Tag: Mer méditerranée

  • Claire Juchat : « Le risque zéro n’existe pas en mer Méditerranée »

    Claire Juchat : « Le risque zéro n’existe pas en mer Méditerranée »

    La Marseillaise : L’Ocean Viking reprend la mer après 120 jours d’arrêt forcé. Comment cette attaque a impacté vos missions ?

    Claire Juchat : On a dû complètement stopper les opérations après l’attaque du 24 août. C’était une attaque inédite, d’une violence extrême, où les garde-côtes libyens financés par l’Union européenne ont tiré pendant 13 minutes sans relâche sur le bateau avec des impacts de plus de 100 balles. On a encore récemment retrouvé des balles qui étaient logées dans certaines parties du bateau. Suite à cela, on a dû réparer le bateau dans son ensemble, il y avait énormément de dégâts matériels sur la coque, sur les fenêtres de la passerelle dont quatre ont complètement explosé. Les gardes-côtes libyens s’étaient particulièrement acharnés sur nos canots de sauvetage d’intervention rapide qui étaient complètement hors d’usage. Tout le système de communication a été impacté, nous avons dû tout racheter. On a ensuite fait les débriefings psychologiques et une analyse poussée des risques sécuritaires encourus en Méditerranée centrale pour adapter nos protocoles. On a dû se retrouver en tant qu’équipe pour se préparer à tous les niveaux, mentalement et psychologiquement, à repartir dans ce contexte-là, en sachant que le risque sécuritaire est toujours aussi persistant. Il y a eu d’autres attaques depuis celles de l’Ocean Viking en Méditerranée centrale, moins violentes, mais toujours à l’arme à feu. On est conscients que le risque zéro n’existe pas.

    Qu’avez-vous dû faire pour assurer la sécurité de l’équipage ?

    C.J. : Nous avons dû faire une analyse de nos pratiques qui ont été confirmées comme étant bonnes par les experts extérieurs. On est désormais encore plus conscients des zones plus faibles et plus fortes du bateau, celles considérées comme étant pare balles ou pas. Ce qui nécessite pour nous ensuite d’adapter nos protocoles pour être sûrs que – même si on espère que ça n’arrivera jamais – si une attaque de la sorte a lieu à nouveau, qu’on soit sûr de se protéger au mieux. Le fait qu’il n’y ait pas eu de blessés, voire de morts le 24 août montre que nos protocoles étaient bien en place et suffisants, car ils visaient vraiment pour tuer. Cela reste un miracle que personne n’ait été blessé. Après une attaque pareille, on a été obligé de prendre du temps pour s’assurer qu’on fait le maximum pour garantir la sécurité de nos équipes et des rescapés.

    Dans une tribune publiée dans Le Monde, des parlementaires français ont demandé au président de réagir à cette attaque. Avez-vous eu des retours au niveau national voire européen ?

    C.J. : Non, à ce jour, la seule réponse que nous avons eue c’est celle de la Commission européenne disant qu’ils continueront à financer les pays tiers, car cela, pour eux, fait partie de la stratégie de réduire le nombre de personnes noyées en mer. Malheureusement, on sait que la réalité est tout autre. Il y a eu deux immenses naufrages, dont un, il y a quelques jours, de potentiellement plus de 100 personnes qui auraient disparu. On voit bien que quand il n’y a pas de moyens de sauvetage en mer, qu’ils sont arrêtés à cause d’attaques ou d’autres barrières administratives et juridiques, la conséquence directe c’est l’augmentation des noyades. Malheureusement, et malgré nos appels, la coopération avec la Libye ne fera que continuer en dépit des violations flagrantes du droit maritime international.

    L’équipe à bord est 100% SOS Méditerranée, qu’est-ce que ça signifie ?

    C.J. : On repart en équipe 100% SOS Méditerranée parce que le partenariat avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge a malheureusement pris fin à cause de coupures budgétaires sévères. Nous repartons en équipe réduite, avec 21 personnes de SOS Méditerranée, mais les quatre personnes de la Croix-Rouge n’ont pas pu être remplacées, ce qui modifie nos protocoles.

    Dix ans après sa création, l’ONG a plus que jamais besoin d’aide ?

    C.J. : Dans le monde actuel, la solidarité est cruciale parce qu’on se rend compte que les États se défaussent complètement de leurs responsabilités en terme de sauvetage et de protection des vies humaines. C’est assez incroyable de se dire que, depuis 10 ans déjà, c’est grâce aux citoyens par milliers qu’on peut continuer. Mais c’est vrai que là, plus que jamais, avec toutes les coupures budgétaires dont on est indirectement touchés par les autres organisations, et directement aussi par une baisse de la solidarité, il est crucial de continuer à avoir le soutien individuel de chacun et de chacune. C’est que comme cela qu’on arrive à être en mer.

