Tag: meurtre

  • Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Un document de 12 pages qui met le feu aux poudres. Après l’émoi déclenché par la mort de Lyhanna, 11 ans, le 4 juin dans le Gers et la mise en examen, pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, de Jérôme Barella, principal suspect, le ministre de la Justice a transmis un courrier à son homologue de l’Intérieur. Daté du 29 juillet, révélé par Le Monde, il pointe des dysfonctionnements « d’ordre structurel », qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain. » Est également évoqué un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

    De quoi agacer singulièrement les syndicats de policiers. Dans un long communiqué en date du 11 août, la CGT Intérieur réplique en alignant les chiffres issus de ce même document : « 85 047 plaintes en attente, six policiers pour 4 000 dossiers au Mans, 257 millions pour un logiciel qui n’existe pas. » « Le résultat de décisions politiques identifiables, prises en connaissance de cause » assène-t-elle. Pour elle, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur durant 4 ans, « découvre son propre bilan. »

    Tout sur le bureau du ministère depuis 3 ans

    Et « oublie que par sa réforme néfaste, il a démantelé les filières d’investigation (…) et appauvri la police nationale et la gendarmerie dans leur dimension judiciaire ».

    Sur le chiffre édifiant des plaintes en rade, « certaines n’ont jamais quitté le commissariat. D’autres ont été perdues. Rien de tout cela n’est un accident : chacun de ces manques a été provoqué, budget après budget, par des responsables qui savaient », balance la CGT. Et de citer « le rapport interinspections de juin 2023 sur l’engorgement de la chaîne pénale, celui de la Cour des comptes de mai 2023, le rapport d’évaluation des stocks recensant plus de trois millions de procédures non traitées et alertant expressément sur le sort des viols et agressions sexuelles sur mineurs », tous « sur le bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque. »

    L’organisation syndicale est allée jusqu’à calculer le temps que les fonctionnaires de police pouvaient consacrer aux dossiers. Reprenant l’exemple du Mans, où six policiers du groupe de protection des familles se partagent plus de 4 000 cas, soit 667 procédures par agent. « Rapporté à la durée légale annuelle de travail -1 607 heures-, il reste deux heures et vingt-quatre minutes par dossier et par an », indique la CGT. Tandis qu’à Amiens, « où trois enquêteurs portent chacun plus de trois cents dossiers, on atteint cinq heures et vingt minutes », complète-t-elle.

    L’enquête, spécificité abandonnée

    Elle pointe également une date, 1995, où l’enquête a « cessé d’être un métier. » Le corps des enquêteurs dissous, « 16 000 inspecteurs de police rejoignent 2 200 officiers de paix » dans le nouveau corps des officiers.

    La CGT établit également une autre bascule, en 2024. Depuis, l’ordre public prime dans la gestion des troupes estime l’organisation syndicale. « Un dossier d’enfant ne fait pas de bruit. Une manifestation, si », commente-t-elle. Elle raconte aussi cet outil numérique daté et inepte, qui « perd des fichiers, découpe les procès-verbaux et impose des ressaisies redondantes des mêmes informations dans des logiciels qui ne se parlent pas. » Le projet « Scribe », lancé en 2016 pour le remplacer, est abandonné en 2021 puis relancé pour « 2028 au mieux » assure-t-elle.

    En conséquence, la CGT exige de « faire de l’enquête un métier », « donner aux enquêteurs un outil qui fonctionne » et « sortir l’enquête de l’arbitrage préfectoral. » Elle réclame aussi la présence des syndicats et des associations de victimes à la réunion prévue le 3 septembre entre les deux ministères.

  • La DZ mafia nie avoir menacé le maire d’Alès

    La DZ mafia nie avoir menacé le maire d’Alès

    Six personnes cagoulées derrière une table recouverte d’un drap avec le logo DZ, qui n’est pas sans rappeler la vidéo publiée après le meurtre, en octobre 2024, d’un chauffeur de VTC à Marseille par un adolescent de 14 ans. Dans ce nouveau film de quelques minutes posté mercredi soir sur les réseaux sociaux, des membres assurant appartenir à l’organisation criminelle se dédouanent, niant toute implication dans les menaces visant le maire d’Alès dans le Gard, Christophe Rivenq, exfiltré de son domicile par le Raid en pleine nuit.

