Tag: Nazis

  • Fenouillet : les héros de la Résistance célébrés

    Fenouillet : les héros de la Résistance célébrés

    Il y 82 ans, un convoi nazi arrêtait ses camions dans une clairière juste entre Charleval et la Roque d’Anthéron. C’est dans cet espace isolé, caché par les bois, que 28 résistants seront tirés des véhicules, avant d’être froidement exécutés le 13 juin 1944, au lendemain de l’assaut du maquis de Saint-Anne, lancé par la Wehrmacht et quelques jours seulement après le D-Day.

    Parmi les fusillés dans cette clairière, huit martégaux, arrêtés, eux, le 8 juin par la Gestapo chez un instituteur local, Robert Daugey. Dans le lot, cinq d’entre eux n’ont jamais pu être identifiés, trop mutilés pour être reconnus par leurs proches. « Le symbole de ceux dont l’Histoire a effacé la trace », a rappelé Gaby Charroux (PCF), maire de Martigues, au cours d’un discours solennel. C’est en leur mémoire et en souvenir de leurs actions de résistance que ce samedi 13 juin, élus locaux, associations d’anciens combattants, représentants de la société civile et enfants issus de deux classes locales se sont réunis dans cette même clairière, témoin, il y a plus de quatre-vingts ans, des conséquences des guerres et de la haine.

    Parmi les présents, Jean-Pierre Serrus, maire de la Roque-d’Anthéron, Christophe Hocmard, maire de Charleval, Dimitri Farro, maire de Mallemort, ainsi que les représentants des villes de Lambesc, Salon-de-Provence et Saint-Victoret. Sont aussi présents dans les rangs d’officiels Gérard Frau et Jacky Gérard, conseillers départementaux et Pierre Dharréville, ancien député de la 13e circonscription des Bouches-du-Rhône.

    Résister, mot d’actualité

    Comme chaque année depuis la première manifestation en la mémoire des 28 martyrs, une cérémonie solennelle s’est tenue, sous une chaleur de plomb, ponctuée de chants et lectures des enfants des écoles Louise Michel et Henri Tranchier. « Je trahirai demain, pas aujourd’hui », les vers du poème de Marianne Cohn, résistante juive (1922-1944), sonnent à plusieurs reprises. Les écoliers entonnent aussi le Chant des Partisans, devenu l’hymne de la résistance française. « 82 ans nous séparent désormais de ce drame, 82 ans durant lesquels des générations de femmes et d’hommes se sont relayés pour entretenir ce souvenir, pour faire vivre cette mémoire et transmettre l’histoire de ceux qui ont refusé de plier devant la tyrannie. Aujourd’hui encore, cette responsabilité est la notre, encourage Gaby Charroux, face au parterre de participants. Car si le temps passe, le devoir de mémoire demeure. Parce que les hommes auxquels nous rendons hommage aujourd’hui ne furent pas seulement des victimes, ils furent avant tout des combattants. Qui, dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire, ont fait le choix de l’engagement. Ils ont refusé l’occupation, la soumission, le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de haine qui constituaient le socle idéologique du nazisme ». Il s’agit, aujourd’hui, de se souvenir des noms gravés sur la stèle dressée dans la clairière, pour laquelle les drapeaux sont dépliés aujourd’hui. Ceux d’Abadie et Joseph Barthélémy, Marius Arnaud, Georges Borel, Baptiste et Louis Castaldi, Georges Flandres… Entre autres. Ils venaient des communes alentours, voire de Paris. La cérémonie de dépôt de gerbes a débuté avec Michel Delmasau nom de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône. « Ces combats demeurent d’une nécessité absolue, car le monde dans lequel nous vivons connait lui aussi ses tensions, ses fractures, ses drames, ses inquiétudes. Partout, nous voyons progresser les discours de haine. Partout, nous voyons prospérer les tentations du repli. Partout, nous voyons certains remettre en cause des principes qui nous paraissaient pourtant acquis, pose Gaby Charroux, qui appelle à la vigilance et à la transmission. « Face à cela, le souvenir des Résistants du Fenouillet doit nous servir de boussole (…) Il nous rappelle que la démocratie est fragile, que la liberté n’est jamais définitivement acquise, que l’indifférence est souvent le premier allié des ennemis de la République. »

