Tag: Mutuelle

  • Découvrir les métiers de l’aide à domicile à La Ciotat

    Découvrir les métiers de l’aide à domicile à La Ciotat

    La Communauté organise une journée portes ouvertes en partenariat avec la Mutuelle familiale, dans leur agence de La Ciotat, mercredi 10 juin, de 9h à 16h. Une stratégie de sensibilisation à un secteur trop souvent mal connu.

    Parmi les temps forts de cette journée, le public pourra tester un simulateur de vieillissement, une expérience sensorielle destinée à faire ressentir concrètement les contraintes du quotidien liées à l’âge. Une ergothérapeute animera des ateliers sur l’adaptation du domicile et la prévention des chutes : tapis, fils qui traînent, chaussures inadaptées ou aménagement de la douche.

    Le pôle Service à la personne Paca-Corse proposera en matinée un atelier de réalité virtuelle pour mieux appréhender les métiers du secteur. La journée comprend également des sessions de recrutements en continu. Le choix du mois de juin n’est pas anodin : « C’est une période où on a des remplacements à pourvoir, parce que nos salariés titulaires posent leurs congés », explique Nicolas Nguyen, chargé qualité et développement de l’association. Mais au-delà de ce besoin de remplacements pour l’été, « en région Paca, le vieillissement de la population s’accélère plus vite que la moyenne nationale », rendant le recrutement pour des postes de plus longue durée, dans ce secteur, plus urgent que jamais.

    2 500 bénéficiaires accompagnés

    Fondée en 1964 par des
    syndicalistes, dont Pierre Moscatelli, ancien Résistant et membre de la CGT, l’association est née d’une volonté de défendre les droits des travailleurs immigrés confrontés à des difficultés, pour faire valoir leur retraite. Soixante ans plus tard, la Communauté accompagne plus de 2 500 bénéficiaires sur le bassin de La Ciotat, d’Aubagne, de Marseille et du pourtour de l’étang de Berre. « Quand on a l’image de l’aide à domicile, on pense surtout au travail de ménage, mais ce n’est pas que ça », rappelle Nicolas Nguyen. Derrière ce cliché, une réalité bien plus large : aide à la préparation des repas, accompagnement des personnes en situation de handicap, aides administratives et lutte contre l’isolement social. « Certains de nos bénéficiaires n’ont plus de famille et l’aide à domicile, c’est parfois la seule visite qu’ils auront dans la journée », raconte Nicolas Nguyen.

  • Un dentiste au cœur d’une vaste escroquerie à la CPAM

    Un dentiste au cœur d’une vaste escroquerie à la CPAM

    Un chirurgien-dentiste marseillais de 37 ans comparait aujourd’hui et jusqu’à vendredi devant la 6e chambre correctionnelle, accusé d’escroquerie en bande organisée et blanchiment. Les malversations présumées commises entre septembre 2020 et février 2023 du docteur Mohamed Cherif, associé au sein d’un cabinet du quartier de Saint-André (16e), ont été révélées fin 2022 par une mutuelle intriguée que ce dentiste ait pu poser 35 couronnes sur un patient de 36 ans, dont à deux reprises sur 13 dents. La Caisse primaire a alors passé au crible un panel de 279 patients et découvert une facturation systématique et répétée de plusieurs prothèses, souvent sur une même dent ou de la bouche entière de patients parfois très jeunes. Les 100 assurés les plus facturés à tort représentaient 11 246 actes et forfaits. La CPAM a établi son préjudice total à 2 660 658 euros.

    L’enquête de la brigade financière n’a pas détecté de délabrement volontaire comme ce fut le cas pour les dentistes Guedj, père et fils, condamnés définitivement en 2023 à 5 ans et 8 ans de prison ferme pour la mutilation de 374 patients. Certains patients n’ont jamais subi de soins et ne connaissaient même pas le dentiste. Des patients ont reçu des soins cotés avec la carte Vitale d’une autre personne. Des bénéficiaires de la CMU ont reçu des soins normalement non remboursés mais que le dentiste cotait par assimilation en soins remboursables.

    Le praticien le plus remboursé de France

    Le montant des honoraires du dentiste a explosé, passant de 451 000 euros en 2019 à 1 314 000 euros en 2021. À tel point que le dentiste figurait au premier rang national pour le remboursement moyen par patient. Une seule patiente a porté plainte en 2023 découvrant des consultations pour prothèse dentaire du dentiste qu’elle n’avait jamais vu. Tous ses actes fictifs ont été facturés 34 743 euros.

    Porsche Panamera saisie

    L’épouse, chirurgien-dentiste aussi, disait tout ignorer des malversations de son époux. Le couple possédait cinq voitures dont une Porsche Panamera que la justice a saisie avec 376 000 euros en bijoux, vêtements, articles de luxe, une sculpture et deux appartements pour 740 000 euros. Le dentiste estimait dépenser 15 000 à 20 000 par mois en bijoux, montres, cadeaux, hôtels, vacances.

    La CPAM évoquait des « situations probables de partages d’honoraires » entre le dentiste et des patients. Ces derniers ont réfuté toute entente, se disant très étonnés du nombre de soins supposés effectués, totalement irréaliste. Ils disaient présenter leur carte Vitale au dentiste quand il la demandait. Plusieurs patients disaient avoir perçu des virements du dentiste qui leur avait demandé de lui rendre service en encaissant des chèques contre des espèces. Une femme homonyme du dentiste lui aurait apporté une trentaine de cartes vitales dont celles de 9 membres de sa famille, soit un préjudice total pour la CPAM de 583 000 euros.

    En audition, le praticien a expliqué avoir découvert un jour qu’après avoir coté par erreur deux fois un même acte, il avait été payé deux fois et n’avait jamais reçu de réclamation de la CPAM. Il soutenait avoir voulu aider des patients bénéficiaires de la CMU qui affluaient avec le bouche à oreille, en leur faisant bénéficier de soins non pris en charge en les cotant par assimilation comme des actes remboursés ou en cotant des soins au nom d’un autre membre de la famille. Mais plus ses revenus augmentaient, plus ses charges fiscales aussi, ce qu’il n’avait pas anticipé, d’où la spirale. Il était aussi souvent absent après avoir eu le Covid et après une opération du dos, ce qui l’avait amené à toujours plus facturer, entrant ainsi dans un engrenage qui l’avait dépassé. Il estimait toutefois ne pas s’être tant enrichi que cela.

    « verbatim »

  • [Rue de la République] Anthony Gonçalves : « La mutuelle communale est une de nos toutes premières priorités »

    [Rue de la République] Anthony Gonçalves : « La mutuelle communale est une de nos toutes premières priorités »

    La responsabilité de la santé

    Didier Gesualdi : M. le professeur de médecine, j’imagine que vous vous sentez parfaitement à votre place en tant qu’adjoint à la Santé ?