    L’homme au centre de l’image assure que l’organisation « n’est en aucun cas responsable » des menaces visant l’édile, qualifiées « d’acte lâche et odieux fait par des personnes voulant nuire à la société, rabaissant la moralité française, mais surtout en visant le groupe de la DZ ». Plus inquiétant encore, il assure également que le groupe cherche à identifier les auteurs de « cet acte qui nuit énormément à (leurs) affaires ».

    Une enquête

    toujours en cours

    Contacté, le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), chargé de l’enquête sur l’ensemble des menaces visant le maire, nous indique qu’à « ce stade, il a eu connaissance de cette vidéo », et que les « investigations se poursuivent ».

    Le maire LR d’Alès, Christophe Rivenq, a reçu le 16 juillet une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 mm, ainsi que des inscriptions menaçantes taguées sur le mur de sa clôture, signées « DZ NG », pour DZ Mafia nouvelle génération, possible scission du groupe. Placé sous protection policière depuis, il a été exfiltré de son domicile par le Raid, dans la nuit de lundi à mardi, après la remontée d’une menace évoquant la possible présence d’une voiture piégée, information non confirmée à ce stade.

  • David Rachline forcé de retirer une banderole xénophobe de la façade de la mairie de Fréjus

    David Rachline forcé de retirer une banderole xénophobe de la façade de la mairie de Fréjus

    En matière d’actes tombant sous le coup de la loi et de prises de position à caractère xénophobe, David Rachline, le maire (RN) de Fréjus, n’a plus grand-chose à apprendre. Nouvel épisode ces derniers jours avec l’affichage d’une banderole sur la façade de l’hôtel de ville, sur laquelle on pouvait lire « Une OQTF non exécutée est un danger pour les Français ». Celle-ci faisait suite au meurtre d’un jeune homme de 19 ans le 28 juin, à Fréjus, dont le principal suspect est un individu de 20 ans sous OQTF.

    L’édile fréjusien, qui sera jugé en septembre pour favoritisme dans une affaire d’attribution de marchés publics, ce qui avait valu une perquisition de la mairie en mars 2025, n’a ainsi pas manqué de saisir l’occasion de récupérer ce drame au profit de son idéologie, ce qu’a même dénoncé la famille de la victime. Sans, évidemment, se soucier du fait qu’une large partie des OQTF sont prononcées à cause de lenteurs administratives dans le renouvellement des titres de séjours, et que leur nombre a fortement augmenté suite à la circulaire Retailleau de janvier 2025. « Il n’a pas eu la même réaction pour Hichem Miraoui, assassiné par un fanatique du RN l’année dernière », rappelle Catherine Aubry, co-animatrice de LFI Est-Var. « Il saute à pied joint sur la récupération. Cela montre une nouvelle fois son obsession pour les migrants. »

    « Atteinte grave

    au principe de neutralité »

    Pas au goût du Préfet du Var, qui a saisi le tribunal administratif de Toulon le 10 juillet, par une requête en référé-liberté, afin de demander le retrait de la banderole, au motif que son message « portait une atteinte grave au principe de neutralité du service public. Il est interdit d’apposer sur tout bâtiment public, une inscription symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques. »

    La préfecture ajoute que « le message faisait à tort référence à une situation dans laquelle la mesure administrative [l’OQTF, ndlr] prononcée par la préfecture ne pouvait précisément pas être exécutée car elle était l’objet d’un recours devant le tribunal administratif. » Sachant que la justice lui ordonnerait probablement de le faire, David Rachline a ainsi décidé de retirer la banderole sans attendre le verdict du tribunal administratif lundi. En conséquence, le juge des référés a prononcé un non-lieu à statuer. Un dénouement salué par Pierre Daspre, membre du bureau départemental du PCF : « C’est bien que le préfet ait rappelé les principes républicains, il faut respecter la justice et l’État de droit. » « C’était une banderole odieuse et raciste. Le préfet l’a faite interdire sous un autre angle, mais c’est déjà ça », ajoute Catherine Aubry. « C’est cocasse d’être dans l’illégalité quand on veut faire appliquer la législation sur les OQTF », a, quant à elle, souligné Christine Romano, élue d’opposition (PCF) « Fréjus Riposte ! ».

  • Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Quatre autres suspects ont été interpellés, ce mardi 30 juin, dans l’enquête sur l’assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, 20 ans, dont le frère Amine est une figure de la lutte contre le narcotrafic, ont indiqué, mercredi, une source policière et une autre source proche du dossier, confirmant une information du Parisien.

    Fin mars, six personnes, cinq hommes et une femme, avaient déjà été mises en examen dans l’enquête sur la mort du jeune homme de 20 ans, totalement étranger au trafic et inconnu de la police comme de la justice, tué de plusieurs balles, en plein après-midi à Marseille, le 13 novembre 2025.

    Trois des suspects sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la logistique, en ayant participé à l’organisation ou aux actes commis après les faits, selon la source proche.

    Le quatrième, d’après la même source, aurait été engagé comme tireur pour une opération la veille, qui n’a finalement pas eu lieu. Ce dernier est présenté comme un exécutant de la DZ Mafia, précise Le Parisien.

    L’assassinat de Mehdi Kessaci avait provoqué une onde de choc, le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, évoquant d’emblée un meurtre « d’avertissement ». S’en était suivie une vaste marche blanche d’hommage au jeune homme, à Marseille et un peu partout en France, à l’appel de l’association Conscience, fondée par Amine Kessaci, pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic.

    Une exécution menée

    par la DZ Mafia ?

    Les enquêteurs de la police judiciaire et de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), qui voient dans ce meurtre la main de la DZ Mafia, gang marseillais de narcotrafiquants, sont parvenus à déterminer que les tueurs s’étaient « trompés de cible » et qu’ils visaient Amine Kessaci.

    Militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, Amine Kessaci (EELV) est devenu depuis 4e adjoint au maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), à l’issue des élections municipales fin mars.

    L’information judiciaire sur la mort de Mehdi Kessaci a été confiée à des juges d’instruction parisiens et suivie par le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

    Le narcobanditisme a coûté la vie à 17 personnes en 2025 à Marseille, selon les autorités, un chiffre en baisse par rapport aux précédentes années (24 morts en 2024 après le record de 2023 avec 49 morts liés à une guerre des gangs pour le contrôle des points de deal dans les Bouches-du-Rhône).

    Pour Amine Kessaci, le combat continue. « Je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays, on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays », indiquait le jeune élu dans nos colonnes, fin mai. Favorable aux prisons de sécurité mises en place par Gérald Darmanin, ministre de la Justice, il s’est aussi engagé à travailler en profondeur sur la prévention avec la Ville, et également à apporter un soutien aux familles de victimes, dans le cadre d’un comité inter-bailleurs, en tant que président de Marseille Habitat, pour les reloger.

    « Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir », estimait Amine Kessaci, bien décidé à agir pour y parvenir.

  • [Contre les violences faites aux mineurs] À Montpellier « La parole est dite. C’est à nous d’entendre les victimes »

    [Contre les violences faites aux mineurs] À Montpellier « La parole est dite. C’est à nous d’entendre les victimes »

    Des cris d’indignation que le président de la République a semblé vouloir éteindre. Le 10 juin, à l’issue du Conseil des ministres, Emmanuel Macron déclarait : « On ne répond pas à un drame par des cris. » Des mots perçus comme indécents par ceux qui ont fait le choix d’être présents ce lundi 15 juin devant le tribunal judiciaire de Montpellier. Des propos aussi perçus comme une forme de victimisation secondaire par ceux qui ont été et sont encore confrontés à des violences sexuelles.

