Tag: Lucien Molino

  • Lucien Molino. La dénonciation d’une politique de guerre

    Lucien Molino. La dénonciation d’une politique de guerre

    En même temps qu’ils multipliaient les obstacles au fonctionnement de nos organisations, les gouvernants français aidaient la CFTC et FO à constituer des syndicats scissionnistes, alors qu’ils refusaient à la FSM la possibilité d’organiser une conférence syndicale africaine, mettant aussi tous leurs moyens à la disposition de l’Internationale syndicale « jaune » pour tenir des conférences. Cela ne leur réussit guère et ils essuyèrent un échec en dépit des moyens financiers mis en œuvre. La séance inaugurale de leur conférence ne put se tenir en raison de l’attitude hostile des travailleurs du Doubs, mais il n’est pas douteux que les impérialistes allaient tenter de renforcer dans tous ces pays leurs politiques colonialistes et nous devions soutenir les travailleurs des pays d’Outre-Mer dans leur résistance.

    Tous ces faits vérifient pleinement l’appréciation que nous donnions du plan Marshall quand nous disions : « Le plan Marshall, c’est l’emprise des milliardaires américains sur la France, c’est la misère et la guerre », et nous ajoutions : « Il faut nous débarrasser au plus tôt du fardeau écrasant du plan Marshall. » Si la situation de la classe ouvrière était aussi pénible et si elle s’aggravait chaque jour, si dans le même temps, l’appauvrissement gagnait les paysans travailleurs et les petites gens en général, si l’économie et les finances de notre pays étaient sur la voie de la catastrophe et de la ruine, c’était uniquement en raison de la politique de guerre suivie par nos gouvernements. La seule guerre du Vietnam avait déjà coûté plus de 1 000 milliards, ce qui représentait 40% de la totalité des salaires payés en France durant une année ! Les frais de la guerre augmentaient chaque jour, le budget de la guerre représentait encore, pour 1951, 1 300 autres milliards, et les Américains exigeaient de nouvelles dépenses. De ce fait, le budget comportait un déficit de 800 milliards de francs que les banqueroutiers de la majorité parlementaire n’avaient pas voulu prendre en compte avant les élections. La référence au péril fasciste de 1934, personnifiée cette fois par De Gaulle, transparaissait d’autant plus que la scandaleuse loi des apparentements permettait un détournement du suffrage universel aux élections législatives du 17 juin 1951. Avec ces élections, c’est l’accentuation de la contre-offensive de la droite qui se trouvait facilitée. C’était le délabrement de l’économie et l’appauvrissement de la classe ouvrière, la perspective de nouvelles charges fiscales qui allaient peser uniquement sur les masses populaires et provoquer la hausse des prix.

    La marche de cette économie de guerre, cela signifiait un nombre toujours plus grand pour les fabrications liées à la guerre et un nombre restreint d’entreprises de matières premières pour les produits de consommation. Les impérialistes étaient pressés, ils multipliaient leurs provocations et poussaient au maximum leurs préparatifs de guerre. Nous constations que notre pays se couvrait de bases américaines, que nos usines tournaient à plein régime pour la production des armements.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    Ainsi, tout convergeait pour mettre en échec les fauteurs de guerre et, de fait, une 3e guerre mondiale serait écartée, la paix reviendrait au Vietnam et en Corée.

    Ceux qui croyaient avoir réduit la classe ouvrière à l’impuissance après la scission, pensant qu’elle était incapable d’avoir des forces pour secouer la misère, et qui luttaient contre la paix, constatèrent que les travailleurs n’acceptaient plus de jeûner dans leur propre intérêt et ce que les gouvernements redoutaient le plus, ce n’était pas la misère des ouvriers, mais les manifestations de leur colère !

    Ce qui est certain, c’est que sans la lutte incessante et courageuse de la classe ouvrière, sans les progrès sensibles réalisés dans l’unité d’action, cette situation aurait été encore plus sombre. Pressés par leur maître américain, nos gouvernants recherchaient de nouvelles méthodes pour imposer leur politique impopulaire. Le seul moyen pour parvenir à leur fin, c’était les atteintes à la démocratie sociale. Ils s’orientaient de plus en plus vers un autoritarisme d’État. Le droit de grève était battu en brèche. De Gaulle proclamait dans chacun de ses discours sa prétention d’amoindrir le rôle des syndicats et de les remplacer par un système de cogestion et de participation… qu’il baptisa association Capital-Travail.