    C’est un peu plus simple pour moi parce que j’ai un petit passé dans le domaine, mais je considère que la Santé, ce n’est pas la propriété des médecins et même qu’elle doit échapper au contrôle des professionnels pour devenir un sujet de la société tout entière. C’est une question générale, transversale, qui concerne les professionnels de santé, les malades, les aidants, les usagers… Évidemment, je suis à l’aise dans cette mission-là.

    Didier Gesualdi : On va rappeler que vous avez une spécialité en cancérologie de haut niveau. Ne soyez pas modeste.

    Je suis oncologue médical. Je travaille sur de nouveaux médicaments, de nouvelles stratégies pour traiter les maladies graves, mais je sais aussi combien la médecine de proximité, celle qui permet la prévention, l’éducation, le dépistage, est fondamentale car, vous savez, il y a quelque chose de mieux que de traiter un cancer, c’est de ne pas en avoir un en ayant mis en œuvre les moyens de prévention appropriés.

    Léo Purguette : Vous dites que la santé n’est pas la propriété des médecins, mais il y en a une, Michèle Rubirola, qui a fait part de ses états d’âme sur les réseaux sociaux car elle tenait à cette délégation. Vous en avez parlé ensemble ?

    Oui, on en a parlé ensemble. Je trouve que c’est une réaction humaine. Michèle Rubirola est un acteur majeur de la campagne précédente et de celle-ci. Elle a joué un rôle majeur dans le bilan qui est extrêmement positif de la mandature précédente. Qu’elle ait un peu de vague à l’âme au moment de partager cette mission, qu’elle ne va pas complètement abandonner puisqu’elle va continuer à jouer un rôle important, je le comprends. Vous savez, je ne m’estime pas propriétaire d’une quelconque délégation, je suis là pour servir, je sais que c’est aussi sa vision. On travaillera ensemble. Comment se priver du talent, de l’investissement, du relationnel qu’elle a construit depuis tant d’années au service des Marseillaises et des Marseillais ? Il n’y aura aucun problème entre elle et moi.

    La feuille de route

    Didier Gesualdi : Comment allez-vous réduire la fracture sanitaire qui existe à Marseille ? Quelle est votre feuille de route ?

    La question de la Santé a été un axe important du programme et c’est, par ailleurs, un des points sur lequel les communistes ont avancé des propositions au moment de la production collective de ce programme. C’est pour nous une thématique importante. Ce n’est sans doute pas seulement parce que je suis médecin qu’on me confie cette responsabilité. Vous avez raison, il y a de profondes inégalités d’accès aux soins. Des inégalités sociales, territoriales… C’est un enjeu très fort de les faire reculer dans cette ville comme nous souhaitons un jour pouvoir les faire reculer à l’échelle du pays. Il me paraît important de rappeler que la municipalité n’a pas tous les pouvoirs en matière de Santé. Ce n’est pas une compétence obligatoire, mais le résultat d’une politique volontariste. Il faut reconnaître que, jusqu’à la précédente mandature, on n’avait pas fait beaucoup dans l’histoire récente à Marseille en dehors de quelques éléments forts : le centre de vaccination international et une politique de prévention du VIH impulsée par Jean-François Mattei. Depuis l’arrivée du Printemps marseillais, énormément de choses se sont faites : accès aux soins, sport et santé, vaccination, l’approche globale « une santé », « one health » comme disent les Anglo-Saxons… Cette feuille de route sur laquelle vous m’interrogez, on est en train de la construire. J’ai reçu cette délégation il y a quatre semaines, on est dans une phase d’échanges, on rencontre les principaux acteurs du domaine.

    Les centres de santé

    Didier Gesualdi : Quels choix caractérisent une politique de santé de gauche ?

    Un choix de gauche, c’est par exemple de répondre aux déserts médicaux par une politique qui va favoriser les structures d’exercice collectif de la médecine. Je pense aux centres de santé, qui ont reçu le soutien affirmé de la majorité durant la précédente mandature. La bastide Massenet dans le 14e par exemple, cette structure est lancée, on doit en terminer l’accouchement, on est en train de rénover la bastide, c’est un très fort investissement de la Ville. C’est un des exemples que l’on imagine comme solution aux déserts médicaux : une médecine de proximité, sociale, avec des médecins salariés qui – évidemment – ne pratiquent pas de dépassements d’honoraires. Il y a le tiers payant, un accès à la prévention, à la médiation en santé, avec tout ce qui peut aller chercher les publics les plus éloignés de l’accès aux soins, les personnes les plus vulnérables, les plus fragiles.

    Léo Purguette : C’est duplicable dans tous les déserts médicaux urbains que sont devenus les quartiers populaires ?

    Il faut absolument le faire. Installer des centres de santé, des structures collective avec des modèles variables. Il y a le modèle où l’AP-HM déploie une équipe au contact de la population et la Ville peut aider sur le foncier ou un certain nombre d’équipements. C’est en train de se réaliser rue de Rome, nous allons le faire accoucher aussi rue de Lyon. Il peut y avoir d’autres modèles, impliquant d’autres acteurs avec la même mission.

    Les addictions

    Léo Purguette : On constate une hausse de la toxicomanie et donc la nécessité d’une réponse publique. Passe-t-elle par une halte soins addictions ? Elle n’a pas été possible pendant le premier mandat. Quelle est votre position ?

    Il y a une vraie question liée à une augmentation des consommations de plus en plus inquiétante. Ce que nous disent toutes les associations, c’est que ces consommations s’étendent et prennent un caractère particulièrement inquiétant. On voit arriver le crack. On est face à une problématique de santé publique qui doit être traitée comme telle, sans passer par des totems sémantiques comme « salle de shoot » ou je ne sais trop quoi. Nous avons besoin d’une stratégie de réduction des risques, une approche globale, coordonnée avec tous les acteurs : AP-HM, État, ARS, associations, Métropole… La peur qui est en train de monter chez les Marseillais, c’est qu’on ne fasse rien et qu’on voit se multiplier des scènes de consommation hallucinante à côté de leur lieu de vie avec des personnes en détresse. Nous sommes prêts à trouver des solutions dépassionnées.

    La mutuelle municipale

    Léo Purguette : À quelle échéance la proposition d’une mutuelle municipale, qui a été portée dans la campagne, va-t-elle être réalisée ?

    On va aller vite. C’est une des priorités du début de mandat. Vous savez, moi, je suis communiste et pour nous, le modèle, c’est la Sécurité sociale à 100%. La nécessité de mutuelles prend sa source dans l’observation de la réalité : le 100% Sécu n’existe pas.

    Léo Purguette : Ce sont d’ailleurs des Résistants communistes qui ont fondé des mutuelles dans ce département.

