Amine Kessaci, son frère, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic espère « des milliers de personnes ». De nombreuses personnalités politiques de tous bords sont attendus pour cette marche blanche placée sous le mot d’ordre : « Justice pour Mehdi, 20 ans, mort pour rien » et d’autres initiatives sont annoncées dans plusieurs villes françaises.
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Amine Kessaci : « Élus, citoyens, associatifs, levez-vous ! »
La voix blanche, il ravale ses sanglots quand il évoque Mehdi mais appelle à un véritable sursaut populaire.
La Marseillaise : Comment trouvez-vous aujourd’hui la force de continuer ?
Amine Kessaci : Je la trouve en deux choses. Premièrement ma maman, c’est elle qui m’a demandé de me lever, me secouer et je lui dois bien ça. Elle qui a déjà enterré deux enfants, qui a déjà tant souffert, tant fait de sacrifices. Et puis surtout si je veux garantir ma sécurité, celle de mes proches, de celles et ceux qui ont parlé, on est obligés de se lever, d’être des milliers de personnes.
Quel est le message que vous souhaitez faire passer samedi lors du rassemblement ?
A.K. : C’est justement de dire aux élus, associatifs, citoyens, levez-vous, saisissez-vous de ce sujet. Plus on sera nombreux, plus on sera différentes personnes à être identifiées sur ces sujets et moins nos vies seront menacées. Aujourd’hui si je me lève c’est pour rendre un dernier hommage à mon petit frère.
Que pensez-vous des réactions politiques que ce drame a suscité ? De la venue des ministres
de l’Intérieur et de la Justice
à Marseille jeudi ?A.K. : Je ne commenterai pas les réactions politiques, je ne suis plus dans cet élan. Cela fait des années que j’alerte. Vous m’avez interviewé plusieurs fois à La Marseillaise, vous m’avez donné la parole à de nombreuses reprises, j’ai fait des tribunes, des manifestations, on a fait plein de choses. Moi je suis aujourd’hui épuisé, [il répète] épuisé. Si la mobilisation citoyenne porte, j’en suis ravi, j’espère que des gens vont porter le flambeau. Les politiques savent ce qu’il y a à faire. Depuis le drame de mon petit frère, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas l’ampleur du narcotrafic. Moi je l’ai payé, avec le sang de mon frère. Maintenant c’est à eux de voir ce qu’ils vont faire.
Vous avez pu rencontrer mercredi Roberto Saviano venu recevoir à Paris le prix Constantinople qui récompense les écrivains œuvrant pour la paix. Que pensez-vous de son analyse sur le narcotrafic ?
A.K. : Ce qu’il dit, ça fait peur. Mais c’est quelqu’un qui connaît le sujet, lui qui vit sous protection policière depuis 2006 [condamné à mort par la Camorra, Ndlr.]. Il a étudié la question mais il ne faut pas tomber dans le piège tendu par la sphère médiatique qui est d’aller comparer la France avec l’Italie ou le Mexique. Pas besoin de regarder ailleurs, cela se passe chez nous, à Marseille, à Rennes dans d’autres villes de France, on a notre propre mafia. La DZ a déjà fait des communiqués de presse, ça y est. Par contre on peut s’inspirer de ce que font ces pays, certainement. Il faut légiférer.