    Eva Bonnet-Gonnet

  • Anciens enfants juifs cachés, ils transmettent aux plus jeunes

    Anciens enfants juifs cachés, ils transmettent aux plus jeunes

    Charles Lastmann n’avait que 5 ans lorsque plusieurs membres de sa famille et lui sont arrêtés à Toulouse, en 1941, parce qu’ils sont juifs. Cet enfant, réfugié d’Allemagne, est séparé de son père, mais reste avec sa mère, pourtant contrainte de le confier à l’Œuvre de secours aux enfants (OSE). « Rachitique et couvert de vermines », il est soigné par la maternité de l’Elne, avant d’être envoyé en Creuse. En France, les rafles se multiplient. Ses parents font appel à une assistante sociale, active dans un réseau de sauvetage, qui le confie à une famille de paysans, Irénée et Noémie Combe, dans le Rhône.

    À cette époque, l’Occupation nazie force des centaines de parents à abandonner leurs enfants dans l’espoir d’un avenir meilleur. Cachés par d’autres citoyens, c’est grâce à la protection de ceux que l’on a appelés les « Justes » qu’une poignée d’entre eux est aujourd’hui encore en vie pour témoigner. Ce mardi, ils étaient une délégation de 29 enfants cachés, rescapés de la Seconde Guerre mondiale, à se rendre au Camp des Milles pour rencontrer près de 80 élèves du collège Jean-Marc Gaspard Itard (Oraison).

    « Entre le bien et le mal »

    L’initiative est à l’origine du Fonds social juif unifié (FSJU). « Vous avez face à vous non seulement des personnes qui ont subi, mais des personnes qui ont surmonté. C’est un des messages importants que cette journée porte : les victimes sont très souvent résistantes et résilientes », rappelle Alain Chouraqui, président de la Fondation du Camp des Milles.

    Venus de Lyon et de Marseille, ils sont deux, notamment, à avoir témoigné de cette Résistance dont ils ont bénéficié. Mais aussi des horreurs du nazisme. La douleur de la perte de proches. Reine Peres, née en 1939 à Marseille, évoque longuement cette voisine qui « faisait les courses à notre place, qui faisait le maximum. Cette femme – et c’est dommage que nous n’ayons pas pu faire de sa famille une famille de Justes -, ce qu’elle a fait était exceptionnel. Et cela a duré plusieurs années. » Si Reine Peres et certains de ses proches s’en sortent, plusieurs membres de sa famille connaissent la déportation. Les chambres à gaz. « On est toujours entre le bien et le mal, le miracle et la tragédie », confie-t-elle à propos de cette période.

    Face à ces deux enfants devenus nonagénaires, le silence pèse dans la salle. Aux témoignages longs et parfois difficiles s’ajoutent les interventions d’une partie de la délégation des 29. Il y a notamment cette femme, impeccablement habillée, Luxembourgeoise ayant « atterri » à Marseille, avant de « terminer son parcours à Izieu. Je fais partie des trois derniers survivants du mémorial ». À Charles Lastmann et Reine Peres, une élève pose la question : « Mais comment, en tant qu’enfant, vous viviez la guerre ? ». « Par une trouille immense », résume Charles Lastmann.