    À cela, la présidente de l’association Les Tricoteuses Hystériques, relais local de l’appel national, répond : « Quand un système choisit de ne pas protéger, il construit les conditions de la récidive. Le cas de la famille Barella est la démonstration de ce que beaucoup dénoncent depuis des années. Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit plus de 400 par jour. Une victime sur cinq porte plainte, et parmi celles qui trouvent le courage de parler, la majorité ne trouvera jamais justice.» Tels sont les mots qui ont ouvert ce rassemblement.

    Ce soir-là, les statistiques ont pris des visages. Parmi la foule, une mère s’avance, les larmes aux yeux, pour témoigner de l’histoire de ses jumelles, aujourd’hui âgées de six ans. « À l’âge de trois ans, mes filles rentrent de chez leur père en me disant : papa me touche, papa me fait ça. Je suis allée porter plainte et celle-ci a été classée sans suite. Elles sont traumatisées. Il y a eu un signalement de l’école, une photo de fissure anale. Pourtant, le procureur a demandé il y a deux semaines un réquisitoire de non-lieu. Personne ne nous aide, personne ne croit mes enfants. » Dans la foule, des visages se ferment, des personnes crient, scandalisées. Beaucoup pleurent, aussi.

    Plus tard, c’est une jeune fille de seize ans qui prend la parole. « À quinze ans, je me suis fait violer en boîte de nuit. C’était la première fois que j’y allais. Deux mois après, je porte plainte. Et le policier me dit : “Mais mademoiselle, fallait pas être en boîte” » Un an plus tard, son agresseur n’a eu droit qu’à une garde à vue. « Honte à la police ! », s’exclame-t-elle devant la foule.

    Il y avait aussi cette femme, qui parlait de l’agression de sa fille de deux ans et qui remercie les policiers. Elle raconte avoir été bien accompagnée : « La police a été super et a fait une enquête, ma fille a été entendue, ainsi qu’une nounou qui estimait que je lisais trop de livres et que le père, le violeur, était tout à fait charmant. » Un mois après, une saisie en référé a abouti à une suspension du droit de visite et d’hébergement du père. Mais ce dernier a fait appel. « On est alors passé devant une juge plus âgée qui a commencé l’audience par : “Vous savez, madame, des études scientifiques montrent qu’on ne peut pas se fier à la mémoire d’un enfant de moins de six ans. Vous avez fait confiance à cet homme pour faire un enfant avec lui, pourquoi s’en méfier maintenant ? Madame, il va falloir vous entendre avec monsieur pour l’éducation de votre enfant. » Finalement, le jugement a estimé qu’il n’y avait pas de risque avéré et pas de raison d’empêcher le père de voir sa fille. « La police m’a aidée. La justice, non. »

    Manque de formation des professionnels

    Un manque de formation des officiers de police judiciaire (OPJ) et des magistrats que dénoncent plusieurs participants. Un déficit qui se retrouve à tous les niveaux, et que pointent aussi ceux qui travaillent au quotidien auprès des victimes. Mohamed Amine Ali, étudiant en formation d’éducateur spécialisé, témoigne : « Je suis amené à accompagner des jeunes qui ont certaines problématiques, dont la majorité ont subi des violences sexuelles ou de l’inceste. Mais du fait du tabou qui entoure le sujet, le problème n’est pas traité, car les professionnels ne sont pas formés. On parle souvent de libérer la parole des victimes, mais selon moi ce n’est pas là que se situe le problème. La parole est dite. C’est à nous, en tant que professionnels, d’être en capacité de l’entendre et de l’écouter. On a une grosse marge de progrès. » Une des nombreuses raisons pour lesquelles ces personnes étaient réunies ce lundi soir, et le seront les lundis suivants. Ce soir-là à Montpellier, on ne répondait pas à un drame par des cris. On répondait par des noms et des faits.

