Tag: métal

  • Fernando Costa, le magicien du métal

    Fernando Costa, le magicien du métal

    Ancré dans son Périgord natal, où il est installé son atelier, Fernando Costa est un artiste autodidacte qui expose aujourd’hui dans le monde entier. Depuis bientôt 30 ans, il crée des œuvres à partir de supports en tôle émaillée (panneaux de signalisation, carrosseries de voitures, récupérations de pièces métalliques diverses) qu’il découpe, taille, réassemble et soude sur de grandes plaques de métal qui deviennent alors de véritables tableaux.

    Jusqu’au 20 septembre, le musée d’art urbain et contemporain de Montpellier Parcelle 473* invite à découvrir son univers en accueillant l’exposition « Le Champ du métal », Pour ce projet, l’artiste s’est servi d’éléments de vieux tracteurs agricoles. « Pliés, assemblés, mis sous tension, ces éléments mécaniques marqués par l’usage et le temps deviennent les composants d’œuvres puissantes où la force industrielle rencontre la mémoire rurale », commente Laurent Rigail, galeriste parisien fondateur et directeur du musée Parcelle 473. Certaines pièces prennent la forme de sculptures monumentales, d’autres s’apparentent à de véritables tableaux de métal.

    « Cette exposition résonne particulièrement avec l’histoire du musée, ancien site viticole », souligne Laurent Rigail. « Ces fragments de vieux tracteurs rappellent un passé agricole et ouvrier, fait de gestes répétés, d’efforts, de contraintes et de transformation de la matière. Fernando Costa ne cherche pas à effacer cette histoire  : il la plie, la contraint, la met sous tension pour en révéler une nouvelle forme. Son travail, nourri par l’héritage de la sculpture industrielle et notamment celui de César, interroge notre rapport à la force, à l’usage et à la mémoire des objets. »

    A.G.

    * 425 avenue des Frères Bühler

  • Florent Chevalier, l’acier dans le sang

    Florent Chevalier, l’acier dans le sang

    Né dans le métal, son père ayant un atelier de métallerie à Malijai, Florent Chevalier a choisi d’en faire lui aussi son métier. « Quand j’étais gamin, il m’emmenait à l’atelier. Au début, je ne voulais pas faire ce métier-là, mais au bout d’un moment, ça m’a plu et j’y ai pris goût », se rappelle-t-il. Il a baigné dedans depuis petit. « Au lycée, tous les week-ends, dès que je n’étais pas en cours, j’étais à l’atelier. »

    Un serrurier métallier, « c’est celui qui va construire tout ce qui est en métal dans un bâtiment. Portes, fenêtres, vérandas, pergolas, portails, rampes d’escalier… », explique le jeune homme, âgé de 21 ans. « C’est un métier assez physique, on doit lever des charges lourdes. Il faut être malin. On travaille une matière, principalement l’acier, qui impose beaucoup de discipline, qui est exigeante, dans le sens où c’est une matière qui est dure », précise-t-il. « On ne fait pas ce qu’on veut avec, et pas avec n’importe quels outils. Il y a beaucoup de connaissances, de gestes, de réflexes à avoir. Il faut du temps pour avoir quelqu’un de compétent. On dit qu’il faut 10 ans pour être autonome », ajoute le serrurier métallier.

    Le jeune bas-alpin décrit son métier comme « un métier passion ». « Il y a vraiment un aspect artistique », avance-t-il, évoquant également « la précision, l’ingéniosité que ça demande ».

    En plein tour de France

    Florent Chevalier est actuellement en formation en alternance chez les Compagnons du devoir et fait un tour de France « riche en rencontres et en partage », puisqu’il habite avec une soixantaine d’autres compagnons. Chaque année, il change de ville « pour travailler dans un endroit différent et apprendre son métier ». En ce moment, il étudie à Angers. Avant cela, il est passé par Cagnes-sur-Mer, Montpellier et Strasbourg. La journée, il est en entreprise, puis, le samedi et tous les soirs de la semaine, de 20h à 22h, il a des cours. « C’est dense. Mais quand on aime, on ne compte pas ! », lance-t-il. Il va même faire une étape à l’étranger, en Irlande, pendant un an.

    Florent Chevalier a un côté hyperactif : quand il ne travaille pas, il fait de la randonnée ou de la boxe. « Ne rien faire, c’est compliqué pour moi. J’aime bien me mettre au défi », lance-t-il. Originaire des Mées, le jeune homme reste très attaché à sa région et y retourne régulièrement. « Ce que j’aime bien, c’est que c’est entre la mer et la montagne. On est vraiment à mi-chemin entre le côté méditerranéen et le côté haute montagne. En une heure de voiture, on est sur des paysages complètement différents », décrit-il. Avant de rentrer chez les Compagnons du devoir, à l’âge de 17 ans, Florent Chevalier a passé un baccalauréat général à Digne-les-Bains.

