Tag: Manifestations lycéennes

  • À Montpellier, le Pacte du pouvoir de vivre dénonce le budget 2027

    À Montpellier, le Pacte du pouvoir de vivre dénonce le budget 2027

    Le Pacte du pouvoir de vivre regroupe au plan national une soixantaine d’organisations syndicales, associatives et citoyennes engagées pour la justice sociale, écologique et démocratique. À Montpellier son groupe local dénonce « la déconnexion croissante entre l’action gouvernementale et les réalités sociales, économiques et environnementales vécues par la population », explique Bernard Morin, un de ses animateurs. « Les mobilisations actuelles des lycéens, des étudiants, des salariés et des retraités traduisent des préoccupations légitimes qui nécessitent écoute, dialogue et réponses concrètes », explique le militant.

    Tout « en condamnant absolument les violences, les dégradations et les pillages, elles invitent à s’interroger sur leurs causes sociétales et demandent au gouvernement d’assurer la sécurité publique et, tout autant, d’apporter des réponses concrètes et ambitieuses aux revendications exprimées ». Et d’ajouter : « La déconnexion gouvernementale se manifeste également dans un projet de budget 2027 injuste, susceptible d’appauvrir la grande majorité de la population face à la hausse du coût de la vie et des dépenses énergétiques et de santé, tout en épargnant largement les plus hauts revenus. » Le Pacte du pouvoir de vivre critique notamment le gel ou la réduction des retraites, de certaines aides sociales, la stagnation des rémunérations, l’augmentation du reste à charge des patients et la diminution des moyens consacrés à la transition écologique, à la rénovation énergétique et à la protection de la biodiversité.

    Et d’appeler « à des politiques publiques ambitieuses, fondées sur la justice sociale, la réduction des inégalités et de la pauvreté, l’anticipation des crises. Il souligne, pour y parvenir, l’importance d’associer bien davantage les citoyens, les syndicats, les associations et les acteurs de terrain à l’élaboration des solutions ».

  • François de Canson : « Tout ce que l’État ne prendra pas à la Région, je le mettrai dans les lycées »

    François de Canson : « Tout ce que l’État ne prendra pas à la Région, je le mettrai dans les lycées »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque samedi à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    Le nouveau président de région

    Didier Gesualdi : Vous avez pris la tête de la Région le 12 octobre. Depuis, il y a eu les catastrophes naturelles, les manifestations lycéennes, les émeutes du 17 octobre, le mouvement social qui est à son plus haut… Allez-vous arriver à dégager des priorités ?

    Quand on accède à la présidence de la Région, il faut être prêt, prêt à toutes les situations. Je suis avant tout un élu de terrain, j’ai l’habitude des crises. C’est vrai que j’ai été bien servi depuis mon arrivée. Les lycéens d’abord, le chaos dans la rue, les inondations…

    Didier Gesualdi : Vous passez derrière Renaud Muselier, une personnalité nationale avec une façon bien à lui de faire de la politique. Quelle sera la vôtre ?

    D’abord, c’est un Marseillais, moi, je suis un Toulonnais, donc on n’a pas peut-être pas les mêmes gènes. J’ai beaucoup d’admiration pour Renaud Muselier. C’est quelqu’un qui a su transmettre et de nos jours, en politique, c’est extrêmement rare. Moi, je suis un élu de terrain, maire depuis 18 ans. Je connais les gens, j’aime les gens, le contact. J’aime sentir les choses avant de prendre des décisions. Ma caractéristique, c’est que je suis un gros travailleur, j’ai une grande capacité d’écoute et je prends des décisions. Ça va être le nouveau style que je vais imposer à la Région. Une Région pour tous, un territoire que je vais parcourir en permanence pour aller écouter les maires. Je sais ce que c’est, être maire, je connais leurs priorités, je sais que ce n’est pas facile. Notre région est immense, c’est un territoire béni des dieux comme j’aime à le dire. J’espère que dans cette belle région, comme savait le faire si bien M. Muselier, l’optimisme sera de rigueur.

    Léo Purguette : Renaud Muselier a été élu au Sénat, mais il est toujours membre de votre majorité. Comment allez-vous articuler vos interventions ?

    Ce n’est pas toujours facile d’avoir le prédécesseur dans ses troupes.J’ai beaucoup de chance. Renaud Muselier m’a laissé les clefs du camion avec le plein. On a une Région en bonne santé. C’est quelqu’un qui observe, qui connaît particulièrement bien les rouages de cette région, ses conseils seront utiles.