    En ce sens, une plateforme a été créée le 12 juin. « Classes-sans-suite.com » permet à toute personne de témoigner d’une plainte qui n’a pas été prise en compte ou déposée. En 81 heures : 80 500 connexions et 1 957 témoignages…

  • Jour de deuil et d’hommages à la petite Lyhanna

    Jour de deuil et d’hommages à la petite Lyhanna

    Au balcon de la mairie de Fleurance, les drapeaux étaient en berne, vendredi matin, ont constaté des journalistes de l’AFP.

    Dans cette petite ville de 6 000 habitants, au cœur d’un territoire rural et vallonné, une marche blanche avait réuni dimanche plusieurs milliers de personnes, en hommage à la petite fille.

    Devant le collège Hubert-Reeves, où elle a été aperçue pour la dernière fois le 29 mai, montant dans la voiture du principal suspect, Jérôme Barella, plusieurs dizaines de bouquets de fleurs, des bougies et des peluches étaient posés au pied d’un cèdre du Liban, où une pancarte rendait « hommage à Lyhanna et à tous les enfants victimes ».

    Des bougies, pour ne pas tomber « dans l’oubli »

    Sandy Lannes, 45 ans, « maman, grand-maman et tatie », « vient tous les soirs rallumer les bougies pour Lyhanna ».

    « C’est important de rallumer ces bougies. J’espère que ça ne tombera pas dans l’oubli avec la Coupe du monde », ajoute cette mère de deux enfants et grand-mère de trois petits-enfants, « dont quatre filles », tient-elle à préciser.

    « Ça serait bien que la loi intégrale soit votée », dit-elle encore, faisant référence à une proposition de loi globale sur les violences sexistes et sexuelles portée par une coalition transpartisane de députés dont la mise en œuvre est chiffrée à 2,7 milliards d’euros.

    Au cimetière, en début d’après-midi, le cercueil bleu a été porté par les agents des pompes funèbres vers son lieu d’inhumation où seule la famille a pu se recueillir. Les gens avaient l’opportunité dans la foulée de la cérémonie publique de laisser un petit mot d’hommage sur un livre d’or.

    Lors de la cérémonie, le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, a pris la parole. « Nous ne disons pas au revoir à un symbole, une lutte, mais à une enfant de 11 ans et demi : Lyhanna », a dit l’édile, avant de saluer la « leçon de vie » donnée par les parents de l’adolescente, Charly et Martial.

    « Une leçon face à leur absolue dignité au moment d’affronter le pire : perdre un enfant. Une leçon, enfin, dans leur façon de nous ramener sans cesse à l’essentiel », a affirmé Grégory Bobbato.

    Michel Baylac, président de l’association des maires de France dans le Gers, avait par ailleurs lancé un appel dans la semaine à observer un « moment de recueillement » à l’heure des obsèques. L’idée, c’est d’« être en communion avec la famille aujourd’hui, au même moment, et sans troubler l’intimité familiale (…) tout simplement pour dire qu’on pense à Lyhanna », a-t-il déclaré à l’AFP.

    « Et après, le fait qu’on ait mis en berne les drapeaux, le drapeau français en particulier, c’est pour dire qu’il y a des choses à faire », a-t-il dit, ajoutant : « Aujourd’hui, il faut revoir (…) ce qui a conduit aux dysfonctionnements et encourager ceux qui ont en charge le pouvoir, ou qui l’auront demain, ainsi que les parlementaires, bien évidemment, à légiférer, à trouver les moyens pour que cela ne se reproduise plus. »

    Dans l’enquête sur la mort de la collégienne, le suspect numéro un est Jérôme Barella, un père de famille de 41 ans dont la fille aînée était amie de Lyhanna. Interpellé par les gendarmes le lendemain de la disparition, il est en détention provisoire depuis sa mise en examen pour enlèvement le 1er juin.