« Cela fait des années que j’alerte, aux politiques de voir ce qu’ils veulent faire »
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Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi
Robin Renucci, directeur du théâtre de La Criée« L’Appel de Marseille que j’ai signé reflète la diversité d’une société civile solidaire et aujourd’hui aux côtés d’Amine et sa famille. Si on veut que les choses bougent, il faut comprendre le diagnostic porté depuis des années. J’ai envie qu’on rappelle les causes de cette violence qui prospère sur le chômage, la pauvreté, l’absence de perspective. [Je veux] parler d’éducation nationale, artistique, populaire, qui doit offrir à chaque jeune des savoirs émancipateurs. Parler aussi de l’accès aux transports, à la santé, de la réduction des inégalités sociales ou culturelles. À la Criée, nous menons des actions qui permettent à la population de nous rejoindre, de la représenter. La question c’est que faire pour que ces quartiers, invisibles, puissent s’asseoir à la table de la démocratie, et rompre le cycle du désespoir. »
Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF« Je trouve Amine très courageux, je veux lui dire qu’il n’est pas seul. On l’accompagnera, comme on accompagne toutes les victimes liées de près ou de loin à ce fléau. Je partage son avis de remettre de la République dans les quartiers, qu’il faut travailler contre l’échec scolaire, qu’il faut plus de services publics, de médiation. Je suis sûre qu’in fine c’est la solution, on ne peut pas parler que de répression même si l’aspect sécuritaire doit y être. Née dans le 15e, je suis issue des quartiers populaires. Le premier meurtre auquel j’ai eu affaire j’avais 18 ans, c’était le frère de ma meilleure amie. Et ça m’avait touché. Il aura fallu que le frère d’un militant politique soit assassiné pour que l’Élysée réagisse, c’est dramatique. J’espère aussi que le Parquet national anti-criminalité ne sera pas qu’une vitrine. »
Françoise Risterucci, responsable CGT des territoriaux de la Ville de Marseille« J’ai mal pour Amine, sa famille. Le narcotrafic découle de l’abandon des quartiers, il n’y a plus de social, de services publics, plus ce lien. Les gamins n’ont plus rien. Je travaille dans des écoles où quand on leur demande ce qu’ils veulent faire plus tard, ils nous répondent chouf. Des petits de 10 ans ! Tout ça parce que ces gens leur permettent d’acheter des bonbons ou d’aller à la piscine. Il faut leur permettre de rêver et cela doit être une cause nationale. »
Horiya Mekrelouf, présidente du Mrap 13« Il ne faut pas se taire, la mafia c’est le fascisme. Cela veut dire que quand on défend une cause juste, on peut être assassiné. Il n’y a pas de mot assez fort pour dire que nous sommes dans une bascule. On est dans un état de sidération, dans un contexte de racisme, d’antisémitisme et de racisme anti-musulman. Il faut qu’on se parle. Nous militants sommes conscients de ce contexte, mais sommes-nous crus ? Quand pendant des années, on a criminalisé toutes les associations des droits humains ? »
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L’exemple qui vient d’en bas
Très attendus à Marseille depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin, ont écouté les exigences des élus du territoire sans apporter d’éléments tangibles pour y répondre.
Peut-être était-ce la seule attitude digne à tenir après tant d’effets d’annonce sans transformation réelle des conditions de vie des habitants des quartiers populaires de Marseille ? Peut-être était-ce aussi le signe que le sommet de l’État est lui-même sonné par cet assassinat d’intimidation qui démontre la dimension incontrôlable prise par les groupes mafieux prospérant sur le trafic de drogue ?
En tout état de cause, c’est une déception pour celles et ceux qui espéraient des annonces à la hauteur du défi à relever en matière de lutte policière contre le narcotrafic et de moyens judiciaires pour le réprimer.
Courage et dignité
À Marseille, malgré l’adversité, comme souvent l’exemple vient d’en bas. En l’espèce, il vient de la famille Kessaci qui appelle à marcher en mémoire de Mehdi, assassiné à l’âge de 20 ans mais aussi des signataires de l’Appel de Marseille « assassinat, trafics, armes, drogue, ça suffit ». Dans nos colonnes, ils disent avec courage et dignité leur refus de voir Marseille mise en coupe réglée par les criminels.
Ils seront rejoints, samedi, par des responsables nationaux de partis de gauche mais aussi par les premiers élus de notre territoire. C’est le signe que les assassins de Mehdi ont échoué. Ils pensaient faire régner la loi du silence mais la société civile et les élus de la République leur crient « stop ». Une exigence que l’État se doit d’entendre.