    Les Lycéens

    Didier Gesualdi : Estimez-vous qu’on a répondu convenablement aux revendications des lycéens ?

    D’abord, les revendications sont normales. On a le droit dans ce pays de revendiquer, de manifester, mais pas de casser. C’est ce que j’ai dit immédiatement aux lycéens. Je peux tout entendre, mais tout doit se faire dans le calme et la démocratie. Je me suis rendu, ce vendredi, dans un lycée à Salon-de-Provence. Un lycée qui a été détérioré. En quinze jours, on a fait tous les travaux et tout doit recommencer dans des conditions optimales. J’ai rencontré les jeunes, vu le parlement régional de la jeunesse, déclenché un audit. On a fait le tour des 174 lycées. On est en train de me faire remonter l’ensemble des demandes des proviseurs sur la plateforme Allo lycées. Quand on a récupéré l’héritage de Vauzelle, il y avait un gros retard dans les lycées. 2 milliards ont été mis dans lycées depuis 10 ans. Je vais injecter encore 2 milliards pour les 10 ans à venir. J’ai sanctuarisé 300 millions pour l’année prochaine pour les travaux dans les lycées. On a déjà mis 6 millions pour les travaux d’urgence, on va rajouter 10 millions avant la fin de l’année par rapport au changement climatique. On est très actifs, très présents. Je vais écouter les revendications et donner des réponses concrètes. Vous verrez que, très vite, on va retrouver le calme.

    Léo Purguette : Les syndicats enseignants ne sont pas d’accord avec ce que vous dites. Ils indiquent que la majorité de M. Vauzelle a plus investi que vous et disent que notre Région est en bas du classement des Régions sur les investissements dans les lycées.

    Il y a eu des regroupements de Régions, donc ça fait des chiffres plus gros, mais au niveau global beaucoup d’argent a été mis dans les lycées. On a tous été lycéens. Combien on était par classe ? Il faisait chaud. Les sanitaires, ce n’était pas toujours parfait. Il y a eu une montée en gamme. Il faut encore monter en gamme.

    Le rapport avec l’État

    Léo Purguette : Vous êtes tributaire des annonces du gouvernement. Votre vice-présidente s’étonnait, dans les colonnes de La Marseillaise, du seuil de 28 élèves par classe, difficile à traduire vite au niveau du bâti. Est-ce que ce sont des promesses en l’air ?

    J’ai été très étonné des réponses du gouvernement. Quand il me dit qu’il va me donner des facilités pour emprunter pour financer les travaux dans les lycées… J’ai envie de dire qu’en tant que maire, président d’intercommunalité et maintenant président de Région, que j’ai toujours su emprunter. Mais emprunter quand les taux sont à 5%, est-ce que c’est une bonne chose ? Je ne pense pas. De ce côté-là, je dis au gouvernement : « Laissez-moi agir, je sais faire, je connais, faut pas m’expliquer. » En deux ans, l’État a pris 170 millions à notre Région. Et l’année prochaine, il veut nous prendre 50 millions. Je veux partager l’effort même si c’est un peu facile de mettre les collectivités à l’os quand on n’arrive pas à équilibrer le budget. Sur les 50 millions qu’on veut me prendre, prenez en 20 et laissez-m’en 30 pour mettre dans les lycées. J’ai dit au président de la République quand il est venu ici : « Tout ce que l’État ne prendra pas à la Région, je le mettrai dans les lycées. » J’espère que cette proposition sera entendue.

    Le Rassemblement national

    Léo Purguette : Qui peut battre le RN selon vous ?

    On n’en est pas au choix. Aujourd’hui, il y a beaucoup de candidats, on sait que tout va se jouer début janvier. Je suis contre les extrêmes. Chez moi, il n’y a pas de porosité avec le RN. J’ai toujours eu des candidats d’extrême droite contre moi, je les ai toujours battus.

    Didier Gesualdi : Allez-vous pouvoir résister à une vague RN aux prochaines régionales ?

    Je ne suis pas là pour faire l’intérim. Je suis là pour bâtir une équipe pour garder cette Région. Elle est bien gérée, elle fonctionne bien, elle a de bons résultats. Je crois que les gens le voient. M. Allisio nous disait qu’il avait déjà gagné Toulon et Marseille, ils ont perdu les deux. En politique, rien n’est joué.

    Léo Purguette : La Marseillaise révèle que son collaborateur, pointé pour ses écrits haineux, est toujours salarié. Ça vous choque ?

