Tag: Missak Manouchian

  • [Les soirées débat de La Marseillaise] Autour de Marc Bloch, historien prochainement panthéonisé

    [Les soirées débat de La Marseillaise] Autour de Marc Bloch, historien prochainement panthéonisé

    Ils sont rares, les grands intellectuels qui furent pleinement résistants. Non loin de magnifiques survivants qui s’appelaient René Char, Jean Paulhan ou Jean-Pierre Vernant – un poète, un directeur de revue, un historien de la Grèce Antique – on peut mentionner ceux qui furent fusillés, le philosophe Jean Cavaillès, l’ethnologue Boris Vildé ou bien, encore plus oublié, l’homme de théâtre Sylvain Itkine qui fut lui aussi, massacré dans les geôles de la Gestapo lyonnaise.

    Fils d’un historien de la Sorbonne, républicain d’origine juive alsacienne, athée et patriote, chercheur convaincu qu’il faut pratiquer l’interdisciplinarité, la sociologie et l’économie, inventeur aux côtés de son aîné Lucien Febvre de la revue Annales et de l’histoire des mentalités, Marc Bloch (1886 -1944) ne fut pas uniquement un immense médiéviste et un enseignant soucieux de clarté.Les problématiques de ses contemporains renouvelèrent son questionnaire, deux guerres mondiales aiguisèrent ses manières de voir.

    En1914-1918, une blessure et des combats dans les tranchées lui permirent d’appréhender l’importance des fausses nouvelles et de la propagande ainsi que le rôle de la paysannerie dans la société française du XX° siècle comme dans le monde féodal. La « drôle de guerre »l’amena à poser un diagnostic sans concession quant à l’effondrement de son pays en 1940. Au fil des ans, son essai posthume sur «L’Étrange défaite » qui fut préfacé en 1990 par l’américain Stanley Hoffmann, devint son livre le plus lu :les citoyens et les historiens du temps présent en avaient besoin pour élucider les abandons et la férocité du régime de Vichy.

    Un martyr de la République

    Après sa démobilisation, Marc Bloch renonça à partir pour les Etats-Unis où un poste lui était réservé. Il avait charge de famille, son statut de juif interdisait qu’il enseigne en France. Son entrée dans la clandestinité de la Résistance ne fut pas immédiate : les hommes de l’ombre crurent un moment ne pas devoir recruter ce personnage d’aspect sévère, un porteur de canne déjà vieilli. A Lyon, son courage et ses talents d’analyste lui permirent de devenir un infatigable dirigeant du MUR, le mouvement d’Alban Vistel.

    Marc Bloch fut arrêté le 8 mars 1944. La Gestapo l’emprisonna au fort de Montluc. Il est interrogé, torturé pendant plusieurs jours, subit coups de poings, fouets et tentatives de noyades en eau froide, contracte une pneumonie, revient dans sa cellule avec un visage ensanglanté et des côtes cassées. Pour survivre, il parle un peu, livre des renseignements sans importance. Le 16 juin1944 on l’extrait de sa cellule. Son corps de fusillé sera identifié parmi 28 cadavres, des ouvriers et des communistes.

    Le tournant d’une seconde vie

    Co-directeur avec Florian Mazel, enseignant formé à Aix-en-Provence d’un remarquable et très complet ouvrage collectif « Marc Bloch,l’histoire en résistance » (éditions du Seuil)commissaire d’une exposition qui s’ouvrira pendant les cérémonies du Panthéon, Yann Potin évoquera ce jeudi dans l’ancienne salle des rotatives de notre journal, avec deux universitaires aixois, Julien Loiseau et Laure Verdon, la trajectoire de Marc Bloch. Longtemps éclipsée par Fernand Braudel ou Georges Duby qui furent lus pendant une meilleure époque du marché du livre, la figure de ce grand comparatiste, fondateur de la nouvelle histoire des mentalités, s’est soudainement rapprochée. Elle avait été pleinement réévaluée par la communauté des historiens, par Jacques LeGoff, Bronislaw Geremek et Carlo Ginzburg qui placent très haut Les rois thaumaturges et Apologie pour l’histoire .