    Le concours World Skills, dont il a remporté la médaille d’or en métallerie, l’a « vraiment amené à se dépasser ». « Pour moi, c’est vachement plus important que tout le reste », insiste-t-il. Quand il a appris qu’il avait gagné le concours, « c’était une grande joie, parce que ça faisait un peu plus de deux ans que j’y pensais tous les jours et que je m’entraînais ». « Cela m’a fait un bien fou de voir que mes efforts payaient. C’est quand on lâche rien qu’on peut avoir du résultat et être fier de soi », affirme-t-il. Le jeune homme a eu la chance d’être accompagné par les entreprises chez qui il était apprenti pour la préparation du concours.

  • Quartiers Nord fait à nouveau clinquer le metal pour « Le 20e »

    Quartiers Nord fait à nouveau clinquer le metal pour « Le 20e »

    « Le mal de la macaque, Fais la pute à Paris, Engatse planétaire… À égrener les noms des premiers morceaux du 20e, opus qui sort samedi 20 septembre, et à écouter leur faconde marseillo-metaleuse, pas de doute. Le groupe Quartiers Nord sort bien un nouvel album, qu’il jouera samedi 20 septembre au Théâtre de l’Astronef. « C’est à nouveau du metal », prévient son leader Robert Rossi, après quelques albums et spectacles qui avaient pioché dans l’opérette marseillaise. Jusqu’au point de « désarçonner » leur public. « Certains ont suivi, d’autres ont décroché. Pour eux, c’était pas du rock, mais nous, on s’est régalés à faire des comédies musicales déjantées et sociales. Le Toursky était le seul théâtre qui nous ouvrait ses portes pour cela. Le public s’était tellement habitué qu’il y a même une mémé du secteur qui nous a appelés cet été pour qu’on vienne faire des saynètes de Pagnol. Mais on fait pas du Pagnol, nous, c’est hallucinant », s’amuse celui que l’on surnomme « Rock » depuis près de 50 ans et le lancement du groupe. Et puis, il faut dire que le metal, typique de l’identité de Quartiers Nord, résonne bien avec leurs indignations, comme l’illustre Le 20e.

    « Rock et autodérision »

    « Si tu vas à Versailles sucer le roi Soleil, pour rafler la médaille des artistes officiels… », chante le groupe, notamment en direction des « artistes domestiques », sur des lignes de rock bien sales et efficaces. Ou encore : « Allons enfants de la patrie, de la traitée des colonies. Souillez vos cocardes flétries, vous les fils de la République, celles des hommes d’affaires : larbins nationalistes, ex-collabos, néonazis. Liberté, austérité, précarité », scande Robert Rossi sur le titre Hymne inversé, comme pour exorciser tous ces malheurs. Avec Le 20e, Quartiers Nord délivre 10 morceaux, comme autant de bombes dopées à l’anti-impérialisme ainsi qu’à l’humour marseillais. Des saillies drôles et réfléchies sur ce « monde qui marche sur la tête », l’esprit des journaux satiriques Hara Kiri et Charlie Hebdo toujours chevillé aux cordes, comme peut aussi en attester Onanisme, titre « anticlérical et rigolo. Ce qui symbolise Quartiers Nord, c’est le rock et l’autodérision », aime à rappeler « Rock ».

    « Les poings dans les poches »

    Comme le prouve encore son vingtième album, il a toujours les religieux et le complexe militaro-industriel dans le viseur. Sans compter un monde de courtisans que l’industrie porte au pinacle. Une Culture quèque, dit l’une des musiques, érigée en norme. « Après, le problème, c’est que la fiction a dépassé la réalité. Quand tu vois un mec comme Trump, il n’y a même plus besoin de caricaturistes tellement c’est une caricature ambulante », ajoute Robert Rossi, qui avait réalisé en 2014 la comédie musicale et sociale Tous au piquet. Son regard sur le mouvement social à l’œuvre actuellement ? « Je suis à fond derrière eux. Mais le capitalisme possède tellement tout aujourd’hui que ça devient dur pour certains de résister », rappelle-t-il lucide, un poil désabusé, mais le cœur toujours vaillant. Et aussi « les poings dans les poches », suggère un titre du dernier album de Quartiers Nord, intitulé Pugni in tasca. Une référence au film éponyme et annonciateur d’une révolte, réalisé en 1965 par Marco Bellocchio. Robert Rossi explique : « Je l’avais vu quand j’étais jeune. C’est surtout son titre qui m’a marqué. Je me suis dit : putain, en ce moment, c’est le chaos et j’ai les pognes dans les poches. Mais elles sont toujours là et si besoin, je les sors. »