    Si M. Allisio ne veut pas balayer devant sa porte, à un moment, il va prendre la porte dans la tête. En tout cas, on va être extrême vigilant.

    Les inondations

    Didier Gesualdi : Comment faire face aux conséquences du changement climatique et aider les sinistrés ?

    Spontanément, je suis allé aux côtés des inondés. J’ai débloqué 5 millions d’euros pour les aider. C’est une problématique que je connais bien. En 2014, deux fois ma ville a été touchée. J’ai porté un projet de loi à travers un député varois à l’époque. Il faut simplifier les procédures des services de l’État pour que les collectivités puissent aider. On meurt de l’administration. Aujourd’hui, dans la présidentielle, grand nombre de candidats veulent des simplifications administratives. Le 17 novembre, je recevrai pour le congrès régional des maires Jean-Louis Borloo, qui a une vision très forte du changement nécessaire pour l’État.

    Léo Purguette : Les mairies sont très en colère, ils menacent de ne pas organiser la présidentielle…

    Ce n’est pas possible. Mais ça montre le ras-le-bol. On demande aux collectivités, qui sont déjà en difficulté, d’abonder le budget de l’État. Je souhaite que tout parte du terrain.

    Le climat social

    Didier Gesualdi : Est-ce qu’on va vers une radicalité encore plus importante du mouvement social ?

    Je n’ai pas de boule de cristal. Je ne sais pas comment ça va évoluer, personne ne le sait. Par contre, j’ai été choqué par la violence, notamment à Marseille. J’étais là dès le dimanche 18 octobre au matin. J’ai vu des gens qui avaient tout perdu, des commerçants pleurer, des magasins pillés… Que ce soit le Département, la mairie, la Région. Tout le monde est choqué. Comme l’avait fait Renaud Muselier en 2023, on a activé le fonds d’urgence. On va être capable dans les 15 jours qui viennent de donner 10 000 euros aux commerçants touchés pour leur redonner du souffle. L’initiative est portée par la Région, qui a la compétence économique. On a été rejoint spontanément par le Département qui met 5 millions, par la Métropole qui va nous aider, si d’autres collectivités veulent venir au lieu de faire du bruit…

    Léo Purguette : Même la Ville ?!

    Ça avait été contesté jusqu’en justice par la Région la dernière fois… Parce qu’ils l’avaient fait directement. Si la Ville vient rejoindre le fonds ouvert par la Région, tout se passe bien. Chacun a sa légitimité, on doit travailler ensemble, chacun doit être un maillon de la chaîne. Le leader dans ce cas-là c’est la Région, on est là pour aider. Plus il y aura d’argent, plus on pourra aider les commerçants. Là aussi, il ne faut pas que l’État se trompe, il doit se caler sur la Région parce qu’on a un guichet unique, que ça va vite. C’est ce que j’ai dit au ministre Papin.

    Didier Gesualdi : Quelles réponses à tous ceux qui ne cassent pas, mais qui vivent dans des conditions de vie très difficiles ?

    Je suis extrêmement sensible au pouvoir d’achat. En tant que maire, je touche ça du doigt tous les jours. À la Région, le président Muselier avait largement commencé. Il a fait en sorte que chaque étudiant puisse avoir une économie de 2 500 euros par an à travers les différents pass mis en place. Chaque fois qu’on peut aider nos concitoyens avec les pass transports, santé, loisirs etc. Il faut le faire. Et chaque euro investi doit avoir un sens. Il faut être respectueux de l’argent public et transparent sur son utilisation.

    Léo Purguette : Une des racines principales de cette crise, c’est l’explosion du coût des carburants. Le gouvernement doit-il baisser les taxes ? Nationaliser les compagnies qui affichent des profits indécents au regard des souffrances du monde du travail ?

    Je suis président de Région, je ne suis pas parlementaire. Chacun son niveau de compétence. Bien évidemment, je souhaite qu’on aide les Français. Quand la France souffre, il faut donner des moyens pour permettre aux gens de vivre dignement.

    Léo Purguette : Au-delà du climat social, il y a ce fond de l’air délétère avec cet attentat raciste à Trappes. Est-on face à un glissement ?

    Il y a un glissement, il faut le contrôler. Une dérive. Je crois que l’extrême gauche y est pour beaucoup…

    Léo Purguette : Ce n’est pas l’extrême gauche qui a tué à Trappes !

