C’est un projet unique en France que porte aujourd’hui le Gard rhodanien. En effet, si le mémorial du camp de Rivesaltes aborde l’histoire des harkis, il traite aussi de toutes les populations (républicains espagnols, juifs, tsiganes, prisonniers de guerre) enfermées sur ce site. Pour la première fois en France, un site sera donc uniquement consacré à la mémoire des harkis, 64 ans après les accords d’Evian. Preuve que cette histoire reste douloureuse et finalement méconnue.
Ce mémorial va sortir de terre à Saint-Maurice-l’Ardoise près de Bagnols-sur-Cèze, commune qui a accueilli un camp de harkis jusqu’en 1976. Construit durant la Seconde Guerre mondiale, celui-ci a accueilli les premières familles le 29 octobre 1962. Pendant plus d’une décennie, il va abriter plusieurs centaines de familles et devenir, au fil des années, un lieu de mémoire pour les descendants des harkis. Ce site va connaître un retentissement national après 2021 et la découverte d’un cimetière oublié composé de 27 tombes d’enfants. Une stèle pour rendre hommage à ces enfants a par la suite été inaugurée le 24 septembre 2024.
Symboliquement, la Communauté d’agglomération a souhaité organiser la présentation de ce mémorial jeudi 29 octobre, soit 64 ans exactement après l’arrivée des premières familles. « Cette histoire singulière, profondément liée à notre territoire, constitue une part essentielle de notre mémoire collective », souligne Christophe Serre, le président de la Communauté d’agglomération du Gard rhodanien. « Ce mémorial s’inscrit dans notre responsabilité commune de reconnaître cette histoire, de la transmettre aux générations futures et de donner toute leur place aux témoignages de celles et ceux qui l’ont vécue. Ce mémorial dépasse la seule dimension commémorative. Il est un lieu de mémoire, de connaissance et de transmission. Un lieu ouvert à tous, permettant de mieux comprendre l’histoire singulière des harkis et de leurs familles, mais aussi d’interroger les valeurs de solidarité, de dignité et de fraternité qui fondent notre République. »
Après une large concertation avec d’anciens habitants, des familles et des historiens autour d’ateliers en 2024, le projet a finalement pris forme ces derniers mois. Il s’articule autour de trois lieux répartis sur 7 500m2 : une partie consacrée à l’exposition permanente, une pour la reconstitution de baraquements et la dernière pour un parcours mémoriel extérieur.
Avant de rejoindre l’espace exposition, les visiteurs seront accueillis sur un parvis composé de silhouettes de harkis et de scènes de la vie quotidienne en photogravure sur les voiles de béton. L’exposition permanente abordera ensuite l’histoire des harkis d’une manière chronologique. Elle sera composée d’un film sur le parcours d’un enfant harki de 1962 à 1975, d’une grande frise relatant l’histoire du camp, d’archives de l’INA, de panneaux et d’écrans interactifs.
Deux baraquements, ces abris de fortune construits dans ce camp sous-dimensionné par rapport au nombre de familles présentes et dont les fondations étaient encore présentes sur le site, seront aussi reconstitués. L’un représentera un logement avec du mobilier d’époque. L’autre s’appuiera sur « les photographies de Robert Virgitti » pour montrer une salle de classe dans l’école du camp avec là aussi « du mobilier acheté ou récupéré puis restauré : cantine en fer, poêle Godin, table en Formica, pupitres doubles d’écoliers, estrade et bureau de maître ». Enfin, le parcours mémoriel extérieur, accessible en déambulation libre, est constitué de « dix piliers de mémoire porteurs des témoignages » qui guideront le visiteur jusqu’à la stèle.
Ce projet a été évalué à plus de 3,5 millions d’euros. Pour le financer, la Communauté d’agglomération peut compter sur un soutien de l’État (40%, soit 1,4 million d’euros), la Région (20%) et le Département (20%). La consultation des entreprises doit désormais se tenir au premier trimestre 2027 suivie de la pose de la première pierre. Les travaux doivent donc débuter l’an prochain pour une ouverture au public prévue à la rentrée 2028.




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