    On a une grande histoire dans le mouvement mutualiste, nous avons été des acteurs décisifs dans les Bouches-du-Rhône. On veut poursuivre dans cette direction. La mutuelle communale, c’est un moyen pour les personnes qui ne rentrent pas dans la couverture solidaire santé, d’être protégées. Les Marseillaises et Marseillais pourraient bénéficier de tarifs avantageux grâce à la capacité de négociation de la Ville, avec un panier de soins qui pourrait être élargi à la question de la prévention, de la santé mentale… Quelque chose de très innovant.

    Le système de santé

    Didier Gesualdi : L’hôpital public est en souffrance, les personnels ont-ils raison de dénoncer un manque de moyens après la crise Covid ?

    Bien sûr. Il y a une crise l’hôpital. Avec nos moyens, à la Ville de Marseille, nous ferons tout pour défendre l’hôpital public. C’est un élément important de l’investissement de la Ville : la rénovation des hôpitaux de Marseille. Il faut défendre les soignants. Je rencontrais, il y a peu de temps, les acteurs des hôpitaux publics psychiatriques qui sont dans une très grande détresse et qui font tenir sur leurs épaules une situation extrêmement compliquée avec des difficultés de rétention des personnels, de formation des psychiatres…

    Didier Gesualdi : Pour autant, on ne peut pas dire que le sujet soit au centre du débat public…

    On ne peut que le regretter. Évidemment, quand on voit ce qui se passe au niveau national, les annonces de mesures toujours plus austéritaires, les contraintes budgétaires déferler sur les services publics et en particulier celui de la Santé, on ne peut être qu’inquiet. Je pense qu’en effet, ce n’est pas une compétence régalienne de la Ville et donc que beaucoup se jouera dans le changement d’orientation nationale que nous souhaitons pour l’année prochaine.

    Léo Purguette : On pourrait croire que la Santé est un sujet consensuel or, vous avez récemment attaqué les députés RN sur un vote à l’Assemblée nationale. Que s’est-il passé ?

    Ce n’est pas la première fois que le RN fait croire qu’il défend les intérêts des plus défavorisés et qu’il vote l’inverse à l’Assemblée. Il y avait une proposition de loi terriblement consensuelle : un député, socialiste je crois, a proposé qu’on prenne 0,1% du chiffre d’affaires de l’industrie pharmaceutique pour aller aider les petites boîtes émergentes qui développent des projets de recherche et des molécules innovantes en matière d’oncologie pédiatrique. Les logiques commerciales de développement des médicaments défavorisent les traitements des cancers qui touchent les enfants parce que le marché est petit. On a eu la « surprise » de voir que ceux qui ont voté contre, c’étaient les députés RN, considérant sans doute qu’on taxait trop cette pauvre industrie pharmaceutique. Une preuve supplémentaire de l’hypocrisie de ce parti.

    Léo Purguette : Des chiffres inquiétants sur la santé mentale des jeunes sont régulièrement publiés. Comment prenez-vous en compte le problème ?

    Nous avons des projets en cours de repérage précoces des signes de souffrance psychologique des jeunes qui, en effet, depuis le covid, ont été perturbés dans leur développement. Il y a besoin de former les personnels à la détection précoce pour orienter rapidement vers les approches permettant de les aider.

    La vaccination

    Didier Gesualdi : Marseille et les Bouches-du-Rhône ont un taux de vaccination assez bas. Comment inverser la tendance ?

    En effet, on est un peu en retard. Il y a des raisons, il y a des freins. Quand on regarde les facteurs qui déterminent les inégalités vaccinales, on se rend compte qu’on se vaccine d’autant plus qu’on évolue dans un milieu socio-économique favorable. Pour moi, la vaccination, c’est une question de classe. Vous savez, ceux qu’on appelle les « antivax » complotistes, c’est très marginal. J’estime que l’essentiel tient à une difficulté de discussion. La vaccination passe beaucoup mieux quand on a une discussion rationnelle, avec une prise en compte des inquiétudes dans un cabinet médical. Mais, c’est vrai qu’il y a une ambiance défavorable. On a aux États-Unis un ministre anti-science et antivax. On a des adversaires importants à combattre si on veut faire avancer la prévention vaccinale.

    La question des lecteurs

    Bonjour, est-ce qu’il existe un vaccin contrel’hantavirus ?

    Non, il n’y a pas de vaccin, pas de traitement pour l’hantavirus comme pour la plupart des maladies virales. Ce n’est pas une maladie émergente que l’on ne connaît pas. C’est une souche de virus qui est déjà connue, qui a déjà donné des petits foyers épidémiques en Argentine. Elle a eu la particularité d’atterrir sur un bateau de croisière. Cela a évidemment provoqué une inquiétude sur un risque de dissémination internationale. À l’heure où nous nous parlons, les choses ont l’air d’avoir été prises en charge de manière correcte et le foyer semble circonscrit. Mais cela pose des questions : sommes-nous prêts à encaisser d’autres épisodes épidémiques, voire des pandémies ? Est-ce que notre hôpital est guéri par rapport à ce qu’il était avant le Covid ? Est-ce que notre capacité à mailler la population, à aller vers les populations éloignées des soins, a augmenté ? J’ai tendance à dire que non. On a des questions importantes qui se posent à nous en France. Et, sur le plan international, est-ce que le vent réactionnaire, anti-science, qui souffle sur les États-Unis d’Amérique n’est pas une menace extrêmement importante pour le développement de nouveaux vaccins, de nouveaux traitements ? Ils se sont retirés de l’Organisation mondiale de la Santé avec tous les problèmes que cela pose en matière de coopération. Quand un foyer épidémique surgit, il n’y a pas de frontières pour l’arrêter. Il faut que les médecins coopèrent. Avec Trump ça sera difficile.

  • Contrer l’extrême droite au menu de l’assemblée de Solimut

    Contrer l’extrême droite au menu de l’assemblée de Solimut

    Autour de la table, ce mardi matin, trois personnalités étaient réunies pour échanger au sujet de la montée de l’extrême droite : Fatima Mostefaoui, conseillère municipale déléguée à la délinquance et conseillère d’arrondissement des 13-14 à Marseille, Cole Stangler, journaliste franco-américain spécialiste de la politique américaine et Carole Hazé, présidente de la Fédération des mutuelles de France.

    La table ronde était organisée dans le cadre de l’assemblée générale de la mutuelle Solimut, dont le siège est basé à Marseille. Le matin même, les délégués venus de toute la France mettaient à jour la « charte morale » de cette mutuelle présentée par Carole Hazé, son ancienne présidente, comme « féministe et antiraciste ». Cette table ronde, dans la continuité des échanges, était animée par Léo Purguette, président et directeur éditorial du journal La Marseillaise. Le public, constitué uniquement de salariés ou élus de Solimut, est « déjà convaincu. Ce n’est pas un public qui va voter pour le RN à la prochaine élection », confie un employé de la mutuelle. Néanmoins, les sujets abordés représentent des piqûres de rappel nécessaires quant au risque de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

    Quelles solutions

    face au RN ?