    Non, mais c’est toujours un extrême. On est toujours dans l’extrême. Face à cela, dans les élections, chaque fois qu’on est uni, on n’a jamais perdu. Soyons unis pour la présidentielle, les législatives, les régionales. Et vous verrez, on n’a pas grand-chose à craindre.

    La République c’est quoi ?

    François de Canson : « Ce n’est pas ce qu’il se passe en ce moment. La République, ce n’est pas le chaos, ce n’est pas casser. La République c’est le respect, c’est Liberté, Égalité, Fraternité. La Liberté, c’est de pouvoir exprimer ce que l’on veut de manière démocratique. Quand on va voter, ce qui me plaît beaucoup, c’est que dans l’isoloir, tout le monde est égalitaire devant le bulletin de vote. Je dis aux citoyens : allez voter, faites en sorte qu’il y ait une vraie majorité pour que ce pays puisse fonctionner de la façon la plus démocratique possible. »

    La question des lecteurs : Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Marie : Qu’est-ce qui va changer avec un président

    de la Région qui vient du Var ?

    D’abord, c’est une première et je crois que c’est une bonne chose. On a eu des présidents de Région qui venaient d’Arles, de Marseille, de Nice. Aujourd’hui, on a un président de Région qui vient de La Londe-les-Maures, dans le Var. C’est peut-être un style différent, c’est peut-être aussi rétablir un équilibre entre l’ensemble des territoires. Aujourd’hui on le voit, le département du Var ne cesse de grandir et est en train de trouver sa place sur l’échiquier régional. Moi, je suis là pour que le Var émerge, bien évidemment, mais pour qu’il y ait un équilibre entre tous les territoires. Je suis un homme d’équilibre, de dialogue. Comptez sur moi. Les Varois, c’est solide et ça sait partager.

  • Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    « La situation est très sérieuse dans le pays. » C’est avec gravité que le patron des patrons de la région, Stéphane Benhamou, a fait le point ce jeudi 29 octobre. Fini le président du Medef Sud « punchy » avoue-t-il, pétri d’une « inquiétude » partagée par « une large majorité d’entrepreneurs ».

    D’abord parce que la société est « fracturée » analyse-t-il eu regard des manifestations lycéennes et pour le pouvoir d’achat qui s’égrènent depuis plus d’un mois. Avant ces dernières, « le taux de vacances en centre-ville, 20%, était déjà dramatique à Marseille, on ne peut pas aggraver cette situation-là », estime-t-il, car « chaque fois que le centre-ville est déserté, on laisse la place à des points de deal, à des populations communautaristes qui monnayent les marchands de sommeil et qui amplifient la désertification ».

    Dans cette ambiance « anxiogène », pour lui, « la réponse se trouve dans l’entreprise, la capacité à offrir du travail, des perspectives ». Le Medef Sud organise pour ce faire la deuxième édition d’Action sud, le 1er décembre, sur le campus Esca d’Aix-en-Provence pour « mettre en confrontation les attentes des jeunes et des entrepreneurs » sur différents thèmes, comme l’économie verte, l’IA responsable, la féminisation des filières scientifiques…

    Peser sur le politique

    Plus généralement, les patrons comptent faire valoir leurs propositions à quelques mois de la présidentielle. Elles sont très tranchées. « Nous n’en sortirons pas autrement que par une attaque violente et frontale des lignes de dépenses budgétaires » balance Stéphane Benhamou, partant du principe que les entrepreneurs font déjà assez d’effort.

    « Les dépenses de l’État ne sont plus supportables et la mise en œuvre ne peut en aucune manière être de la responsabilité financière des entreprises » estime-t-il, dénonçant le gel de l’allègement des « charges » sociales, « 11 milliards d’euros prélevés soit 550 euros par salarié ». Pas un mot sur les 112 à 166 milliards d’aides de l’État par an, tous dispositifs compris, selon les travaux d’une commission d’enquête sénatoriale, rendus publics en juillet 2025. Mais une certitude, revoir le montant du Smic à la hausse de façon anticipée, sujet qui devrait être tranché le 5 novembre, n’est pas envisageable. « Nous ne sommes pas contre l’augmentation des salaires, bien au contraire », assure le responsable du Medef Sud, qui se dit préoccupé par « la pérennité des entreprises et les équilibres économiques qui sont entamés ». Et de déplorer l’impuissance d’un pouvoir exécutif et législatif « dépassé, hors sol ». Son credo : « Notre pays doit prendre en compte que le fait économique rythme le développement social, sociétal, environnemental. L’entreprise doit être priorisée. » Raisons pour lesquelles, du RN à LFI, les représentants locaux des candidats sont invités à débattre le 19 novembre à Marseille. Ces « remontées de terrain », permettront au Medef d’affiner sa position au national.

