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  • « “Femme, vie, liberté”, c’est une lumière au bout du tunnel »

    « “Femme, vie, liberté”, c’est une lumière au bout du tunnel »

    La Marseillaise : Pourquoi c’est important pour vous de prendre part à ce forum ?

    Aïda Tavakoli : Je suis présidente de l’association We are Iranian Students qui défend les droits des étudiants iraniens. Le mouvement « Femme, vie, liberté » qui a commencé en 2022 a très rapidement dépassé les frontières de l’Iran. J’ai été appelée en tant que militante iranienne à participer à la marche du 4 octobre 2023 en Israël, organisée par les guerrières de la paix. C’est finalement ma mère qui s’y est rendue. Trois jours avant le 7 octobre, des militantes palestiniennes, israéliennes, et du monde entier ont chanté « Femme, vie, liberté », en arabe, en hébreu, en anglais. C’est un message, un projet de société tellement nécessaire qu’il me semblait important qu’il soit représenté ici, c’est une lumière au bout d’un tunnel dont on ne voit plus le bout. C’est une pensée politique qui existe trois ans après le soulèvement parce que des femmes et des hommes ont donné leur vie pour cela.

    Cela fait trois ans que Mahsa Amimi a été assassinée, déclenchant le mouvement « Femme, vie, liberté ». Quelle est la situation aujourd’hui ?

    A.T. : La situation est très difficile. Il y a beaucoup de lassitude, de désespoir et en même temps il y a un point de non-retour qui a été franchi. Une barrière de la peur, de la tétanie qu’insufflait le régime islamique qui a été détruite. On est plus proche de la chute du régime. La situation économique est extrêmement difficile : deux heures d’eau courante et d’électricité par jour même dans les grandes villes, 60% d’inflation, la classe moyenne n’existe plus. Mes cousines, éduquées, architectes ne peuvent plus s’acheter de la viande ni même des œufs. La précarité concerne tout le monde. Hemingway disait que les dictatures tombent comme les entreprises font faillite : progressivement puis soudainement. La désobéissance civile continue. On a vu les images de ces femmes qui se sont dévoilées dans un cimetière musulman et ont porté le cercueil d’une femme qui a été tuée. Il n’y a pas de retour en arrière après ça. Il y a des racines de ce régime islamique qui sont arrachées.

    Les frappes israéliennes sur l’Iran, mais aussi le Liban et le Qatar, ne sont-elles pas le prélude à une généralisation du conflit propice au maintien des obscurantistes partout ?

    A.T. : Il y a une émission en ligne lancée par des étudiants iraniens qui ouvre un dialogue démocratique entre des pro et des anti-régime. Ça demande un courage immense, au risque de l’emprisonnement, de la torture, de la pendaison. L’un des derniers numéros concerne votre question. L’étudiant disait au pro-régime : une population qui ne vous soutient pas même quand elle reçoit des bombes de l’extérieur, c’est la définition de votre chute. Je ne crois pas que quoi que ce soit aide ce régime à rester en place.

    Imaginez-vous deux États, Israël et Palestine coexister sans que les extrémistes religieux n’attaquent les droits humains et ceux des femmes ?

    A.T. : L’heure n’est pas à l’imagination mais au travail. C’est dangereux de sous-estimer l’ampleur du travail qu’il y a à faire. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Abandonner ce travail serait suicidaire, ce serait accueillir à bras ouverts le chaos, la mort et l’injustice. Ne rien faire, se dire « je n’y connais rien, j’espère que ça ira », c’est être complice de ce qui est en train de se passer là-bas.

  • « Pas d’autre plan que d’évacuer les colonies »

    « Pas d’autre plan que d’évacuer les colonies »

    La Marseillaise : Israélienne, femme rabbin pour la paix, comment vivez-vous la période en Israël ?

    Nava Hefetz : C’est dur. On est souvent menacés. On est parfois bannis de notre famille qui ne pense pas comme nous. Surtout depuis le 7 octobre, des amis ont coupé les liens. Mais ce n’est pas important au regard de l’enjeu.

    Le gouvernement israélien réprime son opposition parlementaire et commet ce que les institutions appellent un génocide. Israël est-il encore une démocratie ?

    N.H. : On est en train de perdre notre démocratie. Elle est formelle mais ne correspond plus aux valeurs démocratiques. On sent la répression, la répression est violente. Le clivage qui a lieu en Israël aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un clivage droite- gauche mais un clivage messianiques-démocrates. Tant qu’il n’y a pas d’élection, on ne peut pas mesurer l’état du rapport de force mais sur le terrain nous sentons la pression des messianiques. D’ailleurs, le gouvernement Netanyahu ne tient que par les dirigeants des colons Smotrich et Ben Gvir. Donc Netanyahu laisse faire les violences notamment en Cisjordanie.

    Depuis cette nouvelle guerre, on assiste à une flambée d’antisémitisme. Comment l’analysez-vous ?

    N.H. : L’antisémitisme est un phénomène ancien. Il était latent et n’attendait qu’une étincelle. C’est très facile de mettre tous les Israéliens dans le même paquet, tous les juifs dans le même paquet comme si on était tous pro-Netanyahu. Ça fait cinq ans qu’Israël connaît des manifestations massives. D’abord pour la réforme judiciaire, puis on a enchaîné avec le 7 octobre et rien ne bouge. Les manifestations ne suffisent plus. Il faut être beaucoup plus incisif, il faut carrément stopper le pays si on veut changer.