  • Le cadmium, cette « bombe sanitaire » qui empoisonne les Français

    Le cadmium, cette « bombe sanitaire » qui empoisonne les Français

    Dans les Cévennes, au pied des anciennes mines, l’extraction a laissé des traces invisibles : de nombreux polluants toxiques ont été abandonnés à ciel ouvert par l’exploitant. Des déchets chargés en métaux lourds, essentiellement arsenic et cadmium, qui polluent sols et rivières et pèsent sur la santé des habitants. Cinquante ans après la fermeture de ces sites miniers, l’obligation de dépolluer s’est enfin imposée à l’exploitant. « Suite à une bagarre juridique qui a duré plusieurs années, Umicore s’est retrouvé contraint – et ça va faire jurisprudence – de faire un certain nombre de travaux de confinement », explique François Simon, médecin retraité membre de l’AdamVM, association pour la dépollution des anciennes mines de la vieille montagne, dont le siège se situe dans le village cévenol de Saint-Felix-de-Pallières. « Le cadmium et l’arsenic, entre autres, se trouvent dans des déchets laissés sur place une fois les roches broyées pour extraire le zinc et le plomb. Ils peuvent se diffuser soit par l’air, soit par l’eau, charriés dans les cours d’eau puis les rivières. Et peuvent donc se retrouver dans des nappes phréatiques ou dans l’eau pour arroser votre jardin », décrit François Simon. Or ces polluants, notamment le cadmium, restent dans les sols et les eaux durant des décennies…

    C’est pour alerter sur le danger que représente ce métal lourd que la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) a décidé, dans un courrier adressé lundi 2 juin au Premier ministre et aux ministres de la santé, de l’agriculture et de la transition écologique, de tirer la sonnette d’alarme, n’hésitant pas à parler de « bombe sanitaire ».

    « La santé publique passe toujours après »

    Car au-delà des déchets issus des sites miniers, qui concernent des zones spécifiques, le cadmium, classé cancérogène certain pour l’Homme, se retrouve dans de nombreux produits alimentaires du quotidien, comme les céréales du petit-déjeuner, le pain, les pâtes, les pommes de terre ou encore le chocolat. Les médecins pointent notamment une « explosion de la contamination des jeunes enfants ». Présent dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture, le cadmium s’accumule dans les sols et a contaminé les aliments les plus consommés. Une fois dans le corps humain, il se fixe sur les os et s’accumule dans les reins et le foie. Il est associé à des maladies osseuses comme l’ostéoporose, des néphropathies, des troubles de la reproduction, des problèmes cardio-vasculaires et à un risque accru de cancer (reins, poumon, prostate, sein et notamment pancréas). Santé publique France alerte en effet depuis 2021 sur le lien avec l’explosion des cancers du pancréas en France, dont le nombre de cas a plus que quadruplé en 30 ans.

    « Si on voulait continuer à utiliser des engrais phosphatés, on pourrait en extraire le cadmium, mais ça coûterait très cher. On pourrait aussi avoir des accords économiques avec d’autres pays que le Maroc, car ces engrais viennent surtout de ce pays, dont les roches ont des teneurs en cadmium très élevées. Mais c’est avant tout une question économique et on retombe sur des problèmes liés au capitalisme et au poids des lobbies. On est sur le même registre que ce qu’il s’est passé avec la loi Duplomb, à savoir que la santé publique passe toujours après des problèmes de rentabilité », dénonce François Simon. Pour le médecin cévenol, « il faut encourager l’agriculture biologique, mais qu’elle soit subventionnée, accompagnée, afin que ce soit moins cher pour les gens ». Reste que les habitants des anciens sites miniers comme ceux des Cévennes, exposés à la fois à la pollution générée par l’extraction et à celle qui existe dans l’alimentation courante, sont soumis « à la double peine ».

    Convaincue qu’il présente « un risque inacceptable pour l’Homme et l’environnement », la Commission européenne a décidé de durcir sa réglementation en introduisant une limite pour la teneur en cadmium des engrais phosphatés. Fixée à 60 mg/kg depuis juillet 2022, la limite doit être abaissée à 20 mg/kg d’ici à 2034. Un seuil également proposé par l’Anses* en 2021, « mais le gouvernement ne l’a pas suivi, probablement sous la pression des lobbies agricoles », estime François Simon. Grand prince, le gouvernement a toutefois décidé, suite à la récente alerte lancée par les médecins libéraux, que les tests de dépistage du cadmium prescrits par les généralistes, jusqu’ici non pris en charge par la Sécurité sociale, seraient remboursés à partir de l’automne… Trop aimable.

    * Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.