    La table ronde mêlait donc trois voix. L’élue municipale Fatima Mostefaoui, d’origine algérienne, qui a grandi dans le 15e puis le 14e arrondissement de Marseille, raconte son expérience face au racisme : « J’ai appris jeune qu’il faut tenir tête. », L’élue rappelle également que « les premières victimes du RN, c’est nous ».

    Carole Hazé souligne ensuite les enjeux politiques que constitue l’élection de 2027 : « On constate une inversion du barrage républicain. L’extrême droite, c’est un marché de dupes. La société s’est individualisée, les gens manquent de lien social. Le RN, lui, veut augmenter les inégalités et favoriser le patronat. » Pour elle, il faut recréer des espaces de rencontres « entre toutes les strates sociales, pour endiguer la recrudescence du racisme ».

    Le journaliste américain Cole Stangler, auteur de l’enquête Le miroir américain, offre quant à lui une approche parallèle entre la politique en France et aux États-Unis. « Le recul du syndicalisme a fait progresser l’extrême droite américaine. Les syndicats sont des instances aux valeurs antiracistes, un vrai rempart à l’extrême droite. »

    La mise en commun, l’échange direct – et non à travers la seule parole politique ou les médias – sont autant de leviers qui, aux yeux des trois invités, permettraient d’inverser la tendance de la montée du Rassemblement national.

  • « Renouveler l’engagement auprès des jeunes »

    « Renouveler l’engagement auprès des jeunes »

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le dispositif Place engagée ?

    Estelle Bodo : Place engagée est un dispositif solidaire qui permet de donner du sens à l’accès à des événements populaires. L’idée est de transformer une invitation en une opportunité sociale, humaine et inclusive. Concrètement, la Solimut propose aux jeunes de participer à une action de solidarité. Ça peut être un atelier cuisine, une maraude, des concerts solidaires, de la prévention santé, des manifestations. On était notamment présents à la manifestation du 8 mars. En échange de leur participation à une de ces actions solidaires, les volontaires obtiennent la possibilité de participer à des événements organisés par des partenaires. Il y a, par exemple, des places pour le Delta Festival, La Marseillaise à pétanque, le festival Jazz des cinq continents ou encore Marsatac, cette année. L’idée est donc d’ouvrir les portes de la culture à des jeunes qui n’en ont pas forcément les moyens ou qui sont souvent exclus des événements dont nous sommes partenaires. Il y a aussi, bien sûr, une volonté de créer du lien social et solidaire.

    À quels types de profils s’adresse le dispositif ?

    Estelle Bodo : C’est ouvert à tout le monde. On avait commencé avec l’idée de travailler surtout avec des jeunes, mais en fait, il n’y a pas vraiment de limite d’âge sur ce dispositif. Actuellement, on est en partenariat avec la Ligue de l’enseignement. C’est avec eux qu’on a commencé le dispositif. C’est là qu’on a découvert Jeunesse Place, une association qui existe à l’intérieur de la ligue, dont Sherazade est la fondatrice. Puis, après, ça s’est étendu. Aujourd’hui, on travaille avec le Grep (Gémenos rugby Est Provence), mais aussi avec des adhérents de l’association ES 13, qui ont plus de 55 ans donc. Il n’y a pas besoin d’être partenaire de Solimut pour participer au dispositif. N’importe qui peut nous solliciter. Il n’est même pas nécessaire d’appartenir à une association. Il n’y a pas de critères de sélection, sauf si les événements refusent les moins de 16 ans, par exemple.

    Yanis Guille. : L’objectif, c’est de faire un vrai maillage des cultures, de rassembler tout le monde à des endroits où l’accès est plus compliqué pour certains. C’est l’occasion de créer des échanges, des opportunités. On travaille avec tous les publics, avec des jeunes comme avec des personnes âgées, issus des quartiers populaires, mais aussi de secteurs plus aisés.

    Les participants ont-ils tendance à revenir ?

    Estelle Bodo : Oh oui ! On a créé un groupe WhatsApp avec les anciens participants pour les tenir au courant des actions qu’on mène et on a toujours des volontaires pour venir aider. Je pense par exemple au concert solidaire que Solimut a porté au Dôme, en fin d’année dernière, [Solimut était en octobre partenaire du « Concert pour sauver des vies en mer » , dont l’intégralité des bénéfices a été reversée à des associations qui œuvrent pour le sauvetage en mer ou l’accueil des exilés, Ndlr]. Beaucoup de jeunes ont souhaité être présents. C’était aussi l’occasion d’accéder aux coulisses…

    Pourquoi vous associer à des événements festifs ?

    Estelle Bodo : Le festif, on le sait tous, donne envie. C’est donc une bonne façon d’inciter les jeunes à participer. Mais on se rend compte, au bout d’un certain temps, que les jeunes ne viennent pas que pour la récompense. Bien sûr, le Delta festival attire, car les places sont en temps normal au tarif de 80 euros, mais parfois, certains ne demandent même pas leur contrepartie après leur action. Mais le principe reste : une action, une invitation.

    Y a-t-il aussi la volonté, de la part de Solimut, de présenter à un public plus large le concept d’une mutuelle ?

    Estelle Bodo. : Oui, bien sûr. Quand on a rencontré les jeunes de la Ligue de l’enseignement par exemple, la première chose qu’on a faite a été de présenter la mutuelle. On fait toujours des micros formations. On commence par demander ce qu’est qu’une mutuelle pour eux. On a des réponses du type : « c’est comme telle ou telle prétendue mutuelle ». C’est là qu’on leur explique qu’on n’a pas d’actionnaire, qu’on ne fait pas de profit, que tous nos bénéfices sont reversés à nos adhérents. On met en avant notre ligne politique, qui s’oppose à tout type de discrimination.

    Pourquoi est-il important de faire connaître la mutuelle auprès des jeunes ?

    Estelle Bodo : La mutuelle, c’est quelque chose de très large pour eux. On le voit lorsqu’on intervient sur des événements comme le Delta Festival, où on rencontre les 18-30 ans. Souvent, ce sont les parents qui gèrent. Ils ne savent pas bien de quoi il s’agit. Ils ont besoin de connaître ces valeurs-là, de savoir qu’une mutuelle, c’est indispensable. On les informe aussi sur l’avenir des remboursements santé, l’avenir des mutuelles. Aussi, une mutuelle vit parce qu’il y a des élus et des gens qui s’investissent quotidiennement. Il faut renouveler cet engagement. Je pense que les jeunes peuvent à leur tour diffuser ce genre de valeurs et les incarner.