  • Aveu de faiblesse

    Aveu de faiblesse

    Interdiction de manifester dans les Bouches-du-Rhône, à Toulon et Avignon, couvre-feux étendus aux majeurs ce week-end, interruption des transports en commun… Dans quelle société vit-on ? La question mérite d’être posée tant le glissement en cours est grave depuis le 17 octobre.

    Le procureur Nicolas Bessone estimait, hier, qu’entre « 1 800 et 3 000 personnes » ont saccagé Marseille ce jour-là. La République est-elle prête à capituler devant cela ? Il serait donc impossible de garantir la sécurité et la sérénité des cortèges de lycéens mobilisés et de manifestants contre la vie chère ?

    En plus de les nier dans leurs revendications, le gouvernement entend donc les priver de leur capacité d’exprimer leur colère.

    Ce déni de démocratie est particulièrement inquiétant. Il témoigne d’un exécutif à la dérive, minoritaire à l’Assemblée nationale, refusant toute inflexion de sa politique.

    Une interdiction contestée en justice par un référé liberté

    En prenant ces mesures, le gouvernement croit faire une démonstration de force.

    Il fait en réalité un terrible aveu de faiblesse. Faiblesse face aux casseurs, aux pillards. Incapacité à garantir la liberté de manifester. Incapacité à assurer la sécurité et la tranquillité républicaines.

    Plusieurs organisations syndicales ou politiques ont annoncé leur intention de contester cette interdiction de manifester par un référé liberté.

    Puisse la justice, elle, ne pas être faible.

  • Des lycéens sanctionnés pour avoir manifesté à Embrun

    Des lycéens sanctionnés pour avoir manifesté à Embrun

    « Manifester est un droit fondamental. Mais pas devant le lycée professionnel Alpes-et-Durance d’Embrun », dénoncent conjointement Sud éducation 05 et la Fédération des conseils de parents d’élèves des Hautes-Alpes (FCPE 05). Selon les deux organisations, le lundi 5 octobre, alors que des lycéens bloquent leur établissement partout en France, la proviseure du lycée professionnel d’Embrun a exclu une quinzaine d’élèves pour une durée de deux jours, au motif qu’ils ont « participé à une manifestation devant l’établissement ».

    « Sur le fond, la proviseure s’oppose ainsi à un des droits les plus élémentaires, la liberté d’opinion et d’expression, affirment Sud éducation et la FCPE. Sur la forme, elle commet un abus d’autorité manifeste. En effet, ces sanctions sont prononcées sans respecter les droits élémentaires des élèves. »

    Selon eux, les familles ont été averties par un simple coup de fil, doublé d’un mail, le lendemain, « ne laissant aucune possibilité d’être entendu, ni de se défendre. Le mail ne mentionne pas non plus les voies de recours, alors qu’il le devrait ».

    Selon les deux organisations, la même sanction a été prononcée pour tous les élèves : « Un élève qui n’a par le passé jamais été sanctionné se voit infliger une exclusion de deux jours qui sera versée à son dossier scolaire ». Enfin, ils pointent le non-respect de la gradation des sanctions, « qui permet à l’élève de bien prendre conscience de la gravité de ses actes par rapport à une échelle de valeurs. Ici, pas de recherche d’une mesure de nature éducative, l’exclusion est la seule et unique sanction ». Devant « ce déni de droit et ces sanctions prises de manière manifestement illégale », Sud éducation 05 et la FCPE disent avoir adressé un courrier au recteur de l’académie d’Aix-Marseille et au Directeur académique des services de l’Éducation nationale des Hautes-Alpes : « Nous demandons le retrait de cette sanction pour l’ensemble des élèves et un rappel à l’ordre de la proviseure. Sans réponse satisfaisante, nous contesterons ces sanctions devant la justice ».

    Contactés, le rectorat et le lycée n’ont pas donné suite à nos sollicitations pour le moment.

    Agathe Di Lenardo

  • S’organiser : la clé du progrès social

    S’organiser : la clé du progrès social

    Le mouvement social est en ébullition et ce samedi 17 octobre marque sans nul doute une étape de l’expression, dans l’espace public, des colères multiples face aux injustices sociales et, en premier lieu, contre la vie chère faute de revenus dignes. Nous l’avons vu :
    les organisations lycéennes, étudiantes, les syndicats, dont la CGT en pointe, permettent aux revendications de s’exprimer et d’avoir du sens, un but, le premier étant qu’elles soient satisfaites rapidement. Déjà, face à la détermination des lycéens, le gouvernement a dû agir en débloquant, dans la précipitation, des postes de professeurs remplaçants. Très loin d’être la panacée, l’exemple montre néanmoins que la lutte, organisée et soutenue par des syndicats, paie.

