Tag: Marseille 16e Arrondissement

  • À l’Estaque, le rêve collectif d’accès à la mer se fait entendre

    À l’Estaque, le rêve collectif d’accès à la mer se fait entendre

    Depuis 20 ans, ils ferraillent pour un accès à la mer. Et depuis 20 ans, les grilles continuent à barricader le paysage, du port de la Lave à la plage de Corbières. Un nouveau projet « d’amodiation pour trois ans du quai de la Lave à un privé, probablement pour y installer de nouvelles étagères à bateaux, donc de nouvelles clôtures », redoute Pierre-Yves Gilles, président de l’Association Estaque environnement (AEE).

    La journée a démarré avec TerreMer, qui a débarrassé les 2,5 hectares du quai en friche de bouteilles en verre, canettes et autres plastiques. De quoi remplir « 27 sacs de 100 litres », précise l’association. En 30 ans, les promesses du Grand projet urbain de Marseille n’ont accouché ici que « de l’Espace Mistral, d’une mise à l’eau et d’un encorbellement au-dessus du port », regrette Christian Apercé, membre du collectif.

    Pas que des chichis

    Le choix du site de la fête, devant le « Camembert », anciens bains de l’Estaque fermés après Covid et le hangar où dort depuis 1970 le « Saga », plus grand sous-marin civil imaginé en 1966 par Cousteau et repris en 1981 par la Comex, ne tient pas du hasard. Désamianté, mais voué à la démolition par le Grand Port maritime de Marseille (GPMM), le premier a été sauvé par la mobilisation du collectif, même si son avenir reste suspendu à un appel à projets. La trentaine de structures du collectif rêve d’y accueillir un « centre de recherches océaniques, des ateliers d’artistes, des locaux associatifs… », listait le CIQ de l’Estaque.

    Si « on rame dans les commissions, où on a le sentiment d’être entendu, mais où on n’obtient pas de vision claire dans les projets sur le littoral, un accord tripartite entre le GPMM, la Ville et le collectif devrait voir jour » a bon espoir Pierre-Yves Gilles. L’intérêt du nouveau maire des 15-16, Jean-Marc Coppola (PCF), et la création d’une Scic (société coopérative d’intérêt collectif) semblent de bon augure. Quant au bâtiment marin, son déplacement semble trop coûteux et dangereux pour l’environnement. En attendant les résultats d’une contre-expertise, l’association Les compagnons du Saga y reprend ses visites, ouvertes au public dès le mois de juin.

    « On aimerait avoir un peu plus que des chichis », lâche une habitante, confirmant les résultats invariables de deux enquêtes menées par l’AEE auprès de la population en 2007 et 2018 : le souhait d’un accès à la mer, de pistes cyclables, d’espaces publics préservés accessibles à tous.

  • À l’Estaque, murs effondrés, torrents de boues et bois calcinés

    À l’Estaque, murs effondrés, torrents de boues et bois calcinés

    « Cette fois c’est vraiment un carnage ! » L’énorme incendie du 8 juillet avait épargné une partie du Pôle Nord, structure culturelle du 16e arrondissement. « Le local où on avait remisé tout le matériel s’est rempli de boues. C’est arrivé extrêmement vite, ça coulait de partout », explique Toon, en plein écopage.

    Le torrent a traversé la route. Le mur qui jouxte les voies ferrées de la gare a « littéralement explosé sous la pression, vers 19h » témoigne également Thomas. « Le niveau est monté à 1,20m. Les trains sont restés bloqués par les pierres et la boue que la force de la vague a traînées sur les rails », complète un expert en ouvrage de SNCF réseau venu évaluer les dégâts. Montée Bovis, les habitants déblaient la chaussée d’une masse de terre, de bois brûlé et de briques alors que des agents de la Seramm remplacent une plaque de bouche d’égouts embarquée par le flux. « C’est le mur une dizaine de mètres plus haut qui a cédé. Un véritable tsunami est entré dans ma maison », détaille Salah. En désignant l’avaloir bouché, devant les vestiges brûlés d’une autre villa, il s’interroge : « On est tous responsables, collectivement, propriétaires et collectivités. Est-ce qu’on a fait les entretiens nécessaires ? Et avec l’incendie qui a ravagé la végétation, il n’y a plus rien qui retient, tout a dévalé des collines. »