  • L’hommage à Lyhanna et la colère face aux défaillances

    L’hommage à Lyhanna et la colère face aux défaillances

    « Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut, tout ce monde rassemblé pour elle », a déclaré une tante de la petite fille de 11 ans, depuis une estrade sur laquelle se tenaient les parents de l’enfant et le maire de la ville. « Notre petit monde tout entier s’est effondré », a-t-elle poursuivi, demandant « pardon » à sa nièce. Derrière, les parents de la collégienne se tiennent dans les bras, effondrés.

    Sous un soleil écrasant, la marche a parcouru les rues de la commune rurale de Fleurance (Gers) avec les parents et le petit frère de Lyhanna en tête d’un cortège très dense, aux visages graves. La famille a fait corps derrière une banderole sur laquelle est écrit : « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques ».

    Les participants, vêtus de blanc, certains tenant des fleurs blanches, se sont rassemblés devant la base de loisirs de Fleurance. Le cortège s’est arrêté à plusieurs reprises pour des moments de recueillement, notamment devant le collège de la ville où était scolarisée Lyhanna. Des participants y ont déposé leurs fleurs. Rassemblés sur une place, à l’issue de la marche, la famille a remercié les milliers de personnes venues la soutenir.

    Karine Camus, 41 ans, vêtue de blanc, une rose à la main, est très émue : « Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille. » À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d’un drap blanc sur lequel a été tagué « PDM [peine de mort, Ndlr] pour les pédos ».

    Quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne, visent le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration avant d’être incarcéré. Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n’avait jamais été entendu par les enquêteurs. Selon la procureure de la République d’Auch, il avait fait l’objet de plaintes pour viols sur mineures en 2022 et 2025. La première classée sans suite, enquête en cours pour la seconde.

    70 000 dossiers

    Cette seconde plainte suscite la colère : déposée en août 2025, le parquet de Toulouse l’a ensuite transmise au parquet d’Auch, les faits s’étant produits à Montestruc-sur-Gers, où habitait Jérôme B. Selon la procureure d’Auch, elle n’a été reçue qu’en décembre 2025, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n’a jamais été entendu dans cette affaire.

    Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu’au plus haut sommet de l’État, qui accable l’institution judiciaire. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé dimanche qu’il allait demander aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, d’ici au 14 juillet.

    Je ne partirai pas en vacances » et « il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant qu’il n’aura pas reçu « un par un les procureurs généraux » pour faire le bilan, a encore prévenu sur LCI le garde des Sceaux, qui réunit ce lundi, à la Chancellerie, les procureurs généraux. « Il y a eu des défaillances graves », a affirmé Gérald Darmanin, citant les remontées de ses procureurs généraux. Il a assuré qu’il rendra public le rapport de l’inspection qui, « sous quinze jours, dira qui sont les responsables de ces défaillances ».

    Des sanctions sont « possibles » a mis en garde le garde des Sceaux, précisant qu’en tant que ministre, il avait « le droit de proposer des sanctions » contre les magistrats du parquet, jusqu’à la révocation.

    L’Union syndicale des magistrats (majoritaire) a « compté 42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025 », sur des thématiques tour à tour prioritaires « sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer », fait valoir l’USM.

  • Le compagnon soupçonné de féminicide à Martigues présenté à un juge

    Le compagnon soupçonné de féminicide à Martigues présenté à un juge

    Il y a eu acharnement. Après la découverte du corps sans vie d’une jeune femme de 25 ans, lundi après-midi à Martigues, les résultats de l’autopsie ont révélé la présence de « 58 plaies compatibles avec l’emploi d’un instrument piquant ou tranchant, écrit le procureur de la République d’Aix-en-Provence, mercredi, dans un communiqué. La plupart localisées sur le torse, la tête et le cou ». Des blessures « compatibles avec l’intervention d’un tiers », précise-t-il.

    Le compagnon de la victime, qui avait lui-même appelé les secours, « déclarait spontanément qu’il avait retrouvé sa compagne inconsciente et ensanglantée à son retour de son lieu de travail », poursuit Jean-Luc Blachon.