    Viser haut

    L’urgence et la colère sociales sont telles qu’elles exigent un très haut niveau de mobilisation et d’unité syndicale. C’est pourquoi ce 17 octobre ne peut être une fin en soi et surtout pas un défouloir qui offrirait au pouvoir en place l’occasion de déchaîner sa répression policière sans répondre aux revendications.

    La grève ne se décrète pas. Elle se construit sur les lieux de travail.

    Dans les pays et dans les entreprises où les syndicats sont organisés, où les contre-pouvoirs existent et sont forts, le progrès social a été au rendez-vous. Et cela grâce aux organisations syndicales et politiques progressistes sans qui il n’y a pas de démocratie ; sans qui il n’y a pas de République ; sans qui il ne peut advenir de République sociale, gage de bons salaires, de droits sociaux et politiques. Cette exigence sera centrale, le 5 novembre, journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles à l’appel de tous les syndicats.

  • Nouvelle matinée de blocus dans les lycées marseillais

    Nouvelle matinée de blocus dans les lycées marseillais

    Au lendemain d’une grosse journée de mobilisation, le mouvement lycéen s’est poursuivi, mercredi. À Victor-Hugo, le blocage a échoué mais Marie-Curie, Périer, Marseilleveyre, Montgrand, Saint-Charles, Jacques-Chirac, Diderot ou les Remparts sont restés portes closes. Devant la fac de droit, sur la Canebière, quelques étudiants barraient l’entrée, l’IUT de Saint-Jérôme était bloqué, et des CRS ont de nouveau été envoyés au campus Saint-Charles où les étudiants étaient mobilisés. À Aix, l’IEP est fermé pour la semaine.

    Du côté du lycée Thiers, en centre-ville, le blocus était plus fourni que d’habitude. La veille au soir, un message de la proviseure adressé aux parents d’élèves laissait planer une intervention des forces de l’ordre. « Il y a eu des menaces sur des élèves, certains ont parlé d’occuper le lycée, mais au final, ça ne s’est pas fait », explique un lycéen. Dès 6h30, à grand renfort de poubelles et de barrières de chantier, l’entrée du lycée était barricadée et la place quadrillée. Mais la direction a finalement laissé le lycée fermé. Le blocus levé aux alentours de 8h30 et les poubelles soigneusement rangées pour le lendemain, certains ont filé sur Saint-Charles et d’autres se sont rendus à Montgrand pour finir la matinée.

    À Marseilleveyre, des échanges ont eu lieu avec des parents d’élèves. Comme à Jacques-Chirac, certains commencent à exprimer leur ras-le-bol des blocages. Deux réunions entre parents d’élèves et professeurs, puis entre élèves et parents d’élèves, ont ponctué la journée. Selon la FCPE de la cité scolaire des quartiers sud, constatant le refus de nombreux élèves « non bloqueurs » de participer à une discussion réclamée par les lycéens mobilisés, le proviseur en a conclu « qu’une majorité d’élèves souhaite retrouver le chemin du lycée » et appelé à la « levée du blocage ». Mercredi à l’aube, il est pourtant venu décliner l’intervention des forces de l’ordre.

    À Marseille, une assemblée générale interlycéenne doit se tenir ce jeudi, pour évoquer la suite du mouvement et l’arrivée des vacances. De nouveaux blocages sont annoncés.

  • Un appel à manifester au début des vacances, samedi

    Un appel à manifester au début des vacances, samedi

    Le mouvement lycéen tient la dragée haute au gouvernement. 480 000 jeunes (selon l’intersyndicale de la jeunesse) ont manifesté dans toute la France, alors que la précédente journée avait mobilisé entre 266 000 et 450 000 personnes mardi dernier. À Paris, où deux cortèges ont réuni 41 500 personnes selon l’Intérieur, quelques heurts se sont produits entre manifestants et forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène.