    Exploitation des travailleurs des pays d’outre-mer

    Les travailleurs savaient que le grand patronat finançait la propagande démagogique et mensongère des représentants des classes possédantes par les profits réalisés sur la misère. C’était bien évident, et personne ne peut rien contre cela, la classe ouvrière défendait son pain, ses libertés et la paix avec le même soin, la même ardeur qu’elle apportait dans ses luttes quotidiennes.

    Les délégués à ce congrès dirent de quelle façon s’était aggravée leur propre situation au fur et à mesure que les impérialistes français transformaient leur pays en base militaire. La politique de guerre développe la misère, comme le dénonçait le délégué de Conakry. Les délégués ouvriers CGT étaient chassés des administrations, comme Abdoulaye Dialo, parce qu’il était vice-président de la FSM, Sekouroum et tant d’autres.

    Nous recevions des appels pathétiques de nos camarades de la Martinique, de Madagascar, du Maroc, de l’Algérie, où les travailleurs réagissaient contre l’impérialisme. Leurs écrits, leurs déclarations montraient que tous ces pays accordaient une confiance absolue à la CGT et à la FSM.

    Dans le but de combattre cette influence et de duper les travailleurs de ces pays pour les entraîner dans une politique de guerre, les impérialistes usaient de leurs moyens habituels : la répression et la division.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    Avec cette prise de position ferme de la CGT, dans laquelle les dockers de Marseille et les inscrits maritimes ont joué un grand rôle, nous nous heurtions à l’opposition des directions FO et CFTC qui voulaient interdire aux syndicats toute action débordant le cadre professionnel. Leenhardt et Gaston Defferre s’employaient dans Le Provençal contre la CGT et le PCF.

    Les événements ultérieurs confirmèrent qu’il existait dans le mouvement ouvrier français une autre tradition qui ne pouvait rester à l’écart du rassemblement et de la lutte pour la paix. En août 1948, à Wroclaw, en Pologne, se tint un congrès mondial des intellectuels pour la paix avec la participation d’écrivains comme Aragon. En novembre, les assises pour la paix et la liberté rassemblèrent à Paris 12 000 délégués ; la délégation marseillaise était de 200 et parmi elle de nombreux militants qui n’appartenaient pas à la CGT.

    Luttes revendicatives

    Ces cinq années riches d’événements ont entre elles des caractéristiques communes. C’est la période pendant laquelle les gouvernements qui se succèdent à la tête du pays s’engagent toujours plus dans la guerre d’Indochine. C’est aussi la période liée à l’alliance atlantique dirigée contre les pays du socialisme et, en même temps, contre l’essor des forces démocratiques. Ce climat de guerre froide tente de faire supporter à la population les frais de cette politique. Notre union départementale a tenu sa place dans ce combat, qui était pour nous inséparable de la lutte revendicative. Quant au pacte atlantique, j’ai déjà évoqué novembre 1947, où le CCN de la CGT avait décidé de s’opposer au plan Marshall. Or, ce plan n’était qu’une étape dans la politique d’hégémonie mondiale poursuivie par les États-Unis. Il faut se souvenir que des accords militaires de en 1948, qui engageaient la France dans une coalition impérialiste agressive.

    Un nouveau pas fut franchi le 4 août 1949 par la signature du traité de l’Atlantique Nord, ratifié par l’Assemblée nationale en juillet. Pacte qui rassemblait, sous la direction des États-Unis, le potentiel économique et militaire des pays adhérents. Partout dans le monde s’implantaient des bases américaines ; chaque pays était concerné et les budgets de guerre augmentaient. Pour la France, ce budget atteint 600 milliards en 1949, 880 milliards en 1950 et 1 300 milliards en 1951.

    La CGT menait la lutte contre les colonialistes, la guerre du Vietnam se poursuivait ; des forces militaires françaises, de plus en plus nombreuses, étaient engagées et les navires revenaient à Marseille avec des centaines de blessés.