    Après Jean Moulin en 1964, après Pierre Brossolette, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon et Jean Zay en 2013, après de grands réfractaires pleinement reconnus, Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, un historien entrera ce 23 juin pour la première fois au Panthéon. Restera à mesurer ce qu’il adviendra dans pareil contexte à cette seconde vie de Marc Bloch, introduit au Panthéon par un président de la République désireux de capter pour son image personnelle une partie du capital symbolique de la Résistance. On sera solidaire de la volonté de la famille de Marc Bloch qui exige que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie ».

    Alain Paire

  • Cinq identitaires rejugés pour leur étendard xénophobe

    Cinq identitaires rejugés pour leur étendard xénophobe

    « La pensée derrière est bienveillante, pas injurieuse. Elle est plus complexe que ça. C’est pas par détestation des migrants. La submersion migratoire, ça nuit à leur pays car c’est une fuite des cerveaux », a osé Marc, 23 ans, devant la cour, embrayant sur « la hargne antifasciste qui déferle sur nous ». On en oublierait presque les autocollants de l’Action française, de la Brigade antinègres, des photos de graffiti « LGBT en prison » avec croix suprémacistes d’occident trouvés chez les uns et les autres. Le 24 juin 2023, en plein concert de soutien à « SOS Méditerranée » – l’ONG qui depuis 2016 a secouru 42 700 migrants – lui et quatre autres militants proches de Stéphane Ravier, ont déroulé une immense banderole où était écrit « Qu’ils retournent en Afrique, #defendsMarseille ».

    « Le but était d’alerter l’opinion, dire qu’ils sont mieux chez eux plutôt qu’en Europe dans l’illégalité », assure Aurélien, 28 ans, le leader qui filmait le coup médiatique pour inonder les réseaux sociaux. « Je ne dis pas qu’il ne faut pas les sauver mais SOS Méditerranée importe des personnes en situation d’illégalité », accuse le prévenu qui brandit sa liberté d’expression.

    « Ces gens ont un agenda politique »

    « C’est pas des propos hostiles, choquer n’est pas injurier ni provoquer à la haine », assure d’ailleurs Adrien, 26 ans, ingénieur. « C’est un dossier à charge contre moi. Il n’y a pas de connotation injurieuse », veut aussi faire croire Romain. « Louis Degrelle, je ne sais pas qui c’est », botte l’humaniste. L’écrivain pronazi et antisémite belge figurait dans son portable au milieu de clichés anti-LGBT. « Ah, c’est pas la photo du pape ! », tonne Alain Lhote, pour la Maison des potes, qui rappelle que « la violence des idées précède celle des actes ». Vincent, 27 ans, licencié en sociologie, discourt lui sur « la caricatutre qui est faite du militant nationaliste décérébré. Ce n’est pas le skinhead des années 80 avec sa barre de fer. L’objectif était d’apporter une vision, un regard sur le trafic d’êtres humains en Méditerranée. »

    « Ces gens ont un agenda politique. Et la banderole s’inscrit dedans », souligne Me Pascal Luongo, représentant la Ligue des droits de l’Homme. « Ce qui leur est reproché, ce n’est pas une idée mais d’avoir voulu provoquer à la haine. L’antifascitme a refondé la République après la Seconde guerre mondiale. Prenez exemple de Missak Manouchian ! »

    « Dans le contexte politique actuel, on sait les risques que font peser ces militants d’extrême droite en incitant à la violence », plaide Frédérique Chartier, autre conseil de la LDH. « Quand un homme se noie en mer c’est un devoir de le sauver. Je ne regarde pas la couleur de sa main. Les mots de la banderole peuvent tuer. On en est là dans ce pays », a rappelé Me Tavitian pour la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

    « Ces mots sont extrêmement graves », estime aussi l’avocate générale Catherine Levy qui a requis 6 mois de prison avec sursis à l’encontre des cinq prévenus, aggravant les peines de première instance. « Comment peut-on parler de migrants en les assimilant à des virus ? Ce champ lexical de la maladie, évidemment que cela exhorte à de la haine, de la discrimination et de la violence. Cela ne peut pas être couvert par la liberté d’expression. »

    « On vous demande de colorer le propos incriminé en les faisant passer pour cinq petits nazillons », a dénoncé Me Julien Pinelli en plaidant la relaxe. De conclure sur une citation : « Quand j’entends “liberté, liberté liberté”, j’ouvre toujours la fenêtre pour voir qui on va pendre ! »

    Délibéré le 25 mars 2026.