    Sherazade Mlili : Moi, par exemple, je ne savais pas à quoi correspondait vraiment une mutuelle. Aujourd’hui, je sais que c’est indispensable pour se protéger. C’est ce qui te permet de te soigner, de rembourser tes soins quand tu vas à l’hôpital, chez le docteur, à la pharmacie… Je sais aussi que Solimut ne propose pas de t’accompagner exclusivement sur le plan santé. J’ai appris qu’il proposait aussi des formations, des maraudes…

    Riad Zedal : C’est ça, et ça permet aussi d’avoir un regard différent, parce que nous, quand on pense à mutuelle, on pense surtout à quelque chose de mécanique, c’est-à-dire simplement à quelque chose qui permet de rembourser ta consultation chez le médecin. On n’a jamais accès aux personnes qui travaillent derrière, comme Estelle et plein d’autres personnes qui ont aussi l’air tout aussi géniales.

    Estelle Bodo : On essaie de leur montrer que la mutuelle, ce n’est pas qu’un parcours de soins. Nous, avec notre service de gestion des partenariats qui a été créé il y a un an, un rôle de prévention santé, d’actions solidaires et d’engagement territorial. Mais aussi dans d’autres cadres, avec la possibilité de s’engager en sécurité, sans discrimination et pour faire de très belles choses.

    Faites-vous désormais la différence avec une assurance classique ?

    Sherazade Mlili : Oui, je vois la différence. Mais ça m’a aussi appris des choses sur l’engagement. Je peux solliciter Estelle pour savoir s’il y a une action qui se prépare. Ça me permet d’être plus là, pour ma ville.

    Cela vous donne-t-il envie d’adhérer plus tard ?

    Sherazade Mlili : Oui, bien sûr, maintenant qu’on sait ce qu’est la mutualité et, plus précisément, leur mutualité [Solimut], ça donne envie. D’autant que, maintenant que je connais les gens qui y travaillent, je suis beaucoup plus en confiance. Je sais que ce n’est pas de l’arnaque, qu’ils ne vont pas m’escroquer. Je sais que les personnes qui sont derrières ont envie de bien faire leur métier, qu’ils ont vraiment beaucoup de volonté.

    Le fait que Solimut ne fasse pas de profit et s’oppose à tout type de discrimination vous touche-t-il ?

    Riad Zedal : Bien sûr. Une mutuelle n’a pas pour objectif de faire du profit, ça donne plus confiance.

    Sherazade Mlili : On a la sensation que la démarche est plus sincère. D’autant qu’en choisissant de ne faire aucune discrimination, ils prennent des risques que les certaines assurances ne prennent pas. Et pour nous, les jeunes, ça nous permet de nous sentir plus écoutés. Ça montre que tout ce qui est raconté n’est pas faux : ce qui arrive aux jeunes, mineurs comme majeurs, n’est pas un mensonge. Il y a bien de la discrimination, il y a bien du racisme et il y a des gens qui le voient et qui ont envie de nous aider.

    Estelle Bodo : Je pense qu’ils se sont rendu compte qu’on avait les mêmes valeurs qu’eux. Eux ont créé une association pour lutter contre les discriminations. Et ils se sont rendu compte qu’en fait, la mutuelle a fait ce même choix de dire : tu es malade, on te couvre, tu es de nationalité x ou y, on te couvre, t’as tel âge, on te couvre… Ils se sont rendu compte, avec Place engagée, qu’on avait envie de leur ouvrir des barrières en leur permettant d’être présents là où ils ont envie d’être. Cela rejoint la volonté de l’association Jeunesse place qu’ils ont fondée.

    Jeunesse place est une association que vous évoquez souvent. Sherazade, vous êtes l’une des fondatrices. De quoi s’agit-il ?

    Sherazade Mlili : C’est une association que nous avons créée entre jeunes. Je suis l’une des fondatrices, mais au total, nous étions quatre, tous adhérents de la Ligue de l’enseignement. On a voulu créer notre propre organe associatif parce qu’on s’est rendu compte que lorsqu’on participait à des événements, notamment lors des séjours comme le Summer camp [voyage au cours duquel des personnalités sont invitées pour parler aux jeunes de leur métier et de leurs engagements, Ndlr], beaucoup de portes nous étaient fermées. Pour la réservation des lieux par exemple, nous étions souvent refusés par les enseignes, parce qu’on était des jeunes, en majorité issus des quartiers nord. Nous avons aussi reçu des insultes, moi en tant que jeune fille voilée, et un ami parce qu’il est noir. On a donc eu la volonté de montrer qu’on était capables, en tant que jeunes des quartiers nord, de faire tout ce qu’on souhaitait sans les gens qui voulaient nous mettre à l’écart. C’est donc nous qui avons repris l’organisation du Summer Camp. On participe à plein d’actions, avec la Ligue, avec Solimut, mais aussi avec d’autres organismes.

    En quoi l’association vous permet de dépasser les barrières auxquelles vous étiez auparavant confrontées ?

    Sherazade Mlili : La Ligue est une grande association, qui opère dans toute la France. On n’était donc pas vraiment décideurs dans les actions qui étaient menées. Grâce à Jeunesse place, on est maintenant en contact direct avec les gens avec qui on travaille, ça nous permet de confronter directement les personnes. Disons qu’on porte notre propre voix, en montant nos propres projets.

    Au-delà de votre engagement dans l’association, avez-vous parlé autour de vous du dispositif Place engagée et, plus largement, de la mutuelle ?

    Sherazade Mlili : De mon côté, oui, surtout dans mon cercle familial. Quand je dis à ma sœur que je vais au Delta Festival, elle me demande tout de suite comment j’ai réussi à me payer une place. Donc, je lui explique que je peux y aller grâce à Solimut, parce que j’ai participé à une maraude ou autre chose. Donc, elle me demande si elle peut venir participer à la prochaine. Et c’est le même schéma avec mes amis. Ils demandent ce que j’ai fait pour aller à tel endroit. Je leur explique et ça les motive.

    Estelle Bodo : On a commencé, vous étiez cinq je crois, et sur le groupe WhatsApp, on est presque 40 maintenant.

  • Solimut ouvre ses portes aux associations de solidarité

    Solimut ouvre ses portes aux associations de solidarité

    « Ce tiers-lieu a rempli sa mission avant même son ouverture », affirme Nadia Nasri, présidente du comité d’animation mutualiste de Solimut Marignane. La mutuelle inaugurait, mardi soir, un nouveau tiers-lieu installé au deuxième étage de l’agence sise place du 11 novembre, à Marignane.

    Le but d’une telle initiative ? « Permettre aux associations et acteurs locaux du domaine social et de la santé de bénéficier d’un espace », selon Nadia Nasri, lors de la visite du lieu. Trois bureaux, une cuisine et une salle de réunion sont ainsi mis à disposition gratuitement par la mutuelle. Et les partenaires de Solimut n’ont pas attendu l’inauguration.