    Sylvie Altar, docteure en histoire, membre associée à Larhra (Lyon II), insiste : « À la veille de la guerre, les juifs ne représentaient que 0,7% de la population (…). 330 000 personnes pour lesquelles le régime de Vichy va mettre en place une législation antisémite (…). Se met en place ce qu’on appelle le processus génocidaire.  » Et d’ajouter : « Tant qu’on témoignera, on se protégera de dangers qui nous menacent. »

    À la sortie de cette rencontre, Emma concède : « Pour certains mots, j’avais les larmes aux yeux. C’était émouvant. » À l’avenir, poursuit la jeune fille, «  il faut faire au mieux pour limiter le plus possible l’antisémitisme et le racisme en France, voire dans le monde entier. Il faut que ça s’arrête, ça n’a pas lieu d’être, ça sert à rien et ça ne changera pas le monde ». Pour Angélina, « c’est important de raconter. Si on n’est pas au courant, on ne peut pas connaître les solutions ». On raconte « pour ne plus que ça arrive », résume de son côté Charles Latsmann, alors « qu’aujourd’hui, on est comme en 1930, le fascisme sort de partout ».

  • Antoine Mignemi, rescapé de la rafle de 1943, appelle à la paix

    Antoine Mignemi, rescapé de la rafle de 1943, appelle à la paix

    Antoine Mignemi est l’un des derniers survivants de la rafle de Marseille, qui s’est déroulée entre les 22 et 24 janvier 1943, dans le quartier Saint-Jean. Aujourd’hui président du Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, il témoigne de cette tragédie, un épisode terrible, souvent occulté, dans l’histoire de la ville et qui a vu le dynamitage de tout le quartier par les nazis : 1 500 immeubles, 838 commerces et 82 rues ont disparu.

    Le survivant de cette rafle, âgé de 88 ans, se souvient : « C’était un quartier très populaire, cosmopolite, il y avait beaucoup de nationalités qui vivaient ensemble, qui s’entendaient bien, quelle que soit leur religion. C’était une population de travailleurs ». Repère de la Résistance, les nazis voulaient la destruction ce qu’ils appelaient « la verrue de l’Europe » en représailles à une série d’attentats.

    Antoine Mignemi est né à Marseille en 1937 de parents immigrés d’origines siciliennes. Sa famille fait partie des 20 000 Marseillais arrachés de leur foyer, début 1943. Sous prétexte de « nettoyage du quartier », la police française participe à cette rafle dont les documents décrivent une « évacuation volontaire ». Antoine Mignemi précise : « Ils laissaient entendre qu’on allait revenir rapidement ». Emmené de force au camp de Fréjus, ancien site militaire abandonné, il y passe une quinzaine de jours : « La faim nous a tenaillés les tripes. » Parmi les raflés, 500 Marseillais sont déportés au camp de rétention de Compiègne, avant d’être envoyés dans les camps de concentration de Sachsenhausen, Mauthausen et sur l’île d’Aurigny. Ils sont choisis à partir d’une liste. Le rescapé explique que « sur cette liste, il y avait les gens “indésirables”, notamment des communistes, socialistes, antifascistes ».

    À leur retour à Marseille après leur passage à Fréjus, les membres de la famille d’Antoine Mignemi ont l’interdiction de rentrer chez eux. Du 1er au 17 février 1943, le quartier de Saint-Jean est dynamité. Pour Antoine Mignemi, « le drame se poursuit » : « Nous sommes tombés dans une misère complète, en perdant notre logement et notre lieu de travail, un salon de coiffure situé 140 quai du port. Cette misère a duré des années. »

    « Soyons vigilants »

    Il précise : « Il a fallu attendre la plainte déposée par Me Pascal Luongo pour que cette histoire ressurgisse. » C’est en 2019 que la plainte est déposée dans le but d’inscrire cette rafle comme « crimes contre l’humanité ». La même année, le Collectif Saint-Jean est né, avec l’objectif de faire reconnaître cet épisode tragique.

