille. Avec 4 nouveaux magistrats du siège, le président Olivier Leurent s’est réjoui de voir les effectifs du siège passer à 143 magistrats même s’il faudrait 7 magistrats de plus. « Ces renforts étaient indispensables, urgentissimes, impérieux » pour absorber les contentieux qui se diversifient et se massifient. Deux renforcent le service du juge de la liberté et de la détention dont l’activité pénale et civile est en constante hausse. Dans la perspective de l’ouverture en novembre des Baumettes 3 avec 750 places supplémentaires, un poste supplémentaire de juge d’application des peines a été obtenu ainsi qu’un 8e juge aux affaires familiales.

    « Il demeure des contentieux en souffrance notamment et deux juges civilistes seraient nécessaires » a dit le président, au regard du stock préoccupant de plus de 36 000 procédures civiles (+17% entre 2022 et 2024) avec un délai de traitement d’environ 20 mois. On s’attend d’ailleurs et il faudra anticiper « une augmentation programmée ces prochaines années des expropriations liées au plan « Marseille en grand » et à la rénovation de certaines copropriétés dégradées ».

    Le parquet crée une « cellule anticorruption »

    Le président a exprimé le besoin d’un magistrat supplémentaire dédié aux chambres spécialisées en criminalité organisée et en matière financière pour « absorber l’explosion du narcotrafic de 2023 et renforcer notre capacité de jugement en matière de blanchiment » et un juge d’instruction supplémentaire dans ses enquêtes. Le greffe constitué de 457 agents demeure une « préoccupation majeure ». Les 32 nouveaux arrivants ne compensent 38 postes vacants et le non-renouvellement de 14 contractuels.

    « La remise en cause de la personne du juge, les menaces à son encontre, le discrédit jeté sur l’institution judiciaire tout entière est un péril pour l’état de droit qui doit nous réunir plus que jamais dans ces temps troublés. Il n’existe pas de démocratie sans un juge indépendant et impartial » a conclu le chef de la juridiction.

    « Nous sommes désormais 60 au parquet de Marseille » s’est félicité le procureur de la République, Nicolas Bessone qui veut développer le « plaider coupable », les saisies d’avoirs criminels (40 millions d’euros en 2024) et annonce avoir créé une « cellule anticorruption » en lien avec le narcotrafic, centralisée au sein de la section économique et financière. « Les moyens des narcotrafiquants sont considérables. Nous devons être très vigilants – et l’Agence française anticorruption a de très fortes inquiétudes – lors des élections locales pour évidemment protéger nos élus pour qu’ils ne subissent pas le même type de pressions que dans toutes les administrations publiques, même la nôtre. C’est un enjeu d’avenir et je ne me trompe pas en disant qu’il en va de notre démocratie. »

  • La DZ Mafia blanchissait ses recettes en lingots d’or

    La DZ Mafia blanchissait ses recettes en lingots d’or

    On touche du doigt le caractère massif et les profits considérables du narcotrafic. Il n’y a qu’avec le démantèlement des réseaux de blanchiment que nous pourrons porter des coups durables et affaiblir les organisations criminelles », a déclaré samedi le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, tirant les leçons aux côtés du colonel Olivier Leblanc, commandant de la section de recherches Paca de la gendarmerie de l’opération de coopération franco-italienne, du démantèlement d’un vaste réseau international de conversion en lingots d’or des recettes du narcotrafic marseillais, ensuite exportés vers le Kosovo puis la Turquie.

    L’enquête commune avec la Guardia di Finanza de Milan s’est appuyée sur les dispositifs européens d’entraide
    – l’agence Eurojust et le service Europol – mais aussi le soutien technique de la toute nouvelle Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie. Une centaine de gendarmes ont été mobilisés sous l’égide de la section de recherches de Marseille avec les SR de Paris, de Strasbourg, de Chambéry ainsi que du GIGN. Ce succès a été rendu possible par l’excellence des relations déjà anciennes nouées entre les autorités policières et judiciaires franco-italiennes, « leur grande réactivité et leur confiance totale » a salué le chef du parquet de Marseille.

    Le démantèlement s’est opéré en deux phases à partir d’un renseignement de la Guardia di Finanza, fin décembre 2024, sur une importante organisation criminelle basée à Milan où elle était dotée d’une fonderie, spécialisée dans le blanchiment de numéraire, et notamment les flux financiers très importants de la DZ Mafia. La récupération du numéraire en France et son transport vers l’Italie était assurée par des équipes de Syriens et de Maghrébins qui utilisent des voitures embarquant des « caches particulièrement sophistiquées ».

    « Ces collectes de fonds représentaient d’octobre 2024 à août 2025 plus de 30 millions d’euros et c’étaient des collectes hebdomadaires principalement à Marseille, ses environs mais aussi à Lyon, Paris et à l’Italie. Chez un des collecteurs, il a été retrouvé 2,4 millions d’euros. C’était le produit d’une semaine de collecte à Saint-Etienne et Clermont-Ferrand » a ainsi détaillé le procureur pour qui 70% de la collecte était fournie par des trafiquants marseillais liés à la DZ Mafia. « Marseille, malheureusement une fois de plus, se taille la part du lion », a-t-il relevé.

    Le 7 septembre 2025, un convoi détecté entre l’Italie et l’Espagne déclenchait les interpellations. 55 lingots d’or 24 carats de 1 kilo cachés dans des voitures et plus de 2,4 millions d’euros en espèce étaient trouvés, ce qui représente une saisie de 8 millions d’euros. Sept individus (3 hommes et 4 femmes) de cette équipe de transporteurs ont été mis en examen et écroués pour blanchiment aggravé de stupéfiants et association de malfaiteurs.

    La deuxième vague d’interpellations est survenue ce 23 septembre lancée à Vitrolles, Marignane, Martigues, Marseille et Berre-l’Étang ainsi qu’en Italie. Sept personnes ont été mises en examen dont 4 en détention provisoire. Ont été saisis 300 000 euros, 6 véhicules, de la maroquinerie et de la joaillerie de luxe. Les Italiens ont arrêté 4 personnes et mis la main sur 238 kilos d’or, 400 kilos d’argent, 7 kilos de palladium, 5 kilos de platinium, une somme globale d’1,3 million d’euros et 24 biens immobiliers.

    « Marseille,
    une fois de plus, se taille
    la part du lion »