Larry McCray : Ayant été dans l’industrie musicale aussi longtemps que je l’ai été, ça ressemble à une renaissance dans ma carrière parce que j’avais été un peu hors des radars pendant un moment. Les collaborations avec Joe Bonamassa et Josh Smith m’ont redonné de la visibilité dans le milieu. Donc, c’est ma renaissance. Je viens de perdre mon frère aîné Carl et ce genre de choses est difficile à surmonter. Mais je prie pour avoir la force de continuer parce que j’aime toujours la musique et je suis heureux de la partager.
De quelle manière l’Arkansas et votre ville natale de Magnolia ont influencé votre vie et votre carrière ?
L. M. : Si je n’étais pas venu d’un endroit comme Magnolia, je ne serais pas le musicien que je suis aujourd’hui. Ça a totalement influencé mon écoute, mes goûts et ma compréhension de la musique. Je pense que les gens qui vivent ce genre de vie ont une connexion spéciale avec le blues à cause des luttes nécessaires pour survivre dans une telle situation. La musique est parfois le seul mode de vie pour faire face à l’oppression et à la dépression.
L’Arkansas s’est fait remarquer, il y a quelques années, en interdisant l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste. Quelles luttes sont à l’œuvre dans cet état ?
L. M. : C’est difficile pour moi de parler de ce qui se passe actuellement dans l’État parce que je n’y vis plus depuis longtemps. Mais, en Amérique comme en Arkansas, beaucoup de choses sur lesquelles nous avons lutté il y a des années sont encore présentes : les préjugés raciaux, les injustices à cause de la haine, de l’abus de pouvoir et des guerres de classes. Certaines personnes ne veulent tout simplement pas voir les autres réussir et tant que le monde entier ne reconnaîtra pas que nous sommes tous égaux, les choses ne changeront jamais.
Le blues est-il toujours, selon vous, un moyen de se dresser contre les injustices ?
L. M. : Le blues offre définitivement un boulevard pour s’exprimer politiquement. Mais je ne pense pas que le blues soit le seul moyen. Le facteur important, c’est que toute la musique nous donne une voix pour être entendus et pour nous exprimer, donc c’est vraiment à chacun de dire ce qu’il a en tête. Je pense juste que le blues est plus ciblé et direct sur ce qu’il se passe et semble être la manière la plus populaire pour parler.
Vous êtes revenu sur le devant de la scène en 2022 après une longue absence. Pourquoi ?
L. M. : Je suis un parfait exemple de comment, si vous ne correspondez pas à un certain protocole ou ne recevez pas l’approbation, malheureusement, faut-il le dire, de certains individus blancs qui contrôlent la musique et en grande partie tous les aspects de nos vies, il est facile d’être réduit au silence. J’ai donc eu une carrière de 30 ans à être réduit au silence jusqu’à ce que quelqu’un de beaucoup plus puissant que moi, comme Joe Bonamassa, décide de me tendre la main et d’aider le monde à savoir que je suis toujours là.
Votre album s’ouvre par le titre « Try to be a good man » (Essaie d’être un homme bien). Comment essayez-vous de l’être au quotidien ?
L. M. : à ce stade de ma vie, j’en suis venu à la conclusion que la chose la plus importante que je puisse faire est d’essayer d’enseigner aux jeunes hommes l’importance d’être un homme bien et de montrer un bon exemple, parce que les jeunes sont l’avenir. Donc, c’est à nous de faire notre part pour essayer de garantir que le genre humain survivra avec classe et civisme.
Qu’est-ce qui vous a poussé à redonner vie à « Bright side », chanson écrite à l’origine pour le grand bluesman Bobby Blue Bland ?
L. M. : Cette chanson m’était totalement inconnue, mais c’est Josh Smith qui me l’a fait connaître. Il pensait que je pourrais interpréter cette chanson à ma façon. Je pense que le titre lui-même en dit long : nous avons tous besoin de voir le bon côté des choses parce que la vie n’est pas jolie et n’est pas facile. Et selon votre situation financière, certains le ressentent beaucoup plus douloureusement que d’autres. Cette chanson parle de tirer le meilleur de ce que nous avons en nous et jouer avec les cartes qui nous ont été distribuées.
Joe Bonamassa a dit à votre sujet : « Nous le connaissons depuis 30 ans. C’est l’un des derniers grands chanteurs de blues de la Rust Belt. Larry est parmi les meilleurs, dans l’esprit de BB King, Luther Allison et Little Milton. Il appartient maintenant au monde de le redécouvrir. » Que vous inspirent de tels éloges ?
L. M. : Je ne sais pas si je peux être à la hauteur de ces éloges et de ces attentes. Mais venant de quelqu’un comme Joe, avec le statut qu’il a, c’est l’un des plus grands compliments que j’aie jamais reçus. Il est très important dans la carrière de chacun de savoir que l’on est respecté parmi ses pairs et de ressentir qu’on a gagné sa place plutôt que de recevoir quelque chose qu’on ne méritait pas. J’adore l’équipe de Bonamassa et je n’oublierai jamais ce qu’ils ont fait pour moi. C’est un peu comme l’histoire du lion et de la souris qui a retiré l’épine de son pied. Il ne l’a jamais oublié et moi non plus.