    L’exposition « La part visible des camps », proposée jusqu’au 8 mai aux Rotatives de La Marseillaise, présente un panneau dédié au souvenir de cette rafle (notre édition du 5/05). Lors du vernissage, lundi, Antoine Mignemi a pris la parole : « Ce témoignage est pour moi un devoir de transmettre la mémoire et, en même temps, prononcer un message de paix et d’espoir, en particulier pour toutes les jeunes générations. Je déclare que le racisme et l’antisémitisme sont des délits majeurs, que les guerres ne sont pas une fatalité, que les hommes et les femmes ont le droit à la paix et au bonheur. Soyons vigilants, aujourd’hui et pour l’avenir […]. Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre. »

  • [Entretien] Elisa Goudin-Steinmann : « En Allemagne, le “mur pare-feu” contre l’AfD se fissure »

    [Entretien] Elisa Goudin-Steinmann : « En Allemagne, le “mur pare-feu” contre l’AfD se fissure »

    La Marseillaise : Un an après son accession au pouvoir, le chancelier Friedrich Merz est à un niveau d’impopularité record. Comment l’expliquer ?

    Elisa Goudin-Steinmann : La CDU fait les frais de la situation économique difficile liée à des facteurs qui ne sont pas dus à l’Allemagne elle-même. Il y a eu coup sur coup l’arrêt du gaz russe pas cher et les tensions géopolitiques. On entre dans la troisième année de récession, ce qui n’est pas du tout habituel pour les Allemands, en tout cas ceux de l’Ouest qui n’ont pas connu ça depuis le « miracle économique ». Ça a créé l’impopularité du chancelier de fait. Il pâtit également des difficultés de dialogue au sein de la coalition avec le SPD.

    Le noyau dur de l’électorat du CDU et du SPD qui se partagent le pouvoir depuis 1949 est en train de disparaître. Y a-t-il une lassitude ?

    E.G.-S. : Je ne dirais pas qu’ils sont en train de disparaître. Les scores du SPD, le PS en rêverait. Ils perdent des électeurs, ça c’est sûr. Pas seulement au profit de l’AfD mais aussi de l’abstention, de la gauche plus radicale Die Linke ou dans certains cas des Verts. Mais oui, ce qu’on appelle les « Volkspartei », les partis de masse traditionnels [CDU et SPD Ndlr], sont un peu usés par le fait d’avoir gouverné ensemble plusieurs fois depuis 2005. On a du mal à voir la différence entre l’offre politique. Le SPD est un petit peu plus progressiste sur les questions sociétales mais à part ça, c’est la même politique économique qui sera menée au final, donc à quoi bon choisir ? C’est ce que disent les électeurs et les partis en sont conscients. C’est pour ça qu’ils n’étaient pas très motivés à l’idée de gouverner ensemble. Arithmétiquement parlant, le Bundestag est bloqué parce que la CDU ne veut pas s’allier avec la gauche radicale. Le cordon sanitaire tient pour l’instant autour de l’AfD, personne ne veut gouverner avec eux mais ils ont quand même 152 députés. Par ailleurs, en Allemagne, on ne dit pas « cordon sanitaire » mais on parle de « mur pare-feu ». L’AfD n’arrête pas de dire qu’il faut faire tomber ce mur, comme on a fait tomber le mur de Berlin et qu’on va libérer les Allemands une deuxième fois. Ils ont une stratégie très claire de chercher des moyens pour, finalement, gouverner avec la CDU, ce qui finira peut-être par arriver. Je suis incapable de le dire. Mais des voix à la CDU disent qu’il faut mettre fin à ce mur pare-feu. C’est en train de se fissurer.

    Pour récupérer les électeurs de l’extrême droite, la CDU a durci son discours sur l’immigration, ce qui a finalement bénéficié à l’AfD ?