    « Il avait immédiatement appelé ses voisins pour solliciter leur aide. Les premières constatations conduisaient les enquêteurs de la division de la criminalité territoriale du Service interdépartemental de la police judiciaire de Marseille à le placer immédiatement en garde à vue. »

    La détention provisoire requise

    L’homme maintient qu’il n’est pas l’auteur de cet homicide, selon le procureur. Ce dernier précise : « Toutefois, au regard des investigations d’ores et déjà réalisées, le mis en cause a été présenté ce jour au juge d’instruction saisi de faits d’homicide volontaire sur conjoint. Son placement en détention provisoire a été requis. »

  • Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Mardi matin, la rue Paul-Baptistin Lombard s’éveille. Les volets métalliques des commerces se relèvent, les habitants claquent leur porte d’entrée pour filer au boulot. Tout semble ordinaire. Pourtant, la veille, des équipes de la police scientifique s’affairaient dans un appartement du deuxième étage, situé à deux pas du cours du 4-Septembre, jusque tard dans la soirée. « Il y avait des rubalises pour bloquer la rue et énormément de forces de l’ordre », témoigne une voisine, encore sous le choc.

    Lundi, aux alentours de 16h, les pompiers ont été appelés pour secourir une jeune femme de 25 ans. Ils ont trouvé la victime en arrêt cardiorespiratoire dans son appartement du deuxième étage. Lardée de « plaies transperçantes », elle n’a pas pu être réanimée. Son compagnon, qui avait donné l’alerte affirmant l’avoir retrouvée dans cet état en rentrant du travail, a été placé en garde à vue. L’homme, âgé de 39 ans et au casier judiciaire vierge, s’y trouve toujours. Le procureur d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, précise néanmoins : « À cette heure, je ne peux pas dire que nous avons des éléments suffisants pour affirmer qu’il s’agit d’un homicide conjugal. »

    La Ville appelle

    à la retenue

    Walid, jeune vendeur de la supérette située au rez-de-chaussée du bâtiment, ne comprend pas ce qu’il a pu se passer, mais il veut rendre hommage à la victime. « On entend plein de rumeurs. Moi, je verrai plus ma voisine et ça me déchire. Je l’aimais beaucoup, c’était une femme pleine de vie, souriante, toujours en train de passer la tête pour dire bonjour. »

    Dans ces « circonstances douloureuses », le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, appelle à « la retenue », « au recueillement et à la solidarité ». « Alors que de nombreuses informations, commentaires et interprétations circulent déjà sur les réseaux sociaux et dans certains médias, nous nous refusons à toute spéculation, écrit-il. Contrairement à ceux qui se précipitent pour tirer des conclusions ou attribuer des responsabilités, nous considérons qu’il est de notre devoir de respecter le travail des enquêteurs et de la justice. »

    S’agissant de la détection des situations de violences, Éric Florentino, directeur adjoint de Solidarité Femmes 13, souligne : « On est dans un département plutôt bien doté en termes de structures de proximité de soutien social, psychologique ou juridique. La Ville de Martigues est très impliquée sur le sujet, il y a beaucoup de permanences sur le territoire. L’Apers et notre association sont, par exemple, à la Maison de la justice et du droit, l’hôpital a développé un service spécifique qui s’appelle Sofa, le commissariat de Martigues est très sensibilisé. On comprend la mécanique la peur, mais il y a des interlocuteurs pour recevoir la parole et organiser une prise en charge. »

  • Une peine de 16 ans de prison requise contre Félix Bingui

    Une peine de 16 ans de prison requise contre Félix Bingui

    Dans le box des prévenus en détention, il ne bouge pas d’un cil. À l’inverse des proches qui, dans le public, commentent d’un « ohhhhhh » les réquisitions à l’encontre du chef présumé du clan Yoda, Félix Bingui dit « le chat », ce lundi 1er juin. En cette fin d’après-midi caniculaire, l’heure n’est plus à la torpeur dans la salle d’audience de la 7e chambre correctionnelle de Marseille. Le procureur vient de requérir, à l’encontre de l’Alésien de 35 ans, 16 ans de prison avec maintien en détention et sûreté des deux tiers de la peine, et une grosse amende de 500 000 euros au regard du chiffre d’affaires estimé par les enquêteurs, de 3 000 à 6 000 euros par jour, soit de 3 à 4 millions par an sur les deux ans d’enquête.