  • L’hommage républicain à Missak Manouchian

    L’hommage républicain à Missak Manouchian

    Portée par des associations d’anciens combattants, le Mouvement Missak Manouchian, l’UCFAF et les Scouts arméniens apostoliques de France, la cérémonie commémorait le 82e anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian en 1944, mais aussi du second anniversaire de l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian et de Mélinée accompagnés de la mémoire de l’ensemble des 22 martyrs de l’Affiche rouge fusillés par les nazis, y compris Olga Bancic, guillotinée à Stuttgart en mai 1944.

    Prenant la parole pour tous devant de nombreux élus locaux du spectre républicain et en présence du consul général d’Arménie Ara Mkrtchian, Simon Azilazian du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCOAF) a dit combien ce jardin inauguré en 1984 où trône le buste de Manouchian depuis 2010 rappelle que « l’histoire de la France s’est aussi écrite grâce à ces exilés venus de différents horizons ». « Survivant du génocide des Arméniens, Missak Manouchian était un travailleur, un poète qui avait connu le déracinement et le deuil ». Face au nazisme et à la collaboration de Vichy, il a choisi la résistance avec les FTP-MOI. « Le groupe Manouchian rassemblait des femmes et des hommes venus de toute l’Europe. Leur diversité était leur force. Ils puisaient à la fois dans leurs cultures d’origine et dans l’héritage universaliste de la Révolution française. Pour eux, la Marseillaise était un hymne national autant qu’un chant universel de liberté ».

    Puis l’œuvre de transmission de la mémoire s’est faite avec Hélène Gazarian, une jeune danseuse qui a rendu un hommage remarqué à Missak Manouchian, « ce héros qui n’était pas français et pourtant qui a choisi la France. Il a choisi ses valeurs comme il a choisi la résistance ». « On voulait faire taire leurs noms, faire peur aux vivants. Mais on n’éteint pas une idée en tuant des hommes innocents », a dit cette membre de la Jeunesse arménienne de France qui s’emploie à « faire vivre notre culture et à garder la mémoire qui brille comme un rayon de soleil. La jeunesse arménienne de France porte ses valeurs ».

    « Certains tentent

    de réhabiliter Pétain »

    Une chorale a interprété le Chant des Partisans puis des gerbes ont été déposées par les représentants des collectivités et des associations. Interrogé par La Marseillaise, le maire Benoit Payan a confié que cette cérémonie revêtait une dimension différente cette année. « On assiste à une telle inversion des valeurs dans ce pays. Manouchian a été un antifasciste qui s’est battu et qui est mort sur le poteau d’exécution pour des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, contre le joug de Pétain et ses séides quand certains tentent de le réhabiliter ou d’en être l’héritier ou simplement de ne pas savoir qui c’est ». D’ajouter : « A Marseille, ça nous fait du bien de nous rappeler où on se situe et qui on est. Et l’Affiche rouge avec ces apatrides de tous les pays qui se sont battus pour une certaine idée de la liberté et qui en sont morts nous rappelle que le prix du sang ne peut pas être oublié, ni avec le temps, ni avec les absences de mémoire, ni avec les petits arrangements avec l’histoire. On ne s’arrange pas avec le régime nazi ».

  • [Entretien] Pascal Chamassian : « Ils auraient pu choisir le silence, ils ont choisi le combat »

    [Entretien] Pascal Chamassian : « Ils auraient pu choisir le silence, ils ont choisi le combat »

    La Marseillaise : Pourquoi célébrer cet anniversaire ?

    Pascal Chamassian : D’abord parce que le mouvement Missak Manouchian est né le jour de la panthéonisation, le 21 février 2024. Il a été créé par ceux, dont je fais partie, qui ont milité depuis des décennies pour que cette panthéonisation ait lieu. Il y a eu deux moments forts dans ce processus. En 2010, on a fait installer sur le Vieux-Port le buste de Missak Manouchian. Et en 2014, nous avons lancé l’idée de sa panthéonisation. Dix ans après, ça a été un effort collectif qui a permis cette reconnaissance nationale.