    Le projet a vu le jour il y a 5 ans avec les ateliers créatifs du Secours populaire. « Nous nous réunissons tous les lundis après-midi, entre femmes, à 10 ou 15 personnes à chaque fois », indique Myriam Garrassin, responsable du secteur santé du Secours populaire français des Bouches-du-Rhône. « C’est à la sortie du Covid qu’on voulait travailler la prévention à la santé. On a proposé de façonner des objets créatifs pour faciliter la parole, les personnes étant souvent malades ou seniors », développe la militante.

    « Porter un projet

    de société à plusieurs »

    Le lieu a quelque chose de symbolique. « C’est ici que je venais quand j’étais petite pour me faire charcuter les dents », plaisante Zaira Ghalmi, de l’Association des initiatives renouveau, lors de la visite. « J’étais dans une famille de 11 enfants. On venait ici car ce n’était pas cher contrairement au privé, et ils prenaient la mutuelle de mon papa », raconte-t-elle.

    Le centre dentaire a aujourd’hui laissé place à une autre initiative solidaire. « Chacun peut recevoir ses adhérents et développer des services à la population. La rénovation du local avec l’Addap13 a permis d’ouvrir deux chantiers d’insertion. Cela reflète les valeurs de notre mutuelle », selon Nadia Nasri.

    Des valeurs chevillées au corps. « Nous sommes une mutuelle engagée et solidaire, avant tout actrice de la santé », souligne Hélène Gaufichon, secrétaire générale de Solimut, estimant qu’« ouvrir notre agence sous forme de tiers-lieu permet d’avoir accès aux conseillers et à d’autres services » dans le même temps. « Nous souhaitons l’émancipation individuelle et collective, sans discrimination. Cet espace est une belle illustration de nos actions pour le vivre-ensemble », développe-t-elle.

    C’est aussi un carrefour d’engagement. « Quand on porte un projet de santé et de société, le mieux est de le faire à plusieurs », insiste la militante mutualiste. Plus de dix ans après sa création, l’ambition reste la même d’après Hélène Gaufichon : « Agir pour la transformation de la société avec tous les acteurs du mouvement social », dans la continuité de l’œuvre des mutuelles ouvrières à la racine de Solimut.

  • Vaucluse : 70 personnes dépistées contre le cancer dans un bus

    Vaucluse : 70 personnes dépistées contre le cancer dans un bus

    Dans ce véhicule, les grains de beauté des patients ont été photographiés puis analysés par un dermatologue dans « un délai de quelques semaines », précise l’organisateur. Cette initiative s’inscrit « dans une démarche de prévention de proximité et de réduction des inégalités d’accès aux soins en liens étroits avec les collectivités locales », précise la MGA. Une étude est en cours afin de pouvoir étendre ce service à une population plus large.

  • De nouvelles implantations pour sortir du désert médical à Port-de-Bouc

    De nouvelles implantations pour sortir du désert médical à Port-de-Bouc

    « Nous sommes dans un désert médical, c’est une souffrance et nous allons faire ce qu’on peut pour renverser la tendance », assure le maire (PCF) de Port-de-Bouc et candidat à sa succession aux élections municipales. La réunion publique organisée à la salle Gagarine, jeudi soir, par ses soutiens est dédiée à la question de la santé.

    Le postulat de départ de l’édile est simple : « l’État a limité le nombre de médecins avec le numerus clausus », causant un déficit année après année, dès lors « il ne se passe pas une semaine sans que la population nous demande si des médecins vont venir s’installer ». « Nous avons décidé par tous les moyens possibles d’aider les projets d’installation publics comme privés même si ce n’est pas censé être notre compétence », poursuit le maire, annonçant que « nous avons repris le centre mutualiste avec l’hôpital de Martigues et les amis de la médecine sociale pour en faire une permanence de spécialistes de l’hôpital ».

    Un participant salue l’initiative, mais prévient : « Attention, il faut parfois avancer le tiers payant, qui peut être rédhibitoire pour certains » en fonction sa mutuelle. Laurent Belsola indique qu’« il n’y aura pas de problèmes » avec l’hôpital.

    Quel prix à payer ?

    Mais en dehors de la mutuelle, le principe d’avancer les frais dérange. « L’État a une responsabilité dans le manque de médecins, y’en a marre de payer à sa place », s’insurge une participante. Une autre nuance : « Si un spécialiste vient consulter en pratiquant des dépassements d’honoraire, c’est le prix à payer. » Plusieurs participants s’opposent.

    Le conseiller municipal sortant Houcine Rehabi indique en réponse que « les 11 médecins que nous avons à Port-de-Bouc ont tous plus de 1 500 patients. 24% de la population n’a pas de médecin traitant. On arrive à la rupture, on ne peut pas se priver des libéraux ». L’actuel adjoint (PCF) Akrem M’Hamdi développe : « Nous avons une population fragile et le reste à payer peut être gênant pour terminer son mois. C’est la politique d’écrasement de classe de l’État. Nous y faisons attention et nous mettrons en place des conventions pour tenter de contrôler le phénomène », avance l’élu. Houcine Rehabi rappelle que « certaines villes ont donné une maison et un cabinet à un interne avec une prime. Nous ne pouvons pas le faire. Mais nous les aiderons pour l’administratif, trouver des locaux ou un logement ». Comme à l’ancien bar de la paix, où « un médecin généraliste devrait venir s’installer » selon Laurent Belsola. Le maire indique que « les annonces seront confirmées lorsqu’elles seront signées » pour ces projets privés.

  • [Entretien] Nicolas Souveton : « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

    [Entretien] Nicolas Souveton : « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

    La Marseillaise : Quelles sont les conséquences de ces dépassements d’honoraires, autorisés depuis 1980, sur le système de santé français ?

    Nicolas Souveton : Les dépassements d’honoraires, c’est quelque chose de très français. Dans la plupart des pays de l’OCDE, dans lesquels il y a un système d’assurance maladie, soit vous êtes conventionnés avec le système d’assurance maladie obligatoire et donc les tarifs sont encadrés, soit vous ne l’êtes pas et le patient ne bénéficie pas de remboursement. En France, on a un système où vous pouvez être à la fois conventionné et ne pas appliquer le tarif défini. Donc ce qui est remboursé est parfois inférieur au tarif pratiqué. Cela provoque de l’exclusion sociale, puisque si vous avez les moyens vous payerez le surplus et vous bénéficierez des remboursements de la sécurité sociale. Mais si vous ne pouvez pas, vous renoncez à vous soigner. Une barrière économique de plus en plus présente dans le système de santé.

