La Marseillaise : L’Élysée a dit que « le temps du retour en classe était venu » et vous avez appelé à un mardi noir. Où en est la mobilisation ?
Sabrine Kharbach : Avec l’Union syndicale lycéenne, l’Union étudiante, l’intersyndicale de la jeunesse, nous avons appelé à une date nationale, mardi, et à ce que lundi, étudiants et lycéens s’organisent en assemblée générale, en préparation de la journée de grève des travailleurs, jeudi. Mais des blocages ont eu lieu lundi. La mobilisation continue puisque les mesures annoncées par le gouvernement ne sont pas suffisantes.
Le mouvement a sauté les vacances. Qu’est-ce qui l’alimente ?
S.K. : Le gouvernement comptait sur le mauvais temps et les vacances pour que ça s’essouffle mais le mépris a atteint son comble avec les réponses des ministères sur la répression et les violences policières, sans un mot pour les mineurs qui ont perdu des mains, des bras, un œil. Ce sont des questions de dignité. Et puis on est à un moment charnière après dix ans de macronisme. Il y a un terrain fertile : les lycéens, les étudiants mobilisés depuis le 15 septembre sur la question de « Bienvenue en France » et des APL, les travailleurs, les gilets jaunes, les pompiers, sur la question de la vie chère et des services publics détruits par ses politiques. Le ras-le-bol est généralisé et la réponse insuffisante.
Les mouvements étudiants ont souvent été liés à des partis. Est-ce encore le cas ? Certains crient à l’instrumentalisation ?
S.K. : Les jeunes qui se mobilisent voient que les systèmes d’oppression ne s’arrêtent pas aux portes des universités, qu’il y a des lycées plus favorisés que d’autres, que 1% des plus riches s’enrichissent sur le dos de tout le monde, il y a une conscience politique des réalités politiques et de dominations. Dire que les mouvements de jeunesse seraient affiliés à tel ou tel parti, c’est nier la capacité de la jeunesse à se déterminer et penser par elle-même. Si ça prend, c’est que les conditions matérielles d’existence ne sont pas suffisantes et les syndicats étudiants et lycéens sont à disposition de ce mouvement. Après si la jeunesse a des aspirations qui se retrouvent dans certains partis, c’est à eux d’y répondre. La jeunesse est profondément antiraciste, antifasciste, pro-Palestine et se bat pour ses conditions d’existence.
L’antiracisme, la lutte contre les oppressions, partout et jusque dans son lycée, c’est ce qui fait lien ?
S.K. : Totalement. Et c’est aussi le lien que fait l’extrême droite quand elle attaque les mouvements de jeunesse. Il n’y a qu’à voir Trump qui dit que la jeunesse qui se mobilise, c’est l’immigration massive et l’islamisation… C’est pour cela aussi qu’on voit ce rejet de l’extrême droite chez les jeunes. Et évidemment cette question fait le lien car c’est d’abord parti dans les lycées de banlieue, avec le rejet de la ségrégation, d’un lycée et d’une université à deux voire trois vitesses, avec le privé et des établissements plus réputés que d’autres… On sait que l’extrême droite n’améliorera pas nos conditions puisque depuis dix ans elle n’a voté qu’avec la Macronie pour la casse, en vantant une fausse méritocratie. C’est aussi des étudiants d’extrême droite qui veulent débloquer les universités mais cette jeunesse est minoritaire. On le voit avec toutes ces réactions positives quand on refuse de parler à CNews et aux médias d’extrême droite. Ces jeunes refusent d’alimenter le discours de l’extrême droite.
Que répondre à ceux qui disent que ces blocages pénalisent les élèves et pointent une majorité silencieuse prête à reprendre ?
S.K. : La majorité silencieuse, ça me fait rire. Ce qui nous peine, c’est de ne pas avoir de profs de français l’année du bac, c’est les conditions insalubres de nos établissements, c’est la valeur de notre bac quand on est trié à l’entrée à l’université, quand on n’a pas de place en master. Nous n’appelons pas qu’à l’organisation de blocage, mais aussi à changer de mode d’action, à ouvrir les universités, à rendre nos établissements plus vivants, à en faire des vrais lieux de débat.
Quels seraient les signes concrets qui montreraient que vous avez obtenu ce que vous voulez ?
S.K. : On commence à avoir déjà des résultats, le gouvernement tremble et commence à lâcher. Après on a conscience qu’on doit maintenir cette pression pour gagner de vrais conquis. Quand on nous annonce 15 000 places en licence, on sait que 10 000 places ont été supprimées cette année. Il faudrait nous prendre au sérieux, on connaît très bien nos sujets et nos revendications sont légitimes. Ce sont des choses de base quand on voit des milliards investis dans l’armement et la guerre, et rien dans la jeunesse, l’éducation, l’enseignement.
La Macronie n’a pas reculé face aux Gilets jaunes ni sur les retraites. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous obtiendrez gain de cause ?
S.K. : On est dans un mouvement offensif, on se bat pour de nouveaux droits, on a tout à gagner. Ce sont les six derniers mois de Macron dont le projet était de tout casser avant de partir. Nous, on va tenir la baraque, on ne va pas lui donner de vacances et défaire un maximum de choses qu’il a faites pour détruire nos services publics. Parce que si lui, il part dans six mois, à la fin, nous nous aurons nos partiels et le bac à passer.