    Revoir les équipements

    Chemin du Marinier, autre zone particulièrement sinistrée par l’incendie, les ruissellements ont charrié d’énormes morceaux de bitume jusque sous le tunnel. Les voitures contournent prudemment la chaussée éclatée d’où surgit la fonte des canalisations. Des tronçons de bois ont été dégagés sur les côtés. Dominique s’est équipée pour filer la main à un couple de retraités dont la cour et la maison sont pleines de boues. Elle maintient difficilement sa colère : « On avait alerté sur les risques avec les pluies dès le lendemain des feux. Mais voilà, on va encore se débrouiller avec nos assurances. » En bas du vallon, des odeurs de suies et d’humidité émanent d’une épaisse mare noire qui couvre le chemin de la Nerthe. Au numéro neuf, un tas de terre a été déblayé de la maison à l’intérieur de laquelle Lamia et Joseph s’épuisent à écoper 60 cm de boue depuis 3 heures du matin. « Tout est foutu », désespère le retraité. Au rond-point de Saumaty, un bout de colline s’est effondré a laissé béante une canalisation en béton. Habitante du quartier et élue municipale, Lydia Frentzel estime « l’urbanisation accélérée sans que les réseaux d’eaux et routiers soient adaptés. Il faut arrêter de construire et prévoir un plan d’action pour les écoulements ».

  • Dépollution des calanques : le chantier XXL a démarré

    Dépollution des calanques : le chantier XXL a démarré

    Sur le terrain qui surplombe le petit port des Goudes, la pelleteuse est en place depuis le 1er septembre. Les griffes de l’engin s’attellent au terrassement de l’espace qui doit accueillir la base de vie du chantier et la tente de confinement de 250m2, prévue pour résister aux vents extrêmes. Cette structure abritera les opérations de dépotage des scories des entreprises. à l’Escalette, les ouvriers sont déjà à l’œuvre pour neutraliser les vestiges toxiques de l’ancienne usine de traitement du plomb, dont les rejets ont ruisselé jusqu’à la mer.

    Le chantier, qui s’étend sur 29 hectares au cœur du Parc national des calanques, est inédit. Il s’agit d’une intervention à la fois nécessaire et délicate, menée sur un site classé et habité. C’est donc sous surveillance renforcée que doivent se réaliser les opérations de décontamination des sols, de la mer et de l’air, où arsenic, plomb, zinc et mercure se sont accumulés, pendant des décennies.

    L’État a confié la mission à l’Ademe, accompagnée du groupe Antea, de coordinateurs environnementaux et de contrôleurs de la qualité de l’air, pour assurer le suivi d’un chantier, dont la fin est estimée au 30 mars 2027. « On ne dépollue pas un site de métaux lourds, prévient Mélodie Gros, en charge de la maîtrise d’ouvrage à l’Ademe. pour les dépôts de taille raisonnable, on retire les résidus pour les évacuer dans un centre de stockage de déchets dangereux. Mais, sur les scories qui présentent un risque d’instabilité, on confine sur place ». Cette dernière solution vise à vitrifier ou maçonner un coffrage en béton. Le dispositif sera ensuite recouvert d’un habillage paysager.

    À Montredon, des riverains encore inquiets

    « C’est bien ce qu’ils font. C’est nécessaire. Mais est-ce que toutes les mesures suffisantes pour protéger vraiment les habitants ont été prises ? » interroge Rolland Dadena, de l’association Santé littoral Sud, tract en main, au bord du boulevard Alexandre-Delabre. Membre du collectif d’associations de riverains (ASLS, Fare Sud et UCL) qui remue les autorités depuis 20 ans pour défendre l’environnement et la santé publique, ce retraité regrette de ne pas avoir été invité à la présentation du chantier, réservée par la Préfecture aux médias. Le collectif avait saisi la justice et obtenu, par décision du Tribunal administratif de Marseille en date du 16 décembre 2024, la condamnation de l’État à dépolluer les Calanques avant le 30 juin 2028.