    L’Ocean Viking a repris la mer après 120 jours où le navire de SOS Méditerranée aura été contraint à l’arrêt. Le 24 août dernier, les équipes ont été violemment attaqué par des garde-côtes libyens qui ont directement visé le navire d’une centaine de coups de feu. Si aucune victime n’est heureusement à déplorer, cette attaque marque un tournant pour l’association citoyenne européenne de recherche et de sauvetage. Au delà du coût des réparations estimé à plus de 130 000 euros, l’impact psychologique est là. Et le drame se poursuit, avec près de 300 disparus en Méditerranée centrale entre octobre et novembre.

  • L’Atelier Bleu mobilisé contre le plastique en Méditerranée

    L’Atelier Bleu mobilisé contre le plastique en Méditerranée

    « Notre mer, berceau de civilisations, étouffe sous le plastique. La Méditerranée, semi-fermée et cernée par des zones fortement urbanisées, est aujourd’hui l’une des mers les plus polluées du monde », amorce la lettre ouverte envoyée aux ministres de la COP 24, réunis au Caire du 2 au 5 décembre derniers.

    Adressé par la Coalition interparlementaire pour mettre fin à la pollution plastique, signée par des organisations, scientifiques, associations et citoyens engagés, ce courrier étaye : « Chaque année, 230 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans la Méditerranée, soit environ 730 tonnes par jour. Plus de 7 millions de tonnes de plastiques (macro, micro et nano) sont déjà accumulées dans le bassin méditerranéen, soit l’équivalent en poids de 350 milliards de bouteilles en plastique. »

    Et d’alerter  : « Ce volume pourrait doubler d’ici 2040 sans action majeure. Cette situation est d’autant plus dramatique que dans la Méditerranée, tout plastique rejeté y est piégé, contaminant la faune, la flore et, par l’infiltration de microfibres, d’additifs chimiques et de perturbateurs endocriniens, la santé humaine elle-même. »

    12 ramassages par an

    Servane Tarot, directrice de l’Atelier Bleu à La Ciotat, association qui œuvre à la protection de l’environnement « de Marseille à Toulon, sur la côte provençale » rappelle-t-elle, fait partie des signataires du courrier. « Face à l’urgence et à la lenteur des négociations internationales, cette lettre appelle à un plan d’actions », insiste-t-elle. Notamment « fixer des objectifs ambitieux de réduction, créer un fonds méditerranéen dédié et intégrer cette lutte dans toutes les politiques publiques » .

    La lutte contre la pollution plastique est une des missions de l’Atelier Bleu depuis 1984, informe Servane Tarot. « Nous mettons en place des actions curatives, avec par exemple 12 opérations de ramassage de plastique par an, avec les écoles, les entreprises, les citoyens… », détaille-t-elle. En parallèle, depuis 2018 auprès des commerçants ciotadens et 2024 auprès des forains des marchés de La Ciotat, « nous agissons pour sensibiliser à la réduction des sacs plastique à la source. 80% d’entre eux ont accepté notre accompagnement personnalisé pour faire évoluer leurs pratiques. Un des obstacles est économique : les emballages réutilisables coûtent plus cher que le plastique… », développe-t-elle.

    Il y a encore du chemin à faire pour que l’usage d’un contenant réutilisable par le consommateur gagne du terrain.

  • Clap de fin pour la campagne de sécurité des loisirs nautiques en mer Méditerranée

    Clap de fin pour la campagne de sécurité des loisirs nautiques en mer Méditerranée

    La campagne de sécurité des loisirs nautiques touchant à sa fin, au crépuscule de la saison estivale, l’heure était au bilan pour le Préfet maritime de la Méditerranée, le vice-amiral d’escadre Christophe Lucas, et le directeur du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Méditerranée (Cross Med, implanté à la Garde), Aymeric le Masne de Chermont.

    En préambule, le Préfet maritime a tenu à saluer le rôle des bénévoles de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), « qui réalisent quasiment 50% des primo interventions ». Des acteurs primordiaux sur une zone Méditerranée qui couvre 2 000 km de côtes et 115 000 km² de zone de sauvetage, mobilisant 70 moyens nautiques, 30 aériens, 19 sémaphores et 47 stations SNSM. D’autant plus avec une saison « qui commence de plus en plus tôt, au week-end de Pâques, marquée par une densification et une diversification des usages ». Quatre piliers ont structuré cette campagne : « sensibiliser, informer, contrôler et réglementer. »

    Cette saison, le Cross Med et la Préfecture maritime ont recensé 3 536 opérations (+14%), soit 30 événements par jour en moyenne. 8 072 personnes ont été impliquées (+4%), mais les décès, au nombre de 38, sont en baisse (-17%), parmi lesquels 15 liés à la baignade et 6 à la plongée, avec une moyenne d’âge élevée (respectivement 75 et 60 ans). « Ces drames doivent nous pousser à ne pas relâcher la garde », souligne Christophe Lucas.

    La baisse de l’accidentologie (-10%) et de la mortalité (-33%), deux domaines fixés comme prioritaires avant la saison, est donc une satisfaction. Même si cela ne doit pas masquer les efforts à maintenir sur les activités en particulier (+9% d’accidents liés à la baignade), et la nécessité de conserver « un dialogue avec les collectivités et les maires, qui gèrent leurs zones de baignades, et avec les acteurs du milieu nautique », insiste le vice-amiral Lucas.