    D’ailleurs, à partir d’août 1950, les États-Unis apportaient leur soutien aux agresseurs, mais le peuple vietnamien résistait et infligeait défaite sur défaite au corps expéditionnaire.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    La situation économique et sociale commande la réplique ouvrière. Les prix montaient en dépit des promesses de baisse du gouvernement. L’indice des prix de détail fut multiplié par trois en 1948. Le « cartel » de la baisse des prix animé par FO et la CFTC était impuissant à enrayer la hausse des prix qui affectait le pouvoir d’achat des salaires. Dès février 1948, la CGT demanda l’augmentation de 20% des salaires, l’alignement automatique des salaires sur les prix et la révision des zones de salaire subie par la province. Nous soutenions aussi les multiples revendications des travailleurs agricoles. À ces appels, les luttes se développèrent, parfois partielles, à partir de juillet. Les actions prirent une plus grande envergure, en particulier les grèves des dockers, des inscrits maritimes, des douaniers, y compris des fonctionnaires. Octobre et novembre marquèrent le point culminant des grandes luttes, surtout pour les mineurs. Cette grève dura huit semaines au cours desquelles, avec courage, ils ont résisté à la répression, aux CRS et aux arrestations, en occupant les mines. Le bureau syndical, avec Giribone et moi-même, avons passé des nuits avec les mineurs qui nous faisaient confiance. Cette confiance fut confirmée par les élections aux délégués du personnel où la CGT obtint 75% des sièges. Le gouvernement dut faire des concessions dans de nombreux secteurs, augmenter les salaires et les retraites.

    « Cette guerre qui nous ruine »

    Au cours de cette année de lutte, la CGT apparut à nouveau comme la force syndicale première et décisive. Les statistiques officielles, bien qu’incomplètes, reconnaissaient pour l’année 6 561 176 grévistes et 13 133 313 jours de grève menée par les syndicalistes CGT.

    J’assistai aux travaux du 27e congrès confédéral, en octobre 1948, qui étaient consacrés pour une grande part aux menaces contre la paix et à la guerre du Vietnam. Alain Le Leap, secrétaire général de la CGT, souligna dans son rapport : « Le Vietnam résiste farouchement malgré la supériorité numérique et technique des troupes françaises et malgré les manœuvres de division du gouvernement français. » Il ajouta : « Les Américains regardent vers ces régions et procèdent à un véritable inventaire des richesses de ce pays. Le peuple français veut que se termine cette guerre qui nous ruine et fait couler le sang des soldats français comme celui des Vietnamiens. » Il félicita les dockers qui donnaient l’exemple et présenta un manifeste qui recueillit l’unanimité, invitant les travailleurs « à l’action contre les fauteurs de guerre et pour une paix solide et durable ». « Sous la direction des expansionnistes américains, dit-il, les forces réactionnaires mènent une politique de provocation à la guerre comme avant la 2de Guerre mondiale, elles préparent cette guerre par une campagne anticommuniste, antisoviétique et contre les démocraties populaires. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    En conseil des ministres, le sinistre Jules Moch plaida pour une politique plus autoritaire et fit alors parler les matraques et organisa les arrestations. Pourtant, ces grèves étaient revendicatives et les complots dénoncés par Jules Moch n’étaient que dans sa tête ou celles de Ramadier et Léon Blum qui obéissaient aux injonctions américaines. L’aide du plan Marshall était accordée à la France à condition que des mesures soient prises contre le Parti communiste et la CGT. Ils ont obéi. Ils ont sur la conscience des morts comme Voulant et Bettini abattu à l’Estaque par un policier, des poursuites contre les travailleurs et leurs dirigeants. Moi-même, sur les ordres du préfet Beylot, je fus poursuivi pour une affiche diffamatoire accusant le gouvernement : « les chiens aboient, la caravane passe ».

    La mise à sac de l’Alcazar

    Je me souviens aussi de la venue à Marseille, à la préfecture, de Daniel Mayer, ministre du travail, socialiste. Les raffineries de sucre de Saint-Louis étaient alors en grève pour les salaires et les conditions de travail, contre les licenciements. Il accepta une rencontre avec une délégation du bureau syndical que je conduisais. Je lui présentai la délégation en lui faisant connaître les raisons de la grève. Il m’écouta, puis, s’adressant en particulier aux membres de la délégation, il s’exprima en ces termes : « Savez-vous que les ordres de grève viennent du comité central du Parti dont Molino est le représentant à Marseille. Je n’accepte pas vos revendications et votre grève est politique et vous demande de quitter le bureau immédiatement ». Mécontente et en colère, la délégation décida de faire une assemblée générale des travailleurs de raffineries de sucre en grève à 100%.