    Le ministère public réclame aussi « la confiscation du bien immobilier identifié à Dubaï », d’une valeur de plus de 422 000 euros. Un appartement mis en location par le prévenu, assène-t-il, à raison d’un loyer de 150 000 dirhams annuels. Un peu plus de 35 000 euros au regard du cours actuel de la monnaie dubaïote. Le magistrat demande enfin une interdiction de paraître dans les Bouches-du-Rhône de 5 ans.

    En état de récidive, en détention provisoire depuis « un an, 4 mois et 12 jours », avec 13 mentions à son casier judiciaire, Félix Bingui « apparaît comme le dirigeant du réseau, a persévéré dans la délinquance malgré les sanctions prononcées, a du réseau à l’étranger, a usé de manœuvres pour déjouer sa libération conditionnelle et a effectué un trafic de véhicules depuis sa cellule », argumente le procureur.

    Pour son « bras droit », Mohamed H. dit « Pirate », identifié par les enquêteurs comme le numéro 2 du réseau, ce sera 12 ans requis, avec mandat de dépôt et peine de sûreté des deux tiers, 100 000 euros d’amende, une interdiction de paraître dans le département de 5 ans et la confiscation des produits de luxe saisis dans la procédure, estimés à plus de 20 000 euros.

    « Des éléments

    sans équivoque »

    Lui aussi en « état de récidive », sous contrôle judiciaire, il « dispose de réseaux pour prendre la fuite », estime le procureur, qui doute du « sérieux » de son projet de sortie avec un contrat « proposé par une société en cessation d’activité ».

    Vient ensuite Zine Eddine B. dit « Zino », le « grand gérant » des points de vente de Yoda, selon les policiers. Un prévenu sous mandat d’arrêt, rappelle le procureur, pour qui il réclame dix ans de prison avec une peine de sûreté des deux tiers et 100 000 euros d’amende, assorti d’une interdiction définitive du territoire français. Pour les 17 autres prévenus, les réquisitions vont de 15 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire à 6 ans.

    « Si on les écoute, personne n’a rien fait, personne n’a vu un trafic de stupéfiants et ceux qui ont vu quelque chose minimise les faits », considérait au début de son propos le ministère public. Mais « la réalité, ce sont des quantités astronomiques de drogue qui touche la population marseillaise, qui génèrent des sommes astronomiques avec des profits blanchis (…) pour en profiter une fois la liberté retrouvée », posait-il. La « réalité, ce sont ces réseaux qui sont armés et se livrent à une lutte acharnée et mortelle. La réalité, c’est qu’Omar Benchiha et Nadir Amara ont été assassinés et tués dans ce qui s’apparente à un narchomicide », insistait-il, faisant référence au meurtre des deux membres des Yoda présumés le 3 mai 2023 à Salou en Espagne, conduisant à l’exil de certains membres du clan. Et de rappeler que 14 personnes ont été tuées en 2022 à Marseille, 52 en 2023. Les investigateurs « ont enquêté durant des mois pour remonter la chaîne hiérarchique », de quoi « révéler ceux à qui on rendait des comptes, “Fé”, “Pirate” et “Zino” », poursuit le procureur. Avec des éléments « sans équivoque » selon lui, issus des sonorisations des voitures et des chambres d’hôtel du Chat, où « on récupère des papiers, entendre de l’argent », où on évoque « 100 mètres de shit ».

    Les multiples déplacements de Bingui depuis le Maroc en passant par l’Espagne, son train de vie avec les vacances à Dubaï ou à Serre Chevalier alors qu’il est en incapacité de justifier ses ressources étant, pour le magistrat, comme autant de preuves de sa culpabilité. Sa défense et celle de ses 19 coprévenus ont désormais deux jours pour démontrer le contraire…