    E.G.-S. : La CDU reprend un peu les éléments de discours de l’AfD pour essayer de récupérer les électeurs mais on sait très bien que ça ne marche pas. Ça s’est vérifié partout. Les Républicains ont essayé de faire ça aussi avec certains thèmes du Rassemblement national. On ne récupère pas d’électeurs comme ça. Ça crée juste une droitisation, en général, de leur politique et ça légitime le discours de l’AfD, ça le normalise. En Thuringe, Björn Höcke a repris le slogan nazi « Deutschland über alles » (« L’Allemagne au-dessus de tout »). Alexander Gauland [président d’honneur de l’AfD, Ndlr], a utilisé le mot « entsorgen » à l’encontre d’une ministre d’origine turque. Ce qui veut dire qu’il fallait la déporter. Ce n’est plus ambigu, c’est un langage ouvertement nazi.

    L’AfD ambitionne de remporter plusieurs régions à l’Est lors des élections de septembre. Pourquoi fait-elle de bons scores dans l’ex RDA ?

    E.G.-S. : Si on regarde les marqueurs sociaux comme le chômage par exemple, la population à l’Est est plus défavorisée donc, elle a une plus grande probabilité de voter AfD. Même si ça ne représente pas la totalité des électeurs, bien sûr. Le deuxième facteur est historique. Les électeurs sont souvent des personnes ayant grandi en RDA ou socialisés par des parents qui vivaient dans l’ex Allemagne de l’Est, où il n’y a pas eu ce travail sur le passé nazi. On racontait l’histoire en disant qu’on était les héros de la Résistance, qu’on était les communistes donc on ne s’est pas du tout interrogé sur la culpabilité. Il y a ce manque d’un travail historique et d’une conscience historique à l’Est qui a été en partie comblée après la chute du Mur. Enfin, le troisième et plus gros facteur d’explication, selon moi, ce sont les injustices économiques et sociales commises après 1990. Le vote AfD est souvent un vote de protestation. Mais il ne faut pas stigmatiser les Allemands de l’Est, l’extrême droite progresse aussi et plus rapidement à l’Ouest, d’où viennent tous ses dirigeants.

    81 ans après la capitulation nazie, le parti dirigé par une petite-fille de SS est en tête des sondages. L’Allemagne renie son passé ?

    E.G.-S. : Le 2 avril dernier, l’hebdomadaire allemand Die Zeit a mis en ligne un moteur de recherche qui permet à chacun, en deux clics, de savoir s’il avait des grands-parents nazis ou pas. Ça a provoqué un gros débat en Allemagne et une prise de conscience. Tout le monde tombe des nus en découvrant qu’il avait un grand-père ou une grand-mère nazi. C’est une petite révolution. L’espoir est que ça mette à mal la stratégie de l’AfD qui essaye de balayer tout le travail de mémoire fait depuis 1945. Les sondages montrent que seulement un quart des Allemands pensent avoir eu un nazi dans sa famille, ce qui est hyper sous-estimé. Est-ce que ça va empêcher de voter AfD ? Ça, c’est encore une autre question. Je n’ai pas la réponse. En tout cas, on ne pourra plus dire mais les nazis, c’est la famille des autres.

  • 8-Mai, leçons pour nos temps troublés

    8-Mai, leçons pour nos temps troublés

    La capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, le 8-Mai 1945, symbolise la victoire des Alliés sur une armée et, surtout, une idéologie mortifère aux multiples crimes de guerre et contre l’humanité, dont le génocide des juifs d’Europe, avec la complicité d’États collaborateurs zélés, à l’instar du gouvernement de Vichy, en France.

    C’est, à ce titre, bien plus qu’une page de notre Histoire. Car les mécanismes qui ont accouché du fascisme et du nazisme semblent se remettre en branle, en ce premier quart du XXIe siècle. Il est donc impérieux de tirer les leçons de l’ascension de ces idéologies racistes et antisémites, qui charrient la haine de l’autre.

    Le patronat mise sur le RN

    Car leurs héritiers, les partis d’extrême droite contemporains, misent sur l’amnésie quatre-vingt-un an après la capitulation nazie. L’entreprise leur est facilitée par les partis conservateurs, dits de droite classique, qui font leurs les thèmes obsessionnels de l’extrême droite : la famille, la patrie, la xénophobie, le nationalisme, la guerre… En 2007, Nicolas Sarkozy crut avoir dompté le FN. Près de vingt ans plus tard, le parti des Le Pen a avalé la droite. Désormais, le patronat français mise clairement sur le RN.