    Avec le nombre de dépassements d’honoraires qui augmentent…

    N.S. : Depuis la mise en place d’un nouveau dispositif de pseudo encadrement, ça a limité leur coût, mais le nombre de professionnels à les pratiquer a explosé. Dans certaines spécialités, vous n’avez quasiment plus d’installation en secteur 1 [c’est-à-dire sans dépassement d’honoraire, Ndlr.], comme en ophtalmologie, où la plupart s’installent en secteur 2. Et donc, il y a des désertifications médicales de médecin conventionné en secteur 1. Si vous êtes bénéficiaire de la Complémentaire Santé Solidaire, vous n’êtes pas couvert pour les dépassements honoraires. Et donc ces personnes sont obligées de payer le dépassement d’honoraires ou alors elles n’ont pas accès aux soins.

    Ce qui surcharge les hôpitaux ?

    N.S. : ça va conduire à une pression sur l’hôpital public, car faute d’avoir accès à un professionnel de santé de premier niveau, c’est-à-dire médecine de ville ou sur certaines spécialités du fait des dépassements honoraires, il y a un retard de soins ou de prise en charge. Et les gens, en dernier recours, finissent par aller consulter à l’hôpital public, les professionnels de santé qu’ils n’arrivent pas à trouver en ville. Résultat, les rendez-vous à l’hôpital sont occupés par des patients qui devraient relever de la médecine de ville.

    Comment offrir une meilleure offre de soin qui limite les déserts médicaux ?

    N.S. : La question qui se pose, c’est comment construit-on des solutions durables qui permettent à la fois de prendre en compte les aspirations des professionnels de santé, qui sont parfaitement entendables, et de considérer la santé comme une forme de service de première nécessité. Il est du devoir de l’État de pouvoir garantir le fait que tout le monde puisse se soigner dans de bonnes conditions, quel que soit l’endroit dans lequel il habite. Pour notre part, on ne voit pas comment ça passe par autre chose qu’une organisation des installations sur les territoires en fonction des besoins. Par contre, on ne peut pas simplement dire à un médecin : vous allez vous installer là et vous n’avez pas le choix. Ce n’est pas ça une politique publique d’aménagement sanitaire du territoire. Il faut à la fois travailler sur la régulation des installations, mais aussi que l’on crée les conditions d’accueil de ces professionnels de santé. Qu’ils puissent faire leur boulot, c’est-à-dire soigner les patients, sans se transformer en dirigeant de PME qui doit gérer son cabinet, son secrétariat et l’ensemble des éléments qu’il y a derrière. Donc il faut que l’on fasse de la médecine d’équipe la norme, c’est-à-dire que les médecins puisent s’intégrer dans une équipe de professionnels pour une meilleure prise en charge de la patientèle.

  • [Entretien] Lisa Ribeaud : « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

    [Entretien] Lisa Ribeaud : « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

    La Marseillaise : L’instabilité politique conduit, cette année, à une élaboration du projet de loi de financement de la Sécurité sociale assez chaotique. Est-ce que cela vous inquiète en tant que responsable mutualiste ?

    Lisa Ribeaud : Oui, on assiste à des allers-retours incessants entre le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Des mesures sont annoncées puis retirées. Des parties de textes sont créées puis supprimées puis réintroduites, des compromis de dernière minute sont passés… Encore à l’heure où on se parle. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. On ne parle pas d’ajustement technique, mais de l’accès aux soins, de l’hôpital, des restes à charge… Bref, de la vie quotidienne de millions de personnes. Je suis outrée que le budget de la Sécurité sociale fasse l’objet d’un marchandage permanent.

    Plusieurs acteurs du mouvement social ont qualifié ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale de « musée des horreurs ». Partagez-vous ce constat ?

    L.R. : Totalement. S’agissant du texte initial qui a posé le cadre de la discussion, l’analyse que je fais, c’est qu’il inverse les solidarités fondées par la Sécurité sociale il y a 80 ans. On passe d’un système où la maladie était prise en charge collectivement, à un système où – de plus en plus – on demande aux personnes fragiles, aux personnes malades de payer pour générer des recettes qu’on n’est pas capable de trouver par ailleurs. C’est insupportable et c’est d’une grande violence. Il y a plusieurs mesures qui méritent leur entrée au musée des horreurs. Premièrement, le doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires. Ce sont ces petites sommes qui restent à la charge des patients lorsqu’ils vont chez le médecin ou à la pharmacie. On sait que ces franchises, qui ne sont pas d’un montant spectaculaires, constituent néanmoins des barrières financières à l’accès aux soins, surtout lorsque les personnes malades doivent s’en acquitter de manière répétitive. Ça va finir par peser très très lourd.

    Le gouvernement parle de responsabiliser les patients. Vous n’êtes pas d’accord ?

    L.R. : Par ailleurs, politiquement, le message est assez détestable : on parle de responsabiliser les patients, mais les patients ne sont pas responsables de leurs maladies. On ne choisit pas d’être malade. Les patients ne sont pas responsables de ce qu’un médecin met sur l’ordonnance. Pour moi, en revanche, c’est le gouvernement et les décisions politiques qui ont été prises ces dernières années qui sont responsables de la situation actuelle de la Sécurité sociale et du manque de financements pour combler son déficit. Plutôt que d’aller chercher de nouvelles recettes, on pointe les personnes malades, je trouve assez insupportable d’inverser les responsabilités de cette manière.

    On pourrait vous dire que des restes à charge importants, c’est plutôt un argument pour développer des mutuelles.

    L.R. : Ce n’est pas du tout notre conception. Nous, aux Mutuelles de France, on se positionne en complémentarité de la Sécurité sociale. Plus elle transfère des charges sur les mutuelles, plus on est obligé d’augmenter les cotisations et notre vocation, c’est que la population puisse être couverte pour une Sécurité sociale de haut niveau et par des mutuelles qui restent accessibles financièrement. Le combat de Solimut et des Mutuelles de France, c’est que la santé soit un droit pour tout le monde. Pour cela, il n’y a rien de mieux que la Sécurité sociale, qui a une base de mutualisation extrêmement forte puisqu’elle couvre l’ensemble de la population. En tant que mutuelle héritière des mutuelles ouvrières, on n’a aucun intérêt à rembourser de plus en plus de dépenses. Ce n’est pas soutenable financièrement pour nos adhérents. La seule chose qui se passe avec ce type de logique, c’est que les personnes ne prennent plus du tout de mutuelle.

    Au-delà du doublement des franchises médicales, quelles sont les mesures qui vous choquent dans le projet de budget de la Sécurité sociale ?