    La diversification des pratiques, notamment avec l’essor du paddle, a également été marquante : « 99 opérations » ont concerné cette activité, observe Aymeric le Masne de Chermont, qui parle d’un « effet boomerang après une hausse des achats. Les paddles doivent être marqués pour éviter une opération lorsqu’il y en a un à la dérive, alors que le pratiquant a juste égaré sa planche ».

    Le 196, un numéro d’urgence à connaître

    Car ce qui fait encore défaut se résume à « trois facteurs : manque de préparation, inexpérience et comportements irresponsables. Le volet prévention et contrôle doit garantir une meilleure sécurité. Il n’y a pas de bonne pratique sans contrôles », martèle le Préfet maritime. Ainsi, 11 971 contrôles ont été menés (+10%), donnant lieu à 3 928 infractions (+12%), principalement pour trois raisons. « vitesse, mouillage dans des zones interdites et défaut de matériel de sécurité. Il faut partager l’évolution de la réglementation pour permettre une meilleure sécurité. Par exemple, qu’il y ait un deuxième coupe-circuit et un téléphone chargé sur les bateaux », ou « l’obligation de porter un shorty en néoprène pour le jet-ski depuis 2024, ce qui réduit considérablement les dégâts corporels », ajoute Muriel Vergne, médecin urgentiste, responsable médicale du Samu de coordination médicale maritime Méditerranée (SCMM).

    Il en va également de la responsabilité de chacun, en ce qui concerne son propre danger : « On n’a pas le même état physique à 20 ou 80 ans. La durée de vie augmente, les loisirs continuent, donc on a forcément plus d’accidents. Il faut savoir dire non », prévient-elle, relevant tout de même une note positive sur les accidents de plongée : « On est appelé de plus en plus tôt. Certaines douleurs ne se voient pas, il faut être responsable plutôt que se taire pour ne pas inquiéter le groupe. » Dans tous les cas, un seul numéro d’urgence à retenir : « le 196, y compris en club de plongée. Il faut appeler au bon moment, au bon endroit », conclut le médecin.

    Infos et préventions sur l’application Nav&Co.

  • « Il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins »

    « Il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins »

    Entretien

    La Marseillaise : L’interdiction du thon dans les cantines est-elle une bonne idée ?

    Daniela Banaru : Tout comme l’espadon, ou le requin, le thon est un grand prédateur qui se trouve tout en haut de la chaîne alimentaire. Plus tu es au sommet de la chaîne, plus il y a des chances que tu accumules des contaminants, dont le mercure. Mais, ce n’est pas le seul, il y a aussi des polychlorobiphényles (PCB), des Pfas ou encore des pesticides. Et on ne connaît pas l’effet cocktail.

    Pourquoi le mercure est-il dangereux ?

    D.B. : Depuis la pollution accidentelle au mercure en mer à Minamata, au Japon, on sait que c’est un neurotoxique. Les conséquences vont être très importantes au niveau du système nerveux pour les fœtus et les enfants. C’est là le véritable danger. Mais, il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins, car on en tire aussi énormément de bénéfices. Il faut juste faire attention à l’âge. Anses, OMS, Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et d’autres organismes scientifiques nous disent qu’il faut en manger pour les acides gras essentiel, les protéines, les vitamines B12 ou encore le potassium et de magnésium. Il ne faut pas oublier ça. C’est la balance bénéfice-risque qu’il faut regarder.

    Comment faire le tri ?

    D.B. : Si l’on n’est pas biologiste marin (rire), il faut tenir compte des recommandations. Taille, âge, poids ou quantité, les risques prennent en compte différents critères d’une population, mais aussi le lieu d’habitation. Par exemple, en zone côtière, on mange davantage de poissons. Pour les enfants, on sait qu’il y a un risque. Le mercure en mer, naturellement présent, est transformé en méthyl mercure, c’est lui qui est toxique. L’activité humaine (dans l’industrie par exemple) augmente ses concentrations au-delà du normal.

    Qu’en est-il en Méditerranée ?

    D.B. : Le mercure est un peu plus élevé car la Méditerranée est une mer pauvre, les cellules vivantes sont très petites, la bioconcentration est accrue. Les thons sont tout en haut de la chaîne alimentaire et ce sont des gros mangeurs, jusqu’à 30% de leur poids par jour.

    Quel poisson peut-on manger alors ?

    D.B. : Les seuils de surveillance fixés par l’Europe sont différents pour les grands prédateurs et les autres espèces. En ce qui concerne les femmes enceintes et les enfants, il faut manger d’autres poissons que le thon. Avec mon laboratoire, nous avons étudié et donné à la Mairie une liste de 263 espèces comestibles sur nos côtes. Il faut manger d’autres espèces, plus bas dans la chaîne alimentaire. Il ne faut pas céder dans la psychose.