    La mécanique est la même outre-Rhin. Qui aurait pu croire que le parti des héritiers des nazis, l’AfD, puisse obtenir des scores records et supplanter les conservateurs ? L’accession de l’extrême droite au pouvoir est-elle résistible ? Oui, si les forces progressistes se réveillent et font déferler un tsunami de progrès social comme ce fut le cas après-guerre. C’est la grande leçon du 8-Mai.

  • La mémoire en photographies de Mauthausen aux Rotatives

    La mémoire en photographies de Mauthausen aux Rotatives

    Présenter, à l’appui des images, la mémoire de l’horreur. C’est ce que propose l’exposition « La part visible des camps », composée de photographies du camp de concentration nazi de Mauthausen (1938-1945) et installée du 4 au 8 mai dans la salle des Rotatives de La Marseillaise (2e). L’exposition présente « l’ensemble des fonds d’images existants » sur Mauthausen, où furent conduits plus de 200 000 hommes, et quelques milliers de femmes. On y retrouve : des clichés SS, des photos prises, sur les mêmes appareils, par des détenus libérés et enfin celles prises par des libérateurs américains. L’exposition, portée par les Amicales française et espagnole d’anciens déportés de Mauthausen, auxquelles se sont associées les autorités fédérales autrichiennes, compte quelque 500 clichés et circule en Europe depuis 2005. Entrée libre de 10h à 18h.

  • À l’ordre du jour

    À l’ordre du jour

    Quatre-vingt-trois ans après l’horreur, les descendants de déportés marseillais, raflés le 24 janvier 1943 dans le quartier Saint-Jean, font un voyage essentiel en Allemagne, au camp de Sachsenhausen où ce dimanche une plaque commémorative sera dévoilée. Des mots gravés, en français et en allemand pour révéler ce qui fut la plus grande rafle jamais perpétrée par les nazis main dans la main avec l’État français collaborationniste, quelques mois seulement après la rafle du Vélodrome d’Hiver à Paris. Sur les 250 Marseillais déportés, une centaine ne reviendra pas.

    Ce crime contre l’humanité perpétrée à Marseille fut longtemps occulté. Le travail de mémoire et historique est désormais à l’œuvre. Ce voyage des descendants, en est une étape majeure.

    Mise en lumière

    Cette mise en lumière de l’inimaginable – la rafle de 20 000 habitants – et la destruction de tout un quartier, dynamité par l’armée allemande, est nécessaire car en 2026, l’extrême droite progresse et mise sur l’amnésie. Or ceux qui ont perpétré ces crimes n’étaient pas des fous : leur idéologie, raciste et antisémite, comportait le goût du pouvoir et de la prédation. Les nazis se sont joués des conservateurs dans les années 1930. Le patronat allemand, comme le révèle l’écrivain Édouard Vuillard dans son texte aussi fulgurant que fondamental, L’ordre du jour, a choisi Hitler y voyant une source de profits y compris en utilisant les déportés comme esclaves, jusqu’à la mort. Cette collusion droite-extrême droite-patronat n’est pas derrière nous. Pour prévenir le pire, sachons lire notre Histoire, les yeux grands ouverts.

  • Kanye West reporte son concert au Vélodrome

    Kanye West reporte son concert au Vélodrome

    Après une longue réflexion, c’est ma décision propre de reporter mon concert à Marseille jusqu’à nouvel ordre », a écrit sur X le rappeur américain de 48 ans, dont la popularité a été entamée ces dernières années en raison de sorties antisémites et racistes.