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Marchons unis
Les narcotrafiquants voulaient le faire taire. C’est raté. Touché au cœur par l’assassinat de son petit frère, Amine Kessaci ne leur offrira pas cette victoire.
En prenant la parole au lendemain de l’enterrement du jeune Mehdi, assassiné pour semer la terreur, il fait preuve d’un courage remarquable et d’une détermination exemplaire.
C’est désormais à nous tous, habitants de Marseille et du sud de la France de nous exprimer. Refusons, haut et fort, que l’on puisse assassiner des innocents pour laisser perdurer un business qui n’engendre que souffrance et violence. Refusons, haut et fort, d’être réduits au silence par une mafia les mains pleines de sang. Refusons, haut et fort, la drogue et le crime comme seul horizon proposé à la jeunesse des quartiers populaires.
Non à la loi de la pègre
Dans son appel à la marche blanche de ce samedi à 15h au départ du rond-point Claudie-Darcy, la famille Kessaci réclame « Justice pour Mehdi, 20 ans, mort pour rien ». Il est en effet mort sans être coupable de rien.
Charge à nous tous de faire qu’il ne soit pas mort pour rien en envoyant aux narcotrafiquants un message d’unité populaire plus fort que les armes et l’appât du gain mais aussi un message d’exigence de résultats à l’État.
La Marseillaise appelle à participer en grand nombre à cette marche blanche en hommage à Mehdi Kessaci et pour dire non à la loi de la pègre.
Marchons unis. La tête haute. Sans crainte. Nous avons le pouvoir de dire stop. Amine Kessaci a raison. « On ne peut pas tuer tout un peuple. » Ce sont les masses qui font l’histoire.
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Comment participer à la marche blanche à l’appel de la famille de Mehdi Kessaci ce samedi
Alors que l’inhumation de Mehdi Kessaci, 20 ans, assassiné le 13 novembre par un commando à moto jeudi à quelques pas du Dôme (4e) avait lieu mardi 18 novembre, l’heure est à la mobilisation citoyenne.
À l’appel de la famille Kessaci, une marche blanche pour réclamer « justice pour Mehdi, 20 ans, mort pour rien », est organisée ce samedi 22 novembre, à 15h, au départ du rond-point Claudie Darcy (4e).
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La famille et les amis de Mehdi Kessaci toujours sous le choc
Douleur et sidération devant le petit cimetière de Saint-Henri (16e) où Mehdi, 20 ans, a été inhumé ce mardi 18 novembre. Le jeune frère d’Amine Kessaci, militant écologiste, 22 ans, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic après avoir perdu en 2020 son aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture, a été assassiné froidement par un commando à moto jeudi à quelques pas du Dôme (4e), alors qu’il attendait sa mère, au volant de la voiture familiale.
La piste d’un crime « d’avertissement » restant pour le moment privilégié indiquait lundi le procureur de Marseille, Nicolas Bessone. Une hypothèse devenue affirmation ce mardi, dans la bouche de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. Un cran supplémentaire dans la violence et l’horreur qui a touché en plein cœur Amine, sa famille mais aussi ses amis, les associatifs, les militants politiques ou les élus mobilisés à ses côtés depuis des années. La peine est immense, la peur palpable. Où désormais, le simple retard d’un enfant après l’école donne des sueurs froides.
En hommage, le petit parking où a eu lieu le drame a été couvert d’un tapis de fleurs dans la journée. Plus tard dans la soirée, ils sont nombreux à être venus partager un moment de recueillement le temps d’un repas, dans les locaux de l’association Conscience, dans le quartier de Château-Gombert (13e). Elle a été fondée par Amine Kessaci justement pour sensibiliser aux ravages du narcotrafic. Dans la rue comme dans la cour intérieure, le dispositif policier, avec six fourgons et des agents en nombre, est impressionnant. Lorsqu’un convoi de trois voitures déboule vers 19h15, ils font corps pour le laisser entrer. À bord, Amine Kessaci désormais protégé par les hommes du Raid, lourdement armés. Évidemment dévasté, il sortira du véhicule sous les applaudissements.
