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  • La justice saisie pour des conditions de détention dignes

    La justice saisie pour des conditions de détention dignes

    Matelas au sol, surpopulation carcérale, infestation de cafards et de rats, absence d’intimité dans les sanitaires… Ces conditions sont celles des détenus de la maison d’arrêt d’Aix-Luynes relevées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) en juin 2024 et la bâtonnière d’Aix-en-Provence Monika Mahy-Ma-Somga en février 2025. Une situation qui a poussé l’Observatoire international des prisons, le Syndicat des avocats de France et l’un des détenus à saisir le tribunal administratif contre le garde des Sceaux et la ministre de la Santé.

    « On se trouve face à une situation avec un été caniculaire abominable, et une suroccupation carcérale qui bat des records tous les jours. Donc, l’urgence, c’est maintenant », insiste Me Nicolas Chambardon, représentant les demandeurs, lors d’un référé-liberté étudié en audience ce mardi. Cette procédure permet au juge de prendre en urgence des mesures pour préserver l’exercice d’une liberté fondamentale en cas d’atteinte grave et manifestement illégale à celle-ci par l’administration.

    Les requérants exigent ainsi des mesures précises et exécutables dans de brefs délais. Ils demandent : la réparation des interphones dans les cellules pour permettre aux détenus d’appeler à l’aide, le recensement des lits sur le sol et l’attribution de vrais lits, des interventions contre les nuisibles ou encore la mise en place d’une cloison autour des sanitaires pour l’intimité des personnes incarcérées. Les demandeurs souhaitent également une astreinte si les mesures ne sont pas mises en place.

    Des mesures rapides

    Un moyen d’améliorer au plus vite les conditions de vie des personnes incarcérées. « C’est également améliorer les conditions de travail des surveillants », insiste Monika Mahy-Ma-Somga, l’ex-bâtonnière d’Aix-en-Provence qui a visité la maison d’arrêt en 2025.

    Les injonctions ont toutes été rejetées par les représentants du ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées ainsi que le ministère de la Justice. Ces derniers ont estimé, lors de l’audience, que l’urgence n’est pas qualifiée, puisque la situation est connue et suivie depuis un certain temps. Ils affirment que la plupart des mesures demandées ont été prévues et que la surpopulation carcérale a été réduite depuis l’ouverture de Beaumettes 3, bien qu’à 141%.

    Le juge devrait rendre son avis jeudi 3 septembre. Un autre référé-liberté contre les Baumettes sera entendu le 28 août à 14h au tribunal administratif de Marseille.

    Eva Janus
  • Entre festivaliers et baroudeurs au Camping Bagatelle d’Avignon

    Entre festivaliers et baroudeurs au Camping Bagatelle d’Avignon

    Face au Palais des Papes et du Pont d’Avignon, de l’autre côté du Rhône, se dresse un arc bleuté derrière lequel on aperçoit quelques tentes et mobile homes. C’est là que se trouve le camping Bagatelle, presque dans la ville, tout « en restant champêtre », aime rappeler Christine Debernardini, l’une des gérantes, qui est aussi l’arrière-petite-fille de Jean Pelegrin, le fondateur des lieux en 1920.

    Il s’agit notamment du camping le plus proche du centre-ville de la Cité des Papes. En plein Festival d’Avignon, où des dizaines de milliers de personnes affluent du 4 au 25 juillet pour assister aux milliers de représentations proposées, et où les prix des hôtels et locations de courte durée s’envolent pour accueillir spectateurs et travailleurs, les prix réduits du camping sont une bonne alternative.

    Avec ses 197 emplacements, dont la plupart bénéficient au moins partiellement de l’ombre des grands platanes, le camping attire de nombreux festivaliers. « Des amies avaient réservé un Airbnb, mais on s’y est prises trop tard et c’était bien trop cher », confient devant leur tente commune Élise et Nelly. Venues toutes les deux de Grenoble pour voir plusieurs spectacles pendant quelques jours, elles n’ont pas le même rapport au camping. Élise, elle, est venue ici même « plusieurs fois avant le confinement ». « Moi, je n’en ai pas fait depuis au moins dix ans », sourit sa compère, à moitié inquiète. « Il fait chaud, donc on va voir comment ça se déroule. J’espère qu’il y aura assez d’ombre le matin pour dormir un peu. C’est des vacances et il faut qu’on se repose un peu quand même, parce qu’on a chacune un enfant de 2 ans qui nous attend à la maison », poursuit-elle. « Mais ça va aller. Elle a pris trois matelas pour les empiler », taquine sa copine.