    Pourquoi était-ce important ?

    P.C. : Parce que nous pensons que dans la société dans laquelle on vit, rappeler la mémoire de Manouchian et de ses camarades, de l’affiche rouge, est plus important que jamais. Pour rappeler ce qu’étaient leurs valeurs, dans une société où il y a eu une banalisation du racisme et un repli identitaire. Il faut rappeler que des étrangers sont morts pour la France, à cette époque [de la Seconde Guerre mondiale]. Il est impératif de le redire dans les temps que nous traversons. Nous avons pris la décision de célébrer, tous les 21 février, la date de l’exécution du groupe de résistants de Manouchian en 1944 et sa panthéonisation. Ils n’étaient pas nés Français, ils étaient étrangers, exilés, parfois rescapés de persécutions, ils étaient Arméniens, Espagnols, juifs, Hongrois. Ils auraient pu choisir le silence, ils ont choisi le combat. Ils se sont battus pour la liberté, l’égalité et la justice. C’est ce qu’on rappelle à l’occasion de cet anniversaire.

    C’est ce que votre mouvement porte comme valeurs ?

    P.C. : Notre mouvement doit être la boussole d’une petite vigilance démocratique. Cet événement est aussi l’occasion pour nous de faire un point sur les actions de notre mouvement. Nous voulons mettre en avant ce que nous mettons en place. En France, d’abord, où par l’éducation, nous rappelons les valeurs de Missak Manouchian. Mais aussi en Arménie, où nous œuvrons pour la sécurité et la défense du pays, qui est dans une période de vulnérabilité extrême depuis 2008.

    Il existe un lien fort entre la France et l’Arménie, particulièrement à Marseille…

    P.C. : Marseille, c’est le port d’arrivée depuis toujours des rescapés… Enfin, ça a été celui des rescapés du génocide arménien en Europe. Marseille, c’est d’une certaine façon la capitale des Arméniens d’Europe. Même ceux qui n’y sont pas restés et qui ont continué leur route, en France ou en Europe, sont forcément passés et ont débarqué à Marseille. La cité phocéenne, c’est cette terre d’accueil. Il y a une histoire particulière entre Marseille et les Arméniens. Ça, c’est historique. Et ça fait plus d’un siècle que ça dure. Iici, il y a une communauté arménienne qui est dense et dynamique. Et le rapport avec le pays est permanent. Marseille et les Arméniens, c’est indissociable.

    Réception ce vendredi à 19h, au centre de la JAF à Marseille. Inscription recommandée au 04.91.80.28.20

  • Deux événements pour honorer la mémoire du groupe Manouchian

    Deux événements pour honorer la mémoire du groupe Manouchian

    L’objectif est de rendre hommage à ces résistants entrés dans l’Histoire.

    Le premier rendez-vous est fixé ce vendredi 20 février à 19h, salle Fernand-Ros avec la projection du film-documentaire Missak et Mélinée Manouchian. Un moment d’autant plus particulier qu’il se déroulera en présence de sa réalisatrice, Katia Guiragosssian, invitée pour échanger avec le public à l’issue de la séance (entrée libre). Cette soirée se veut un temps de partage autour de l’histoire du couple Manouchian, figures emblématiques de la Résistance et symboles de l’engagement antifasciste.

    La commémoration se poursuivra le samedi 21 février, devant le foyer Missak-Manouchian, situé 211 avenue du 8 mai 1945, à proximité de la médiathèque Jorgi-Reboul.

    Prises de paroles

    Le programme prévoit des prises de paroles et dépôts de gerbes à 10h30, avec le partage du verre de l’amitié dans la foulée. Comme chaque année, cette cérémonie rassemblera habitants, élus, associations et sympathisants désireux de rappeler l’importance du souvenir et de transmettre l’héritage de ceux qui ont combattu pour la liberté. L’ACFOA encourage les habitants à se joindre à ces deux événements, dans une ville où le maire (PCF), André Molino, s’est fortement mobilisé pour l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon.

    Contact : 06.95.59.18.89 ou par mail : acfoaseptemes@hotmail.fr