    L.R. : Il y a une mesure qui peut sembler administrative sur le papier, c’est de pousser les personnes qui ont une maladie chronique qu’on appelle « stabilisée » à sortir du dispositif des affections de longue durée. Il faut être extrêmement vigilants à la façon dont cela va se mettre en place. Il y a 14 millions de personnes en affection de longue durée. Une personne qui a un diabète stabilisé, elle reste diabétique. De même, une personne qui a le VIH et dont la charge virale est indétectable, reste porteuse du VIH. Si leur maladie est stabilisée, c’est parce que ces personnes ont pu avoir un accès aux soins, remboursés à 100%. Le risque, c’est que sans cela, elles recourent de moins en moins aux soins et donc que leur maladie chronique soit aggravée. À titre individuel c’est dramatique et à titre collectif, on sait qu’une maladie mal prise en charge ensuite coûtera plus cher et contribuera à désorganiser le système de soins.

    Encore une fois, plutôt que d’aller chercher des recettes supplémentaires, on s’en prend à des personnes malades qui sont considérées comme « plus assez malades ». C’est une logique très dangereuse. Ensuite, pour moi, le dernier élément qui mérite son entrée au musée des horreurs, c’est l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). C’est le chiffre qu’il ne faut pas dépasser. Son augmentation était fixée dans le texte à 1,6%, alors qu’on sait que l’augmentation naturelle des besoins de santé est de 4 à 5% avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques et l’innovation médicale. Donc, si on applique ce taux-là, on va demander un effort insoutenable à notre système de santé. On décide de volontairement sous-financer la Sécurité sociale et, ensuite, on se sert de cela pour fermer des lits voire des services à l’hôpital…

    Après avoir été supprimée en première lecture, les députés ont réintroduit en séance, vendredi 5 décembre, la taxe d’un milliard d’euros sur les cotisations mutualistes. Vous vous y opposez, mais les mutuelles n’ont-elles pas leur part d’effort à faire ?

    L.R. : Répétons-le : quand une taxe augmente, elle finit inéluctablement par peser sur le bénéficiaire final. Au-delà de la mesure financière lourde pour les adhérents, ce sont les « arguments » invoqués avec désinvolture qui nous alertent et nous révoltent. Plus d’une heure durant, nous avons entendu, de la part des députés en séance, des propos fallacieux, insensés, insultants, qui remettent en cause l’intégrité du mouvement mutualiste. Mettre en cause l’intégrité des mutuelles, c’est attaquer le système de protection sociale solidaire que nous défendons. Nos entreprises relèvent de l’économie sociale et solidaire, sont à but non lucratif et à gouvernance démocratique. Ce sont les adhérents, élus par leurs pairs, qui ajustent les tarifs au strict nécessaire pour garantir les équilibres, payer les prestations et assurer les services aux populations que nous protégeons. Nous ne pouvons pas laisser s’installer ce discours. Nous ne pouvons laisser sans rien dire les mutuelles se faire insulter avec leurs adhérents, leurs militants, leurs salariés. Nous ne pouvons pas accepter que les mutuelles deviennent les boucs émissaires de décisions prises par les mêmes députés depuis des années, comme les transferts de dépenses vers les complémentaires, ou le définancement organisé de la Sécurité sociale, qui sont les véritables causes du niveau des cotisations mutualistes. Personne n’est dupe sur les jeux politiques en cours. Une partie des députés a sacrifié délibérément le pouvoir d’achat des ménages au profit d’un accord tactique pour faire passer un texte quel qu’en soit le contenu.

    Votre prédécesseure avait déjà lancé une carte-pétition contre la taxation « habituelle » des mutuelles en expliquant que les hamburgers étaient moins taxés que les cotisations mutualistes. Où en êtes-vous ?

    L.R. : Cette campagne produit ses effets auprès d’une partie des députés, nous continuons à dire que ces taxes sont profondément injustes parce qu’elles visent la santé et pénalisent les personnes âgées, fragiles ou qui ne sont pas salariées et qui ne bénéficient pas de l’aide de leur employeur. Nous poursuivons ce combat en mobilisant nos militants mutualistes pour interpeller les pouvoirs publics et aussi expliquer les enjeux dans la population avec un message fort : stop à la casse de la Sécurité sociale et stop à la taxation des mutuelles. Dans le cadre des 80 ans de la Sécurité sociale, nous avons mené plusieurs initiatives à Marseille, en Île-de-France, à Nice… qui ont été des moments de rassemblement populaire pour penser ensemble un autre avenir pour la Sécurité sociale.

    Comment faire autrement ? Quand on dit qu’il n’y a pas d’argent, vous n’y croyez pas ?

    L.R. : De l’argent il y en a ! Il y a beaucoup de déconstruction de discours à faire autour du financement de notre système de Sécurité sociale. Il y a tout un discours gouvernemental qui consiste à dire que la dépense sociale est trop élevée en France et du coup qu’il faudrait la maîtriser pour « sauver notre modèle ». Des économistes qui travaillent à évaluer notre dépense sociale, comme Anne-Laure Delatte, démontrent que quand on compare avec d’autres pays européens, on est dans la moyenne par habitant d’autres grands pays comparables. C’est un premier élément important à rappeler. Deuxième élément fondamental : ce n’est pas la dépense le sujet. L’augmentation des dépenses est inévitable, l’enjeu, c’est comment la financer. Qui contribue  ? À quelle hauteur ? Sous quelle forme ? Notre système de Sécurité sociale souffre d’un sous-financement chronique. Pourquoi ? Parce qu’on parle de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations imposées par le gouvernement à destination des entreprises. Le gouvernement fait ce choix politique, mais il demande à la Sécurité sociale de le financer puisqu’il ne compense pas les montants. Il y a aussi toute une part des richesses produites qui ne contribue pas au financement de la Sécurité sociale. Ce serait aussi un levier important pour financer correctement notre modèle de protection sociale.

    Si on vous suit bien, vous appelez les parlementaires à rejeter le projet de budget de la Sécurité sociale dans son état actuel. N’y a-t-il pas un risque de chaos ?

    L.R. : Moi, j’appelle surtout les parlementaires à construire un budget à la hauteur des besoins, qui finance correctement notre Sécurité sociale, qui protège les plus malades et ne les pénalise pas, qui fasse fonctionner la solidarité collective. Je pense que c’est cela qu’on attend d’un débat parlementaire de haut niveau. La Sécurité sociale est trop importante pour être l’objet de marchandages. C’est ce qui permet à notre société de rester unie, c’est un socle de cohésion. Il faut aussi avoir cela à l’esprit quand on est parlementaire et que l’on vote sur l’avenir de la Sécurité sociale.

    Une campagne offensive contre la taxation des cotisations mutualistes

    Solimut et les Mutuelles de France poursuivent leur campagne de cartes-pétition contre la taxation des cotisations mutualistes. Vous pouvez y prendre part en vous rendant sur le site https://pas-de-taxe-sur-ma-sante.fr qui vous permettra de calculer vos économies si la taxe est supprimée et d’interpeller vos parlementaires.