    Je leur suggérai : «Daniel Mayer et Gaston Defferre organisent un meeting ce soir à 18 heures à l’Alcazar, je vous propose d’occuper la salle une heure avant et j’apporterai la contradiction. » Le soir, la salle de l’Alcazar était pleine à craquer. Des milliers de personnes se trouvaient à l’extérieur. Le premier orateur fut Gaston Defferre qui fut accueilli par 40 000 travailleurs mains en l’air. Elles font les « petites marionnettes » ne pouvant s’expliquer ! Daniel Mayer s’avança rageusement vers le micro des travailleurs qui scandaient « Molino ! ». J’attendais le moment, étant présent au bar de l’Alcazar où nous avions décidé que je porterai la contradiction à Daniel Mayer. Arrivé dans la salle, je fus propulsé sur la tribune pour prendre la parole, les socialistes m’agressèrent ce qui déchaîna la colère des travailleurs.

    Daniel Mayer, ministre du travail, et Gaston Defferre ne durent leur salut qu’à une fuite par la porte de secours entourés de policiers. Quant aux travailleurs des raffineries, déchaînés par l’attitude de ces deux dirigeants socialistes, ils s’en prirent au matériel, arrachant les fauteuils, brisant les glaces, etc. et ils mirent l’Alcazar à sac. Le directeur engagea des poursuites qui se retournèrent contre les organisateurs du meeting, c’est-à-dire le Parti socialiste.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    La revendication de l’acompte provisionnel de 25% fut avancée, mais l’essentiel restait la protestation et la libération des emprisonnés.

    Une délégation des déportés, conduite par le révérend père Perceval, intervint auprès du préfet et l’association des anciens détenus de la centrale d’Eysses demanda la libération de Dani, secrétaire de la section marseillaise, déporté à Dachau.

    Malgré le témoignage des gardes mobiles affirmant honnêtement qu’ils n’avaient été l’objet d’aucune violence, le préfet socialiste exigea que les ouvriers arrêtés soient déférés devant le tribunal. Le procès eut lieu devant la 5e chambre correctionnelle le mercredi 12 novembre 1947.

    Nous appelâmes tous les camarades à assister au procès. Effrayé, le commissaire central envoya deux pelotons de gardes mobiles dès 7h30 au palais de justice, répartis dans le cabinet du président du tribunal et dans la salle d’audience.

    Pendant ce temps, les manifestants affluaient par milliers devant le palais de justice. Les travailleurs étaient en grève dans la plupart des entreprises métallurgiques.

    Les travailleurs de la métallurgie au premier rang

    Ceux de la navale, de la SPCN, Terrin, Groignard, Paoli, Durbec, Duclos, des aciéries du Nord, Bolsonni et Jauffret, de la SNCASE de Marignane, étaient présents. Beaucoup s’introduisirent dans la salle d’audience, la police voulut faire évacuer tous les étages du palais.

    Mais le barrage policier établi à la rue Fortia céda sous la pression des travailleurs. Le commissaire central fit fermer les portes du palais, mais trop tard. La salle d’audience était pleine à craquer et les travailleurs de la métallurgie au premier rang.

    À 10h, après délibération, seul Dani est mis en liberté, les trois autres inculpés furent maintenus sous mandat de dépôt. Le président du tribunal n’eut pas le temps de poursuivre la lecture des décisions prises par les magistrats. Sur l’ordre de Georges Brunero, secrétaire du bureau de l’UD, les travées des témoins et des avocats furent envahies par les travailleurs. Les magistrats se réfugièrent dans le cabinet du président.

    Devant une telle manifestation, le magistrat instructeur s’apprêtait à signer l’ordre de mise en liberté provisoire, lorsque le préfet exigea un jugement de maintien sous dépôt, qui s’appliquait aux trois inculpés malgré l’absence de délit. Deux inculpés furent libérés par les travailleurs, malgré les policiers qui reculèrent devant eux. Les deux autres, dont Dani, furent maintenus par les gardes mobiles retranchés dans un bureau du Palais. Les travailleurs avaient leur outil de travail, « le ganchou », qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers.