    « Je sais que cela prend du temps pour comprendre la sincérité de ma volonté de me racheter. J’assume pleinement la responsabilité de mes actes, mais je ne veux pas que mes fans se retrouvent au milieu de tout ça », a-t-il expliqué dans un autre message.

    Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’était dit un peu plus tôt « très déterminé » à faire interdire la performance de l’artiste. Déjà à l’annonce de sa venue, plusieurs personnalités politiques de la ville de Marseille l’avaient déclaré persona non grata.

    « Je refuse que Marseille soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé. Kanye West n’est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais », avait fustigé le maire (DVG), Benoît Payan.

    Auteur le 8 mai 2025 d’une chanson célébrant Adolf Hitler, interdite par les principales plateformes de streaming, le jour du 80e anniversaire de la défaite de l’Allemagne lors de la Seconde Guerre Mondiale, Kanye West a assuré qu’il n’était « ni nazi, ni antisémite », invoquant le trouble bipolaire dont il souffre et une « phase maniaque ».

    En 2023, Kanye West avait déjà affirmé qu’il « adorait les nazis » et mis en vente un t-shirt orné d’une croix gammée sur son site web.

  • À Marseille, un refus unanime face au concert de Kanye West

    À Marseille, un refus unanime face au concert de Kanye West

    L’actuel maire et candidat à sa succession a déclaré, sur le réseau social : « Je refuse que Marseille soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé. Kanye West n’est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais. »

    L’interdiction d’un spectacle est toutefois très encadrée et le Conseil d’État a rappelé, dans plusieurs jurisprudences, qu’elle n’est possible qu’en cas de risque que des propos constituant une infraction pénale soient tenus et que l’événement puisse provoquer des troubles à l’ordre public.

    Ce concert, actuellement l’unique date en France de Kanye West, est organisé par l’agence Mars360, opérateur exclusif de l’Orange Vélodrome, qui appartient à la ville. Dans un communiqué transmis à l’AFP, Mars360 a estimé que « les propos tenus par l’artiste par le passé suscitent une émotion légitime. Toutes les questions ont été posées au tourneur qui organise ce concert, qui a exposé que l’artiste a présenté ses excuses, révélant des éléments de contexte personnels, et que cette tournée mondiale s’opère justement après ce mea-culpa ». Et d’assurer que « Mars360 a été particulièrement vigilant, insérant des clauses spécifiques pour s’assurer qu’aucun propos illégal ne soit tenu lors du concert et que la loi française soit parfaitement respectée ».

    « Pas de la promotion des antisémites ! »

    L’ex-présidente du Crif Provence, Fabienne Bendayan, qui figure en 3e position sur la liste de Martine Vassal (DVD), a aussi appelé à l’annulation du concert : « “Je suis nazi”, “J’aime Hitler” : Kanye West n’est pas le bienvenu à Marseille. Celui qui proclame ouvertement son admiration pour Hitler et revendique des idées nazies ne saurait fouler la scène d’une ville dont l’âme même est tissée de diversité, de mémoire et de fraternité. À Marseille, pas de la promotion des antisémites ! Les organisateurs de ce concert doivent renoncer à sa venue au Vélodrome ! »

    Le musicien de 48 ans, qui a perdu ces dernières années de nombreux fans et plusieurs contrats commerciaux après des sorties antisémites ou racistes, a publié un titre Heil Hitler le 8 mai 2025, à l’occasion du 80e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. En décembre 2023, le rappeur, souffrant depuis des années de troubles bipolaires, s’était excusé auprès de la communauté juive après avoir déclaré quelques mois plus tôt qu’il « adorait les nazis ».

  • Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Ils ont pris l’avion dimanche en direction de Berlin pour un rendez-vous qui fera date. Ce lundi une délégation du « Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 » est l’invitée de l’ambassade de France, pour une table ronde intitulée : « Marseille 1943, les rafles oubliées ».