    Parents, professeurs, syndicalistes

    Brandissant des pancartes « sans éducation, pas de nation » ou « on veut un parcours sûr, par Parcoursup », un premier cortège est parti dans le calme de la place d’Italie. « J’ai le bac cette année et toujours pas de prof d’anglais et physique-chimie », témoigne Lise, en terminale au Kremlin-Bicêtre, dans cette manifestation où de nombreux parents, professeurs et syndicalistes étaient également présents. D’autres manifestations ont eu lieu à Nantes, Lens, Lyon, Strasbourg, Bordeaux ou encore Marseille. À l’origine de ce mouvement parti mi-septembre d’un lycée de banlieue parisienne, à Créteil, pour s’étendre un peu partout en France, l’Union syndicale lycéenne (USL) demande la suppression de la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup et un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. Côté enseignement supérieur, 90% des quelque 70 universités françaises étaient « bloquées » ou « fermées » ce mardi, selon l’organisation Union étudiante.

    La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, présente à la manifestation parisienne, a assuré que « tant qu’il n’y a pas de réponse aux revendications, la mobilisation va continuer », avec en ligne de mire les multiples rassemblements prévus samedi 17 octobre sur le pouvoir d’achat.

  • Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    « On est venus trop tôt. Une équipe de deux camions de policiers est arrivée et a tout enlevé. Ils ont même confisqué mon mégaphone. Je trouve ça inadmissible », témoigne Denis, regrettant également que les caméras des policiers n’aient, selon lui, pas été activées malgré sa demande. Il est 7h30 devant le lycée Bonaparte et malgré l’action des pandores, tout est prêt pour une nouvelle journée de manifestation.

    « On est tous mobilisés aujourd’hui. On va continuer », affirme le lycéen, convaincu que le nombre sera déterminant pour faire aboutir les revendications. Et de poursuivre : « Ça pourrait même prendre de l’ampleur dans les prochains jours, et le 17 ça va être monstrueux. »

    Ce qui est certain c’est que la colère est en train de monter. Un autre lycéen interroge : « On a fait les choses correctement. On a manifesté pacifiquement. Et au final, le préfet et le directeur académique se sont moqués de nous. Vers qui doit-on se tourner ? C’est la question que je vous pose et que tout le monde se pose. » Venue encore une fois soutenir et protéger les jeunes, l’intersyndicale est présente et veille au grain afin que tout se passe correctement. « On partage quasiment les mêmes revendications que les lycéens. Et nous, on va rajouter les salaires », explique Alain Tournay le secrétaire général de la FSU dans le Var. Cécile, une militante de la CGT, vient d’être bousculée par les policiers dans les escaliers. Ce qui confirme une certaine tension de la part des forces de l’ordre face à une manifestation pourtant tout à fait pacifiste. « On est là, Pour défendre les jeunes, c’est insupportable qu’on ait un gouvernement qui se permette d’être aussi violent et méprisant », commente Brigitte Cheinet (CGT). Alors que les problèmes existent, et sont dénoncés depuis des années par les syndicats, s’indigne-t-elle. Et de conclure : « Les lycéens ont raison de contester, ils ont raison de vouloir une vie meilleure, c’est l’essentiel. »

    « Les lycéens sont là pour leur avenir »

    Même son de cloche pour Sylvie Vinceneux, la secrétaire de la fédération du PCF dans le Var qui dénonce les politiques austéritaires et la casse des services publics. Et de poursuivre : « Ces jeunes nous donnent aussi une leçon, ça fait du bien aussi de voir qu’ils sont là. Ils sont là pour leur avenir. » Ce que confirme un peu plus tard Manon Magagnosc (CGT) : « Je suis hyper fière de voir cette jeunesse se soulever. Ils ont les moyens de faire lâcher le gouvernement. » Un peu en retrait, Alice, qui prépare sa thèse à La Garde, explique « être là uniquement en appui, pour montrer qu’ils ne se battent pas tous seuls, que c’est quelque chose d’intergénérationnel et d’interclasse. »

    Plus loin, Aïcha confie : « Dans ma classe, on est 35 et nos professeurs absents ne sont pas remplacés : je n’ai pas eu de cours de SVT depuis le début de l’année. » En tout cas, elle ne veut pas que ses enfants grandissent dans une société aussi méprisante envers sa jeunesse. Et elle en est convaincue : « Les blocages dureront tant qu’on n’aura pas été entendus ! ». Le cortège s’est maintenant élancé sur la place de la Liberté. En chemin, le secrétaire général de l’Union départementale CGT Richard Roméo-Giberti analyse : « Les jeunes donnent l’exemple au mouvement social parce qu’ils partent des besoins immédiats et qu’ils veulent changer le monde, changer leur avenir comme nous voulons changer la société. » Et de préciser : « Ils ont compris que le chronomètre a démarré et qu’il n’y a pas d’avenir sans progrès social, sans paix dans le monde. »

    Après le passage par la faculté de droit et le lycée Dumont D’Urville, la manifestation est forte de plus de 2 000 âmes lorsqu’elle entame le boulevard Maréchal Joffre pour rejoindre le lycée du Parc Saint-Jean.

