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  • [Entretien] Cécile Cukierman (PCF) : « Nous avons besoin de maîtriser l’acier »

    [Entretien] Cécile Cukierman (PCF) : « Nous avons besoin de maîtriser l’acier »

    La Marseillaise : Quels sont les objectifs de cette proposition de loi ?

    Cécile Cukierman : Notre objectif est double. Le premier, c’est de préserver l’emploi, le savoir-faire industriel là où il existe encore dans notre pays. Nous avons aujourd’hui, sur l’acier, une financiarisation plutôt qu’une mise à disposition d’une matière importante pour pouvoir développer l’industrie dans notre pays. La volonté d’ArcelorMittal de se séparer des sites de production en France remet en cause notre souveraineté industrielle. L’acier est essentiel pour l’industrie. L’industrie, étant source de création de richesse d’un pays, est essentielle, bien évidemment, pour répondre aux enjeux de transformation, que ce soit par la production énergétique, par le renforcement de la mobilité, du développement du rail. Elle est également essentielle dans tout un certain nombre de productions qui servent par la suite le médical, les ponts, les grandes infrastructures de notre pays.

    Le rapporteur LR du texte,
    Arnaud Bazin, estime qu’une nationalisation ne résoudrait «
     aucun des problèmes structurels » du secteur de l’acier.
    Que lui répondez-vous
     ?

    C.C. : En 2023, ArcelorMittal a reçu 392 millions d’euros d’aides publiques. Année après année, ce groupe a reçu des centaines de millions d’euros sans aucune contrepartie sociale et environnementale. Il a également bénéficié de quotas gratuits à l’époque d’émissions carbone. L’excédent de ces quotas est aujourd’hui revendable, ce qui constitue à la louche une aide implicite, puisque c’est eux qui pourraient récupérer, s’il y a une vente, 960 millions d’euros. La difficulté aujourd’hui n’est pas le coût que peut engendrer la nationalisation, mais combien d’argent public, directement ou indirectement, a été injecté depuis maintenant plusieurs décennies dans ArcelorMittal, qui justifierait que nous ne récupérions pas l’investissement déjà effectué, au moins par les sommes publiques.

    Mon département, la Loire, est l’un des nombreux territoires qui a connu des crises industrielles et la désindustrialisation. Nous savons aussi tous le coût qu’engendre la fermeture d’un site industriel de cette ampleur-là, au niveau bien évidemment social, de requalification des sites, la dépollution, la reconstruction, le réaménagement pour l’État, mais aussi pour les collectivités territoriales. La reconversion du site de Creusot-Loire à Firminy (Loire) n’est toujours pas terminée, alors que le site est fermé depuis 40 ans. C’est dire l’investissement financier et l’énergie humaine que nécessitent la requalification et la fermeture de sites d’une telle ampleur.

    Quid du plan acier de Bruxelles ?

    C.C. : On a aujourd’hui une contradiction. Avec Bruxelles, qui, à travers un plan d’acier demande à ce que l’on produise plus dans l’Union européenne et de manière plus vertueuse. Face à cela, nous interrogerons le gouvernement sur quelle sera la position de la France si elle ne cherche pas à préserver les sites de production sur le territoire national. On ne peut pas nous rétorquer, là encore, que les choses se réfléchissent à l’échelle de l’Union européenne et ne pas être moteurs dans la capacité à produire, demain, des sites de l’acier. On peut mentionner le Royaume-Uni et l’Italie – et je précise que je n’ai aucune appétence pour l’exécutif italien aujourd’hui ! Ces deux États ont fait le choix d’accompagner leur outil de production industrielle.

    Si nous voulons réindustrialiser notre pays et en assurer la souveraineté, nous avons besoin de maîtriser la production de l’acier.

  • Acier rouge et mains d’or

    Acier rouge et mains d’or

    L’histoire est connue : la multinationale ArcelorMittal a fait main basse sur les hauts-fourneaux, en France et en Europe, et s’est servie des infrastructures publiques et des subventions de l’État pour augmenter ses profits à moindres frais. Cette prédation s’est réalisée au détriment d’une vision industrielle stratégique à long terme et donc de l’emploi. Une fois gavée, la multinationale ferme boutique et continue à considérer l’acier comme un vulgaire produit à cash. Cette logique court-termiste de milliardaires sans scrupules met en péril les sites de production d’acier vitaux pour l’avenir de toute l’industrie. Française et européenne.

    Outil industriel

    Face à cette menace de voir disparaître leurs derniers hauts-fourneaux et peu soupçonnables d’être des révolutionnaires, les parlementaires britanniques n’ont pas craint de voter une loi pour prendre leur contrôle. Ce jeudi, la France a l’opportunité d’ouvrir le chemin de la nationalisation des actifs d’ArcelorMittal, grâce à la proposition de loi des sénateurs communistes. Ce serait, au-delà de la dimension morale après tant d’argent public offert sans aucun engagement, d’une efficacité totale pour sauver les emplois et muscler un outil industriel indispensable, qui doit absolument réussir le virage de la décarbonation.

    Il y a aussi une dimension cruciale dans cette bataille de l’acier. Les déserts industriels font le lit du vote d’extrême droite. Rien de fatal, car dans nos territoires, on veut plus que jamais, comme le chante Lavilliers « travailler encore, travailler encore, acier rouge et mains d’or ».