    Croyez-vous aux sanctions économiques ?

    N.H. : C’est une chose qui n’a pas été essayée parce que les économies occidentales sont très liées à celle d’Israël. Moi, je crois que des mesures, par exemple sur les visas, pourraient créer un électrochoc.

    Que pensez-vous de l’initiative française pour la reconnaissance de l’État palestinien ?

    N.H. : C’est très tard mais mieux vaut tard que jamais. Il faut voir ce qui se passe à Gaza mais aussi en Cisjordanie. La politique des colons est d’étendre leurs emprises en multipliant les avant-postes. Il y a 900 barrages routiers qui enferment les villages palestiniens. Il y a une stratégie délibérée de rendre l’existence d’une Palestine souveraine impossible. 4 000 habitations sont en construction près de Jérusalem-Est dans ce but. Il y a aussi un harcèlement des populations palestiniennes proches d’Ébron où chaque nuit des jeunes colons délinquants viennent mettre le feu, vandalisent les commerces palestiniens, les voitures pendant que l’attention est à juste titre sur Gaza. Que fait la France contre ça ?

    Quel est, selon vous, le chemin de paix à emprunter ?

    N.H. : Il n’y aura pas d’autres plans que d’évacuer les colonies et de créer un État palestinien. On est ensemble, israéliens, palestiniens, militants. On ne lâche pas, on ne lâchera pas.

  • Avec ces femmes qui exigent la paix

    Avec ces femmes qui exigent la paix

    Réunies au sein du Forum mondial des femmes pour la paix, dont la deuxième édition se tient à Essaouira – la première avait été organisée en 2023 – elles lanceront ce samedi un « appel des femmes du monde » à la veille de la journée internationale pour la paix.

    Objectif : faire entendre en grand des voix trop peu audibles dans un monde secoué par les conflits, particulièrement meurtri par la guerre au Proche-Orient et l’horreur qui se déroule à Gaza.

    Amina, étudiante qui porte un sac « Shalom Aleykoum » se dit « très fière que ce soit au Maroc, mon pays, et à l’initiative de femmes, qu’un forum pour la paix soit possible ».

    Floriane, française, femme rabbin, renchérit : « je ressens énormément de force en étant là. Chaque personne a le pouvoir d’agir. Ici on porte toutes et tous des narratifs différents et c’est très impressionnant ». Cherazade, du conseil local des jeunes d’Aubervilliers est, quant à elle, venue chercher des éléments de réponse à une question ambitieuse : « comment faire en sorte que la paix devienne la religion de tous ? ». « S’il y a un endroit où je voulais être, c’est ici », ajoute-t-elle.

    « Nous sommes l’espoir et l’avenir »

    Zhor Rehihil, conservatrice musulmane du musée du judaïsme marocain de Casablanca, « je crois qu’ici nous sommes l’espoir et l’avenir. Beaucoup de juifs sont partis du Maroc mais une petite communauté reste et nous vivons en paix. La composante hébraïque est inscrite dans la Constitution de 2011, la mémoire juive est très riche ici, y compris des musulmans travaillent à sa transmission. Il n’y a pas qu’un judaïsme séfarade et ashkénaze, il y a aussi un judaïsme amazigh ancré ici depuis 2 500 ans. Il faut casser les préjugés, c’est là la mission des musées », témoigne-t-elle.

    Point de départ des échanges : un documentaire réalisé par deux femmes, Hanna Assouline, française de culture juive et Sonia Terrab, marocaine de culture arabo-musulmane, co-fondatrices du mouvement des Guerrières de la paix. On y croise des habitants du Proche-Orient, broyés par l’engrenage de la guerre mais qui refusent de céder à la haine.

    Dans la salle, l’émotion est palpable, des larmes coulent sur de nombreuses joues notamment lors du témoignage du fils de Vivan Silver, cette militante pacifiste israélienne morte brûlée vive par le Hamas dans sa maison du kibboutz Be’eri cinq jours après sa participation à la marche des « mères pour la paix ». « Je suis fier qu’un centre de secours pour les orphelins de Gaza porte son nom, plutôt qu’il soit gravé sur une bombe qui tue des innocents », confie-t-il. Certains protagonistes du film sont dans la salle comme le militant palestinien de la non-violence Ali Abu Awad, prisonnier pendant 4 ans dont le frère a été tué par un soldat israélien. « Je ne suis pas quelqu’un d’extraordinaire, je ne suis qu’un être humain. je ne supporte plus cette compétition morbide de souffrance, je crois qu’il faut être pro-solution, pro-paix bien sûr pour cela il faut de la justice », affirme-t-il.

    « Pas suffisamment de leaders »

    Dans le public, Meriem, une jeune marocaine partage entièrement la démarche mais doute de l’issue. « Je ne pense pas que nous avons suffisamment de leaders », déplore-t-elle, constatant que le camp de la paix est considérablement affaibli.

    Ali Abu Awad lui répond : « en effet, nous avons aujourd’hui des politiciens qui sont des gestionnaires de la réalité comme elle est. Nous avons besoin de plus de leaders pour impulser le changement. Ça commence par chacun d’entre nous, il faut être un peu un héros pour défendre le pays ».

    Hanna Assouline répond à son tour à la jeune femme : « les leaders, elles sont devant vous, elles devraient parler devant l’assemblée générale des Nations unies, amplifions leurs voix ! ».