    Dès midi, la grève s’étendit. Les dockers arrivèrent en masse au palais de justice avec leurs outils de travail ; « le ganchou » qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers. Les marins, les produits chimiques, l’alimentation, la Sécurité sociale en mouvement, réclamaient la libération et un non-lieu pour les quatre inculpés.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    Dans la chimie, il fallut quatre arrêts collectifs de travail d’une heure dans quatre usines. Ainsi, aux usines Kuhlmann, Rocca‑Tassy de Roux, les actions se répétaient pour le maintien des avantages acquis, le paiement de 25% sur les primes et pour protester contre les employeurs qui maintenaient l’abattement de 10% sur les salaires des femmes. Le 28 août, le personnel de la Compagnie générale des pétroles arrêta le travail le matin de 7h30 à 8h30. Des points de vue divergents décidèrent de porter le différend devant le ministre du Travail. La réaction des travailleurs ne se fit pas attendre. Le soir même, les ouvriers arrêtèrent le travail à l’Électrochimie de la Barasse en laissant sur place le personnel nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le lendemain matin, le travail reprenait normalement, le syndicat respectant les mots d’ordre de la CGT en faveur de la production et des arrêts de travail de brève durée. La chimie avait un patron de combat, Keller, que nous dénoncions et qui n’avait qu’un but : arrêter le progrès social en fomentant des refus et des troubles. Le syndicat dirigé par deux bons camarades, Antoine Vabre et Maurice Alby, déjoua ce piège. En général, notre action porta ses fruits : en octobre les revendications ouvrières étaient satisfaites et les accords tenaient compte des avantages acquis.

    Mais l’inspecteur divisionnaire du travail fut rappelé à Paris, dénoncé par le CNPE, le Parti socialiste et le préfet comme un « ami de Lucien Molino et de la CGT ». Il est vrai que, dans de nombreux cas, il avait aidé les travailleurs. C’était un inspecteur honnête qui fut regretté par les syndicats. À Paris, on l’installa dans un bureau sans responsabilité et il attendit l’âge de la retraite. Dans mes déplacements dans la capitale, je lui rendais visite et j’ai pu me faire une idée de ce qu’étaient capables de faire les ennemis de la classe ouvrière.

    Les élections municipales du 19 octobre 1947

    Ces élections furent marquées par la montée du RPF et l’effondrement du MRP, tandis que le Parti maintenait, dans les grandes villes, les positions obtenues en novembre 1946. À Marseille, le PC augmentait son score de 1 000 voix et la SFIO de près de 4 000 voix. Pourtant, les bouleversements dans notre département furent importants. Nous perdîmes Marseille au bénéfice de Carlini, avec la complicité du Parti socialiste, et Aubagne à la suite d’une entente entre la SFIO, le RPF et le MRP. Arles, La Ciotat et Martigues passaient aux mains des socialistes soutenus par le RPF. La SFIO gardait la mairie d’Aix grâce au MRP. À Salon, Francou (MRP) obtenait sa réélection avec l’aide des socialistes.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : la lutte pour les salaires

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : la lutte pour les salaires

    Les ouvriers avec de petits moyens avaient manifesté leur enthousiasme et fait tout leur possible pour la reprise économique de notre région, ce qui n’était pas le cas, au départ, de la Chambre de commerce et du patronat. Je me souviens que les établissements Rocca Tassy de Roux, qui avaient réalisé un bénéfice de 145 millions de francs, avaient un stand de 20 m de palissade et quelques affiches, ce qui montrait le désintérêt absolu des employeurs pour la renaissance de la France. Quant au PS, il s’opposa à notre mot d’ordre de « la renaissance de la France » et montra qui, à la tête de ce parti américain, méritait bien la caractéristique « d’aide agissante » que je dénonçais.

    Négociations sous la pression des travailleurs

    En même temps que le redressement de l’économie nationale, nous avions aussi le souci des salaires, avec notre campagne pour les 25%, pour que les travailleurs obtiennent une part plus juste des richesses créées par eux. Nous avons multiplié les interventions auprès des syndicats patronaux et des pouvoirs publics en vue d’obtenir de ceux-ci les nouvelles mesures tenant compte des avantages acquis. De fait, l’augmentation ne s’appliquait pas, aux termes des textes précités, à tous les salaires. La hiérarchie des salaires en vigueur au 1er juillet se trouvait écrasée. L’écart entre le salaire minimum et le salaire moyen était en diminution. Les syndicats patronaux s’en tenaient à l’application stricte de l’arrêté du 29 juillet. L’Union départementale multiplia ses efforts et demanda aux syndicats de manifester pour obtenir des accords maintenant les avantages acquis.