    À quelques allées de là, Alain a installé son camping-car pour une semaine : « C’est l’endroit parfait, je peux tout faire à pied. » S’il s’est déjà rendu dans d’autres campings voisins – il y en a quatre sur la seule Barthelasse – il ne choisit plus que celui-ci, après une mésaventure. « On m’a volé mon vélo en cinq minutes il y a trois ans », peste le Montpelliérain.

    Un esprit à conserver

    D’autres sont plus aventuriers. À l’image de Wout, Néerlandais d’une cinquantaine d’années, venu à vélo tout droit de la ville de Bergen, au nord-ouest des Pays-Bas. « Je fais ça tous les ans, avec une destination différente, mais je suis déjà venu ici », se remémore-t-il devant sa petite tente une place. Pendant plus de deux semaines, il a traversé trois pays avant d’atteindre Avignon, étape finale de son périple. Il compte désormais rester plusieurs jours au camping pour conclure son voyage en beauté. « Il y a souvent des artistes qui viennent. C’est une ambiance vraiment sympathique », ajoute-t-il. Pas de souci de confort pour lui, même s’il reconnaît avoir « hâte de retrouver » son lit après une vingtaine de jours de bourlingue.

    Un esprit camping que souhaite conserver la direction actuelle du site, mis en place dans les années 50. « Certes, il y a quelques tentes solides ou des mobile homes. Mais on ne veut pas être une sorte de parc immobilier. Bien sûr, c’est un camping qui a de l’ancienneté, un peu dans son jus, mais on s’améliore », souligne Christine Debernardini, qui s’occupe du camping depuis 1999. Elle montre alors avec fierté des photos d’époque de ses aïeuls, qui organisaient des spectacles de vachettes avec des toreros en patins à roulettes, sur le parking. « Pour la suite, ce sera aux enfants et petits-enfants de choisir », conclut la gérante.

  • Des parlementaires en prise avec la réalité carcérale

    Des parlementaires en prise avec la réalité carcérale

    Une visite inopinée. Comme leur fonction de sénateur les y autorise, Jérémy Bacchi (PCF) et Marie-Arlette Carlotti (PS) se sont rendus ce vendredi 3 octobre aux Baumettes à Marseille (9e). « Il y a une grogne sociale y compris des agents pénitentiaires, qui alerte sur la surpopulation carcérale, et les conditions d’accueil des détenus, d’hygiène, il me semblait important en tant que parlementaires de venir constater par nous-mêmes », explique Jérémy Bacchi. À ses côtés, Marie-Arlette Carlotti rappelle combien ses visites ont apporté dans le travail de la commission narcotrafic dont elle a fait partie.

    Avec une capacité de 710 places, Baumettes 2 accueille actuellement 1 185 personnes leur indique le directeur de l’établissement, Jean-Marie Landais, qui compte sur les 740 places supplémentaires que devrait débloquer la construction de Baumettes 3 prévue pour la fin de l’année. « Le taux d’occupation, à 166% en moyenne, est très haut partout, il atteint ici 195 à 200% », précise-t-il, 40 détenus hommes dormant sur un matelas.

    À 3 dans 10m2

    Devant un tableau fourmillant de fiches de couleurs, le capitaine pénitentiaire du « quartier hommes 2 » raconte le jonglage au quotidien pour répartir au mieux les occupants : 324 personnes pour 150 places. « Il faut trouver un équilibre, isoler ceux qui ont des troubles du comportement, les gens dangereux, séparer condamnés et prévenus », explique-t-il. Parce que « 9 mètres carrés, ce n’est pas fait pour trois personnes », estime-t-il, « on essaie de gérer la frustration, je reçois beaucoup de monde, on discute, on essaie de trouver des solutions ».

    Parmi eux, trois grands gaillards témoignent volontiers depuis leur cellule impeccablement rangée : « On s’entend bien heureusement » et « on est organisé, on tire le matelas le soir pour dormir. » L’un travaille à la cantine, distribuant les achats des détenus. « Cela m’a changé la peine » confie-t-il. Un autre, embauché à la lingerie, acquiesce. Il va « bientôt sortir ». À Jérémy Bacchi, qui leur demande comment ils vivent la promiscuité, ils répondent « faire avec », résignés.

    À l’étage, les sénateurs découvrent l’hôpital de jour ou le centre médico-psychologique, où consultent 40% des détenus dont « un bon gros tiers sont atteints de maladies psychotiques », confirme la responsable de service. Au sein de cette équipe soudée, de soignants expérimentés, on constate combien « les soins psychiatriques ont beaucoup augmenté ».

    De quoi conforter le sénateur communiste dans son analyse. « La réalité fait froid dans le dos », conclut-il, « l’ouverture des Baumettes 3 doit être entre guillemets, un signe d’espoir, espérant que cela dure ».