    S’il reconnaît « les moyens importants engagés », le collectif reste vigilant face aux risques inhérents à une telle entreprise de décontamination.

    Pour la calanque de Saména, face à l’ex-usine Legré-Mante, l’État a budgétisé 14 millions d’euros. Le reste du site est pris en charge par le propriétaire, le groupe suisse Ginkgo. Mais là encore, une inquiétude persiste : « Le préfet a refusé de prendre la main et on ne sait rien de ce qui s’y passe. On n’a pas de garantie », déplore l’associatif. Sur l’ensemble du chantier, le collectif demande « la mise en place d’un plan de veille et de suivi sanitaire par les services de l’état ». Un dispositif préconisé en 2005 par L’INVS et prévu dans le Code de la santé publique. « Pas nécessaire », avaient estimé plus tôt les opérateurs : « on est sur des mesures de prévention ».

  • L’Alhambra, une vraie Plateforme du cinéma

    L’Alhambra, une vraie Plateforme du cinéma

    L’adjoint à la culture (PCF), Jean-Marc Coppola, espère livrer le cadeau en 2028, « pour les cent ans du cinéma ». Les travaux de la nouvelle salle de 60 places, promise dès 2011, devraient démarrer en 2026. C’est aussi l’année où le nouveau campus du numérique, la Plateforme, doit ouvrir au public à la Madrague-Ville (15e), où l’association présidée par Robert Guédiguian, l’Alhambra Cinémarseille, prendra en main la programmation de deux des trois salles de cinéma du campus.

    « Tout se passe au nord », peut se réjouir William Benedetto, qui impulse depuis 40 ans la vitalité et la pertinence du seul cinéma de cette partie de la ville. Classé art et essai, doté des labels jeune public, patrimoine-répertoire et recherche et découverte, il organise chaque année autour de 1 200 séances de cinéma et attire quelque 60 000 spectateurs devant son écran de 12m sur 7. C’est sans compter les ciné-repas, ciné-concerts et autres débats et festivals, ainsi que les formations et résidences qui s’y déroulent.

    L’équipement culturel, construit en 1928, avait réouvert ses portes en 1990 après avoir été rénové par la Ville. Mais voilà, avec les 57 établissements scolaires avec une seule salle de 240 places qu’il reçoit, « on est un peu à l’étroit », regrette William Benedetto. L’investissement de trois millions d’euros doit permettre l’ouverture de la salle, « avec un petit écran, qui pourra servir au travail avec les scolaires, à amplifier la projection pour garder des films à l’affiche plus longtemps », indique-t-il, mais aussi de rénover la verrière du cinéma, le patio et d’ajouter une cuisine permettant la réalisation de 80 couverts.

    Un rayonnement

    complet au Nord

    Pour ce qui est d’un prochain positionnement de l’association sur le site de la future école du numérique, la proposition n’arrive pas en concurrence avec la salle mythique de Saint-Henri. L’idée du projet est venue de son concepteur Cyril Zimmermann qui a souhaité impliquer l’Alhambra dans la Plateforme. « Il nous a contactés pour que nous assurions la programmation des deux petites salles de 80 et 60 places chacune, sur l’idée de rester sur des projections art et essai. » De quoi, pour l’association culturelle, se projeter sereinement « vers les décennies à venir », estime William Benedetto « et améliorer l’offre ».

    Cette belle combinaison demande un fin travail d’articulation des genres. « La plateforme est un projet impressionnant qui redessine l’offre de Marseille vers le Nord. C’est plutôt bluffant d’entrer dans ce monde en transformation », réagit le cinéphile. Pour autant, « on n’arrive pas en terrain conquis mais l’enjeu est excitant et nous avons nos savoir-faire à amener à cette aventure ». Le directeur de l’Alhambra est prêt à relever le défi, convaincu qu’« il est important de se battre pour que les gens lâchent leur portable pour se poser sur nos fauteuils ».

    À l’heure du numérique, les salles obscures du 7e art ont encore toute leur place à tenir.