    Zoé Desmoulins (Solidaires) déplore que la semaine dernière, « quand les lycéens ont rencontré le préfet et le Directeur académique des services de l’Éducation nationale [Dasen], ils ont surtout rencontré du mépris et du sarcasme ».

    En revanche comme Marion à ses côtés, enseignante également, elle trouve encourageant de voir des jeunes qui se politisent et prennent leur destin en main.

  • Les élèves de Thiers discutent d’engagement à « La Marseillaise »

    Les élèves de Thiers discutent d’engagement à « La Marseillaise »

    Dans le cadre d’un cours d’éducation aux médias, Léo Purguette, président et directeur éditorial de La Marseillaise, a engagé la discussion avec les élèves de seconde du lycée Thiers (1er). L’occasion de rappeler les origines du journal créé par les résistants à un public qui s’engage en ce moment aux côtés des revendications lycéennes nationales.

    « On s’engage par solidarité », a réagi Sarah*. « On est bien conscient d’être le lycée avec le plus de moyens à Marseille, on se mobilise pour soutenir ceux qui ne sont pas dans notre cas ». « À Thiers on est bien, il y a quelques instabilités, mais ailleurs c’est pire », confirme Rose*. Les élèves dénoncent par ailleurs la création d’une « classe de défense » à Thiers, en partenariat avec la Marine nationale. « C’est une normalisation de l’idée de la guerre chez une tranche d’âge qui n’a pas l’âge d’y penser », défend Sarah*. Les élèves de seconde ont dénoncé « la mauvaise attribution des moyens par l’État », qui favorise selon eux « l’armée et la police plutôt que l’éducation et la jeunesse ».

    Faire face aux pressions

    Certains y voient un problème plus global, relatif au modèle de la société française actuelle : « On vit dans un système capitaliste qui valorise la guerre. » Restitutions de moyens, approfondissement d’une politique concernant la santé mentale des jeunes, remplacement des professeurs, fin de Parcoursup et de la surcharge des emplois du temps, rénovation énergétique du bâtiment, garantie du droit de grève et de réunion pour tous les élèves, gratuité des transports pour les étudiants… Les multiples revendications des lycéens figurent sur les tracts que certains sont partis distribuer aux Réformés, dans la manifestation de ce mardi 13 octobre.

    Comment obtenir gain de cause auprès des pouvoirs publics ? Les lycéens répondent à ce questionnement crucial en encourageant le mouvement à prendre plus d’ampleur. « Il faut que les travailleurs nous rejoignent » appelle Margot*, appuyée par ses camarades qui soutiennent « la nécessité d’une grève générale ». Pas convaincus par le « plan d’urgence » pour remplacer les professeurs absents, annoncé par le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, les secondes de Thiers placent beaucoup d’espoir en l’appel à la mobilisation générale prévue le 17 octobre, premier jour de leurs vacances scolaires. « On aura toujours les mêmes revendications, elles ne vont pas s’arrêter parce que c’est les vacances », assure Margot*. Et ils ne manquent pas d’idées pour encourager le mouvement à s’étendre : « Il faut organiser plus de manifestations », « dépasser les lycées et bloquer les infrastructures plus générales »… Les propositions fusent chez ces lycéens qui disent tout de même s’inquiéter pour leur avenir face à leurs absences relevées alors qu’une partie des cours se poursuit en visioconférence.

    « À Thiers, on est hyperpacifistes, mais les médias ne montrent que les images des dégradations », proteste Sarah*. La jeune fille dénonce notamment les chaînes de télévision CNews et BFMTV, qui ont « relayé en boucle les images du bus qui a brûlé plutôt que de parler de nos revendications ». Les critiques du traitement médiatique des mobilisations lycéennes sont majoritaires au sein de cette classe de seconde, qui déplore l’utilisation des images de casse par les médias dominants. Les lycéens de Thiers se sont également dits choqués de la répression policière dans certains mouvements, en particulier face à aux arrestations violentes dont ont été victimes leurs amis. « La violence policière entraîne la violence des lycéens », a observé Loan*.

    *les prénoms ont été modifiés