Une marche blanche samedi« Amine, je l’ai connu il avait 17 ans, lors de la campagne où je me suis engagée aux côtés du Printemps marseillais, il combattait le narcotrafic, lui aux côtés des victimes par balles, des jeunes qui croyaient pouvoir s’en sortir en acceptant l’argent facile, moi en aidant les usagers de drogue, aussi des victimes » nous confie, émue, Michèle Rubirola (EELV), première adjointe au maire de Marseille. Pour elle, avec le meurtre de Mehdi, un « cap a été franchi, la société est en danger » et la seule politique sécuritaire ne saurait suffire. « Il faut aussi des politiques sociaux et de reconstruction de la ville » estime l’élue avec à ses côtés Didier Jau maire écologiste des 4e et 5e arrondissements, Marie Toussaint, députée européenne EELV ou encore Olivia Fortin (Mad mars) maire des 6-8.
Marion Honde-Amiar, responsable du collectif quartiers populaires du PCF 13 et militante des 13-14, Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF et élue de Septèmes-les-Vallons, et Marie-José Cermolacce, conseillère municipale déléguée aux nouveaux arrivants et conseillère d’arrondissements déléguée au port et à la sécurité, sont là aussi. Cette dernière oscille entre tristesse et colère. « C’est chaque mois un point de bascule, combien de morts encore va-t-il falloir pour que l’État se mobilise ? » s’indigne l’élue qui n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme au fil des narchomicides, entre lettre au préfet et travail avec ses homologues d’autres villes. Comme beaucoup ce soir-là, elle compte bien qu’enfin les citoyens se fassent entendre, lors de la marche blanche organisée samedi après-midi, à laquelle elle participera.
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Après les obsèques de Mehdi Kessaci, une marche blanche
« C’est à ce stade la piste privilégiée. » Après l’assassinat de Mehdi Kessaci, 20 ans, abattu en plein après-midi le jeudi 13 novembre, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone a confirmé sur France Inter la forte probabilité du crime d’avertissement. Même si « toutes les hypothèses » restent envisagées à ce stade de l’enquête.
Totalement inconnu des services de police a rappelé le magistrat, le jeune homme de 20 ans était le frère du militant écologiste, Amine Kessaci, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic. Ce dernier a créé en 2020 l’association Conscience après la mort de son grand frère, Brahim, dont le corps avait été retrouvé calciné dans une voiture.
Inhumé dans l’intimitéIl a aussi publié un ouvrage le 2 octobre, intitulé Marseille, essuie tes larmes, vivre et mourir en terre de narcotrafic, dénonçant l’engrenage dans lequel a été pris Brahim, n’hésitant pas à plusieurs reprises à dénoncer haut et fort une « narcocratie ». Depuis plusieurs semaines, Amine Kessaci était sous protection policière après avoir reçu des « menaces et des pressions très fortes » a précisé le procureur de la République qui réclame plus de moyens pour la police judiciaire, en mal d’enquêteurs, pour permettre de démanteler les réseaux.
Après une cérémonie à la mosquée de Frais Vallon (13e), Mehdi Kessaci sera inhumé « dans l’intimité » ce mardi 18 novembre au cimetière de Saint-Henri (16e). La priorité de la famille étant de « rassembler le plus de monde possible » au cours d’une marche blanche ce week-end, dont les modalités restent encore à préciser indique l’association Conscience.
Cet assassinat intervient aussi alors que le procès où seront jugés les auteurs présumés du meurtre de Brahim doit avoir lieu prochainement. « Ce sera le procès qui marquera la fin de l’impunité. La justice doit être claire, ceux qui ont du sang sur les mains doivent être traqués sans relâche », avait commenté Amine Kessaci.
![[#Direct] La marche blanche en hommage à Mehdi Kessaci](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2025/11/20fe7c4e48c429c8ff309e97dcf8b647.jpg)