    Des négociations s’engagèrent sous la pression des travailleurs dans la métallurgie, la meunerie, l’alimentation syndicales. Le 26 août 1946, à ma demande, l’inspecteur divisionnaire organisa une réunion de tous les syndicats patronaux de l’alimentation marseillaise et des représentants de l’UD en vue d’un aménagement des salaires qui tienne compte de l’arrêté du 29 juillet.

    Devant les arguments anti-ouvriers développés par les syndicats patronaux, nous exigions l’application de l’arrêté du 29 juillet. L’inspecteur divisionnaire du travail approuvait nos demandes à un tel point que le président de la défense, qui présidait la délégation patronale, reprocha à l’inspecteur de sortir de ses attributions d’inspecteur divisionnaire et informait le président du CNPF, Monsieur Villiers, afin qu’il intervienne auprès du ministre du Travail, Ambroise Croizat. En réalité, le CNPF refusait les demandes que nous formulions, mais c’était mal connaître la combativité des travailleurs qui, par leur action en septembre, obtenaient satisfaction.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    L’évolution de la situation et les prises de position de l’adversaire (minorité et PS) demandaient des méthodes d’organisation plus rapides : la création des pôles syndicaux auprès des entreprises nous permettait d’augmenter nos effectifs en développant les actions.

    Ces nouvelles intersyndicales n’avaient pas de permanents. Les militants des directions étaient élus au cours d’une assemblée de cadres du quartier.

    Ceci permettait de les faire connaître et de renforcer leur autorité non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les quartiers. Toutes ces modifications permirent une intervention plus rapide et plus efficace. Dès le matin, à l’ouverture, nous nous trouvions devant les entreprises et échangions nos idées sur la situation et l’aide que nous apportions.

    Le nouveau bureau était composé ainsi : secrétaire général : Lucien Molino (transports), secrétaires généraux adjoints : Pierre Gabrielli (employé), Maurice Milhau (hospitalier), Exbrayat (métaux), secrétaires : Georges Brunero (transports), Line Cecaldi (PTT), Jean Comiti (métaux aviation), Joseph Giribone (produits chimiques), Pascal Posado (aviation). Les membres du bureau étaient : Marcel Andreani (docker), Raoul Arnaud (cheminot), Paulette Caresse (textile), Demaurizi (produits chimiques), André Fressinet (marins), René Le Guen (cadre), Marcel Paganacci (livre), Frédérique Roux-Zola (EDF).

    Déréquisitions

    Georges Dumonceau quitta la région pour prendre la direction d’une imprimerie dans le Nord, récompense d’un militant socialiste qui avait tout fait pour la scission syndicale.

    Au moment où se tenait le congrès, le statut des entreprises réquisitionnées que nous avions réclamé dès le début était en débat à l’Assemblée nationale. La commission économique, avec Francis Leenhardt (socialiste) et Germaine Poinsot-Chapuis (MRP), rejetait notre demande de statut. Seule Raymonde Nédelec, députée communiste, défendit les entreprises réquisitionnées. Les délégués présents au congrès acclamèrent celle‑ci et elle siégea à la tribune.

    Dans notre rapport d’activité, j’avais fait état du bilan magnifique de ces entreprises. Nous faisions la démonstration que les travailleurs, par leurs initiatives et dans de meilleures conditions sociales, avaient mis en échec les collaborateurs, les patrons et les traîtres. Mais le Conseil d’État, à la demande des patrons actionnaires, avait prononcé l’annulation des réquisitions, en premier celles des sociétés d’acconage, de la Société provençale de construction navale, de la Société phocéenne d’application électrique et, en juillet, des Aciéries du Nord.

    Des historiens écrivirent que notre riposte avait été modérée, ce qui est faux, preuves à l’appui : des centaines de motions de protestation accueillirent ces décisions et l’essentiel du débat à l’Assemblée nationale porta sur l’attribution des bénéfices réalisés sous la réquisition, l’État devant reverser une indemnité aux actionnaires.

    à suivre la semaine prochaine…