    Face à eux, un auditoire constitué de quelque 120 élèves allemands qui viendront écouter leur histoire d’enfant et celle de leurs familles qui, entre le 22 et le 24 janvier 1943, comptèrent parmi les 20 000 Marseillais raflés, internés au camp de Fréjus puis déportés par centaines dans les camps nazis parce qu’ils étaient juifs, résistants ou habitants d’un lieu jugé « criminogène ».

    « C’est Marseille qui est mise à l’honneur. Se retrouver 80 ans plus tard à l’ambassade de France en Allemagne pour témoigner comme survivant, est un symbole pour les enfants du quartier Saint-Jean », explique l’avocat Pascal Luongo, porte-parole du collectif. « Que les anciens qui sont les enfants d’hier, viennent raconter à ceux d’aujourd’hui, en Allemagne, dans une transmission directe, cette histoire restée longtemps effacée des mémoires, c’est très fort. »

    à ses côtés, ils seront quatre témoins : Antoine Mignemi, président du collectif qui milite pour faire reconnaître les rafles de Marseille et la destruction des quartiers du Vieux-Port comme crime contre l’humanité, Suzanne Fritz, Gérard Agresti dont le père a été déporté à Sachsenhausen d’où il a pu revenir et témoigner, et Claude Arovas dont la famille a été déportée et exterminée à Sobibor.

    Les héritiers retapent

    à la porte du pouvoir

    L’invitation a été lancée par la Commission pour la restitution des biens et l’indemnisation des victimes de spoliations antisémites dont une antenne est rattachée à l’ambassade. Le contact s’est noué en 2024 à Berlin où Pascal Luongo était invité par le Mémorial des juifs assassinés d’Europe, pour l’exposition « Les Indésirables » dans laquelle les rafles de 1943 étaient traitées.

    « Les Allemands travaillent la question de cette catégorie de déportés dans les camps qui n’a pas été jusqu’ici l’objet de nombreux travaux. Ils avaient appris notre existence lors du procès du nazi Schütz, gardien du camp de Sachsenhausen, deux ans auparavant », raconte Me Luongo.

    Cette table ronde sur les rafles oubliées à Marseille sera le point d’orgues du cycle mémoriel des 80 ans de la libération des camps nazis qui a marqué l’année 2025 en Allemagne. Un nouveau cycle s’ouvrira en 2026. Et Marseille y trouvera encore sa place, puisque l’expo « Marseille se souvient » présentée sur le Vieux-Port en 2023, sera montée à Hambourg dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

    « Ce symbole très fort d’union des mémoires de nos deux pays, prend tout son sens dans un moment particulièrement troublé où les héritiers de ce qui s’est passé à Marseille, l’extrême droite nazie et l’extrême droite française de Vichy, retapent à la porte du pouvoir », insiste Pascal Luongo. « Ce temps très républicain est aussi important dans notre combat pour la reconnaissance des crimes contre l’humanité commis à Marseille ». La procédure est d’ailleurs observée de près outre-Rhin, et l’enquête du parquet national ouverte en 2019 est sur le point d’aboutir selon l’avocat marseillais qui a bon espoir pour 2026.

    En attendant, le collectif poursuit à Marseille ses conférences auprès des lycéens, collégiens et écoliers, avec la volonté que la Ville inscrive cette mémoire dans l’espace public à travers des lieux de commémoration. « Le quartier Saint-Jean disparu, la gare d’Arenc… Il y a un besoin de faire vivre cette mémoire. On a reçu des signaux très positifs de la municipalité sur un changement de nom de place, un travail sur des lieux de commémoration. Tout le monde doit jouer le jeu. On construit patiemment mais vaillamment », reprend l’avocat qui espère s’appuyer sur ce qui est fait avec les Allemands pour faire avancer les choses.

    La commémoration du 83e anniversaire de ces rafles aura lieu le 24 janvier, une semaine avant les « officielles ». En février, un moment autour de la paix est prévu par le collectif avec la communauté de Sant’Egidio, un mouvement d’éducation populaire italien.